Les menottes aux poignets

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J’étais chez le kiné, tiraillant comme d’autres

Mes tendons malmenés pour qu’ils se rétablissent

Quand je vis se pointer, cadré par la police

Un jeune menotté qui n’était pas des nôtres.

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Alors que nous causions, patients habitués

Nos mouvements cessèrent, nos voix diminuèrent 

Car elle était sincère cette main prisonnière 

Signe de réclusion, de fin de liberté.

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Qu’avait fait cet enfant pour en arriver là ?

Par quel concours affreux de tristes circonstances 

Avait-il, malheureux, subi cette sentence ?

Il n’avait pas 20 ans et il semblait très las. 

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Un agent libéra un seul de ses poignets 

Installa le garçon face au professionnel

Qui sans son sans façon fabriqua une attelle ;

Muet il endura, tandis qu’on le maniait.

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Une émotion terrible me souleva le cœur

Si triste était la scène qu’on ne la commentait

On parlait tout de même et certains plaisantaient

Mais ce spectacle horrible suscitait la rancœur.

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Les hommes en uniforme étaient aussi gênés

Écrasant de leurs armes ce rejeton de paille.

Je me sentais les larmes devant ces attirails

Cette escorte difforme et disproportionnée. 

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Le kiné indiqua qu’il en avait fini

Un agent referma les pinces sur ses bras.

Enfin il se leva, et son regard erra

Dévoilant ses tracas ses peines infinies.

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Il aurait eu besoin d’un mot ou d’un sourire

Mais personne n’osa le regarder, l’instruire

Alors il se tourna et se laissa conduire ;

Incapable de bien, je me sentis mourir.

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Victime du hasard ce gosse mal noté  

Partit sans recevoir le moindre réconfort ;

Je ne puis concevoir alors que j’étais fort 

Face à ce vert taulard ma lâche lâcheté.

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J’aurais dû déposer ma main sur son épaule

Lui souhaiter bon courage au moins chercher ses yeux

Au lieu de quoi j’enrage je n’ai pas trouvé mieux

Que de pérenniser mon détestable rôle.

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Quels que soient ses ratés, ses torts sa vanité 

Il n’a pas eu le choix, des parents, du chemin. 

Comme nous de surcroit, c’était un être humain  

Qui aurait mérité un peu d’humanité.

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