Conseils à une nièce

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(environ 15 minutes de lecture)

C’était à la suite d’un repas de famille, à Noël je crois, à La Toussaint peut-être, en tout cas en hiver. Le repas se déroulait chez ma mère, la doyenne, 84 ans au compteur, qui tenait encore à ces rassemblements, même si nous, ses enfants, mettions la table et apportions les plats (elle se réservait toujours, cependant, le plat principal, qu’elle ne réussissait plus que grâce à l’aide discrète de celle ou celui d’entre nous qui était venu.e en avance pour l’aider). Les petits-enfants, adolescents désormais, qui n’étaient pas tous là – les plus grands de la troisième génération avaient déjà pris leur envol –, apportaient la vie, la gaieté, le bazar, ce qu’il fallait. Nous étions 17 dans l’appartement, plus un chien et un chat, ce qui constituait une bonne densité au mètre carré. 

Nous avions ouvert une fenêtre pour évacuer la chaleur humaine et les relents du déjeuner. Le café avait été servi et bu. On avait pendant vingt minutes entendu, au milieu des conversations qui se croisaient en tous sens, le tintement caractéristique des cuillères en argent sur les tasses en faïence, bruit qui m’avait toujours incommodé, pas tant parce que je n’aimais pas le café que parce que, ainsi ritualisé, il évoquait une bourgeoisie trop sûre d’elle-même (pléonasme, sans doute), dont je m’étais éloigné, attiré que j’étais par la liberté, la simplicité, et certaines beautés peu catholiques.

Il était 15 heures ou 15 h 30, le volume sonore avait un peu diminué, des petits groupes s’étaient formés et dispersés, frère et sœurs à la vaisselle, jeunes filles s’exclamant au-dessus d’un téléphone sur le lit d’une chambre, neveux parlant debout dans une autre. Mon beau-frère s’était assoupi, j’étais tenté de faire de même, de m’accorder un somme avant de proposer à celles et ceux qui le souhaitaient – certains resteraient avec Maman pour faire une partie de « dames chinoises » et regarder les albums photos du temps jadis – une promenade sur la colline, qui nous donnerait l’occasion d’aller saluer notre père et grand-père, tranquille dans sa tombe du cimetière à portée de balade.

Mais avant que mes yeux se ferment, ma nièce Héloïse vint s’asseoir près de moi et me tint ce langage :

– Mon cher Oncle !… Je voudrais te poser une question. Une question pas facile !

– Tu m’intéresses…

– Quels conseils me donnerais-tu ? 

– Sur quoi ?

– Sur tout. Sur la vie en général. 

– Tu veux dire quels conseils pour l’avenir je donnerais à une fille âgée de 18 ans aujourd’hui ?

– C’est ça.

La question n’était pas facile en effet. Je me redressai sur mon fauteuil, comme si j’avais besoin de verticalité pour préparer ma réponse. Le problème est qu’il fallait répondre à chaud. Or, pour bien faire, j’aurais eu besoin d’une heure pour rassembler mes idées, d’une heure pour les ordonner, et de trois ou quatre répétitions pour ne pas trop manquer mon oral. Mais aucun temps de préparation ne m’était accordé. Pour me donner tout de même quelques secondes de répit, j’usai d’un stratagème facile, je renvoyai la balle en posant une question :                                                                                                                                                      

– Tu penses que je pourrais t’apporter une réponse différente de celle de tes parents, de tes profs, de tes ami.e.s ?

– Oui, tu écris plein d’histoires de gens, tu as étudié ou inventé des tas de vies. Et puis tu as une vie plus… euh… originale. Je veux dire, tu ne vis pas avec ta femme et tes enfants, tu travailles dans beaucoup d’endroits, tu fais plusieurs métiers…

Bon, il fallait y aller, ne pas décevoir cette demande, ou la décevoir le moins possible. Et si possible lui être utile. C’était une des alternatives que je n’avais pas le temps de trancher : devais-je dire ce que je pensais, ce qu’elle voulait entendre, ou ce qui pourrait lui servir ? Car les trois ne concordaient sans doute pas. Sa demande était intelligente, courageuse, car on gagne toujours à recueillir l’avis ou le témoignage de personnes expérimentées sur un sujet qui nous intéresse. L’avais-je fait, quand j’avais eu 18 ans ? Non. Héloïse était plus intelligente que moi à son âge.

Je me lançai donc sans savoir où j’allais, en réfléchissant tout haut :

– Je te conseillerais d’abord de jouer tous les coups à fond. C’est-à-dire de ne pas faire à moitié ce que tu fais. Que ce soit un devoir de maths, une relation amicale ou amoureuse, la réfection de ta chambre, ou ta pratique de la danse, vas-y à fond. Donne-toi corps et âme. Ne cherche pas à t’économiser. 

– Jouer tous les coups à fond ! D’accord.

– Ensuite, logique, n’hésite pas à changer de cap, à arrêter quelque chose. Tu fais les trucs à fond, mais si tu t’aperçois que tu t’es trompée, ou que ça ne t’apporte plus rien, ou que tu n’apportes plus rien, tu arrêtes. De toute façon, on ne peut pas tout faire. Et surtout on change, on se lasse…

– Ah oui, ça c’est vrai, je me lasse trop vite ! Ça m’énerve, d’ailleurs…

– C’est comme ça. L’être humain est versatile. On n’est pas le même tout au long de notre vie. Ce que tu es aujourd’hui n’a rien à voir avec ce que tu étais il y a 5 ans et avec ce que tu seras dans 5 ans. On est plusieurs, on a des vies non linéaires. À la fin de ta vie, il y aura eu plein d’Héloïse, et elles ne se ressembleront pas beaucoup.

– Ça fait réfléchir.

– Ça fait réfléchir oui. D’ailleurs, change d’avis comme de chemise. 

– Ah bon ?

– Bien sûr. Chaque jour, tu vois, tu entends, tu lis des informations, sur le monde, sur ton entourage, sur la nature humaine. Chaque jour tes connaissances sont modifiées. Il est donc indispensable d’en tenir compte et de changer d’avis. Beaucoup de gens sont trop orgueilleux pour le faire : « j’ai mes convictions et j’y tiens ». Mais ne pas tenir compte des observations et de la réalité, c’est se limiter, c’est choisir de devenir un imbécile. 

Héloïse rit. 

– Changer d’avis, ok, je n’hésiterai plus.

– Tu peux même le faire publiquement, devant quelqu’un avec qui tu discutes. Reconnaître que tu t’es trompée. Très peu de gens savent faire cela. Et pourtant le bénéfice est immense, pour les deux parties. Reconnaître est fondamental. Mieux encore : s’excuser. « Excuse-moi, je n’ai pas été très correcte sur ce coup-là ». Bien peu là encore en sont capables. Mais si on ne reconnait pas son erreur, alors la situation est bloquée. Tandis que si on reconnaît, qu’on s’excuse si on s’est mal comporté, c’est bon, on peut repartir et avancer. 

– Reconnaître, s’excuser, je retiens. 

Une cousine d’Héloïse l’appela. Elle répondit :

– Attends, je prends un cours de philo !

– De philo ?

– De philosophie de la vie.

– C’est toi, le prof, oncle Pierre ?

– Je suis celui qui essaye de répondre à une question. 

La cousine hésita à se joindre à nous, mais finalement nous laissa dans notre coin du salon, ce qui me sembla préférable.

– Continue ! reprit Héloïse, enjouée.

Elle sortit son smartphone et ajouta :

– Tu permets que j’enregistre ?

– Quelle idée ?

– Si !… J’aurais dû le faire dès le début, d’ailleurs. 

– Ok, mais ça ne sort pas de ton téléphone, hein ?

– Promis. 

– Je n’ai rien préparé, tu comprends. Je dis peut-être des tas de conneries.

– J’adore tes conneries ! Ce sont pas des conneries, d’ailleurs. Continue, s’il te plait.

Je me repositionnai. Ma mère parlait avec mon frère. Mes sœurs et ma belle-sœur s’exclamaient sur je ne sais quoi. Des neveux rigolaient sur le balcon… Il y avait encore suffisamment de bruits et de mouvements pour que nos confidences avec Héloïse ne soient pas indiscrètes.

– Autre conseil : pense davantage aux autres qu’à toi-même. Parce que l’altruisme est fondamental pour la marche du monde – on n’est rien sans les autres, on a tous besoin les uns des autres –, mais aussi parce que tu seras malheureuse si tu cherches le bonheur en pensant à toi, tandis que tu seras heureuse si tu cherches à faire celui des autres. Rendre quelqu’un heureux, donner un peu de ton temps et de ton attention à ceux qui ont moins que toi, il n’y a pas mieux pour l’épanouissement. C’est facile en pensée, c’est plus difficile à appliquer. 

– Je note.

– Maintenant, quelque chose de plus subtil. Je te conseillerais de ne pas prendre les choses trop au sérieux, de ne pas t’exciter pour rien ; de ne pas t’indigner, pour reprendre un mot à la mode.

– Il ne faut pas s’indigner ?

– On peut s’indigner mentalement – cela ne se commande pas, de toute façon –, mais cela ne doit pas empêcher d’examiner les faits, de les remettre en perspective, de penser que les gens ont une histoire, une culture. Il s’agit donc d’être mesuré.e dans ses réactions. De ne pas juger à partir de son petit nombril, de sa toute petite tête. Et puis s’indigner si l’on n’a rien à proposer comme solution, c’est un peu facile. Surtout, je voudrais que tu prennes conscience que l’on maitrise peu de choses, très peu de choses. Le plus souvent, les choses sont comme elles sont et elles ne peuvent pas être autrement.

– Pourquoi ?  

– Parce qu’un enfant qui a subi des horreurs pendant son enfance a toutes les raisons de commettre des horreurs par la suite. Parce que des personnes qui ont été élevées de telle manière, des populations qui ont vécu sous tel régime politique et dans de telles conditions économiques, sont évidemment marquées par cela et ne peuvent pas s’en détacher. Parce qu’un gouvernant fait souvent ce qu’il peut en fonction de pressions contradictoires, dont le commun des mortels n’a aucune idée. Nous sommes le produit de nombreux déterminismes, qui s’imposent à nous.

– La liberté n’existe pas ?

– Vaste question. 2500 ans de philosophie n’y ont pas répondu. Je dirais plutôt que tu dois trouver l’équilibre entre responsabilité et légèreté : prends ta part à la marche du monde, mais sois modeste, indulgente, compréhensive. Dis-toi que chacun.e a un regard qui lui est propre. Prends du recul. Ne confonds pas le grave et le futile. Et si tu en es capable, distingue même l’essentiel et l’important…

– Le grave et le futile, tu as de exemples ?

– Poutine tue et torture des dizaines de milliers de personnes, détruit un pays entier, déporte et fait souffrir des millions de gens, crée à lui seul une instabilité mondiale, et la moitié des Russes s’en accommode fort bien, ça c’est grave. Mais que le Président ou un ministre ait eu un propos malheureux dans un meeting ou une conférence de presse, c’est futile. Et pourtant, les indignations sont mises sur le même plan. On revient à l’erreur de l’indignation.  

– Et l’essentiel et l’important ?

– Que tu réussisses ta première année de fac, c’est important. Que tu sois une personne solide et généreuse, c’est essentiel.

Héloïse regarda son téléphone, comme pour s’aider à assimiler ce que je disais. Que disais-je d’ailleurs ? Est-ce que cela avait une cohérence ? J’en doutais. Dans quoi m’étais-je embarqué ? Elle m’avait posé sa question et je m’étais laissé entraîner. Maintenant, il me fallait aller au bout.

– Tu as peut-être entendu ta grand-mère ou ton grand-père rapporter la formule d’un de leurs amis, Jean, qui se levait chaque matin, en disant : « Un don, une tâche ». Prends chaque jour comme un don et une tâche.

– Un don et une tâche, je retiens.

– Ne hurle pas avec les loups. Je sais bien qu’à ton âge, on aime ça particulièrement. Mais hurle à un concert de musique plutôt que pour condamner une attitude, imposer un comportement. N’abuse pas de la liberté d’expression, privilège que la moitié des habitants de la planète ne possèdent pas, pour faire valoir la loi du plus fort médiatiquement. 

– Médiatiquement ?

– Oui, les plus forts aujourd’hui sont ceux qui maitrisent les médias, réseaux compris. Ce n’est plus le 4e pouvoir, mais le premier, de loin. Cela m’amène à autre chose d’important : pars toujours des faits, de la vérité. Car oui, il y a une vérité, contrairement à ce que les relativistes contemporains veulent te faire croire. Nous sommes réunis en famille dans l’appartement de ta grand-mère, tu t’appelles Héloïse, je suis ton oncle, tu es ma nièce. Il y a des faits, des vérités. Si on ne s’accorde pas là-dessus, plus aucune vie en société n’est possible. Chacun, chacune, ne peut pas avoir une vérité. Une liberté, oui – du moins dans le cadre des déterminismes qu’on évoquait – mais pas de vérité. La vérité est extérieure à nous, elle n’est pas une question de pensée. Sois scientifique dans ta manière de regarder le monde : observe ce qui est, puis analyse, puis fais-toi une opinion, puis change d’opinion à la suite de nouvelles observations et d’une nouvelle analyse, etc.

– Mais je ne peux pas appliquer ça pour tout. Le ressenti, ça compte, non ?

– Bien sûr que le ressenti compte. La perception, les émotions, c’est fondamental. Quand tu regardes une série, que tu es avec ton amoureux, quand tu danses, tu te libères de la réflexion, et c’est heureux. Le feeling, comme on disait à mon époque, apporte beaucoup de bonheur. Il n’empêche : tu pars de ce qui est, tu tiens compte de la réalité, quitte à créer des fictions, à ressentir des émotions.  

– Ça me va. Waouh… Heureusement que j’enregistre parce que j’ai pas le temps de tout capter ! C’est trop bête que j’aie loupé le début !

– Au début, je t’ai dit de changer d’avis souvent.

– Et de jouer tous les coups à fond !

– Et de jouer tous les coups à fond.

– Maintenant, pour finir peut-être, non, je pense à autre chose d’important, avant-dernière donc, sache que la vie est dure, même pour nous occidentaux, ultra-privilégiés jusque-là. Car une des grandes différences entre ta génération et la mienne est la suivante, de manière un peu schématique : nous étions majoritaires, et vous serez minoritaires. En gros, les Européens et les Nord-Américains dominaient le monde depuis 500 ans, culturellement, économiquement, militairement. Nous avions heureusement de belles valeurs : libertés fondamentales, égalités entre hommes et femmes, État de droit…C’est encore vrai en partie, mais de moins en moins. Ne serait-ce qu’en raison de la démographie. Le monde est bien plus jaune et noir que blanc. Logiquement, la civilisation dominante va changer. On le voit déjà aujourd’hui : plusieurs modes de vie s’affrontent. Espérons que les différentes civilisations pourront cohabiter, que l’universalisme – qui fait que chaque être humain quels que soient son sexe, sa race, sa culture, a le droit de vivre dignement – continuera à être considéré, mais rien n’est moins sûr. Des tas de dictateurs ont instauré des régimes épouvantables, qui veulent la destruction de tous ceux qui ne pensent pas comme eux : Russie, Chine, Iran, Corée du Nord, Afghanistan, Vénézuela, Congo, et bien d’autres… Des tas d’individus veulent faire prévaloir des considérations de genre, de religion, de comportement, de communauté, sur notre simple humanité commune. Donc dans ce monde où les chrétiens blancs seront minoritaires et attaqués, tu n’auras pas la partie facile. Une chance pour toi cependant : tu es une femme. Ça, c’est un atout, car l’avenir est aux femmes.

– Tu le penses vraiment ?

– Depuis très longtemps. Tu mets un singe, un homme et une femme à côté, et tu vois vite dans quel sens va l’évolution.

Héloïse éclata de rire et ce rire fut bienvenu, afin de ne pas tomber dans une gravité qui aurait été malvenue vu l’improvisation de mes propos. 

– Maintenant pour finir, deux ou trois petits préceptes relatifs à ton rapport à ce qui t’entoure. Un maitre indien qui était le maitre du maitre de ma prof de yoga, Swami Prajnanpad, qui se voulait tout sauf un maitre, invitait les personnes qui venaient le voir pour lui poser des questions à chercher l’unité de l’individu avec son environnement. Si tu penses moi et le monde, moi et les autres, il y a dissociation, tu n’es pas dans l’unité, pas dans l’harmonie. Ton ego, qui n’est qu’une construction mentale, t’empêche d’être reliée au monde, t’empêche d’être le monde, c’est-à-dire partie d’un tout. Dans le même ordre d’idée, je me répète souvent : « Je » n’existe pas. Pourquoi se faire du souci, pourquoi vouloir la gloire, la richesse, la beauté, puisque « Je » n’est qu’une construction de mon ego ?  Ça n’a pas de sens. Je ne suis que la partie d’un tout, qu’un maillon. 

– Tu crois au destin ?

– L’inverse : je crois au hasard. Tout est hasard. On n’a pas choisi de naître et on ne sait pas comment on va mourir. Il n’y a que le hasard qui nous a fait comme si plutôt que comme ça, naitre ici plutôt que là, à cette époque plutôt qu’à telle autre. Cela doit nous inciter à beaucoup, beaucoup de modestie. Nous devons faire confiance au chemin sur lequel on nous a placés, et marcher le mieux possible sur ce chemin. Il n’y en a pas d’autre.

Héloïse me semblait étonnamment attentive, alerte, prête à continuer. Moi j’avais besoin d’un break, d’autant que j’étais à peu près certain de n’avoir été guère compréhensible, d’avoir été incomplet, de n’avoir pas hiérarchisé mes informations, d’avoir oublié l’essentiel.

– Voilà pour aujourd’hui. Tu dois être déçue, excuse-moi.

– Non mais tu rigoles ?! Tu te rends pas compte ?! Tout ce que tu me dis, c’est de l’or ! Tu parles vrai. Et puis c’est toi, c’est ce que tu penses. Merci, vraiment. Je réécouterai ça, tu peux être sûr.

– Eh bien, tu m’impressionnes. C’est rare à 18 ans de penser à interroger quelqu’un de 50, sur des choses essentielles, alors qu’on n’y est pas obligé.

– Ben je sais pas, mais moi ça m’intéresse.

– Je vais quand même te donner un dernier conseil.

– Vas-y.

–  Ne retiens aucun des conseils que je t’ai donnés – c’est généralement ce qu’on fait avec les conseils qui nous viennent des autres –, mais cherche à apprendre, à progresser. Chaque soir, demande-toi si tu es un peu moins bête que le matin. Si oui, alors tu as gagné ta journée. Sinon, reprogramme ton cerveau pour mieux apprendre le lendemain. Si tu cherches à apprendre, si tu as cette envie-là, alors tu vas progresser à vitesse grand V, tu te créeras tes propres conseils. 

Héloïse partit rejoindre ses cousins et cousines tandis que je me levais, car j’avais besoin de me dégourdir les jambes. L’heure de la sieste était passée, et puis je n’allais pas m’écrouler là, alors que j’avais un rôle à jouer, comme tous les autres, pour que chacun profite au mieux de ce rassemblement familial. Penser aux autres plus qu’à soi-même : je ne devais pas oublier d’appliquer les conseils que j’avais donnés à Héloïse.

Tandis que, avec frère, sœurs, belle-sœur, deux nièces, deux neveux et le chien nous grimpions sur la colline, j’essayais de passer en revue ce que j’avais répondu à Héloïse. Je constatai avec satisfaction qu’au moins je ne lui avais pas menti. J’avais été sincère : j’avais répondu à sa question du mieux possible. J’avais juste omis deux ou trois choses, qu’elle était trop jeune pour entendre. Comme le fait que tout est ce que j’appelle « one shot » : la deuxième chance est rare, l’histoire repasse rarement les plats. Je n’avais pas dit non plus que les épreuves ne la rendraient pas forcément plus forte, mais qu’assez vite elle s’affaiblirait, tôt ou tard selon ce que le hasard lui réserverait. Les choses que l’on tait sont parfois aussi importantes que celles que l’on dit.

Nous avons fait un crochet par le cimetière pour saluer Papa. Quand nous sommes arrivés devant sa tombe, je regrettai de ne pas avoir eu l’intelligence et la générosité d’Héloïse pour questionner comme il le méritait un homme qui aurait été heureux de m’apporter ses réponses. 

6 commentaires

  1. Oncle Pierre est remarquable !
    Semblable à une pierre philosophique, chacun de ses conseils jalonne le chemin de la sagesse … à prendre et apprendre sans hésitation§
    Merci, précieux écrivain !

    Aimé par 1 personne

  2. C’est Héloïse Madet ou Héloïse Roubert … ? J’ai beaucoup aimé ce texte, un aperçu vivant de ta philosophie de la vie dont bon nombre devraient prendre de la graine… un équilibre entre la réflexion et « jouer les coups à fond », et surtout tes conseils sur l’indignation, dans laquelle les jeunes ont tendance à plonger un peu trop vite (à juste raison parfois) sans peser tous les enjeux et comprendre à qui ils ont à faire. Merci encore une fois ! Isabelle

    Aimé par 2 personnes

  3. Ta sagesse m’épatera toujours… j’aimerais tout retenir tellement c’est évident bien dit et inspirant! Je suis heureuse de m’endormir sur cette belle histoire (vraie) 😉
    Bonne nuit 🌙
    Pom

    Aimé par 1 personne

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