Joe dans son garage

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– Mais tu te vois, mon pauvre vieux ?! Comment est-ce que tu peux te supporter ? On dirait une limace ! Tu suintes, tu traines, tu baves… Tu me dégoûtes ! 

– Mimi, tu n’exagères pas un peu ?

– Comment ça, j’exagère ? Tu plaisantes, j’espère ? Je ne supporterai pas toute ta retraite comme ça, je te préviens ! Tu n’as que 66 ans, bon sang ! 

– Je sors souvent. Mais j’habite ici, que veux-tu…

– Tu fais l’insolent, maintenant ?

– Et nous sommes mariés. Depuis 39 ans.

– Tais-toi, imbécile ! Tu crois que je ne le sais pas que nous sommes mariés ? Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Hein ? Pourquoi moi ?!

Ces récriminations étaient quotidiennes depuis que Joe avait dû prendre sa retraite, plus tôt qu’il ne l’aurait voulu, à 66 ans. Le Covid et les restrictions imposées par le gouverneur du Maine lui avaient ôté tout espoir de conserver trois années supplémentaires son emploi dans une entreprise de logistique des docks de Portland. Saleté de Covid. Lui qui avait détesté Donald Trump, c’est une des seules choses qu’il mettait au crédit de l’ancien président : ne pas avoir imposé de confinement, avoir voulu maintenir le cours de choses, tout en débloquant le maximum d’argent public pour aider les labos à trouver des vaccins. Mais le Président avait dû céder face aux pressions médicales et médiatiques, du moins avait-il laissé agir les gouverneurs des États fédérés.

Depuis un an, Joe faisait ce qu’il pouvait pour ne pas dépérir et s’occuper. Il avait du mal. Et s’il trouvait excessifs les propos de sa femme, il voulait bien reconnaître qu’il manquait de dynamisme. Le footing hebdomadaire, la partie mensuelle de base-ball avec les copains, le coup de main qu’il donnait à la paroisse chaque fois que le pasteur l’appelait, les courses, le bricolage et le jardinage, ça ne remplissait pas des journées. La télé bouchait les trous, mais elle était davantage un fond qu’un objet de concentration. La garde du petit-fils était ce qui le comblait le plus, mais Mary ne leur confiait Dylan qu’une semaine lors des vacances de Noël et de printemps, un peu plus en été. Paul n’avait pas encore d’enfant. 

Joe passait donc pas mal de temps sur le canapé ou sur un fauteuil du salon – il essayait de varier les positions – et Michelle n’aimait pas ça. En bonne partie parce qu’elle avait fait la même chose, avant, quand elle était seule à la maison pendant la journée. Du coup, la tension était permanente. Michelle se retirait parfois dans sa chambre, où elle avait un « coin couture ». On pouvait s’étonner, d’ailleurs, qu’une femme si impétueuse eût un coin couture, la patience au-dessus d’un fil et d’une aiguille apparaissant peu compatible avec son caractère. Mais peut-être ce moment de répit était-il nécessaire à son équilibre, la respiration qui lui permettait ensuite d’expectorer son amertume et ses récriminations.

Joe, lui, n’avait pas de coin couture. Quand il sentait sa femme au bord de l’explosion, ou lui-même à deux doigts de lui tourner une baffe, il se réfugiait dans le garage. Le plus souvent, le garage était rempli à 90 % par la voiture, un pick up Sierra de GMC. On pouvait juste tourner autour. Joe entrait dans la voiture et mettait la radio, comme s’il voulait effacer les cris de sa femme. En fait, il ne montait pas le volume trop fort, il cherchait quelque chose d’apaisant, du country blue grass ou un jazz lent. Il écoutait parfois du classique, s’il tombait dessus par hasard et s’il n’y avait pas de cuivres, qu’il n’aimait pas. Il voulait de la douceur, voilà ce dont il avait besoin. Ça ne se voyait peut-être pas avec ses 100 kilos et son mètre quatre-vingt-cinq, mais il était un tendre, ou du moins il le devenait. 

Après avoir écouté un peu de musique en fermant les yeux, il prenait le polar qu’il avait emporté. Et s’il avait oublié de prendre un livre, il ouvrait la boîte à gants où il avait planqué deux livres poche en réserve, au cas où. Il avait découvert la lecture un an plus tôt, à la retraite. Jusque-là, lui, les livres… Il ne lisait toujours pas beaucoup, sauf dans son garage, assis dans sa bagnole. Le problème était l’éclairage – la loupiote du plafonnier était faible – mais il avait résolu le problème avec une lampe à piles fixée sur un serre-tête qui lui servait de frontale. Quand elle avait vu ça, Michelle l’avait raillé :

– Qu’est-ce que tu as encore inventé, bougre de bougre ? Tu ne peux pas faire comme tout le monde ? Tu te prends pour un mineur sous la terre ?

Il avait encaissé, comme d’habitude. Il s’étonnait lui-même, mais il supportait sa femme, parce qu’il savait ce qu’elle avait vécu, dans son enfance, puis dans sa vie professionnelle, puis comme pépins de santé. Elle avait un mari, deux enfants et un petit-fils, mais elle avait souffert, et il lui pardonnait d’avance son comportement. Au fond, elle n’avait que lui. Et sans doute l’aimait-elle, à sa manière, comme un bébé qui massacre le doudou qu’il ne veut pas quitter.

Il pouvait rester plus de deux heures assis au volant de sa voiture enfermée dans le garage. Parfois, il riait tout seul, de sa situation, de ses pensées : c’est quand même con d’utiliser sa voiture avant tout pour s’asseoir dedans quand elle est dans le garage ! Le comble est que c’est souvent son épouse qui mettait fin à cette parenthèse salutaire. Il s’éloignait pour ne pas lui imposer sa présence qui la mettait en rogne, et c’est elle qui venait le débusquer :

– Mais qu’est-ce que tu fabriques encore là-dedans ?! As-tu encore toute ta tête ? Pauvre cinglé !

Et elle tapait sur la vitre et sur le capot jusqu’à ce qu’il sorte du véhicule. Un jour, elle beugla :

– Mais sors de cette bagnole, enfin ! Et ouvre le garage, aère-toi !

Il décida de la prendre au mot. Il sortit la voiture du garage et la laissa dans les 6 mètres de l’allée qui menait de la rue à la maison. Il ouvrit le portail coulissant, alla chercher un des transats d’été rangés dans le cabanon du jardin, qu’il plaça au centre du garage. Il prit un de ses livres et s’installa confortablement. Il se rendit tout de suite compte qu’il fallait pousser davantage la voiture qui obstruait l’entrée et empêchait la lumière du jour. Il se releva et déplaça le GMC pour le garer dans la rue le long du trottoir ; c’était un de ces quartiers résidentiels de classe moyenne américaine, il y avait de la place. 

Il se réinstalla dans son transat, perpendiculaire à la sortie, pour avoir à la fois la lumière de l’extérieur et la vue qui donnait sur la rue calme de son quartier. Tout de suite, il se sentit bien. Il ne faisait pas très chaud – les hivers étaient rigoureux dans le Maine, surtout quand soufflait le vent du Canada – mais avec un manteau, un bonnet, des gants et des chaussettes, il était bien. Surtout, cette originalité qu’il s’accordait et qu’il ne cachait pas, lui donnait un sentiment de liberté.

Il ne fallut pas longtemps pour que des voisins le remarquent et lui envoient un signe amical. Certains même l’interpelaient :

– Hey, Joe : cool, ton installation !

– Bonjour Monsieur Gardner ! lui lancèrent des enfants.

– Bonne lecture, lui souhaita même une inconnue. 

Mince alors : il avait ouvert la porte de son garage et le monde lui souriait !

Sa femme sourit à sa manière :

– Tu te donnes en spectacle, maintenant ? Tu cherches à être le plus dingo, c’est ça ? Tu veux nous humilier ?

Il sourit, lui aussi. Rien ne pouvait l’atteindre.

Il prit l’habitude de venir lire dans le garage entre 14 heures et 16 heures, la porte, le cœur, les yeux ouverts sur l’extérieur et en même temps plongés dans une bonne histoire. Cette concomitance d’abord l’étonna : comment être à la fois pris dans un livre et attentif aux autres : par quel miracle la littérature vous ouvrait-elle sur le monde ? Comment des gens qui le voyaient lire semblaient-ils avoir envie d’entrer en contact avec lui ? C’était mystérieux, presque magique.

Bien vite, il eut envie de profiter de la sympathie qu’il suscitait pour nouer des contacts avec les gens qui passaient devant chez lui. Ceux qui le saluaient semblaient ne demander que ça ; les plus discrets ressentaient peut-être le même besoin de parler que les autres. Dans un coin du garage, se trouvaient un casier à bouteilles et un petit placard de rangement de nourriture longue conservation. Ils contenaient donc de quoi offrir une boisson et grignoter. Il ne manquait que des verres, qu’il n’était pas possible de prendre dans la cuisine ou dans le vaisselier du séjour, sans quoi Michelle ferait une scène. 

Joe se rendit au supermarché et acheta gobelets et assiettes en carton. Il pensa alors au café, qui serait sans doute plus apprécié les jours froids, acheta des tasses en plastique, des touillettes, quatre paquets de café moulu et des filtres. Des filtres car il prendrait la vieille cafetière qui ne servait plus depuis que les capsules et dosettes avaient envahi le marché. 

L’après-midi, alors qu’un type du bout de la rue qui sortait son chien trois fois par jours le saluait, Joe posa son livre, se leva et lança :

– Je vous offre un café ?

Le type eut l’air étonné mais ne refusa pas. Il était encore dans le garage avec Joe quand celui-ci interpella sa voisine d’en face :

 – Émily, ça te dit ?

Bien sûr que ça disait à Émily, qui n’appréciait que moyennement Michelle et qui était curieuse comme pas deux. 

Ils se mirent à discuter tous les trois, puis bientôt Émily et le type au chien entrèrent dans un débat passionné. Joe avait envie de rire.

Le soir, Michelle demanda :

– Qu’est-ce que tu fabriques dans le garage, on peut savoir ?

– Rien, j’ai invité quelques personnes à prendre un café.

– Tu comptais m’en parler quand ? Tu fais entrer des inconnus chez nous et je ne suis pas au courant ?

– Est-ce que j’ai caché quoi que ce soit ?

– Tu cherches, Joe, tu cherches !

Le lendemain matin, il décida de placer l’établi jusque-là coincé contre un mur au centre de garage, il servirait de table pour poser tasses et gobelets. Mais l’après-midi, une vieille femme qui avait accepté d’entrer tout en refusant une boisson lui dit :

– Je vois que vous avez quelques outils. J’ai un lampadaire en fer forgé qu’il faudrait solidifier. Il y a aussi un faux contact, l’ampoule parfois se met à clignoter. Vous pourriez réparer ? 

– Ça devrait être faisable.

– Ce qu’il y a, ajouta la vieille, c’est qu’il faudrait que vous veniez le chercher ; je suis incapable de porter un truc pareil.

– Pas de problème.

Quand, l’après-midi suivante, les passants virent Joe souder, dénuder un fil, changer une douille, puis remonter la rue avec le lampadaire pour le rapporter chez la vieille dame, le bouche-à-oreille se mit en marche.

– Joe répare des choses, dans son garage.

Dès le lendemain, alors qu’il offrait une bière au voisin d’à côté, une femme entra et lui demanda :

– Dites, est-ce que vous sauriez réparer un lave-vaisselle ? 

Joe se gratta la tête :

– Là, vous m’en demandez beaucoup. 

C’est alors que le voisin s’exclama :

– Moi je sais ! Je maitrise un peu la plomberie et j’ai réparé le mien l’an passé.

– Vous pourriez venir voir ?

– Oui, d’accord.

C’est ainsi que le garage de Joe élargit encore ses fonctions, devenant une sorte de fab-lab, c’est-à-dire un espace dans lequel on échange des compétences pour fabriquer, ou réparer, toutes sortes d’objets. 50 ans plus tôt, certains avaient créé des ordinateurs dans leur garage, et ils avaient bâti des empires… Joe ne bâtirait aucun empire, mais il créait de l’entraide, efficace et chaleureuse.

Michelle eut un problème : elle était dépassée. Elle trouvait son mari ridicule, en même temps elle était obligée de remarquer, un que c’est elle qui l’avait poussé à se tourner vers les autres, deux qu’il était en train d’inventer quelque chose d’assez exceptionnel, quoique parfaitement simple et naturel.

– Tu peux m’expliquer ? demanda-t-elle un soir avec moins d’arrogance qu’elle ne l’aurait voulu.

– Que veux-tu ? Les gens se plaisent à venir parler dans le garage.

– Et pourquoi ça ?

– Parce que je l’ai ouvert, qu’on a échangé des signes, puis des mots, puis des services, puis des objets.

– Tu me préviens quand tu vends la maison.

– Mimi…

Désormais, à peine se posait-il à 14 heures dans son transat avec un livre que quelqu’un arrivait, pour discuter, pour proposer ou demander un service. Et des interactions toujours différentes se produisaient au cours des après-midi dont aucune ne ressemblait à la précédente. 

Il y avait les bricoleurs, mais il y avait aussi les littéraires. Certains, surtout certaines, interrogeaient Joe sur ses lectures. Alors, il prêtait, allait chercher un livre, tout en assurant qu’il n’y connaissait rien, qu’il lisait à l’instinct et seulement des histoires simples et fluides.

– Il n’y a pas de meilleure façon de lire ! s’enthousiasma une ancienne professeure de lettres.

C’est une autre femme qui dit un jour :

– J’ai une petite bibliothèque dont je ne me sers plus. Je l’apporte si vous voulez, avec quelques livres. Comme ça vos visiteurs pourront se servir.

C’est ainsi que fut initiée la plus grande boite à livres de la ville, avec café chaud ou thé glacé en prime. 

Au fur et à mesure des discussions avec celles et ceux qui s’approchaient du garage où parait-il le taulier offrait une boisson, proposait des livres, mettait en relations, réparait ce qui devait l’être, Joe découvrit la diversité. Il aurait plutôt pensé que toutes les vies étaient les mêmes, que rien ne distinguait un être humain de son voisin. Or, il s’apercevait que chacun avait une histoire, différente de celle des autres. Jamais, par exemple, il n’aurait cru que Jim Watterson ait été champion de course à pied, que Flora Bellground ait perdu un fils en Irak, que le vieux Ronnie ait été un professeur adulé dans son lycée. Et chacun ne possédait pas qu’une caractéristique, ne se limitait pas à un trait dominant :  Jim Watterson était en plus un amateur passionné de l’histoire de la démocratie américaine ; Flora Bellground était la cheville ouvrière de l’exemplaire communauté de la paroisse Saint Patrick ; Ronnie, chef de gang dans son adolescence, était passé par la prison avant de trouver la lumière et d’entrer dans l’enseignement. 

Oui, les personnalités étaient riches et complexes. Les apparences étaient trompeuses. D’autant que les gens communiquaient mal. Certains parlaient trop, d’autres trop peu. L’objectivité était impossible, chacun se trompait sur les autres et sur lui-même. Mais Joe voyait ces faiblesses avec indulgence. Personne ne cherchait à mal sans raison, même si pour certains la poursuite du bonheur prenait des chemins tortueux. 

Joe comprit qu’on faisait beaucoup de choses avec l’écoute le jour où il vit s’allumer les yeux tristes d’un type qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam, débarqué dans son garage avec, lui sembla-t-il, le besoin de lui parler de sa collection de trompettes.

– Apportez-en une. Vous m’expliquerez pourquoi c’est une belle trompette. Et puis vous pourrez jouer un petit air, je crois qu’on n’en a jamais entendu, dans le quartier.

L’inconnu resta interdit un moment, comme s’il n’y croyait pas, puis il s’en fut presque aussitôt, comme s’il devait se cacher pour assimiler le coup. Il revint le lendemain avec une magnifique trompette, qu’il put montrer à Joe et à trois autres personnes qui passèrent au garage à ce moment-là. Et, à la demande de Joe, il se mit à jouer un air de Miles Davis, là au seuil du garage, l’instrument levé vers les arbres qui bordaient le rue. Des fenêtres s’ouvrirent, des passants s’arrêtèrent. Ce petit homme d’apparence insipide arrêtait le temps, libérait des tensions, embellissait la vie. Parfois, la poésie s’immisçait dans le tumulte, et il fallait saisir ce moment de grâce. Les notes s’enchainaient les unes aux autres, et chacune jouait son rôle, créait de la beauté, entrait en résonance. Le joueur s’arrêta, étourdi lui aussi ; ce fut une belle après-midi. 

Il y avait donc, dans cette banlieue moyenne de Portland, un garage dans une rue qui en comptait 30 de chaque côté, tous ou presque accolés à une petite maison et précédé d’une bande de goudron qui longeait une pelouse défraichie, un garage juste ouvert et dont la position original de l’homme à l’intérieur, assis dans un transat avec un roman policier, avait petit à petit amené les gens à entrer en relation avec lui, et vice-versa. Dès lors, le garage avait été transformé en un tiers-lieu original, où les individus se redécouvraient sentimentaux, singuliers et solidaires. Ces interactions inédites créaient un microclimat qui attiraient aussi chiens et chats, écureuils et oiseaux. Le garage de Joe était œcuménique. 

Un jour, une voiture de patrouille s’arrêta devant et trois flics vêtus de noir en sortirent. 

– Monsieur, que vendez-vous ici ?

– Rien, dit Joe. Je ne vends rien, personne ne vend rien.

– Pourquoi tout ce monde, alors ? Toutes les après-midi à ce qu’il parait ?

– Nous discutons, nous échangeons, nous nous rendons des services.

– Il y a des associations pour ça.

– Sans doute. Mais cela n’empêche pas les habitants d’un quartier de se parler.  Vous êtes vous aussi les bienvenus.

Cette visite de la police fit plus de bien que de mal à Joe et à ses invités.

Mais la plus belle transformation s’opéra à l’intérieur de la maison. Joe, qui ne pouvait désormais plus lire dans son garage, lisait le soir dans son lit, avant de s’endormir.

– Tu te plaindras pas si tu as mal à la tête ! avait commencé à le morigéner Mimi. 

Et puis, voyant que rien ne pouvait détourner son mari de son quart d’heure de lecture avant de s’endormir, elle lui avait lancé un soir :

– Tu pourrais au moins m’en faire profiter !

Joe n’avait pas prononcé un mot, mais il était revenu à la première page de son polar et avait commencé à lire tout haut :

– « À 5 heures, ce mercredi 14 octobre, le Frère Vincent, prieur de la communauté des Voix du Seigneur, ouvrit les yeux et fit son signe de croix. Il… » 

Et il lut pour son épouse le premier chapitre de son roman.

– Ouais, pas mal, lâcha Mimi quand son mari s’arrêta.

Joe lut la suite le lendemain soir. 

– C’est bien écrit, dit Mimi, quand ils éteignirent la lumière.

Le troisième soir, Joe s’arrêta au milieu du chapitre 3, ses yeux se fermant.

– Eh ! s’exclama Mimi. Tu vas pas t’arrêter au milieu !

Joe sourit, c’était gagné.

Il sourit davantage quand, le lendemain après-midi, alors que les va-et-vient avaient repris devant le garage, il vit arriver, par la porte qui communiquait avec la maison, Mimi tenant une bouilloire dans une main, une assiette de cookies dans l’autre. 

– On gèle, ici ! Vous allez attraper la mort !

Joe fit de la place sur l’établi et elle posa ce qu’elle avait apporté. Il se dégageait un arôme délicieux des cookies, qui visiblement sortaient du four. Les quatre personnes présentes en salivaient d’avance.

– Oh merci, Madame Gardner.

Alors, qu’elle tournait les talons, Joe saisit son épouse par le poignet. Elle lui fit face :

– Je t’aime, lui dit-il doucement.

Les yeux de Mimi se brouillèrent. Il l’embrassa, puis lâcha son poignet pour qu’elle puisse aller cacher son émotion. Bientôt, il en était sûr, elle viendrait elle aussi échanger avec les visiteurs du garage.

3 commentaires

  1. première lecture du blog et…que d’émotion ! une valse de personnages , situation allant crescendo
    ou comment rapprocher les humains entre eux, de manière presque simple. Bravo.

    Aimé par 1 personne

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