La vieille et le sac Monoprix

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(environ 15 minutes de lecture)

C’était au début du mois de juillet à l’hôpital d’Ajaccio. J’y étais alité, alors que j’habite Paris, que je suis jeune et en bonne santé. Mais il m’était arrivé une grosse tuile le 1er du mois. Je débutais ce jour le 5e Open international de Porticcio, rassemblant 250 joueurs en provenance de 24 pays, parmi lesquels les meilleurs jeunes et le plus grand maître du moment. J’étais donc heureux d’être là, avec trois copains du club, sans parler de ceux rencontrés au fil des années, que j’avais plaisir à retrouver. Nous sommes une sorte de famille et nous nous connaissons tous plus ou moins. Quel est ce sport dangereux qui me valait une hospitalisation dès la première journée de compétition ? Les échecs. Chess.

Non, je ne suis pas tombé de ma chaise. Non, mon adversaire de la première ronde ne m’a pas jeté son matériel à la figure. C’est après le dîner, ou plutôt après le bar après le dîner, que les choses se sont gâtées pour ma pomme. Je me trouvais dans un groupe de huit et nous n’étions pas des tristes. La nuit était avancée quand nous sommes sortis du débit de boissons et que nous avons regagné le complexe qui accueillait le rassemblement échiquéen. Faut-il souligner la féérie du ciel corse éclairant les montagnes, la mer et les drilles que nous étions ? Nous sommes passés par la plage, puis nous sommes remontés en direction de la route. 

Il y avait un mur, qui semblait un muret du côté d’où nous arrivions. Pourquoi embêter ce muret ? Pour l’honorer peut-être, ou pour couper, je ne sais pas. Insouciance, ivresse, joie, jeunesse… Toujours est-il que, à la queue-leu-leu et en zigzag, les membres de notre bande ont chacun à leur tour grimpé sur le muret, dans le but de sauter de l’autre côté. Là, c’était plus haut que prévu. 3 ou 4 mètres. Je me retrouvai deuxième dans l’ordre de passage. Le premier se pendit avec les mains, puis se lâcha et atterrit. Je décidai d’y aller franco, sans les mains. Je me jetai dans les airs sans y penser, puisque la vie était belle. Quand je touchai le sol, la douleur qui traversa mon talon fut si forte qu’elle se répercuta dans ma tête. Je crus m’évanouir.

Les autres rirent. Il se passa plusieurs secondes avant qu’ils se rendent compte que je ne riais et ne me relevais pas. On s’enquit, on se baissa, on m’aida. Je m’accrochai à des épaules. Mais je demandai vite à ce qu’on me repose car une autre douleur avait surgi au bas du dos.

– T’as pété trop haut ?

– C’est l’herbe qui t’a mis dans le sable ?

Ces questions amicales m’auraient fait sourire en toutes circonstances, bière ou pas bière. Là, non. C’était donc sévère. Grave. Je cassai l’ambiance. On appela les pompiers, la nuit fut troublée. Urgences. Médecins. Perfusion. Couloir. Radios. Médecins. Infirmiers. Chambre. Infirmières. Le diagnostic tomba le dimanche soir : fracture du calcaneum (talon), fracture des vertèbres 1 et 4, cette dernière étant déplacée. Cela impliquait une opération, qui eut lieu trois jours plus tard, avec remise des os en place, pose de vis et d’une plaque en titane. Cela impliqua surtout une immobilisation totale ; je devais rester allongé sur le dos.

Il n’était plus question de tournoi. Quelques joueurs vinrent me voir sur mon lit blanc. Ils me racontèrent ce que je manquais. Mes parents étaient loin, ma mère aux États-Unis mon père sur le continent, et ne purent venir tout de suite. Mon amie – gloire soit rendue à cette âme – arriva dès le lendemain de l’accident et ne me quitta pas pendant une semaine. Mais je dus en passer une deuxième dans cet hôpital, loin de tous ceux qui m’étaient chers ; même les participants au tournoi étaient repartis. 

Les infirmières étaient chouettes, le médecin plutôt bien pour un médecin, et j’avais une chambre pour moi seul, avec une connexion correcte et du sport à la télé. Le seul problème, autre que médical, vint de la voisine d’en face, de l’autre côté du couloir. Dès que je sortais du coltard je l’entendais, et c’est souvent elle qui m’en faisait sortir. Il s’agissait d’une vieille femme, enfin j’imagine, qui poussait des hurlements à longueur de journée, des sortes de cris de bête, parfaitement angoissants, comme si elle se trouvait face à une horreur insupportable. Ces cris survenaient sous forme de crises, qui duraient une quinzaine de minutes, et se reproduisaient cinq à six fois par jour. Ils donnaient au service orthopédie et à chaque journée une atmosphère d’hôpital psychiatrique, apte à plonger n’importe quel malade en voie de guérison dans une fatale neurasthénie. Les hurlements étaient entrecoupés de gémissements, plaintes lancinantes sans articulation. 

Pourtant, il me semblait que quelqu’un venait la voir chaque jour au moment des repas et que les infirmières passaient la réconforter aussi souvent qu’elles le pouvaient. La vieille folle continuait, renonçant à parler, à expliquer, suintant sa douleur et son ressentiment sous forme de bile sonore afin d’associer à son malheur les autres alités, moins pour qu’ils l’aident à porter son fardeau que pour leur faire payer à eux aussi, puisqu’ils étaient des humains, le prix de sa vie finie et de sa solitude épouvantable.

J’en parlai avec les infirmières.

– Elle nous appelle vingt fois par jour. Pour rien. On y va le plus souvent possible, mais on ne peut pas s’occuper que d’elle. Vous êtes 28 dans le service…

– Elle est sous calmants ?

– Oui, mais le médecin ne veut pas qu’on abuse. Il ne fait que passer, lui, il se rend pas compte…

– Et la famille ?

– Elle n’a que sa fille, qui vient chaque jour et voit bien que sa mère n’est pas facile, même si elle sous-estime le problème. Elle ne sait pas que faire. Les maisons de retraite ne veulent pas garder une personne qui perd la tête et qui a si peu de mobilité. Alors il reste l’hôpital public. Ses os ne tiennent plus. C’est la deuxième fois qu’elle se casse le col du fémur. Elle s’est aussi cassé le poignet.

Je n’osais pas aller plus loin dans mes interrogations. J’aurais voulu en parler avec d’autres malades du service, pour m’assurer que je n’exagérais pas, qu’il y avait un problème ; on allait tous devenir dingues si on ne réagissait pas. Je m’étonnais qu’il n’y ait pas d’émeute. Certes, nous étions hors d’état de nous lever, mais par l’intermédiaire des visiteurs, nous pouvions réclamer si ce n’est une mise à l’écart, au moins une anesthésie permanente de cette sorcière. Je réalisai l’étonnante situation des malades dans un hôpital : à quelques mètres les uns des autres, soumis aux mêmes rythmes et aux mêmes conditions de vie, disposant de temps à ne plus savoir qu’en faire, ils ne se voyaient pas, ne se connaissaient pas et ne se parlaient pas. Quelle occasion manquée…

Un soir, après une journée plus éprouvante que d’autres en hurlements et gémissements, je décidai d’agir. Pour le bien de tous. J’avais accompli, la veille, coaché par le kiné, mes premiers pas avec un déambulateur. Oui, un déambulateur, à 25 ans. Parcourir 10 mètres m’avait épuisé, mais avec cet appareil je me sentais la force de traverser le couloir, d’entrer dans la chambre en face et de revenir me coucher. Je pouvais au moins essayer.

J’attendis que les reliefs du dîner fussent desservis, les télés allumées, les patients assoupis, les infirmières parties. Je pensai d’abord agir là, vers 20 h 30, au moment du changement d’équipe et du premier endormissement. Mais, je ne saurais l’expliquer, il me sembla que la découverte d’un problème en soirée dans le service me causerait des emmerdements. Tandis qu’au petit matin, le côté naturel de la chose paraîtrait plus évident. Je décidai donc de me laisser aller, c’est-à-dire de faire mes gaz (ceux qui ont été opérés un jour savent de quoi je parle, les autres devineront), de lire, puis de m’endormir si je sentais le sommeil venir, avant que l’infirmière me réveille sur le coup des 22 heures lors de sa tournée du soir. Je me rendormirais et j’agirais au cœur de la nuit, entre 1 heure et 3 heures du matin, moment au cours duquel je me réveillais immanquablement depuis le début de mon hospitalisation.

Le réveil marquait 2 h 05 quand je repris conscience entre deux rêves de mauvaise qualité. La vieille folle nous avait pourri la soirée, je me sentais motivé comme jamais. Je tirai sur la poignée au-dessus de ma tronche et redressai mon buste avec précaution. La douleur au bas du dos se manifesta aussitôt, autant due à la fracture qu’à la suture. Je dirigeai ensuite mes jambes vers le sol en évitant que mon talon cassé ne le touche. Je n’allumai pas, pour ne pas alerter l’infirmière dans son poste de garde et parce qu’une veilleuse empêche le noir dans une chambre d’hôpital. 

J’avisai le déambulateur. Il était dans un coin. Il n’était pas prévu que je m’en serve seul. Il fallait déjà y accéder. 3 mètres, quand on n’a ni pied ni dos, c’est long. Je me laissai glisser et me mis à genoux sur le lino. Aller à quatre pattes impliquait une forte tension sur la colonne, inenvisageable. Je posai donc les fesses sur mes chevilles et, dodelinant du bassin, poussant sur mes mains, je progressai jusqu’à mon moyen de transport. Me relever ne fut pas simple, je faillis basculer en arrière. Je parvins à me mettre debout. Les doigts serrés autour des poignées, penché vers l’avant, je pris le temps de souffler avant de lancer mon expédition.

Dans un réflexe, je saisis le sac Monoprix accroché à la chaise, apporté par mon père quand il était venu me voir ; ce sac avait contenu un livre, un savon, une serviette, un litre de Coca et 3 paquets de M&M’s. Je partis et les premiers pas furent jubilatoires ; oubliant un instant la mission que je m’étais fixée, j’eus l’impression de retrouver la liberté. Le passage de la porte me dégrisa. Se positionner pour l’ouvrir et avancer sans la cogner n’était pas une mince affaire. J’y arrivai, au prix de quelques grincements et gouttes de sueur. 

Coup d’œil dans le couloir, d’un seul côté, car j’étais au fond : désert. Je m’y risquai. Coup de chance : la porte de la vieille en face était ouverte. Coup de chance sur le moment, mais je me dis que si les portes des chambres avaient été fermées au lieu d’être entrouvertes, les bruits auraient été plus supportables. Tant pis, l’heure n’était plus aux tergiversations. 

Je pénétrai dans la chambre. Je la vis tout de suite. Elle était là. À plat dos sur son lit, les draps jusqu’aux épaules, la tête sur l’oreiller, des cheveux blancs et frisés, des yeux gris… ouverts et qui me regardaient. Malédiction ! Elle ne dormait pas. J’allais repartir quand elle déclencha une première salve. Un cri terrifiant, continu et progressif, fait pour déchirer, pour tuer. Sidéré, je la fixai. Son visage disparaissait dans une sorte de trou noir entouré de frisotis blancs, sans doute l’écume de la vague de rage qui déferlait dans la chambre.  

Ce n’est pas mon sang qui ne fit qu’un tour, ce sont mes pieds. Je m’avançai, contournai le lit. Elle s’arrêta deux secondes, peut-être pour voir ce que je fabriquais, puis lança une deuxième salve gutturale, encore plus stridente que la première. Non seulement ces décibels contaminés perçaient les tympans et fracassaient la tête, mais en plus la vision de près était atroce. Un tableau de Jérôme Bosch en 3D, pire, devenu réalité. 

Il fallait en finir. Je poussai le déambulateur, mais gardai le sac avec moi. Je repris mes appuis sur ses deux bras, que j’immobilisai. Je montai un genou gauche pour remplacer ma main droite, avec laquelle je passai le sac sur la tête hurlante.

Je tirai sur le sac pour qu’il enveloppe la tête de près et le serrai autour du cou. Je devais faire attention à ne pas le déchirer. Elle continua à hurler, sans se débattre. L’intensité diminua vite, d’abord à cause du filtre que constituait le sac, ensuite à cause de l’oxygène qui vint à manquer (j’avais lu quelque part que l’excès de gaz carbonique crée le réflexe respiratoire mais n’asphyxie pas, tandis que le manque d’oxygène n’est pas perceptible mais entraîne vite des effets rédhibitoires).

Son corps se mit à bouger, son ventre se souleva, elle eut un hoquet, puis tout cessa, le son et les mouvements. Je restai dans la même position dix ou vingt secondes encore, puis relâchai la pression et me redressai. Je retirai le sac. L’amidon de maïs semble aussi efficace que le plastique, pensai-je. 

Je ne voulais pas regarder le visage, mais ne pus m’en empêcher. Il était… souriant, apaisé, sympathique. Je n’en revenais pas. J’aurais aimé allumer pour mieux voir. Je me penchai : c’était indiscutable, la vieille femme semblait heureuse ! Tout à fait différente de la femme qu’elle était quelques secondes plus tôt. Il n’empêche : mon cœur battait à tout rompre, je m’en rendis compte à cet instant. J’avais consenti un gros effort. Et je venais de tuer quelqu’un ! Moi ? J’avais du mal à y croire. 

– Vous l’avez tuée ?

Je sursautai. C’était l’infirmière qui s’approchait.

– Moi ? Bien sûr que non.

– Bien sûr que si. Je vous ai vu.

Professionnelle, elle chercha le pouls au poignet puis à la gorge de la vieille. Il n’y en avait plus.

– Elle est morte.

– Vous m’avez vu et vous n’avez pas bougé ? lançai-je pour donner le change.

– Bien sûr que non, répondit-elle. Vous avez rendu un grand service à tout le monde. Vous nous avez sorti d’une situation inextricable.

– Mais… Je… 

Elle m’interrompit en m’attrapant par le bras.

– Revenez vous coucher. Vous avez trop fait travailler votre colonne, ce n’est pas prudent. Je vous raccompagne. Elle, je m’en occuperai après ; plus rien ne presse désormais. Et plus jamais on n’entendra ses cris. Santa Maria, quelle belle nuit !

Déboussolé, c’est sans doute un euphémisme, je regagnai ma chambre au bras de l’infirmière en m’aidant des murs. Dans un éclair de lucidité, je chuchotai :

– Vous n’oublierez pas de rapporter le déambulateur…

– Et le sac Monoprix, soyez sans crainte.

Elle me fit me laver les mains, me lava elle-même la figure, m’imposa de boire un verre d’eau, puis me recoucha et me borda comme un bébé. Alors elle s’assit sur mon lit et m’expliqua :

– Vous avez d’abord rendu service à cette pauvre femme, qui criait pour qu’on abrège son supplice mais que personne ne comprenait ou n’osait secourir. Vous avez vu son visage ? Comme la mort lui va bien ?

– Oui, la transformation est spectaculaire. 

– Vous avez mis fin à sa souffrance. Vous avez ensuite rendu service à sa fille, qui n’en peut plus de venir voir sa mère tous les jours pour la faire manger, et qui culpabilise car elle sait tous les problèmes qu’elle nous cause. Croyez-moi, ce sera un sacré soulagement pour elle. 

– Quand même…

– La mort est souvent souhaitable, vous savez. Personne n’ose l’avouer, tout le monde fait semblant. Mais dans un hôpital, on sait ce que sont les choses. 

– C’est sûr que…

– Et puis vous avez rendu un immense service à nous, à tout le service justement. Aux infirmières, aux aides-soignantes, aux médecins, aux patients. On n’en pouvait plus de ces cris, ça glaçait tout le monde, ça créait un stress infernal !

– Excusez-moi, mais vous n’allez pas le dire ? Que j’ai…

– Le coup du sac ? Aux patients, non.

– Au personnel médical non plus ? Hein ?

– Vous avez étouffé la vieille et vous voulez que j’étouffe l’affaire, c’est ça ?

– Ben… Oui.

– D’accord. Mais je le dirai quand même à deux ou trois collègues, elles vont vous adorer ! Allez, reposez-vous. Et ne vous inquiétez pas, je m’occupe de la chambre en face…

Elle me fit un clin d’œil et elle m’embrassa.

J’étais dans un drôle d’état. Moi qui voulais que la découverte attende le matin, et bien entendu ne pas y être associé, c’était réussi ! Comme je carburais encore aux antidouleurs – j’étais « sédaté », disait-on –  je m’endormis assez vite.

J’eus la surprise de n’être réveillé qu’à 8 h 30. L’infirmière de jour m’adressait un sourire radieux.

– Bonjour, Monsieur Paladru. Je n’ai pas voulu vous réveiller à 6 heures. Vous aviez besoin de dormir, après la nuit que vous avez eue. 

Je me crispai soudain, et elle s’en rendit compte. Elle s’approcha de mon oreille :

– Anita nous a raconté. C’est formidable, ce que vous avez fait. On vous est très reconnaissantes.

– Mais…

Pour me couper la chique, elle aussi m’embrassa. J’écarquillai les yeux.

– On va vous bichonner. 

Toujours un peu crispé, je souris. Ces infirmières étaient-elles des fées ?

Je m’aperçus au cours de la journée que tout le monde savait. Pour autant, je ne vis pas un flic, je n’entendis rien d’inhabituel et tout se passa comme d’habitude, les cris en moins, les sourires en plus. 

Que l’on fût en Corse aidait-il à cette acceptation du crime ? C’était injuste de penser cela, il n’y avait pas plus d’homicides ici qu’ailleurs sur le territoire français. Cela étant, le fait que cela se produisît sur une île me paraissait positif : de retour sur le continent, si par bonheur je me rétablissais, il me serait plus facile d’oublier cet épisode, et de me dire que toute cette affaire – la chute, l’hôpital et la vieille – n’avait été qu’un délire d’après-boire.

Publications de l’été : à partir de la semaine prochaine, chaque vendredi jusqu’au 25 août, publication de la 2e enquête du Commissaire Chautard, Il n’est jamais trop tard pour mourir, en 11 chapitres et 8 épisodes.

7 commentaires

  1. Attention Pierre-Yves, le commissaire Chautard arrive en Corse. Il vient d’être muté. Il va vous faire avouer ainsi que tout le personnel de l’hôpital.
    Bonnes vacances en Corse 🌞
    Vous allez y rester un bon moment !!!
    Amitiés (quand même)
    Joëlle

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Hélène, de ce trop aimable commentaire, à propos d’une histoire peu sérieuse inspirée par une mésaventure arrivée à mon fils il y a 5 ans. Le début est fidèle aux faits, la fin un peu moins, heureusement. Bel été, entre fictions et réalités, Py.

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