Composition sur les corps

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(environ 3 minutes de lecture)

En début d’année passée, je vous avais proposé une Variation sur les cons (https://desvies.art/2024/01/26/variation-sur-les-cons/) et une Digression sur les culs (https://desvies.art/2024/02/02/digression-sur-les-culs/). Je complète aujourd’hui avec une Composition sur les corps, écrite dans le même style.

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On oppose souvent le corps et l’esprit, à tort selon moi, car le cortex fait partie du corps. Plutôt que de corps et âme, on devrait donc parler de corps-à-corps ; et revoir le corpus. Tout est corporel, nous le savons bien, de la cornée aux cors-aux-pieds, en passant par les coronaires.

Le corps sain n’est ni corpulent, ni biscornu ; il est cordial. Et raccord, plus ou moins : plus, c’est le corps sage, moins, c’est le corps sot. S’il est incorrect, s’il s’agite à cor et à cri, s’il écorche ses coreligionnaires, le corps ira en correctionnel. 

Même grand, il se peut que le corps soit malade ; les organes se corrodent et il devient corrosif. Le corps n’échappe ni aux carences, comme le scorbut, ni au virus, comme le corona, peu sensible aux anticorps. La cortisone et les corticoïdes le soulagent un temps, mais le cornaquent dans la dépendance. Surtout quand le cordage vieillit. Il n’y a que le repos, alors, pour éviter les cormorans ; chut, le corps y dort.

On classe parfois les corps par catégories : le corps est médical, diplomatique, électoral, les corps sont d’armée ou de métiers, et les grands corps de l’État. Sans oublier les corporations, qui souvent s’encordent avec la corruption. Je préfère les individualités : Coralie, Corinne, à la rigueur Corentin. Et je deviendrais fou sans les descendants de Corneille. Mais rien de mieux qu’une Corona avec une choriste sur une corniche de Corinthe.

En Espagne, à Cordoue (Cordoba), on trouve le corazon et les corognes. Au Nord, c’était les corons ; en Cornouailles, le corned-beef. Ailleurs aussi, à Cordouan, dans le Vercors ou dans les Corbières, le corps naît. Et que ce soit en Corrèze, en Corse – Cocorico – ou en Corée, le corps sait.

Les plus agréables des corps, bien sûr, sont les corps beaux, et mieux encore les corps dons. Parmi ceux-ci, il y a le cor de basse et le cor de chasse, le corail et la corolle, ces créations au cordeau. Magnifiques aussi sont les chorégies, quasi égales des coryphées, qui chantent les correspondances entre Dieu et les hommes. Plus prosaïques, mais non moins délicieux, les corn flakes, la chicorée, la coriandre. L’homme, certes, craque pour les corps nichons, qui sont ses cornes d’Abondance.

Parfois les corps se battent, pour des histoires de Coran, de corsaires, de score, ou de décor. Ils sont en désaccord, frappent en corner, et c’est la corrida. Certains refusent d’être corvéables, d’entrer dans le cortège. Ils ne veulent pas être corps rompus, ils ne supportent pas les Corléone. Refusant d’être encornés dans un corral, ils se regroupent en corps francs, accordent leurs forces et infligent aux cornards la correction méritée.

Un rien peut désaccorder les corps. Par exemple, la licorne est sympathique, le bicorne moins ; la Corvette est une voiture synonyme de liberté, la cornette de la sœur des Cordeliers en revanche… L’habit ne fait pas le moine, oui, pourtant le corps corrobore. Ou édulcore. Ou incorpore. Quelques incorrigibles ne veulent pas jouer corporate. La pécore picore, le corniaud écornifle… On ne peut les mettre à la corbeille et l’on ne sait comment escorter ces coriaces.

Aurai-je le temps de corriger encore ? Moi qui me suis jeté à corps perdu dans les corrélations, j’en ai agencé des mots, j’ai même battu des records ! Mais quand viendra l’heure de ma mort, il n’y aura pas le quorum à mon enterrement, personne pour crier « encore, encore ». Normal : j’ai disparu dès 30 ans pour m’adonner aux concordances.

Qu’on me trouve un arbre, cornouiller ou autre, et que vienne à l’occasion une guitare ou une cornemuse. Et puis, qu’on me laisse m’accorder à ma manière avec les corps célestes. 

(et 196 histoires, à lire ou à relire sur www.desvies.art

7 commentaires

  1. Parfaitement d’accord pour ce jeu de mots en « cor », très réussi.
    Merci PY pour cette très belle composition.
    Tu es véritablement un magicien des mots … les mots qui soignent, les mots qui gagnent.
    Vive TOI !

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  2. Bonsoir Pierre Yves Je viens de terminer ta dernière composition sur les corps. Toujours aussi intéressante un peu acide et bien écrite. Merci encore pour ces petits moments qui complètent mes nombreuses lectures de romans souvent moins perspicace. Mais bon dans la lecture tout est bon . Enfin presque! J’espère que tu gardes le moral au milieu de la tempête que tu dois subir actuellement. Je prendrai des nouvelles auprès de Nicole et Roland. Mais j’attends surtout la suite de ta nouvelle composition comme je le pense plein d’autres lecteurs et lectrices. Prends soin de toi. Annie.

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    1. Merci Annie, pour ces mots chaleureux, et ce bel hommage à la lecture. Les humains se rapprochent les uns des autres grâce à ce que Yuval Noah Harari appelle « les croyances intersubjectives », et les histoires sont les plus importantes d’entre elles. Elles nous permettent de nous comprendre et de progresser. Vive la littérature, et vive Toi, Py.

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