Suila qui me tapé

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(environ 12 minutes de lecture)

Jai repensé a suila qui me tapé. Quand je suis sortie du foyer, a 18 ans, j’étais jeune majeur, ça veut dire vivre dans un apartement pandan un an, encore payé par la sistance. Pour mabituer a vivre seule et me débrouiller. Au débu, sa alé. J’étais en aprentissage, dabor dans un magasin, le monsieur était genti, vieux, il était pas méchant et le travail était pas tro dur. Après 4 mois, il a plus u besoin de moi, je suis été dans un restaurant, et puis un autre. La, pas bon, je mai engeulé avec le patron, un vrai con qui me faisé toujour des remarques. 

Un peu avant la fin de jeune majeur, jai quité mon apartement pour me mettre avec José. Grosse éreur. Je l’avé conu, parce que son grand copin sorté avec mon amie Mélinda. Ils avé des motos, ils nous emmené en balade, une fois a la mer. C’était mon premier vrai amoureu. Mélinda s’est dabor instalé avec Carlos, et puis après moi avec José. La, ça a comencé l’enfer. Il m’enfermai dans la journée. Cest a cause de lui que jai areté le deuxième restaurant. Quand il rentré du boulo, il falé faire l’amour tout de suite, il prené même pas de douche, il me forcé. Et encore le soir en se couchant. Même quelquefois pandan le dîner, il me sauté dessu, une vraie bête. Et il me tapé. Sa lui prené, souven au diner, quand il avé bu ses pastis. Dabor c’était juste des calotes, et puis elles ont été de plus en plus for, et puis après des cous de poin, dans le ventre, sur les bras, des cous de genous dans les jambes. Mais sur la figure surtou. J’avé une de ses têtes…

Mélinda en a parlé a Carlos, mais Carlos a di qui voulé pas se mêler de la vie de son copin, que chacun faisé come il voulé avec sa femme. Mélinda ma di faut que tu pare, mais je pouvé pas, j’avé pas de sous et plus d’apartement. Un jour, la sistante sociale, quand elle ma vu a poussé un cri et ma emmené a l’hopital. Elle ma di qui falait que je porte plinte, mais jai di non, sa me retombra dessu. Elle ma demandé de lui promettre que si sa recomencé je l’apelré, elle était bien cette femme, elle me laissé pas tombé. Elle ma montré aussi l’endroi ou c’était Violences conjugales, cest pour les femmes qui sont batues par leurs hommes. Elle ma di, tu va la si recomence. Tout de suite. Et après tu m’apel. C’était en 2000, y’avé pas bocou de portables a l’époque, entouca moi j’en avé pas. 

Quand je suis rentrée, il a recomencé, même pire, il disé que je lui manqué de respet, que j’étais une pute, d’autres fois il disé que j’étais un gros ta, que je fouté rien, je lui répondé que je pouvais rien faire parce c lui qui m’enfermé. Il me répondé que si m’enfermé cest qui pouvé pas avoir confiance, que je faisé que des coneries, que j’étais une salope et bone a rien. Il me pincé pour me dire regarde ta dla graisse, il me faisé mal. Et puis après, une tarte, boum, pren ça dans ta geule. Un malade.

Jai fini par me décidé a partir, tanpi je mai di, on verra mais il va finir par me tuer ou me faire handicapé. Quand il était au travail, jai mis mes afaires dans deux sacs plus un sac poubelle, je les ai jeté par la fenêtre et puis après jai sauté. On habité au premier étage. C’était un peu haut, je mai fait mal a la cheville en atérissant, mais ca me faisé moins mal que les cous dans le ventre, dans la tête et sur le nez. Mon nez est toujours resté un peu gros, il faudré que je la face arangé, mais bon. Avec mes sacs, je suis été a Violences conjugales, ou m’avé monré la sistante. Jai été bien akeuyi, on ma pas jugé et jai pu parler avec des femmes qui avé reçu la même chose.

Je suis restée la trois semaines. Après, je devé alé chez une copine de Mélinda. Mais en fait, elle vivé avec un mec, un vrai con suila aussi, ils sont tous come ça ou quoi ? Donc ce mec a pas tardé a dire qui falait que je dégage, et la copine a pas bocou insisté pour me défendre. Alor jai dégagé et la jai fait quelque chose que jai plus jamai refait : jai couché dehor. Enfin pas tout a fait dehor. Dabor dans la gare, pas dans le aule parce que cest interdi, mais au bou du souterin j’avé trouvé un coin ou je me metté la nuit avec mes afaires. Y’avé des courendères. Jai fait trois nuits. La troisième, ya un ga qui ma réveillé, pas un controleur, un ga de chantier avec un gilet fluo. Il me metté sa lampe dans la figure :

– Qu’est-ce que vous faites là ?

– Excusémoi, jai di, cest juste pour deux ou trois nuits, le tan que je retrouve un endroi ou alé. Je gêne personne et après je pare.

– Mais vous avez bien quelque part ou dormir ? Vous connaissez bien quelqu’un ?

– Peutêtre mais en touca jai pas d’endroi ou alé.

– Vous êtes pas d’ici ?

– Si. Enfin presc.

Il hésité, je crois. 

– Vous avez quel âge ?

– 20 ans.

C’était pas vrai, j’avé 18, biento 19. Il hésité encore. 

– Bon, restez la, mais les premiers trains et les voyageurs vont vous réveiller, vers 5 heures. 

– Je sais. Je partiré a ce moment, vous inquiété pas. 

Il est parti, je m’ai retourné et je m’ai rendormi. C’était pas confortable, dur, froi sur le sol, même si j’avé mi un carton que j’avais trouvé et aplati. Et j’avais mi mon anorac. Et mes deux sac me faisé une protection autour de moi. Je suis pas grande et j’étais moins épaisse quaujourdui. 

A 6 heure moins le quart, cest lui qui ma réveillé.

– Eh, faut vous lever ! Je vous ai laissé dormir, mais maintenant mes collègues vont arriver, il faut partir. Déjà, y’a des voyageurs qui ont fait des remarques.

J’étais encore endormie, même si j’avais entendu des trins, juste odessu de ma tête mais ji faisais pas atention. Il me tendé un café.

– Tenez, buvez ça, vous allez prendre froid. Et puis tout à l’heure, allez à la mairie. Expliquez votre problème, il faut qu’ils vous aident.

– Merci. 

Jai bu une gorjé de café. Jai posé le goblé et je mai levé. J’étais engourdi. Jai rangé mes afaires. Des gens passé, ils me regardé. Le ga était toujour a coté de moi. 

– Ça va aller ?

– Oui, merci.

– Buvez votre café. Vous voulez un peu de sous ?

– Non merci, cest très genti.

Il a insisté pour me doné son paquet de cigarettes, presque plin. Jai fini le café et je suis sorti de la gare. Celle ou j’auré pu soné si ça se passé aujourdui, cest Vivi, mais je la conaissé pas bocou a l’époque, et elle habité la campagne, je savé même pas ou. Et Florian, mon frère, il avé disparu come toujour, il était a Limoge ou ailleur, en prison ou pas en prison. Mais il était pas la, il avé oublié sa petite seur, c’était telment triste notre vie a tous les deux, peutêtre il voulé plus y penser, je peu comprendre.

Je pouvé alé voir la mairie come m’avé di le ga de la gare, ou la sistante sociale, ou le foyer, ou même mes parents adoptifs, je pense qu’ils m’auré aidé. Mais je voulé pas. Je me disé il faut que je trouve une solution, il faut que ji arive. On est con quand on est jeune, on croi qu’on peu se débrouillé tout seul, même sans argent, sans travail, sans persone. Bien sur qu’on peu pas, persone peu.

La nuit d’après, jai pas voulu retourné a la gare, parce que j’étais repéré, le ga était genti, mais les autres été surment pas gentis, et peutêtre il travaillé pas de nuit ce soir. Alor je suis un peu sorti de la ville. Je savé un endroit ou se trouvé des jardins pour les ouvriers et j’avais remarqué des cabanes ou ils rangé leurs outis. Je suis été jusquala. Dans une alée, y’avé des jeunes autour de deux voitures avec la musique assez fort, ils buvé de la bière, y’avé des filles. Je di des jeunes parce que aujourdui je suis plus jeune, mais a l’époque je devé être plus jeune qu’eux. Je préféré pas me faire voir alor jai reculé et je suis entré dans les jardins tout de suite, un peu trop près de la route, mais j’avé pas le choix.

  Pour entré dans les jardins, les petites portes en bois avé des cadenas, mais on pouvé passé dessu. Cest ce que jai fait, avec toujour mes deux sacs, toute ma fortune. Il falait faire atention ou je marché, c’était pas éclairé, heuresment la lune était la, pour une fois j’étais content de la voir, pas come quand j’étais petite, quelle me faisé peur et que Sylvain mon frère adoptif me disé quelle alé tamponé la terre. 

La première cabane que jai essayé d’ouvrir, elle était fermée. Ça ma pas surpris je m’en douté, mais je m’ai di que dans le ta y en aura bien une qui sera ouverte. Cest ce qui sest passé, la cinquième que jai essayé était pas fermé, c’était facile de passer d’un jardin a un autre une fois quon était dedans y’avait pas de grille. Je voyé mal mais je faisé bien atention a pas écraser les plantassions. La cabane était pas grande mais ma chance était qu’elle avé un planché en bois. Il falé que je pousse un peu les outis, c’était pas grand mais je pouvé m’assoir et j’avé la place de m’alongé.

Jai mangé ce que j’avé acheté a la fin de l’aprèmidi : un coca, un petit paqué de chips, un sandwich, un yop. C’était encore les francs a l’époque. Et je me souvien qui me resté que 50 francs, sa fait même pas 10 euros. Je m’étais assise et j’avais ouvert la porte juste un peu pour laissé passé un peu de lumière sans me faire voir si quelqu’un passé par la. On été fin septembre, il faisé pas encore tro froid. J’auré bien aimé faire un feu canmême, pour que ça soye plus gai, plus joli.

Après que jai mangé, je suis sorti dans le jardin. Je me suis di sa doit être chouette d’avoir un jardin et même juste une cabane, si on a quelqu’un qui nous aime et qu’on a de quoi mangé. Ça me gêneré pas de faire le jardinié. Jai apri a Blanzey, ça me fait pas peur. Et si je faisé ca a ma manière, et pour des gens que j’aime, ça me plairé. Jai alumé une cigarette, une de celle du ga de la gare, genti suila jai u de la chance cette fois. Je regardé le ciel, pas tro la lune, mais les étoiles j’aime bien, elles sont loin, petites, pas méchantes. Sur le sol, les tijes qui sorté faisé come des status toute maigre, qui marché sur des petites montagnes de terre, bien droites.

Cest drole c’était il y a 20 ans, ça a duré juste quelques minutes, et je me rapel ce moment. Toute seule sans personne sans maison, fumé ma cigarette sous les étoiles, avant d’alé dormir dans la cabane de quelqu’un que je conaissé pas et qui savé pas que j’étais chez lui. Peutêtre que je men rapel si bien parce que je me rapel très bien ce qui sest passé juste après. En fait il sest rien passé, simplement jai entendu les jeunes que j’avé vu qui faisé la fête avec leurs voitures et la musique. Alor tout dun cou jai u mal. Come si on me pincé très fort. Je m’ai di keske je fou la toute seul, caché dans ce potagé, a la sortie de la ville, pourcoi jai pas d’ami et persone qui s’ocupe de moi, keski va pas chez moi pour que jai pas une vie normale ? Avant je regardé les étoiles j’étais bien et cinq minutes après j’étais angoissé a mort, je voulé mourir. Je me souviens, je mai couché sur la terre, et je mai recrocvillé, j’étais come un astico qui se tore et qui veut rentré dans la terre. Je men metté partou mais je men fouté je voulé mourir je men fiché de tout. 

Je suis restée lontan come ça, et puis un momen les jeunes et les voitures sont partis, ils sont passés dans l’alée juste devant le jardin, bien sur ils mon pas vu. Ils chanté, ils rié, ils alé continué la fête. Quand tout a été calme, je mai relevé, jai froté mes vêtements, je mai dirigé vers la petite porte, je suis sortie du jardin et jai traversé le grand parc qui était la. Y’avé un monsieur qui sorté son chien, mais je les évité, il ma pas vu. Je suis été jusqua la rivière qui coulé ici, la même ou on a été l’autre jour avec Morgane, mais un peu plus avant dans la ville, jai décendu au bor, cest sauvage ya pas de mur a cet endroit on peu touché l’eau. Elle est pas très profonde je crois, mais ya du courant, je mai di si je me jette dedan eske je suis sure de mourir ? Peutêtre il faudrait que je prenne un de mes sacs que je mette une pierre dedan et que je l’atache a mon poigné ? Je mai assi, jai regardé l’eau, jai réfléchi. Je me posé la question : eski faut que je reste en vie ou pas ? Si cest que la galère come ça, surment pas, il faut mourir. Mais je me posé une autre question, peutêtre parce que je suis pas courageuse et que j’avé peur de me faire mourir : eske si cest moins la galère, je dois continué a vivre ? Je réfléchissé, je me demandé keski falait faire pour sen sortir, mais je trouvé pas, je voyé pas clair, je savé plus ou jen été.  

Je suis restée lontan les fesses au bor de la rivière a me demandé si je sauté dedan ou pas. Je pleuré, je m’arêté, je pleuré, je m’arêté. Je pensé a ceux qui m’avé fait du mal, a tous les conars et les salopes qui existé, et la je me disé faut pas resté en vie, surtou pas. 

Finalment jai pas sauté. Je mai levé et je suis retournée au potagé. Jai poussé la petite porte, je l’ai refermé come il faut, come si c’était chez moi, mieu même, jai fait atention aux légumes qui resté, jai regardé vite fait la ou je m’étais roulée par terre come un astico, et je suis entrée dans la cabane. Jai mi des vêtements pour faire un matela, jai mi mon anorac a coté de moi parce que je savé que jen auré besoin dans la nuit et je me suis couché. 

Jai mal dormi, je mai réveillé souven, yavait des bruits sur le toi, jai u peur des rats, j’avais des courbatures de mes nuits a la gare et encore mal a des endrois ou José m’avé tapé. Jai fait des cochmars, surtou mon grand cochmar, suila que je fé toujour, quand ma mère nous abandone sur les marches du palé de justisse et que Florian coure après la camionette…

5 commentaires

    1. Tant mieux, Jeanne, si vous avez pu entrer dans cette écriture inhabituelle. Je dis souvent que le travail de l’écrivain consiste à chercher le meilleur rapport entre le sens et le son ; ce rapport m’a semblé devoir s’exprimer de cette manière ici. Ce texte est extrait d’un roman que j’ai écrit sous cette forme il y a quelques années, jamais publié. Merci.

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