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Elle est pas belle, la vie ? Bientôt 3 mois que je me la coule douce au bord de la piscine. Payé à rien foutre, le rêve. Il a fait un temps divin, en plus. Si y’a eu 8 jours de pluie sur 80, c’est le maximum. Y’a un dieu du confinement. Ah putain, le pied ! 

Eh, attendez, je suis pas le seul dans ce cas. On est 12 millions. Ouais, 12 millions en chômage partiel, c’est-à-dire en vacances totales. Si j’ajoute les vrais chômeurs plus les branleurs de la fonction publique et des grandes entreprises qui soi-disant sont en télétravail, ça fait les deux tiers de la population active qui restent peinards chez eux toute la semaine. C’est bien, la France, quand même. On progresse sans cesse.

Domitille est encore plus contente que moi. Que je sois là, que les enfants soient là. Les gonzesses, elles peuvent pas être mieux que quand elles ont mari et moutards autour d’elles. Le reste, les autres, le monde, elles s’en foutent. Ça pourrait durer toute la vie, ça leur irait très bien. Leur mec, leurs petits, les repas en famille, la préparation des repas avec les enfants, les jeux avec les enfants, le jardin avec les enfants, la piscine avec les enfants, le bain des enfants, les discussions avec les enfants, les câlins avec les enfants et sans les enfants, des vidéos avec les enfants et sans les enfants : voilà la recette du bonheur selon Domitille et les 4/5e des Françaises de sa génération. 

Moi, je faisais ça le week-end, les jours fériés, en vacances. Là, 7 jours sur 7 pendant des mois, j’avais peur de m’emmerder un peu. En fait, on prend vite le pli. Elle a raison, Dodo, il est là le bonheur, faut pas chercher plus loin. Et puis pas mettre le réveil le matin, voire même se recoucher après le petit-dej, ça aussi c’est top. On s’est pris de ces panards !

Ouais, parce que faut que je vous dise, mais question cul, ça l’a méchamment stimulée, la Domitille, d’avoir son tout petit monde autour d’elle. C’est un peu comme si elle voulait me remercier toutes les nuits, alors que j’y suis pour rien, honnêtement. Elle en redemandait toujours. Et cochonne, avec ça ! J’arrivais plus à fournir. Alors j’ai fait un truc, pour la première fois : j’ai pris des pilules bleues, vous savez celles qui aident les hommes et qui plaisent aux femmes. J’ai 38 ans, c’est plutôt après 40 ans qu’on prend ça, mais à la guerre comme à la guerre. Les circonstances étaient exceptionnelles. Eh ben mon pote, j’avais une de ces triques ! Quand je voulais ! T’aurais vu la Dodo, si elle était contente. Merci, petit corona.

Faut dire qu’elle vieillit bien, ma femme, j’ai de la chance. Bon, comme toutes les nanas, elle a pas échappé à la malédiction de l’après-naissance : elle a perdu des seins et pris du cul. Mais y’a encore de la marge, des deux côtés, dans les deux sens. Et puis on a que deux gosses, ah ah ! Sinon, elle s’entretient bien, elle nage, elle va au club de gym, chez l’esthéticienne… Enfin quand c’est pas fermé cause virus. Mais elle s’est démerdée. Et franchement, après presque 3 mois à la maison, elle assure, j’ai pas à me plaindre.

Elle est intraitable pour la santé. Ouh là ! Y’a du gel hydro-alcoolique dans chaque pièce de la maison, faut se laver les mains quinze fois par jour et elle sort pas les enfants sans masque. Même pour aller faire du vélo dans l’allée (ils ont 6 et 4 ans, le petit a des roulettes), ils sont équipés comme pour l’Everest. Et quand elle revient des courses, elle lave les fruits et légumes à l’eau bouillante avant de les mettre dans le frigo ou à la cave, et elle passe une lingette désinfectantes sur tous les emballages des produits qu’elle a achetés. Après quoi elle se douche et elle se change. Ça rigole pas.

Même après le 11 mai, elle a refusé qu’on aille déjeuner chez mon frère qui nous invitait. J’ai été voir mes parents une fois, eh ben elle m’a fait la gueule pendant 36 heures (la seule nuit où elle a pas eu envie de…). Les siens, elle les appelle, avec les enfants bien sûr, en Face Time pour qu’ils se voient, elle dit que qu’il faut respecter les distances, les protéger même contre leur gré, que chacun doit faire un effort, etc.

Bien sûr, elle a pas voulu qu’on remette les enfants à l’école, même si pour eux c’était que deux jours par semaine et en demi-groupe. Elle dit que c’est pas sécurisé. J’ai pas bien compris quel était le danger, mais ça se discutait pas. Juste une fois, j’ai calculé tout haut :

– Entre les 13 mars et le 13 septembre, ça fera 6 mois sans école. C’est beaucoup, quand même…

Elle m’a regardé avec des yeux horrifiés.

– Tu parles sérieusement, là ? Tu veux envoyer tes enfants à la mort pour qu’ils apprennent à lire et à compter ? T’es comme ces inconscients qui croient qu’il n’y a pas de danger parce qu’ils ne le voient pas ? T’en es pas là, quand même ? Rassure-moi. 

J’ai rassuré. Faut pas la contrarier. C’est d’ailleurs un truc que j’ai appris pendant cette période : si on dit oui à tout, la vie est plus simple. C’est pas compliqué : oui. Du coup, je peux pas dire qu’il y a eu beaucoup de tensions entre nous. Il parait que dans les appartements, ou dans certaines familles, c’est l’enfer. Mais qu’est-ce qu’on y peut ? Chacun sa merde. Non, nous, ça s’est bien passé. On a été cools. Nos salaires tombaient tous les mois et on se laissait vivre. Le bonheur. 

Est-ce qu’on va le payer cher ? Je suis pas sûr. L’argent, on l’a trouvé, la preuve. Déficit, dette, qu’est-ce que ça veut dire, puisque c’est toujours l’État, ou l’Europe, qui prête et qui rembourse, ou qui fabrique la monnaie ? Ça me fait penser à une réplique de Lambert Wilson dans le film Jet set : « Les pauvres, s’ils ont pas assez d’argent, ils ont qu’à en acheter ». Ah ah ah ! Là, l’argent, on l’a même pas acheté, on l’a fabriqué. Encore mieux.

Et puis, attends : on cotise. Oh ! Depuis des années ! Faut bien qu’on récupère un jour, non ? J’ai transpiré pour ça, mes parents et mes grands-parents se sont battus pour que les salariés aient des droits dans ce pays. Ça compte, faut respecter ça. Faut se battre pour préserver les acquis. Et continuer à progresser. Parce que où est-ce que c’est écrit que l’homme devrait travailler ? Hein ? Est-ce que le travail, c’est pas le Moyen Âge ? Au XXIe siècle, on n’est pas capable de sortir de ça ? C’est l’occasion, je pense, de réaliser que y’a autre chose que le travail dans la vie. On peut vivre autrement. Le revenu universel, c’est l’évidence, quand tu réfléchis. Après, chacun peut le compléter comme il veut, en économisant, avec son héritage, des placements… Sécurité et liberté, c’est parfait.

Dis donc, je deviens philosophe, moi ! Ou économiste. C’est le soleil. On va atteindre les 30° aujourd’hui, encore une belle journée. Putain, on est fin mai et je suis déjà noir. Les petiots sont comme des caramels au chocolat. Domitille, elle fait gaffe, elle abuse pas, elle veut rester jeune, mais elle est quand même super bronzée, elle a une peau superbe. On est beaux, quoi.

Bon, 11 h 20, je vais aller préparer le barbec avec les petits, ils adorent ça. Et moi aussi. Après, on se prendra l’apéro, tranquilles. C’est vraiment une bonne période. Et le plus génial, c’est que dans un mois, c’est le début des vacances.

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