Histoire du XXIe siècle– Deuxième partie (2025-2049) : Les drames de la surpopulation. Chapitre 4 : Les machines au pouvoir. C – Le nouvel aspect des maisons, des villes et des campagnes intelligentes

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C – Le nouvel aspect des maisons, des villes et des campagnes intelligentes

(sous-chapitre écrit avec l’aide de ChatGPT, qui m’a donné des idées que je n’aurais pas eues et des mots techniques que je ne connaissais pas)

Pour mémoire, je rappelle quelques caractéristiques de l’état de la terre en 2050 ;

– la population terrestre diminua de près de 700 millions d’unités entre 2025 et 2049 (essentiellement en raison de la surmortalité des derniers naturels touchés par les catastrophes sociales, climatiques, épidémiologiques, et avant que les alignés, bien plus résistants, et souvent réparables, s’imposent après cette date) ;

– la puissance de calcul, et donc de gestion universelle, des algorithmes continuaient à progresser, alors qu’on avait pensé un temps que la « loi de Moore » (Gordon Moore, cofondateur d’Intel), prédisant dès 1965 le doublement de la puissance des transistors (ou semi-conducteurs) tous les 18 mois, avait un temps atteint ses limites : avec plus de 100 milliards de transistors par circuit intégré (puce), un smartphone en 2025 contenait plus de puissance de calcul que n’en possédait la Nasa pour faire atterrir Apollo 11 sur la lune en 1969. En 2035, on avait réduit la taille des transistors sur les puces à 0,2 nanomètre ; et en 2045 on atteignait 0,1 nanomètre, soit 1 angström (1 dix millionième de millimètre). Étonnamment, le Belge IMEC, le néerlandais ASML et la Taïwanais TSMC damèrent le pion aux Américains dans cette recherche de l’infiniment petit ultra-performant ;

– la plupart des vivants étaient assistés par un robot humanoïde, mais surtout devenaient eux-mêmes des robots humanoïdes, ou des humains robotisés. Le plus souvent on avait un assistant personnel à la maison et au travail, mais ce fut transitoire. Je l’ai rappelé dans le sous-chapitre précédent et on le reverra par la suite, mais dès 2060 ces assistants devinrent inutiles, car les alignés étaient capables d’accomplir seuls les tâches autrefois dévolues à leurs assistants ;

– en 2040, tous les adultes souhaitant enfanter concevaient leurs enfants in vitro, en choisissant les caractéristiques physiques et génétiques de leur progéniture. Jusqu’au milieu du siècle, quelques inconscients continuèrent à risquer la reproduction à l’ancienne, donc la laideur, la bêtise et la souffrance, avec toutefois la possibilité de moduler ensuite, puisque l’on intervenait systématiquement sur les corps au cours d’une vie, pour les embellir, les améliorer ou les réparer ;

– dans le même temps, on put enfin choisir de mourir quand on le souhaitait. Il suffisait d’aller en pharmacie se procurer la pilule de « fin d’enveloppe corporelle ». Cela fut assez variable selon les cultures et les religions qui survivaient, mais globalement les gens ont assez vite profité de cet outil de liberté si longtemps attendu. On pouvait choisir sa mort, enfin, et la préparer dans le calme. La preuve en est que le nombre des établissements qu’on appelait au début du siècle les ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), ainsi que les centres de long séjour des hôpitaux, fut divisé par 4 ;

– en 2045, on n’utilisait plus aucune énergie fossile. On savait désormais capter, stocker et distribuer l’énergie, qui devint gratuite pour peu que l’on possédât les équipements nécessaires, le plus souvent fournis par les administrations. La fusion nucléaire, que l’on parvint à maîtriser en 2036, jouait un rôle important elle aussi, notamment dans l’armement (on ne se battait plus entre soldats, mais entre drones, robots et blindés sans chauffeurs) ;

– en 2049, on se déplaçait en véhicule autonome (la conduite humaine était interdite) et/ou en aile volante au sein d’une aire géographique. Bien entendu, tous les trafics étaient régis par des IA qui pouvaient prendre la main sur la direction et la vitesse des véhicules pour éviter les embouteillages, les accidents, les pertes de temps. Le nombre de morts sur les routes devint… inexistant. Les systèmes de transport hyperloop commencèrent à relier les grandes villes à des vitesses supérieures à celles des avions de 2030, plus de 1000 km/h. Los Angeles et San Francisco, distants de 550 km, étaient joignables en 33 minutes. Les avions, tous supersoniques à partir de 2040 (atteignant la vitesse de 342 mètres par seconde, soit 1234 km/h, Mach 1), continuaient à transporter les individus d’un continent à un autre.

De tels changements chez les habitants modifièrent beaucoup l’aspect et l’organisation des lieux d’habitation, qui ne furent plus conçus seulement pour protéger des intempéries ou pour permettre la cohabitation familiale dans le sens traditionnel du terme, mais pour optimiser la circulation des données, des individus, et des micro-organismes bénéfiques qui régulaient désormais l’équilibre physiologique de la population.

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Les maisons de 2049 n’avaient plus grand-chose à voir avec celles de 2009. Elles étaient devenues des protections adaptatives, construites en matériaux semi-organiques capables de se régénérer en cas de fissure, de se reconfigurer en fonction des besoins (isolation renforcée lors des vagues de chaleur, dilatation contrôlée lors des crues). Les parois intégraient des millions de micro-capteurs surveillant en permanence la qualité de l’air, l’état émotionnel des habitants, leur rythme circadien, voire leur compatibilité hormonale et cognitive. Chaque foyer disposait d’une pièce-pivot, sorte de cœur domestique où se concentraient les interfaces : un mur-écran panoramique, la station biométrique de régénération corporelle, et l’algorithme domestique, non plus un assistant matériel, mais une présence diffuse, presque imperceptible, active dans chaque fibre du bâtiment. Les cuisines traditionnelles avaient disparu dans la majorité des foyers urbains : les imprimantes alimentaires fournissaient en quelques minutes repas personnalisés, micro-nutriments ajustés, textures et saveurs sélectionnées. Les alignés, dont le métabolisme avait été réécrit, n’avaient plus besoin de s’alimenter en grande quantité.

En 2049, la chambre n’était plus un simple lieu de repos, mais un cocon neuro-régulateur, conçu pour harmoniser le corps et l’esprit avec les rythmes biologiques, émotionnels et cognitifs. La plupart des chambres étaient ovoïdes ou légèrement asymétriques, inspirées de formes biologiques. Les murs, constitués de matériaux semi-organiques, respiraient, c’est-à-dire qu’ils ajustaient leur porosité et leur densité en fonction de la température corporelle du dormeur, ou de son niveau de stress. Le lit n’existait plus comme meuble séparé. C’était une plateforme morphogène, intégrée au sol ou légèrement surélevée, qui s’adaptait à la forme du corps, le maintenait dans une posture idéale, et diffusait chaleur, fraîcheur ou micro-vibrations selon l’état interne mesuré. La surface se nettoyait et se régénérait seule. Bien sûr, la chambre modulait automatiquement la luminosité (spectre adapté à la mélatonine), le son (ondes lentes induisant l’endormissement), les parfums (micro-diffusion de molécules apaisantes ou stimulantes), la gravité (certaines chambres permettaient un sommeil à faible gravité pour diminuer la pression sur les articulations des alignés réparés ou modifiés).

Les salles de bain disparurent comme espace d’hygiène tel qu’on l’entendait au début du siècle. Elles furent remplacées par des capsules de maintenance, plus proches d’un module médical que d’une pièce d’eau. L’eau étant une précieuse ressource (malgré la fusion, la désalinisation n’était pas totalement neutre), les douches traditionnelles ont été abandonnées. Elles ont laissé place à des brumes ionisées, qui nettoyaient la peau en profondeur, éliminaient les bactéries pathogènes et hydrataient le corps avec une précision micrométrique (selon les régions, certains foyers utilisaient encore un filet d’eau ultra-filtré, mais seulement pour les cheveux ou des rituels). Une cabine translucide, verticale, scannait le corps en trois secondes et procédait à l’élimination des toxines, au lissage de la peau, à la réparation des micro-blessures, à la stimulation capillaire, à la gestion du microbiote cutané. Ce nettoyage, indolore, ressemblait à une pluie tiède sans gouttes.

De même il n’existait plus de miroir au sens classique du terme. Une surface intelligente affichait l’état de la peau, l’hydratation, les signes de fatigue, les besoins hormonaux du jour, l’évolution des micro-implants dermiques. Certaines personnes désactivaient volontairement l’affichage émotionnel, jugé intrusif. Les toilettes étaient intégrées dans un système clos : tout était recyclé instantanément, transformé en molécules organiques utiles. Petit détail technique : la plupart des gens ne s’asseyaient plus ; on utilisait des sièges ergonomiques semi-debout, plus adaptés au corps optimisé des alignés.

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Les villes s’étaient transformées en structures verticales, aérées, régulées en temps réel. Les bruits de moteur ayant disparu, les centres urbains devinrent étonnamment silencieux. Les anciennes rues avaient laissé place à des rubans de circulation autonome. Un vaste réseau de parcs, bassins de rétention et jardins productifs garantissait la résilience alimentaire minimale de chaque quartier. Les façades végétalisées n’étaient plus une lubie écologique mais un dispositif sanitaire : elles filtraient les micro-particules résiduelles et contribuaient à la stabilité thermique des tours.

Les bâtiments administratifs, jadis imposants, étaient désormais réduits à des centres de maintenance des IA territoriales. L’essentiel de la gestion publique était automatisé : les décisions courantes étaient prises par des algorithmes régis par des protocoles éthiques mis à jour chaque semaine.

La diminution de population, la désertification de certains sols et la mécanisation totale de l’agriculture remodelaient les campagnes. De vastes zones étaient rendues à la flore et à la faune ou transformées en corridors biologiques destinés à maintenir un minimum de diversité génétique. Les fermes traditionnelles avaient quasiment disparu : on ne trouvait plus que des stations agro-robotisées, autonomes, capables de cultiver, récolter et recycler sans intervention humaine. Le paysage était par endroits d’une grande beauté, par ailleurs d’une étrangeté totale : des prairies immenses animées de drones-pollinisateurs ; des forêts reconstituées pour stabiliser l’humidité locale ; des champs hyper-productifs, certains invisibles depuis le sol car entièrement souterrains, l’agriculture lumineuse ayant été jugée trop coûteuse en eau.

Quelques groupes de naturels vivaient encore dans des habitats communautaires, protégés par des enclaves juridiques. Leur mode de vie, rudimentaire, fascinaient les sociologues comme un reflet d’une humanité passée.

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Avec la réparation cellulaire et la nanotechnologie, les hôpitaux se transformèrent en centres de reconstruction plutôt qu’en lieux de soin. On y venait non pour être guéri mais pour être réparé : pour recalibrer un os, réinitialiser un organe, optimiser une synapse défaillante, ou mettre à jour des implants neuronaux. Ces centres étaient intégralement automatisés. Les « médecins » n’étaient plus que des superviseurs, formés à gérer les anomalies ou les cas psychologiques complexes, les seuls terrains où l’algorithmique rencontrait encore une certaine résistance. L’euthanasie volontaire, largement adoptée, avait vidé les salles d’attente et les centres de long séjour, nous l’avons dit. La mort n’était plus perçue comme un échec médical, mais comme une décision intime de gestion de son enveloppe.

Les salles de sport s’étaient éloignées du modèle musculaire du début du siècle. Les alignés n’avaient plus besoin de sculpter leur corps : celui-ci restait, par défaut, harmonieux et stable. Les salles étaient devenues des studios de performance cognitive et d’équilibrage neuromoteur. On y modulait la vitesse de réaction, la capacité d’attention, l’immunomodulation par exposition contrôlée, la synchronisation sensorimotrice. Des drones pédagogiques guidaient les séances, adaptant chaque exercice à l’état interne de l’individu.

Les salles de spectacles avaient elles pris un tournant radical. Les humains se déplaçaient encore pour assister à un concert, à une pièce de théâtre ou toute expérience artistique – preuve que la présence physique conservait une valeur symbolique forte –, mais les spectacles n’étaient plus consommés passivement. Grâce à des systèmes d’immersion neuro-sensorielle, les spectateurs co-créaient l’œuvre, infléchissant la narration, la lumière, la musique, selon leur état émotionnel individuel ou collectif. Les artistes dirigeaient plutôt qu’ils ne produisaient : ils orchestraient des flux perceptifs. La frontière entre le spectateur et le créateur était abolie. Rappelons que depuis 2030 chacun.e pouvait créer images et sons à volonté.

Je terminerai ce petit tour d’horizon des lieux de vie dans les années 2030-2040 par l’école, en rappelant surtout qu’elle n’existait plus que pour les enfants de moins de 15 ans. Avec quelques nuances, tous les pays cessèrent d’obliger des adolescents devenus ingérables à fréquenter des établissements obsolètes et des professeurs dépassés, à la fois par la compétence des IA et par l’individualisation de l’enseignement, qui rendaient leur travail tout bonnement impossible. Comment garder le moindre crédit quand on reformule, mal, ce qui est parfaitement dit et conçu sur des interfaces accessibles 24 heures sur 24 et interrogeables à volonté ? Comment valoriser un savoir général quand seul compte aux yeux des enfants comme des parents l’utilité d’une connaissance ? Comment donner un cours pour 30 élèves quand chacun.e réclame et obtient des aménagements spécifiques ? Je rappelle que l’écriture était devenue inutile, puisqu’il suffisait de dicter, et même de penser – dès que les interfaces cerveau-machine furent généralisées – pour qu’une subvocalisation se transforme en écrit sur le support et vers la destination choisie. Il y avait eu des résistances bien sûr, et la France atomisée fut, comme toujours au XXIe siècle, en raison de l’invraisemblable audience des partis, syndicats et médias publics, ne protégeant que les privilégiés dont ils émanaient, une des dernières à abandonner un modèle à bout de souffle, s’enfonçant un peu plus dans la violence et la misère. 

Ailleurs, dès 16 ans, la formation était prise en charge par les entreprises et les organismes spécialisés, ou par les services régionaux d’optimisation des compétences, dans lesquels on pouvait – là encore avec des nuances selon les pays – soit créer son propre business (qui ne devait pas forcément dégager du bénéfice, mais prouver son utilité sociale), soit bénéficier d’un revenu de subsistance, ce qui était le cas de 95 % des naturels, incapables, par manque et d’intelligence et de volonté, de s’adapter aux nouvelles donnes du monde dans lequel ils vivaient. Chaque année, les ministères de la planification mettaient à jour les listes des besoins en « forces humaines complémentaires » et indiquaient ce que proposaient les entreprises et les administrations, au niveau continental, comme cursus et comme emploi à la suite. Formation et travail allaient donc de pair. Après quelques années à l’école pour tous – que certains dirigeants, doutant de son efficacité, voulaient limiter à l’âge de 12 ans – on était pris en charge par une institution économique ou sociale qui vous apportaient tout ou presque. On était donc loin de la liberté qui existe aujourd’hui, en 2100 ; mais il avait fallu tirer le constat du terrible échec de l’école de Jules Ferry (efficace pendant un siècle), selon Papa due à 4 causes principales : les rythmes scolaires, les programmes scolaires, les réseaux sociaux, la persistance du cahier et de la photocopie au détriment du laptop. Désormais, après un éveil aux valeurs essentiellement civiques – là, l’école gardait une utilité –, on se lançait dans la vie active, en ne distinguant plus apprentissage et travail, sachant que bien sûr on devait, pour rester complémentaire à l’IA, en permanence apprendre et s’adapter.

(la semaine prochaine fin de la 2e partie : II4D – Transparence, surveillance, bienveillance)

7 commentaires

  1. L’école à l’ère de l’IA avec une scolarité uniquement jusqu’à 16 ans, voire moins, pour la formation de base. Et après, si l’adolescent veut devenir médecin ou avocat il se forme surtout à utiliser l’IA dans son futur métier ?

    Pas facile à 16 ans de choisir une orientation professionnelle. L’école sert aussi à s’éloigner de ses parents pendant la journée, à se confronter à d’autres adultes et à retrouver ses copains. L’école fonctionnera alors peut-être au delà des 16 ans. Dans tous les cas, je souhaite bon courage aux enseignants, actuels et futurs.

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    1. Merci pour ce commentaire. Les difficultés de l’école interrogent, en effet.

      Elle est restée pour un temps un précieux lieu de brassage, de rencontres et d’amitiés (outre les apprentissages). Mais l’évolution des attentes des parents et des recruteurs d’une part, son impossibilité à éduquer des enfants pour beaucoup sans compétences de base et destructurés d’autre part, l’ont rendue petit à petit obsolète. Elle fut donc réduite au minimum à partir des années 2030, la transmission des savoirs s’exerçant ailleurs (employeurs) et autrement (programmes personnalisés conçus et suivis par l’IA).

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      1. J’ai bien peur que l’IA nous rende paresseux. Si elle fait mieux que moi une rédaction, par exemple, à quoi bon me fatiguer ? Exemple dans la vie courante : le guidage GPS que nous suivons dans nos voitures. Il n’y a plus d’effort de mémoire,

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  2. Je suis de nouveau impressionné par la capacité imaginative et scénaristique de l’auteur.

    Ce texte nous met dans une grande lessiveuse. Ce monde d’eugénisme me laisse mal à l’aise. Et dire que les années décrites ne sont pas si loin que ça de 2025.

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  3. Je commence à voir, à comprendre. Et à bien y réfléchir ce que vous écrivez semble très logique. Pourquoi ne prépare-t-on pas mieux ces changements terrifiants ? Vous avez pourtant, avec votre talent d’écrivain apporté une belle contribution. Merci !

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