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XV – Le poids du secret (6)
Il avait tué une femme. Une vieille femme. Une brave vieille femme. Comment était-ce possible ? Comment était-ce simplement possible ?! Sa seule consolation était qu’elle avait fait son temps. Et qu’il lui avait peut-être évité de passer la fin de sa vie à se pisser dessus dans un Ehpad. Tout de même. Planiaud était mauvais, lui, un malfaisant, un hypocrite planqué derrière ses principes et ses oripeaux. Mais elle ? Une pauvre grenouille de bénitier. Qui avait eu le malheur de venir le déranger, alors qu’il découvrait le souterrain. Pourquoi avait-il voulu aller le voir de plus près ? Pour voir justement, pour se confronter à la racine du mal. Oui, toute sa névrose venait de là. De cette crypte dans laquelle il avait deviné que son père avait assassiné un homme qui le gênait dans l’exercice de son pouvoir sur la mémoire de Brive.
Jusque-là, malgré les tentations et les tourments, il avait laissé cette crypte là où elle était, il n’y avait même jamais mis les pieds. Il en avait rêvé, souvent, mais le jour finissait par chasser les images de la nuit. Et il s’en sortait. Même en 1986, quand ils avaient réaménagé la place une première fois, il n’avait pas eu peur. Le cadavre était selon lui sous l’église, donc inaccessible. Il avait fallu la résurgence du squelette au début de ce mois de mars 2013 pour tout détraquer. Il avait compris que s’ils avaient trouvé le cadavre sous le parvis côté nord, côté rue Toulzac, c’est qu’un conduit menait là. Un conduit qui partait du fond de l’église. Donc un souterrain. La presse n’avait rien dit à ce sujet encore, ce con de Chautard avait dû bloquer l’info, une fois de plus. Mais lui, le fils, il avait compris, il avait deviné. Et il avait voulu aller voir.
Avec ses planques et ses tournées autour de la collégiale, il avait repéré les manèges et les horaires. Et planifié sa visite. Un jour où il n’avait pas de cours à dispenser. Un mercredi matin. Pendant l’heure creuse. Il était entré sans problèmes. Il n’y avait personne. Il avait été jusqu’à la crypte, était descendu. Il avait été surpris par la modestie des lieux. Un simple couloir, avec une vitrine à gauche, une vitrine à droite. Il avait vite compris que s’il y avait un souterrain et une cache possible c’était du côté des sarcophages, dans cette espèce de grotte qui abritait des tombeaux ouverts et fermés. Il portait des gants. Il avait un peu de matériel dans le cartable qu’il avait pris. Il força les serrures des vitrines sans difficultés. Il fut juste gêné par l’éclairage, qui s’éteignait au bout de deux minutes. Il se hissa au niveau du sol de la grotte, et là, s’éclaira avec une torche qu’il n’avait pas oubliée. Ces monolithes à côté ne lui créaient pas d’émotions. Est-ce que l’un d’eux recouvrait l’entrée d’un souterrain ? Peu probable. De toute façon, il ne pouvait pas vérifier.
Il s’intéressa aux bords de la cavité, creusée en un demi-cercle imparfait à même la roche. Il la longea en scrutant la paroi qu’éclairait sa torche d’un faisceau trop mince. Ce n’était pas pratique, il ne pouvait pas se tenir debout, le plafond était trop bas. Il ne tarda pas à trouver ce qu’il cherchait. Le haut d’une porte. Là, au milieu de la roche inamovible, on avait pratiqué une ouverture, que l’on avait fermée avec un bois épais, dont émergeait une
cinquantaine de centimètres.
Il ouvrit son cartable et en sortit une petite pioche sans manche. Il se mit à creuser. Il fallait arriver jusqu’à la serrure. Il s’escrima pendant un bon quart d’heure. Et si un visiteur arrivait ? Il avait veillé à refermer le mieux possible les vitrines. Il lui suffirait de s’arrêter de faire du bruit. De toute façon, il était peu probable que quelqu’un vienne dans ce trou à cette heure. Il atteignit la serrure. Grosse. Rouillée. Il n’avait pas de clé. Mais il avait un tournevis, un crochet, une tenaille, ainsi qu’un chalumeau et un masque.
Il s’escrimait depuis cinq minutes quand la lumière de la crypte s’alluma. Il s’immobilisa. Il distingua des frottements. Puis des pas. Quelqu’un descendait l’escalier de droite. Il entendit aussi des respirations. Fortes. Il posa ses outils, éteignit son chalumeau, mais conserva son masque. Il n’y eut plus de bruit, soudain. Mais au bout de quelques secondes, les pas reprirent, hésitants mais plus près. Quelqu’un approchait, et touchait les vitrines. Merde.
Avec les sarcophages et l’obscurité, on ne pouvait pas le voir. Une voix s’éleva. Il ne comprit pas le début, mais perçut la fin de ce qui semblait une question :
– … ils ont oublié de fermer hier, c’est ça ?
Bon sang, une vieille ! Qu’est-ce qu’elle racontait : « fermer hier» ? Quelqu’un est venu ici hier ? C’est toi Chautard qui étais là, ou ton gars de la scientifique, le crâne d’œuf ? La voix reprit :
– Pouah, ça sent mauvais, la mort…
Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? Il fallait aller voir. Il s’avança vers les vitrines, prenant garde à ne pas se cogner. La voix s’éleva encore, mais, à cause du bruit de ses pas sur la terre et les cailloux, il n’entendit que la fin de la phrase :
– … Monsieur le curé ?
Pensait-elle qu’il était le curé ? Il avança encore et il l’aperçut, du moins ce qui dépassait : le haut d’un manteau, une tête. Elle le vit, elle aussi. Une vieille femme. Qui hurla :
– Aaaahhhhh !
Comme s’il y avait un lien de cause à effet, les lumières s’éteignirent. Elle hurla plus fort :
– Aaaaahhhhhhhh !
Il fit coulisser une des vitres et sauta à terre, emmenant avec lui de la terre et sans doute un peu de verre. Il hésita une seconde. Le noir était presque complet. Il balaya devant lui avec son bras pour voir où elle était, la heurta. Il la saisit par un bras d’abord, par le cou ensuite. Elle cria encore. Il entendit tomber ce qui devait être une canne. Tant pis, s’était-il dit. Il ne pouvait pas prendre de risques. Il serra. Il sentit ses mains à elle qui essayaient d’agripper ses bras à lui. Mais ça ne dura pas. Ses jambes ne la tenaient plus, et il l’accompagna à terre, sans
relâcher la pression de ses doigts sur le cou. Il sentit des os, des veines, des cartilages, il ne savait pas trop. Il serra encore. Puis toute résistance dans le corps céda. Il maintint la pression. Puis il finit par relâcher et il se redressa. En sueur.
– Quelle conne…
Il aperçut le bouton de la lumière, appuya. Il regarda le corps, sans forme. Qui faisait tâche au milieu des pierres. Trop en chair. Presque… vivant. Et s’il la mettait dans le souterrain ? Oui, c’était une solution. Merde, mais la traîner là-haut ? Et puis la porte n’était pas ouverte. Il remonta seul sur le surplomb. Retrouva son sac, ses outils. Alluma la torche.
Il allait s’attaquer de nouveau à la serrure quand il se passa quelque chose d’étonnant : le courage, ou peut-être l’envie, lui manqua. C’était trop dangereux maintenant. Quelqu’un d’autre allait venir. Et puis à quoi bon ? Il sentit sa confusion. Cette petite vieille m’a interrompu, merde. Elle a tout gâché.
Il enleva son casque, rangea son attirail. Garda ses gants. Il se dirigea vers les vitres à la lumière de sa torche, car la minuterie avait de nouveau coupé la lumière dans la crypte. En sautant sur le sol, son sac, et les outils en fer dedans, accrochèrent une vitre, qui s’émietta sur le bord sans se casser car elle était en verre épais. Il appuya sur le bouton et les lampes se rallumèrent. Il regarda le cadavre à ses pieds, la canne, tandis qu’il tendait l’oreille. Tout avait l’air calme au-dessus.
De fait, après s’être épousseté le mieux possible, il sortit de l’église sans rencontrer personne. Et il rentra chez lui. Voilà comment ça s’était passé.
À la télé le soir, dans les journaux le lendemain, il avait vu le bazar que ça avait causé. Il ne voulait plus y penser. S’il n’avait pas pu entrer dans le souterrain, c’est que ça ne devait pas se faire. Il avait vu l’entrée, il l’avait découvert. Ça suffisait. Il n’y avait de toute façon plus de cadavre à l’intérieur, vu qu’on l’avait retiré par le haut, par la surface. Restait-il quelque chose ? Des indices qu’aurait laissés son père ? Volontairement ou non ? Il ne le saurait jamais. Sauf… sauf si les flics finissaient le travail qu’il avait commencé. Ils faisaient le même boulot, finalement, eux et lui. Il allait partir, dès ce week-end. Pour une quinzaine de jours. Il se ferait délivrer un certificat médical chez n’importe quel escroc en blouse blanche, et il laisserait les choses se tasser en suivant de loin. Si ça dégénérait et que ça chauffait pour son matricule, il pourrait toujours prolonger son escapade.
L’avantage avec les flics, c’est qu’ils étaient lents. Ils pouvaient être coriaces, perspicaces parfois, mais ils étaient d’une lenteur maladive. Incroyable. Même quand ils couraient, ils étaient pitoyables. Est-ce qu’on imaginait le Chautard en train de piquer un sprint ? Ah ah !… Il irait à Royan. Il avait envie d’océan, d’air, de large. En cette saison, il trouverait un hôtel sans problème. Peut-être même un meublé, qu’il pourrait louer à la semaine ou au mois. En se couchant le vendredi soir, il mit son réveil pour le lendemain à 7 heures, prévoyant son départ à 8.
–––
XVI – La fin et les moyens
Ils avaient décidé de le cueillir par surprise. Il était dangereux, et incontrôlable. Il fallait laisser le moins de temps possible entre le moment où il s’apercevrait qu’il était repéré et le moment où il serait immobilisé.
Samedi 16 mars à 7 h 45, deux voitures banalisées (les deux seules du commissariat) quittèrent le centre-ville pour l’avenue de la Garenne Verte, du moins pour les rues adjacentes ; l’une fut garée rue Santos Dumont, l’autre rue Jules Renoir. Trois hommes avaient pris place dans la première voiture – Plante, Trichot, Florian – et trois dans la seconde – La Teigne, Le Rouque et Gégé. Le commissaire avait décidé qu’il n’irait pas, ses limites physiques pouvant compliquer l’opération. Puisque le but n’était pas de parlementer mais d’interpeller et de ramener au commissariat le présumé coupable, mieux valait envoyer des hommes capables d’agir fort et vite.
Ils avaient tous les six accroché un micro à leur blouson, fixé une oreillette, branché le système. Ils étaient tous armés de leur Sig Sauer, que le brigadier-chef Leroux avait tenu à réviser lui-même avant leur départ :
– Bon Dieu, Jean, t’avais pas besoin de te lever à 6 heures du mat un samedi pour briquer des armes qui ont pas bougé dans la nuit ! avait lancé Plante.
– On va pas combattre un gang, avait ajouté Le Rouque, on va chercher un malade.
– Je sais bien. N’empêche, c’est quand on s’y attend le moins qu’arrivent les dysfonctionnements. On n’est jamais trop prudent.
– Oui Papa, avait grincé La Teigne.
Leroux avait également préparé le pied-de-biche, du moins sa version modernisée, un boîtier électronique d’où partaient trois fils qu’on glissait dans l’interstice entre la porte et le chambranle, chacun des fils étant terminés par une mini-charge explosive, peu visible mais
efficace.
Ils venaient de se garer et de couper les moteurs. Plante, qui avait eu le temps de noter la configuration des lieux pendant les deux nuits de planque, la rappela à tous, même si Le Rouque et La Teigne la connaissaient déjà eux aussi.
– Jardin sur les côtés et à l’arrière, dit-il dans les micros, tous étant encore dans leurs véhicules respectifs. Pas de porte au rez-de-chaussée à l’arrière. Attention : il y a une fenêtre côté droit et une derrière qui ne sont pas hautes, il peut sauter. Et les grillages qui délimitent les maisons voisines ne sont pas difficiles à franchir. Trichot et Florian, vous restez avec moi. On se présente à la porte d’entrée et on sonne. S’il n’ouvre pas normalement, on pose le boîtier. Rouquin, tu couvres la sortie du garage. Teigneux, tu te charges de l’arrière. Gégé tu prends le
côté droit. Tous les trois, vous restez à couvert. N’oubliez pas : on considère qu’il est armé. Mettons-nous d’office en position de défense. On a nos gilets, on fait gaffe à nos têtes. Ah, et encore une chose. Rouquin, vu ton positionnement, si tu aperçois des gens qui s’arrêtent sur
le trottoir pour voir ce qui se passe, tu dis « Police ». T’as un insigne ?
– J’ai ma carte.
– Ça fera l’affaire. Et puis tu prends ton air méchant, à mon avis ça suffira.
– C’est un compliment ?
– Un encouragement. Allez. On est prêts ?
Cinq « prêts » firent écho à celui du commandant, qui ponctua :
– Le plus vite sera le mieux. Tous ensemble ?
– Tous ensemble.
Ils sortirent des voitures. Le froid était vif et le jour à peine levé. C’était un quartier aux maisons espacées, sans commerces. L’avenue de la Garenne Verte était transversale entre l’avenue Georges Pompidou (route d’Argentat) et l’avenue du 8 mai 1945 (qui longe le stadium d’une part et la plaine des jeux des Boriotte d’autre part).
Les six hommes arrivèrent en même temps devant un portillon. Plante le poussa et ils entrèrent. Personne ne passa dans l’avenue à ce moment-là, c’était mieux. Un rai de lumière apparaissait toujours au bas du portail coulissant du garage. Une lampe était aussi allumée dans ce qui semblait la cuisine. Le commandant sortit son arme et tous firent de même. Plante, Trichot et Florian montèrent les quinze marches, les trois autres se positionnèrent comme convenu.
Plante actionna deux fois le heurtoir en cuivre sur la porte d’entrée. Il tendit l’oreille. Une télévision était allumée. BFM. Vincent Nouvel avait-il entendu les coups sur la porte ? Plante en remit trois. Toujours rien. Il fit signe à Trichot, qui portait le « pied-de-biche ».
– On va forcer la porte, dit Plante doucement dans son micro.
Il ne fallut pas plus de deux minutes à Trichot et Florian pour installer le dispositif.
– Commandant, reculez-vous.
Ils descendirent tous les trois quelques marches. Trichot actionna une mini-télécommande. Une détonation étouffée se fit entendre. Ils remontèrent aussitôt, poussèrent la porte qui ne résista pas. Ils traversèrent une fumée claire en brandissant leur arme, Plante criant « Police ! ».
Mais à ce moment, la porte du garage s’ouvrit. Le Rouque, qui était à dix mètres en biais, derrière un arbuste, retint sa respiration. Quand tout le portail se fut enroulé sur sa tringle fixée au plafond, seule une voiture apparut, une C5 marron. Vide et à l’arrêt.
– Merde, à quoi il joue ce con ?
– Police ! gueulait Plante. Rendez-vous, vous êtes cerné ! Monsieur Nouvel, montrez-vous et tout se passera bien.
Mais Nouvel ne se montrait pas. Ni par la porte d’entrée, ni par le garage. Soudain, la fenêtre à l’arrière s’ouvrit et un homme sauta.
–Il est là ! hurla La Teigne. Hauts les mains, enculé !
Mais l’homme qui s’était rétabli ne leva pas les mains. Il se mit à courir jusqu’au grillage qui délimitait sa propriété côté gauche. La Teigne gueula :
– Je l’nique ?
– Non ! On arrive! gueula Plante. Gégé, Rouquin, prenez-le par le voisinage !
S’engagea alors une course poursuite, qui ne dura pas longtemps mais qui mit en émoi quelques citoyens qui virent ou entendirent une cavalcade et des hurlements au pied de leur habitation. En deux minutes, Vincent Nouvel fut plaqué au sol par La Teigne qui le voulait pour lui, et qui parvint à ses fins après que son homme eut gagné le terrain dit également de la Garenne Verte, comme s’il avait choisi cet endroit-là pour tomber à terre et manger la pelouse. Et comme certains rugbymen sous une mêlée ouverte, La Teigne colla une mandale à son adversaire.
– Mais qu’est-ce que t’espérais, Ducon ?
Les autres membres de l’équipe arrivèrent très vite et le fuyard fut menotté et emmené.
– Faudrait fermer la maison, fut sa seule parole avant de monter en voiture.
C’est Le Rouque qui lui répondit :
– Pour l’instant, c’est ta gueule que tu vas fermer.
Une fois dans le bureau du commissaire, Vincent Nouvel ouvrit volontiers sa gueule. Il faut dire qu’il fut traité avec tact et respect. On l’invita à se laver les mains et la figure maculées de terre, on lui donna une poche de glace pour calmer l’hématome causé par le rugbyman, on lui offrit un café et même un croissant (reste de viennoiseries apportées par Leroux au petit matin).
Chautard, à ce moment-là tout au moins, se concentra sur l’essentiel. Et sur l’existentiel.
– Pourquoi êtes-vous allé dans le souterrain ? Qu’est-ce que vous comptiez y faire ?
– J’ai un peu de mal à me l’expliquer. Je crois que j’étais attiré, que je voulais voir, retourner sur les lieux du crime.
– Rrgghh… L’assassin éprouve souvent l’envie de retourner sur les lieux de son crime… Mais vous n’êtes pas l’assassin de ce crime-là, celui du 25 mai 1980.
– C’est vrai.
Le fils voulait-il s’approprier le crime de son père ? Le défendre et le partager avec lui ? Même s’il l’abominait ? Les comportements étaient, décidément…propres à chaque individu. Ou plutôt, se dit Chautard, les motivations et les émotions de l’être humain sont connues, et limitées, mais leur combinaison et leur manifestation sont infinies, ou du moins aussi
nombreuses qu’il y a d’habitants sur la terre.
– Avec quoi avez-vous tué Planiaud ?
– Avec une hache. Mais pas du côté tranchant.
Pudeur ? Timidité ? Peur du sang ?
– Avez-vous tué l’abbé pour récupérer la clé du souterrain ?
– Non. Je ne savais pas que l’abbé avait une clé.
Chautard accusa le coup.
– Pourquoi, alors ? Pourquoi avez-vous été chez lui pour le tuer ?
– Parce qu’il allait parler. Il a parlé, d’ailleurs, si j’ai bien compris. Je suis arrivé après vous.
– Quelques heures après. Vous ne souhaitiez pas que la police apprenne qu’il avait prêté les clés à votre père ?
– C’est ça. Car vous alliez établir le lien entre mon père et Legournier, entre le coupable et la victime. Ce que vous avez fait.
En effet, pensa Chautard. Le témoignage de l’abbé avait été important. Mais la solution serait peut-être apparue sans lui, avec les propos de Mme Baltès et ceux des membres les plus anciens de la S.B.A.
– Nous aurions peut-être trouvé la vérité par d’autres biais. Si votre père est maintenant considéré comme le meurtrier présumé de M. Legournier, vous comme celui de l’abbé Planiaud et de Marjolaine Michalon, c’est sur la base de plusieurs indices graves et concordants, pas sur la foi d’un seul témoignage. En supprimer un ne vous permettait que de retarder l’échéance.
– Au moins j’aurais essayé.
– Essayé quoi ?
– Essayé de préserver la mémoire d’un homme, mon père, que je n’aimais pas. Étonnant, n’est-ce pas ?
Étonnant, oui et non. Combien d’enfants maltraités par leurs parents se croyaient-ils néanmoins obligés de les défendre ? Une grosse majorité. Chautard fit répéter l’explication pour être sûr qu’elle était celle que voulait fournir le fils :
– Vous avez tué pour sauver l’honneur de votre père ?
– Oui. Je crois qu’on peut formaliser les choses ainsi. Même si ça donne un aspect un peu trop présentable à mes actes.
– Peut-être. En tout cas, c’est un mobile intéressant. Que je n’avais jamais entendu formulé, je crois.
– Si je vous ai appris quelque chose, c’est déjà ça.
Le commissaire marqua un temps d’arrêt. C’est vrai qu’il apprenait à chaque enquête, beaucoup. Comme toujours quand un suspect passait aux aveux, il entrait dans sa peau, il se mettait à sa place. Ce n’était pas difficile ici, car l’homme assis en face de lui dans son bureau avait retrouvé son calme et sa logique. Les crises qu’il avait connues ces derniers jours étaient passées. Peut-être parce qu’il pouvait parler, enfin, de ce qui le rongeait depuis des années. Parler et finir en prison, ou se taire et souffrir en liberté : l’alternative était cruelle. Bien malin, se dit Chautard, celui qui sait comment il réagirait dans ce cas de figure.
– Et vous, M. Nouvel, avez-vous appris quelque chose de ces deux semaines ?
– Sans doute. Notamment qu’il est très difficile de garder un secret. Surtout quand l’objet du secret revient sur le devant de la scène.
– J’imagine… Car vous saviez depuis le début, ou presque ?
– Oui. Mais ne m’accablez pas, Commissaire.
– Je ne vous accable pas. J’aurais été embêté à votre place… J’aurais souffert moi aussi…
– Merci de le comprendre.
– Savoir que son père a commis un crime…
– Ce qui m’a retenu de le dénoncer, je crois, ce n’est pas l’amour que j’aurais porté à mon père, puisqu’il n’existait pas, mais quelques arguments simples : je savais qu’il ne récidiverait jamais, que ce meurtre était lié à son obsession, la Société du Brive Ancien, et que cette obsession était unique. Il n’était donc plus un danger pour la société. Le mettre en prison n’aurait servi à rien.
– Et la famille de la victime, vous y avez pensé ?
– Bien sûr. Il y avait Élodie, en plus. Vous savez ?…
– Je sais les liens qui vous ont un temps unis à la fille de M. Legournier.
– Bon. Cette empathie vis-à-vis de la femme et des enfants de la victime était ce qui me poussait le plus à révéler la vérité. Mais cette tentation était en balance avec la volonté de ne pas envoyer mon père en prison pour rien, et de nous faire souffrir inutilement. Pour faire pencher le plateau du côté du silence, je me disais que M. Legournier était mort, qu’il avait apparemment laissé une excellente image, et que sa disparition, traumatisante bien sûr, avait au moins l’avantage de ne pas remettre en cause cette image.
Dans sa tête, se dit Chautard, les meurtres de Planiaud et de Marjolaine ne comptent pas. Tout vient du meurtre de Legournier par son père, le reste n’est que conséquence, incidences secondaires.
– Vous avez peut-être oublié un argument. Même si votre père n’était plus un danger après son crime, même si la prison n’aurait pas réconforté la famille, il méritait sans doute un châtiment. Vous ne croyez pas qu’il faut payer sa faute, tout simplement ?
– Vous parlez de la notion de punition ? Celui qui a fauté doit être puni ? Et peu importe les autres considérations ? Je crois que je suis d’accord. Le problème vient du comment : la prison est-elle le bon moyen de punir ?
– On n’en a pas trouvé de meilleur, ou de moins mauvais, pour les criminels.
– Avez-vous une idée des conditions de vie en prison, Commissaire ?
– Peut-être un peu plus que vous, vu mon métier. Je me fais l’avocat du diable : n’est-il pas
normal que ces conditions ne soient pas idéales ? Y aurait- il punition si les prisonniers se retrouvaient dans un hôtel deux étoiles ?
– La privation de liberté est une sanction assez dure en soi. Pas besoin d’en rajouter.
– Vous voulez dire qu’il y a trop de promiscuité, pas assez d’hygiène, de la violence ?
– Oui, affirma Nouvel. Du coup, la prison ne rend pas les hommes meilleurs, mais moins bons.
– Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
– Le taux de récidive.
– Il est important, c’est vrai. Mais moins que le taux de non-récidive.
Chautard avait affaire à un homme intelligent, qui savait replacer son malheur dans un contexte.
– Vous pouvez peut-être m’apprendre quelque chose encore, reprit le commissaire : nous pensons que M. Legournier a été dévêtu avant d’être laissé dans le souterrain. Or, nous n’avons jamais retrouvé traces de ses vêtements. Votre père ne serait pas rentré avec un sac qui aurait pu les contenir, par hasard ?
– Je n’ai rien vu de tel, ni ce soir-là ni après.
Bon. Ce point resterait sans doute non éclairci. Cela ne changeait pas grand-chose.
– À combien vais-je être condamné, Commissaire ?
– Rrrgghh… Pour Planiaud, il y a préméditation… vous risquez 15 ans. Pour Marjolaine, il n’y a pas préméditation. Un bon avocat peut même plaider la mort sans intention de la donner, l’homicide involontaire. 5 ans. Et pour avoir tu le meurtre de votre père, vous ne sera pas condamné en plus.
– Ça fait 20 ans…
– La justice française étant ce qu’elle est, une condamnation à 20 ans équivaut à 10 ans effectifs. Quel âge avez-vous ?
– 57 ans.
– Vous aurez donc encore du temps après votre sortie. Et vous en avez eu avant d’entrer en prison.
– Une décennie derrière les barreaux… c’est long.
– Oui, c’est long. Utilisez ce temps. Pour lire, apprendre, donner, travailler. Il y a des choses à faire. Utiles. Et faites de l’exercice physique tous les jours, pour être en forme après votre sortie.
– C’est un sacré défi.
– Vous pouvez le relever.
Le commissaire se leva de son fauteuil et regarda par la fenêtre, les toits de Brive qu’il aimait tant. Ces toits qui protégeaient. Qui étouffaient, parfois. Il regarda l’homme assis à qui on avait enlevé les menottes.
– Je vais vous transférer chez le juge d’instruction. Il prendra votre déposition. Après, la justice suivra son cours.
– Vivement que tout soit terminé.
Chautard ne sut pas exactement ce que recouvrait le « tout ».
– Allez, venez. Courage.
Vincent Nouvel se leva. Ses vêtements étaient tâchés en raison de sa course poursuite dans les jardins et terrain de la Garenne Verte.
– On n’est pas si mal dans le bureau d’un flic… dit-il avec un sourire triste.
– C’est vrai, acquiesça Chautard : ici c’est la paix. Dehors, c’est…
Ils pensèrent à la même chose en même temps, mais c’est Nouvel qui parla le premier :
– Il n’y a que sous terre qu’on est tranquille.
– C’est pour ceux qui restent dessus que c’est difficile.
– Oui. C’est idiot, mais c’est comme ça.
À 15 h 30, Vincent Nouvel quittait le palais de justice dans un fourgon. À 15 h 40, il s’arrêtait avenue de la Garenne Verte. La maison était passée au peigne fin par le major Rebil, Tessaud et Falbuccio, gardée par Florian et Trichot.
Escorté par les agents Pascaud et Duly, le prévenu fut autorisé à se munir de quelques affaires personnelles. À 15 h 55, le fourgon et ses passagers prirent la route de Tulle. À 16 h 45, Vincent Nouvel était incarcéré à la maison d’arrêt.
–––
À 16 h 45, le juge Florent était en route pour Clermont-Ferrand. Mais à 15 h 30, avant de quitter le palais, il avait appelé le commissaire.
– J’ai signé le mandat de dépôt pour votre client. Je le reverrai, mais j’ai à peu près toute l’histoire.
Les deux hommes échangèrent sur quelques points, et convinrent de se retrouver le lundi pour tirer un bilan plus complet.
– Moi qui croyais que les bénévoles étaient des gens généreux, lâcha Florent, des individus forts d’un humanisme peu commun…
– La plupart le sont…
– Mais il y a aussi des arrivistes, des ambitieux, prêts à tout…
– Oui, et ce n’est pas incompatible avec la générosité. Je crois que des hommes et des femmes voient dans l’association dont ils deviennent membres un moyen d’exercer un pouvoir que la vie professionnelle, ou familiale, leur a refusé.
– L’association comme source de compensation…
– En quelque sorte. Rares sont ceux qui sont capables d’abnégation, de désintéressement.
– Intérêts personnels et collectifs ne sont pas forcément contradictoires.
– En effet. Je crois que la société française ne tiendrait pas sans les bénévoles. Les associations remplacent l’État dans bien des domaines. Et ce n’est pas une mauvaise chose…
– Pour dégraisser le mammouth…
– Oui, et pour responsabiliser les gens. Les inciter à se prendre en mains. Tenez, rien que dans le sport, par exemple. Aucun club ne tiendrait sans les bénévoles. Et s’il n’y avait pas les entraînements du mercredi et les matchs ou les compétitions du week-end, la violence et la souffrance seraient multipliées par dix. Alors tant pis si le papa qui emmène les gosses ou la maman qui lave les maillots le font parce que leur fils est dans l’équipe. Tenez, nous au cheval, pour les filles, si vous saviez tout ce que…
Chautard s’interrompit car il réalisa que la voix du juge n’avait toujours pas retrouvé sa gaieté.
– Rrrgghhh… Excusez-moi, Florent. Je parle de mes filles et vous… vous êtes en plein désarroi sentimental. Elle… n’est pas revenue ?
Les lèvres du juge tremblèrent, Chautard l’entendit.
– Non, elle n’est pas revenue…
– Et elle n’a pas donné de nouvelles ?
– Elle m’a téléphoné.
– Ah ? Et pour dire quoi ?
– Elle voulait s’excuser.
– C’est une bonne chose.
– Oh non, ça change rien…
– Je crois que si. Pensez-vous qu’elle aurait pris la peine de s’excuser si elle ne voulait plus entendre parler de vous ?
– Elle voulait mettre sa conscience en paix, rester correcte… Classer l’histoire de belle manière…
– Depuis combien de temps ne vous avait-elle pas parlé ?
– Presque quatre semaines.
– Et elle vous a dit où elle vivait ?
–Elle est chez sa mère, mais elle pense reprendre un appartement…
Florent ne le vit pas, mais Chautard sourit.
– « Elle pense reprendre un appart », ce sont ses mots ?
– Oui, je crois.
– Florent, elle vous attend !
– Mais non, Commissaire. Vous ne la connaissez…
– Je ne suis pas un as de la séduction, c’est certain. Mais mon métier m’a fait comprendre certains signes, certains mots, certains silences… Allez la voir ce week- end et dites-lui ce que vous avez sur le cœur. Tout. Que vous avez mal à crever. Que vous ne pouvez pas concevoir votre vie sans elle, que c’est trop bête. Et que si vous l’avez agacée à cause de quelque chose, vous êtes prêt à l’entendre et à vous amender.
– Ça ne changera rien… Je vais juste me ridiculiser…
– Vous allez vous ridiculiser, et elle en sera émue aux larmes. Et ça va tout changer. Surtout si vous apportez un bouquet de fleurs.
– Un bouquet de fleurs ?
– Un bouquet de fleurs, Florent. N’oubliez pas le bouquet de fleurs.
Chautard se dit qu’il fallait couper la communication sur ces mots, et il le fit.
Il se leva et regarda encore les toits par la fenêtre. Allez, juge, vole ! L’amour, toujours l’amour, trop, pas assez, à sens unique… Père et fils Nouvel avaient tué par manque d’amour, Florent avait défailli parce qu’il aimait trop. L’amour obnubilait tout le monde, on en avait la preuve tous les jours. C’est la réciprocité qui était rare. L’amour réciproque était la chose que tous les humains recherchaient. Pour certains, c’était assez facile à obtenir, pour d’autres, c’était difficile. Il n’y avait pas de justice, là non plus. Pourquoi tant d’hommes aimaient les bêtes, et même les fleurs, les images, les bouteilles ? Parce qu’avec elles la réciprocité était plus aisée. Du moins si l’on confondait réciprocité et absence de surprise.
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À 16 h 45, Chautard rentra chez lui, à pied. Il évita la rue Toulzac et l’avenue de Paris, prit par les petites rues, les jardins de la Giuerle. Il utilisa la passerelle qui donnait sur le Cardinal (la discothèque) pour éviter le pont du même nom. Il monta presque jusqu’à l’hôpital, et emprunta à gauche des rues calmes. Il traversa l’avenue du Printemps, ancienne route de Paris, et respira mieux une fois de l’autre côté.
Ce n’est plus à l’amour mais au mensonge qu’il pensait en arrivant chez lui, au Vialmur. Le mensonge se porte bien, se dit-il :
– le maire et son conseiller Filinger ont prévenu la presse dès qu’ils ont appris l’existence du cadavre, alors qu’ils s’étaient engagés à ne pas le faire ;
– deux entrepreneurs sur trois ont caché les découvertes de vestiges à l’occasion des travaux qu’ils effectuaient sur la place de la collégiale ;
– l’abbé Planiaud n’a pas dit que c’est à partir de la nuit où il avait prêté la clé à Nouvel que Legournier avait cessé de venir à la S.B.A. ;
– Nouvel n’a rien dit de ses fouilles dans la crypte ;
– son fils Vincent n’a rien dit de ce qu’il avait deviné ;
– Mme Legournier n’a pas dit qu’elle avait refait sa vie avec un autre homme et que sa fille avait eu une liaison avec Vincent Nouvel ;
– le vieux Bourlieu n’a pas dit tout de suite qu’il avait compris qui était le squelette quand on l’avait découvert…
Etc. C’était ainsi qu’on arrivait à des drames. Des mensonges qui étaient aux yeux de ceux qui les prononçaient de bénins arrangements avec la vérité finissaient par former une chaîne d’irresponsabilités susceptibles d’entraîner des catastrophes.
Quand il entra chez lui, Chautard fut content de voir que sa femme était là.
– Samedi 17 h 30, c’est presque tôt ! sourit-elle. Tu as résolu ton enquête ?
– Je crois.
– Tu me raconteras ce soir. Attendons Pauline, sinon elle va faire un scandale! Dis-moi juste le mobile du crime. Ou des crimes.
En enlevant ses chaussures, le commissaire réfléchit. Puis :
– Pour le premier crime, le mobile est le pouvoir. Pour les deux suivants, la peur.
– Le pouvoir ? On tue pour ça ? À Brive ?
– Oui, même à Brive. Une chose est sûre : il n’est pas bon de déterrer les cadavres.
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Épilogue
Le lundi 18 mars 2013 à 8 heures, les grilles étaient enlevées autour de la collégiale par le service de la voirie municipale, tandis qu’arrivaient engins et hommes de chantier de l’entreprise Vaur et Ponchaud. La police, municipale, évacuait la circulation de la rue Carnot par la rue de l’hôtel de Ville, et celle de la rue Gambetta par la rue Massénat.
Christian Spocik, directeur de cabinet du député- maire, Frédéric Prioux, maire-adjoint chargé de l’urbanisme, et Jacky Filinger, conseiller spécial, attendaient leur seigneur et maître en surveillant les opérations. En retrait, se tenaient le photographe et le caméraman de la mairie.
Roland Rigal arriva dans la voiture conduite par son chauffeur. Ce dernier, à la demande de son patron, s’arrêta à l’angle de la rue Carnot pour boucher le passage. Il faisait moins 5, mais le député-maire n’avait pas de manteau et son costume était ouvert sur sa chemise cravate. Ses fidèles s’avancèrent, pour lui donner poignées de main ou accolades, qu’il prit plaisir à négliger pour se précipiter sur les piétons qui passaient là et ne pouvaient faire autre chose que de saluer l’illuminé, illuminant selon lui.
– Vous allez voir : ça va être magnifique ! Dans six mois, vous aurez une place splendide ! On sera la plus belle ville du Sud-Ouest !
Après dix minutes de ce cirque, il fit le tour du chantier, parlementant avec les uns et les autres. Il avisa Cossy et Monade, directeurs d’il ne savait quoi chez Vaur et Ponchaud, qu’il appelait Laurel et Hardy.
– Ah, mes amis ! Bon, vous me bichonnez ça aux petits oignons, hein ? Vous avez vu, on a évacué les sarcophages, les os, les poteries et toute cette merde, allez-y franco ! Faut que ça soit nickel !
– Pas de problème, Monsieur le Maire, comptez sur nous ! assura Monade.
– On ne sera pas embêté par… disons… le côté criminel de l’affaire ? demanda Cossy.
– Non, c’est fini, Stan. Vous avez vu la presse… Incroyable cette histoire, putain ! Mais c’est du passé. Allez, pensons au présent et préparez-moi l’avenir de Brive. Et que ça brille, bordel !
Le maire fut jugé « encore plus dynamique que d’habitude » à la réunion de direction du lundi matin.
Mais à 11 h 57, alors qu’il recevait une délégation de chefs d’entreprise qui venaient lui parler d’aménagement de la zone ouest, il entendit de son bureau un brouhaha étonnant qui venait de la place de la collégiale.
– Vous permettez ?
Il ouvrit la porte-fenêtre, s’avança sur le balcon. Il perçut un bruit de foule, des cris, et une sorte de sifflement fort et continu.
– Bon Dieu ! Annie ! Christian ! Excusez-moi…
Laissant les chefs d’entreprise médusés sur leur fauteuil, le maire sortit de son bureau, dévala l’escalier de la tour, interpella le concierge en sortant sur la rue par la petite porte –« Louis, Bon Dieu, viens avec moi, je sais pas ce qui se passe ! » – et courut jusqu’à la place à trente mètres de là.
C’est alors qu’il vit et qu’il comprit le problème : deux geysers surgissaient du sous-sol et
projetaient une eau noirâtre sur les immeubles en face, celui de la pharmacie d’une part, de la bijouterie d’autre part. Des attroupements se formaient déjà. Il entendit plusieurs fois le mot « canalisations ». Il avança et vit un ouvrier à terre, autour duquel se pressaient ses collègues. Et puis enfin, comble de l’horreur, il vit une caméra, pas municipale celle-là, filmer toute la scène.
Les yeux perdus, les bras figés dans une position semi- écartée, Roland Rigal, député-maire de Brive, tomba à genoux, regarda le clocher de la collégiale et implora :
– Seigneur, le sort s’acharne. Aidez-moi, ma réélection est foutue.
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Table des matières
Prologue
I – Y’a un os
II – Martin et ses congénères
III – Le poids du secret (1)
IV – Un éléphant ça trompe
V – Le sabre et le goupillon
VI – Le poids du secret (2)
VII – Malheurs des uns et des autres
VIII – Le murmure des vieilles pierres
IX – Le poids du secret (3)
X – L’une vit l’autre meurt
XI – Le poids du secret (4)
XII – Paniques
XIII – Le poids du secret (5)
XIV – Poussives mais décisives
XV – Le poids du secret (6)
XVI – La fin et les moyens
Épilogue
je confirme, un régal ! Merci encore, Jean
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haaa la la quelle histoire 😁 j’ai adoré, une belle partie de cartes ou chaque personnage essaye d’être plus fort que l’autre, à coups de mensonges entourloupes non-dits et croches pattes, avec un soupçon de moquerie et d’amour… la vie quoi! Merci Chautard 😉😗
🍏
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