Anaïs, Gabriel, les adultes et le monde

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(environ 10 minutes de lecture)

Ils étaient dans la même classe de CM2 et ils rentraient de l’école. Ils étaient les seuls que leurs parents laissaient accomplir sans adulte le trajet école-domicile.

– On risque rien ! s’exclamait Anaïs quand on les interrogeait. 

– Si on nous laisse pas nous débrouiller petit à petit, on n’apprendra jamais, ajoutait Gabriel.

C’était une des choses qu’Anaïs adorait chez Gabriel : il vous sortait une réflexion super intelligente à propos de n’importe quoi. Il avait 10 ans et il savait tout.

– Non mais c’est vrai, continuait-il, pourquoi ils surprotègent comme ça ?… C’est pas bon.

– Laisse, disait-elle en le tirant par la manche, et elle l’entrainait sur le boulevard.

Gabriel, lui, aimait tout d’Anaïs, absolument tout, même ses papiers de chewing-gum, la boue sur ses chaussures et la pluie dégoulinant sur sa capuche. Elle était extraordinaire, magnifique, au-delà, une princesse, une princesse que, miraculeusement, il était apparemment le seul à voir. Ce miracle ne durerait pas, il en était conscient ; dès l’année prochaine au collège, les garçons allaient se ruer dessus. Mais pour l’instant elle était là, avec lui, et elle semblait l’aimer presque autant qu’il l’aimait, ce qui était un autre miracle, très temporaire lui aussi. Il y avait trois sortes d’êtres humains : les adultes, les enfants et Anaïs. 

Anaïs s’arrêta devant les étalages de la fleuriste, posa son nez sur différents bouquets, sortit même une tige pour l’amener jusqu’à elle tandis qu’elle se redressait. Qui ferait ça ? pensait Gabriel subjugué. Qui saurait faire ça avec autant de grâce et de naturel ? Elle mit la rose sous son nez à lui, ce qui le chatouilla, et elle éclata de rire en reposant la fleur.

Elle était déjà 3 mètres devant lui, regardant d’autres vitrines à droite, les voitures sur le boulevard à gauche, gesticulant comme si elle vérifiait l’élasticité de son corps. Anaïs pouvait vous faire une roue, et même un saut périlleux arrière, comme ça, d’un coup sur le trottoir, sans prévenir, pour elle ce n’était pas plus difficile que de mettre un pied devant l’autre. Une fois, elle avait oublié qu’elle avait son sac accroché aux épaules, et, alors que ses jambes s’élevaient dans les airs, le sac était tombé sur sa tête, et elle s’était retrouvée à plat dos sur le boulevard. Gabriel avait cru sa dernière heure arrivée, sa dernière heure à lui, mais sa respiration était repartie quand, au lieu de voir Anaïs morte ou en pleurs, il l’avait vue en train de rire de sa chute, les bras en croix sur le trottoir et regardant le ciel au-dessus d’elle, comme si elle était aussi forte que l’infini et capable de le maintenir à distance. Elle avait tendu le bras à Gabriel et il l’avait relevée, il avait même récupéré son sac, et il s’était dit qu’il n’y avait rien de mieux dans la vie que d’aider Anaïs, être son chevalier servant. Quand il avait vu et entendu deux mamies les regarder avec admiration et murmurer « C’est beau, la jeunesse », il était le plus heureux des garçons de 10 ans, tous pays et toutes époques confondues.

Ils arrivèrent au premier carrefour, ce qui inquiétait toujours un peu Gabriel, car Anaïs semblait penser qu’il suffisait qu’elle avance pour que les voitures s’arrêtent ; normal, c’était une princesse. Pour le rassurer, elle lui montrait le petit bonhomme vert sous le feu, ce à quoi il rétorquait :

– Tu ne peux pas faire confiance aux feux ; tu dois aussi vérifier qu’il n’y a pas de voiture qui arrive à toute vitesse.  

Elle entendait, ou pas, et slalomait entre les voitures comme si elle volait, Gabriel suivant assez lourdement quelques mètres derrière. Quelquefois elle s’arrêtait avant même d’être remontée sur le trottoir, et il devait la pousser tandis que les véhicules redémarraient. Elle s’arrêtait pour lui poser des questions, parce qu’elle aimait les réponses de Gabriel, qui, disait-elle, lui agrandissaient le cerveau. 

– Eh, pourquoi Mme Cottier a dit qu’on devait faire des efforts pour le climat ? C’est quand même pas de ma faute s’il pleut, ou s’il pleut pas !

– Ça va t’étonner, mais elle n’a pas tout à fait tort. 

– Explique.

– Tu sais combien on est d’habitants sur la terre ?

– 1 milliard ?

– 8. On est 8 milliards.

– Bon, d’accord, on est 8 milliards. Et ben justement : qu’est-ce que moi toute seule Anaïs  je peux faire ?

– Si toi toute seule tu gaspilles moins d’eau, si toi toute seule tu jettes pas tes papiers par terre, si toi toute seule quand tu seras grande tu rejettes moins de gaz avec ta voiture ou ton chauffage, ça ne changera pas grand-chose, on est d’accord. Mais est-ce que tu es d’accord pour dire que si tous les habitants de la planète font un effort, les 8 milliards, ça changera quelque chose ?

– Ah ben là oui !

– Et est-ce que tu es d’accord pour dire que tu fais partie des 8 milliards ? Et donc que tu dois faire ta part toi aussi, sans quoi on n’y arrivera jamais ?

Anaïs s’arrêta de nouveau, se tourna et Gabriel lui rentra dedans :

– Tu m’as eue, là ! dit-elle en plantant son index sur son thorax.

– La maîtresse nous a invités à être responsables. Tu connais le mot ?

– Oui, mais moi je veux être libre ! Libre, libre, libre !

Et disant ceci elle sautait, tournait autour de lui, étendait ses bras et elle décollait de terre. Gabriel subjugué la regardait bouche bée. Il attendit qu’elle soit un peu calmée pour continuer son raisonnement :

– Si tu es libre sans être responsable, tu ne seras pas libre très longtemps et tu seras malheureuse.

– Et pourquoi ?

– Je vais te donner un exemple.     

– J’adore tes exemples !

– Écoute. Si les gens en voiture conduisent en toute liberté, s’ils ne respectent ni les feux rouges ni les limitations de vitesse parce qu’ils veulent être libres, tu imagines le nombre d’accidents et de morts qu’il y aurait ?

– Je crois que je comprends, fit Anaïs en grimaçant et hochant la tête. Mais on peut quand même être un peu libres ?

– Bien sûr, et même on doit tout faire pour l’être. Si tu respectes le Code de la route et si tu fais attention à l’environnement autour de toi, ça ne gênera pas ta liberté, au contraire, ça permettra qu’elle dure plus longtemps et que plus de gens en profitent.

– D’accord.

Ils longeaient maintenant la place du théâtre, avec la grande halle au fond, qui servait pour le marché, les concerts et les rassemblements. 

– La dernière fois que j’ai vu mon père, c’était ici, lâcha tout-à-trac Anaïs.

– Y’a longtemps ?

– Oh oui.

– Il parle plus à ta mère ?

– Il a une autre famille. 

– Et il veut pas mélanger les deux ?

– Faut croire que non.

– Ça te rend triste ?

– Un peu. Surtout pendant les vacances. J’aime pas les vacances. On fait rien. Ma mère bosse et elle a pas de sous.

– J’aime pas les vacances non plus. Mais chez moi c’est le contraire, c’est tout mélangé.

– T’es une semaine chez ta mère une semaine chez ton père, je sais. Je préfère quand t’es chez ton père, comme ça on rentre ensemble vu qu’on est voisins.

– Oui, ça c’est bien. Mais ma mère vit maintenant avec un monsieur qui a un fils et une fille, et mon père vit avec une femme qui a deux fils. 

– Tu les aimes pas ?

– Moyen.

– Et ton frère ?

– Ça va. 

– Moi, mon frère il est en train de devenir voyou. Il fait que des conneries.

– Il a quel âge ?

– 15.

Ils étaient d’humeur plus sombre quand ils arrivèrent à la rue qui allait vers le fleuve. Mais Anaïs se mit à jouer au foot avec une canette de coca, et oublia vite son père inexistant, sa mère pauvre et son frère voyou. Elle conduisit son ballon de fer sur une dizaine de mètres puis shoota comme si elle arrivait devant le but. La cannette fut si bien propulsée qu’elle partit avec une bonne puissance, légèrement sur la gauche, et quitta donc le trottoir pour atteindre la chaussée où elle tapa contre la portière avant-droite d’une voiture, qui pila aussitôt. Un homme en descendit, qui se précipita devant eux. Un peu étonné peut-être par l’âge de ceux qu’il devait considérer comme des agresseurs, il sembla renoncer à utiliser les poings mais vociféra avec des mots et des mains fort proches des visages enfantins :

– Vous êtes inconscients ou quoi ?! Mais qu’est-ce que vous avez dans la tête ?! Vous auriez pu tuer quelqu’un !

Le cerveau rationnel de Gabriel vit tout de suite que celui de son interlocuteur ne l’était pas.

– Excusez-moi, dit-il. J’ai mal visé. Mais je n’aurais pas dû tirer dans cette canette c’est sûr. 

– Non, c’est sûr, réfléchis un peu !

Anaïs se tortillait et se fermait carrément la bouche avec les mains pour se retenir de disculper Gabriel et dire à cet imbécile d’automobiliste qu’il était ridicule de se mettre dans cet état pour une malheureuse cannette qui avait vaguement touché sa bagnole. Alors qu’un bouchon se formait derrière la voiture arrêtée, le type passa une main sur sa portière avant droite :

– T’as de la chance qu’il n’y ait pas d’éraflure, sinon il aurait fallu appeler tes parents ! asséna-t-il en menaçant le garçon.

– Je m’excuse, répéta Gabriel. Pardon. Au revoir Monsieur.  

Et les enfants continuèrent leur chemin, tandis que l’adulte remontait enfin dans sa voiture, non sans avoir envoyé du bras se faire foutre celles et ceux qui subissaient sa bêtise. Crétin jusqu’au bout, il ne put s’empêcher de faire crisser ses pneus, et c’est beaucoup trop vite qu’il déblaya la rue.

– Non mais quel con ! s’exclama Anaïs.

– Un conducteur, ajouta Gabriel en haussant les épaules.

Anaïs le saisit par le poignet. 

– Eh ! T fou, toi ?!

– Quoi ?

– Tu t’es accusé et c’était pas toi !

– Qu’est-ce que ça change ?

  Anaïs le tira sur le côté du trottoir pour l’obliger à t’arrêter. 

– Non mais Gab : personne aurait fait ça. Personne ! Prendre exprès à la place de quelqu’un d’autre…

– C’est rien. Allez, viens.

– Attends.

Anaïs mit ses deux mains sur les épaules de Gabriel – ils avaient la même taille –, avança son visage et posa ses lèvres sur la joue droite de son héros. Celui-ci resta interdit un moment, et comprit aussitôt la chance qu’il avait eue que la canette touche la voiture d’un imbécile. Tandis qu’il restait groggy par ce baiser, Anaïs avait repris sa route, en courant cette fois, comme si elle voulait être la première à arriver au pont. 

Quand elle y fut, elle fit ni une ni deux, posa d’abord les deux mains sur la rambarde, et d’une légère pression, se donna l’élan qu’il fallait pour amener ensuite les pieds sur la rambarde. Elle se redressa et se mit à marcher sur le parapet du pont comme un funambule, en écartant les bras pour garder son équilibre. Gabriel 10 mètres derrière crut encore une fois que son cœur allait s’arrêter ; cette fille allait le tuer pour de bon. Elle ne lui avait encore jamais fait ça. Elle était folle, totalement inconsciente. Comme pourrait-elle un jour être responsable ? Les voitures ralentissaient pour la regarder, certains automobilistes ouvraient leur fenêtre pour crier : « Descends, tu vas tomber ». Elle s’en fichait et mettait un pied devant l’autre, comme si c’était très facile. Avec la lumière orangée du soleil qui baissait à l’ouest – on était un 31 janvier –, Gabriel voyait Anaïs en contre-jour, et c’était comme si une silhouette gracieuse au possible, plus haute que les voitures, marchait au-dessus de l’eau avec les collines en fond, collines qu’elle pouvait traverser d’un claquement de doigt si ça lui chantait. C’était une fée, une magicienne, un être extraordinaire, et Gabriel frissonna en pensant qu’un jour il risquait d’être privé d’elle, il ne savait pas comment il allait pouvoir vivre si Anaïs n’était plus là pour donner le merveilleux qui manquait à sa vie si terne.

Elle sauta au bout du pont et l’attendit, effectuant quelques flexions et grands écarts, comme pour continuer à se chauffer les muscles. 

– T’es folle, lui dit-il en arrivant à son niveau.

– T’as eu peur ?

– Oui.

– Ah ah ! Je suis contente !

– Tu te rends compte du risque que tu prends ?

– Y’a pas de risque. Si je sens que je perds l’équilibre, je saute sur le trottoir !

– Et si ton pied glisse du côté du vide ? Ton poids t’entraînera et tu ne pourras pas te rattraper.

– Mais si. Et puis c’est pas toi qui disais qu’il ne fallait pas surprotéger les enfants ?

– Ça ne veut pas dire leur laisser faire n’importe quoi. Responsable, tu te souviens ?

– Et libre ! Libre !

– Les deux.

   Elle coupa court à la discussion en lui prenant la main, et il fut obligé de courir derrière elle, son sac de classe trop lourd et mal ficelé tapant sur son dos, tandis que celui d’Anaïs était imperceptible, comme un vêtement collé à la peau qui lui allait parfaitement. Ils descendirent sur le chemin qui avait été aménagé le long du fleuve, qu’ils allaient emprunter sur 400 mètres environ, et qu’ils quitteraient pour remonter sur l’avenue qui partait vers l’Est où ils habitaient tous les deux.

Anaïs attrapa un cailloux plat – alors qu’il n’y avait pas de cailloux ici, encore moins des plats ! – et le lança comme il se devait pour qu’il réalise un magnifique ricochet qui créa des étincelles scintillantes à la surface de l’eau. 

Elle demanda soudain :

– T’es pas pressé d’avoir un portable, toi ?

– Bof… Pourquoi faire ?

– Ben là on aurait pu faire une photo par exemple !

– Est-ce qu’on a besoin d’une photo ? Tu as fait ton ricochet, je l’ai vu, sur le pont pareil. Ce qui compte c’est de faire ou de vivre quelque chose, pas de le stocker dans un téléphone.

Encore le cerveau de Gabriel, se dit Anaïs. Chaque fois il me montre les choses d’une manière à laquelle je n’avais pas pensé. 

– Et tout ce qu’on peut voir ? On peut trouver tout ce qu’on veut avec un téléphone !

– T’es sûre que t’as envie de tout voir ?

– Ben oui ! Pas toi ?

– Je crois qu’il y a des choses que j’ai pas trop envie de découvrir.

– Comme quoi ?

– Les guerres. Les gens méchants. Ou bêtes. Et les gens tout nus.

– Les gens tout nus ?! Tu veux dire qui font golo-golo ?

– Euh, oui.

– T’es pas obligé de regarder ça.

– C’est vrai. 

Les voitures roulaient au-dessus d’eux, et ils croisaient ou doublaient des piétons qui se promenaient à la tombée du soir.

– Tu sais, si nos parents avaient pas fait golo-golo on serait pas là, reprit Anaïs.

– Parle pas de ça, c’est dégoûtant. 

– C’est pas dégoûtant !

– Pour moi, si. Quand on aime quelqu’un on lui fait pas ça.

– Mais c’est le contraire !

– Moi je pourrais jamais te faire ça. Parce que…

Gabriel ne put achever sa phrase. Anaïs s’arrêta, se retourna, et le regarda par en dessous avec un sourire en coin :

– Parce que quoi ?

– Arrête.

– Parce que quoi ?!

– Arrête je te dis !

Elle repartit en sautillant, elle avait l’air contente.

Ils passèrent cette fois sous un pont, moins large que le précédent. 

– Dis, à ton avis, reprit Anaïs, je ferai quel métier quand je serai grande ?

– Tu crois pas plutôt que c’est à toi de choisir ?

– Mais je sais pas ! J’ai aucune idée. Je me disais coiffeuse peut-être…

– C’est que tu connais pas encore tous les métiers qui existent. Tu commenceras à y penser au collège, ou au lycée.

– De toute façon je m’en fiche !

– Non, tu dois pas t’en fiche. C’est important. Il faut faire des études.

– Des études ?

– Un métier, ça tombe pas du ciel. 

– Mais c’est horrible ! Faut que je trouve un mari riche, alors. Comme ça je serai pas obligée de travailler.

– On ne travaille pas que pour l’argent. 

– Ah bon ?

– On travaille pour ne pas s’ennuyer, pour rencontrer des gens, pour apporter ce qu’on sait faire. Et pour être libre, comme tu le souhaites.

Du Gabriel tout craché. Où est-ce qu’il allait chercher tout ça ?

– Toi, tu seras astronaute !

– Astronaute ? Et pourquoi ?

– Parce qu’il faut être très intelligent, et un peu dans la lune.

– Et ça sert à quoi un astronaute ?

– Ça sert que tu pourras nous transporter vers les nouvelles planètes où on va habiter.

– Tu crois qu’on habitera sur des autres planètes ?

– Rappelle-toi ce qu’a dit Mme Cottier.

– Elle a dit que des Américains croyaient que la terre ne pourrait bientôt plus nourrir tout le monde, surtout si on vit vieux, et que dans ce cas vivre dans l’espace pourrait être une solution. Mais c’est pas pour tout de suite. On sera morts avant.

– Mais moi je vais pas mourir !

Gabriel regarda sa princesse, et il se dit qu’en effet elle était bien capable de ne jamais mourir. Mais lui, comment allait-il pouvoir la garder ? Pourquoi avait-il si peur de la perdre ? Il enrageait de ne pas être plus insouciant.

Ils prirent la rampe de terre pour rejoindre l’avenue et le niveau des voitures. Il n’y avait pas encore trop de monde, mais déjà les premiers employés de bureau quittaient la ville pour rejoindre la périphérie. 

Ils arrivèrent à la petite maison de Gabriel, coincée entre une station service et un supermarché.

– Tu m’invites ?

– Aujourd’hui je peux pas, tu sais bien. Y’a du monde…

– On s’en fiche.

– Mon père voudra pas.

– Tu vas faire quoi, là ?

– Ben, mes devoirs. Toi aussi j’espère…

– Oh ça m’étonnerait. 

– Eh ?

Gabriel avait attrapé le bas du blouson d’Anaïs.

– Quoi ? demanda-t-elle.

– Fais attention. Ne fais pas n’importe quoi.

– T’inquiète.

– La vie, c’est pas une partie de rigolade.

– Oh je sais bien. Je rigole pas toujours, tu sais !

– Je voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose. Je crois que je pourrais pas le supporter. 

– C’est gentil.

– C’est vrai.

Elle exécuta encore quelques sauts et mouvements, circulaires, comme une parade pour lui dire au revoir.

– Fais attention en traversant.

– Le petit bonhomme vert…

– Le petit bonhomme vert, mais tu vérifies quand même que les voitures sont arrêtées.

– Oui, chef. 

Elle fit un vague salut militaire et s’en fut ; comme par miracle le bonhomme était vert et les voitures s’étaient arrêtées. En montant les quelques marches qui menaient à la porte d’entrée de chez lui sans la perdre des yeux, Gabriel se demanda jusqu’à quand Anaïs arriverait à modeler le monde à sa guise.

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4 commentaires

    1. Merci Florence. Oui, ils sont beaux, Anaïs et Gabriel, et on a envie de les protéger, on ne veut pas qu’ils grandissent et que la vie leur fasse du mal. Heureusement, c’est un des miracles de la littérature que de pouvoir arrêter le temps. Bien à vous, Py.

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