La mort douce impossible

Avatar de Pierre-Yves RoubertPublié par

(environ 3 minutes de lecture)

Quelle épreuve inutile que la vie en Ehpad 

Institution sénile de ces temps si maussades

Qui poussent les vieillards à préférer souffrir 

Parce que, vasouillards, ils ont peur de mourir.

–––

Ils se mentent, on leur ment : on valorise l’âge

Quels que soient les tourments et malgré le naufrage.

C’est du mauvais violon : il n’est de déchéance

Qui mérite que l’on repousse l’échéance.

–––

Ce n’est pas que j’accuse, c’est que je compatis

Ils ont bien des excuses à ce mauvais parti

Rien n’est fait pour aider à s’en aller paisible 

La loi a validé la mort douce impossible.

–––

Alors ils sont parqués dans un bout de la salle

Demeurent interloqués des heures abyssales

Souvent pris de secousses en état lamentable

Jusqu’à ce qu’on les pousse vers l’effarante table.

–––

On apporte une assiette qu’il faut décortiquer 

Ils attrapent des miettes qu’ils doivent mastiquer

Ils s’étranglent et recrachent, ne peuvent déglutir  

Ils renoncent et se fâchent, se sentent anéantir.

–––

Ceux un peu plus valides ne sont pas mieux lotis 

Ils observent livides leur futur garanti

Ils émettent un avis que l’on ne va pas suivre

Elle est longue la vie quand on ne peut plus vivre. 

–––

On les remonte ensuite dans les chambres lavées

On attend qu’ils s’alitent ils veulent se lever

Ils hantent les couloirs en déambulateur

Ils sont comme au parloir quand vient un visiteur.

–––

Ils se devinent entre eux, mais restent irrésolus

Ils se méfient un peu, et ne s’entendent plus.

Ils ne demandent rien et gardent le silence 

Ils sont des galériens perclus de dépendances.

–––

N’aimeraient-ils pas mieux, si on l’autorisait,

Un petit cachet bleu qui les apaiserait ?

Quand ils le souhaiteraient, les proches autour du lit,

Confiants ils s’en iraient, le devoir accompli.

–––

Au lieu de quoi ils souffrent, ils s’ennuient et ils trainent

Laissés au bord du gouffre, attachés à leurs chaînes 

Privés de libertés ils sont tous obligés

De lutter désarmés face à tous les dangers.

–––

On prolonge des êtres qui seraient bien mieux morts

Parce qu’on est trop bêtes, par crainte de remords

On pénalise aussi quelques femmes héroïques

Qui chaque jour et nuit se confrontent aux coliques.

–––

Qu’est cette société qui érige en valeur 

Une calamité de stress et de douleur ?

Cette folie indigne, infâme duperie 

N’est que la marque insigne d’une autre barbarie.

2 commentaires

  1. La desirent ils la pilule bleue à ce stade? Ou la désirons nous pour eux? ….. on apprivoise un peu plus la mort quand on leur rend visite…. Le deuil blanc est une très bonne formule…

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire