Aphorismes 2024

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(environ 10 minutes de lecture)

Comme les années précédentes, je vous propose 52 aphorismes, écrits au fil des semaines en 2024. Je vous les livre ici dans l’ordre où ils sont apparus, mais j’ai pris cet été le temps de classer les 800 que j’ai en stock en 6 catégories ; je publierai peut-être un recueil lorsque j’en aurai 1000, même si la quantité n’est pas un objectif.

Je profite de ce dernier envoi de l’année pour vous remercier encore de votre fidélité à mes écrits. Ayant renoncé à tout réseau social depuis 2020 et n’ayant plus publié de livre depuis 2014, vous êtes mon seul lectorat, en dehors de quelques curieux occasionnels et de quelques derniers lecteurs de mes romans papier. C’est dire votre importance à mes yeux.

Je vous souhaite une bonne fin d’année, ainsi que de belles histoires, fictives et réelles, en 2025. Py.

Relativiser

Il vaut mieux être attaqué par le cancer que par les Russes.

Et tok

Saluons l’Albanie, qui après l’Inde, et l’Australie pour les moins de 16 ans, rendra impossible en 2025 l’utilisation de TikTok sur son territoire. Il y a urgence à bannir le réseau de Pékin, et le X d’Elon Musk, dont les torrents de mensonges, de haine et de bêtise engloutissent les sociétés démocratiques.

Syrie post-Assad

Toujours les mêmes erreurs des politiciens européens : « Messieurs les islamistes, soyez gentils, n’égorgez plus, respectez les femmes et scolarisez les jeunes. Et puis laissez-nous faire, on va vous dire comment régler la situation ».

Contresens historique

Martinique, Nouvelle-Calédonie, Mayotte… Combien de drames faudra-t-il pour que la France renonce aux reliquats de son empire, micro-territoires qui doivent librement s’unir avec ceux qui les entourent et non pas dépendre d’une ancienne puissance éloignée, dépendance qui, même quand elle est souhaitée, ne peut que susciter le ressentiment et la violence ?

On a les fiertés que l’on peut

Qu’on en soit réduit à trouver extraordinaire d’avoir reconstruit en 5 ans, sans innovation et avec des moyens illimités, la partie du toit brûlé d’une cathédrale que d’autres avaient construit il y a 700 ans dans des conditions autrement difficiles, ainsi que d’avoir organisé des jeux formatés depuis des lustres et attribués 7 ans plus tôt, comme beaucoup d’autres villes l’avaient fait auparavant, dit assez bien l’état de ce pays qu’on appelle la France.

Gâchis

Noël commençant fin octobre dans les catalogues et fin novembre dans les villes, toute magie a disparu, toute sacralité est impossible. Ne restent que des mois de bouffe grasse, de produits inutiles, de déchets innombrables, et d’enfants pervertis.

Spécificités continentales

L’Amérique innove, l’Asie travaille, l’Europe flemmarde, l’Afrique se débat.

Le meilleur de chacun

Aux valeurs des démocraties libérales européennes et américaines, incomparables pour l’épanouissement individuel et collectif, on pourrait ajouter l’éducation scolaire de Singapour, l’émancipation religieuse de la Chine, la capacité à vivre le présent et la solidarité africaine, la débrouille et la gaieté latino-américaine.  

Forces insuffisantes du bien

Si même Bill Gates, Yuval Noah Harari, Jacques Attali, Matthieu Ricard, Bernard-Henri Lévy, Elisabeth Badinter et quelques autres grands esprits généreux et courageux ne réussissent pas à empêcher la perte des valeurs humaines universelles, qui le pourra ?

Écologistes du dimanche

Ainsi, chacun.e choisit la mesure dérisoire qui ne l.e.a gêne pas et s’en targue pour montrer sa vertu, négligeant de modifier ses petites habitudes polluantes, qu’on présentera au besoin comme des exceptions ou des contraintes. Ego-logiques.

Ici

Des gueulards qui bloquent à la moindre occasion, une opinion qui soutient, un gouvernement qui ne dit rien : tout est en place.

Colère hic

Rien n’est plus facile et détestable que la colère récurrente, concentrée sur sa situation personnelle, synonyme d’égoïsme et de bêtise, créatrice de violence et de malheur.

Logique du chef de service

Quelle procédure vais-je pouvoir inventer ? Comment donc puis-je compliquer les choses ?

Camusien 

Une seule question importante, en réalité : qu’est-ce qu’on fait contre le mal ? Comment se comporte-t-on, chacun.e, individuellement ?

Tableau noir

On enseigne en saignant.

Prof

Le métier le plus important du monde. Et, désormais, un des plus difficiles.

Méprisants

« À très vite » ; « J’ai hâte ». Telles sont les formules adressées à la va vite par des millions de perroquets, qui ne voient pas le mépris qu’elles recouvrent à peine.

Tocards

Il est un critère infaillible pour reconnaître les plus médiocres des politiciens : ils s’indignent contre des futilités.

En guerre

En fait, les gens sont déjà en guerre. Ce qui évite le cataclysme, au moins pour l’instant et en Europe de l’Ouest, c’est qu’il n’y a pas deux camps mais mille ; l’égoïsme a atteint de tels sommets que les alliances sont impossibles. Alors, chaque individu « en colère » ou frustré cogne et détruit chaque fois qu’il se sent fort et peut espérer ne pas être puni pour son crime (notamment au volant de sa voiture, de son tracteur, de son camion, de sa locomotive, de son avion).

Jouer avec le feu

Comme l’an passé, des syndicalistes paysans murent un service public, dégradent des chaussées, créent des bouchons, bloquent un port : l’opinion accepte, et en majorité soutient, légitimant la violence et le corporatisme. Ces lâchetés se paient cher, et se paieront vite plus cher encore, dans le feu, la régression et l’appauvrissement de tous.

Cé-lébri-cité

Tout le monde cherchant à se rendre visible, on ne voit plus rien.

Choix des mots

Quand on veut séduire une fille intelligente, mieux vaut lui dire qu’elle est jolie. Quand on veut séduire une jolie fille, mieux vaut lui dire qu’elle est intelligente.

Blocage français

Il est impossible qu’une personne qui a passé sa vie à obtenir toujours plus en râlant, ou en ne faisant rien, renonce de son plein gré à un privilège, quand bien même il en va de l’avenir de la société. Voilà pourquoi, quel que soit le gouvernement de la France, il n’a aucune chance – parlement, syndicats et médias obligent –, de parvenir à limiter les dépenses publiques. Il faudra la faillite de l’État pour que, dans le chaos et un appauvrissement généralisé, les Français se résignent à un niveau de vie en rapport avec leur travail : réduit et limité.

Infâme

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est rendu cette semaine (22-24 octobre 2024) en Russie, au sommet des BRICS organisé par Poutine, alors que ce chef des Nations-Unies sait mieux que personne les millions de morts, torturés, blessés et déplacés à l’actif du tyran russe. Invisible aujourd’hui dans la confusion générale des cerveaux, cette infamie sautera aux yeux des historiens.

Post-humains

Ils ont l’apparence des humains : ils s’habillent, parlent, se déplacent et rient. Mais ils ont perdu ce qui constituait l’humanité : ils n’ont plus d’intelligence, d’attention à l’autre, d’envie d’apprendre et de progresser.

12 calamités des années 2014-2024

Le monde serait beaucoup plus beau, apaisé, fraternel, sans Vladimir Poutine, le Guide spirituel iranien, Kim Jong Un, Recep Tayyip Erdogan, Xi Jinping, Nicolas Maduro, les cartels mexicains, Facebook, X-Twitter, TikTok. Deux petits cavaliers de l’apocalypse détruisent plus spécifiquement la société française : Jean-Luc Mélenchon et Cyril Hanouna.

Erreur volontaire d’appréciation

Les services publics n’ont pas diminué dans les territoires depuis 40 ans, ils ont au contraire  beaucoup augmenté, aussi bien en termes d’effectifs, que d’aménagements, d’équipements, de mises en valeur et d’animations.

Je n’aime pas

consommer, jouer, voyager, parler, manger, sortir, les loisirs, la fête, les hommes, le tourisme, la moto, le vélo, les vacances.

J’aime

apprendre, travailler, essayer, donner, lire, dormir, l’effort, la séduction, les femmes, la sieste, l’écriture, la marche, le silence.

Oppression

Les balles sifflent (comme dit mon ami Alain B.).

À part exceptions

Ce que les gens sont laids.

Ils sont partout

On n’est jamais, nulle part, à l’abri d’un connard.

(JO de) Ouf

Alors que la cérémonie d’ouverture était un soviétisme écœurant à la gloire de l’identitarisme communautaire, les 15 jours de compétition furent heureux de partage et de simplicité, de beauté et de fraternité. Là, Paris retrouvait un sens, redevenant cette ville de l’amour où chaque homme et chaque femme sur terre peuvent se sentir chez eux.

Les deux côtés de la médaille

Pour qu’il y ait performances, partage et accomplissement, il faut qu’il y ait, avant, travail, rigueur et sélection : trois mots que l’on ferait bien de ne pas oublier lorsqu’on réfléchit à l’enseignement et au management.  

Paris 2024

Vulgaire, militante, incohérente : la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris a enchanté les Français, incapables d’abriter sportifs et invités de la pluie, mais toujours satisfaits d’eux-mêmes, de leurs gaucheries, de leurs vieilles pierres et de leur grande ferraille.

Piège du patriotisme

Le nationalisme, comme sa forme aseptisée qu’est le patriotisme, constitue un obstacle majeur à la fraternité universelle, à la juste répartition des richesses, à la solidarité entre ceux qui ont beaucoup et ceux qui ont peu. Tant qu’on souhaitera la victoire de son pays (sportive, économique, culturelle…), sans considérer que la victoire d’un autre pays serait plus nécessaire et plus méritoire, on ne pourra que susciter le ressentiment et l’agressivité.

Perdus

Dans nombre de vieilles démocraties, les électeurs ont été si abêtis par des années d’information continue et de réseaux sociaux qu’ils votent pour le parti ou le candidat qui promeut précisément ce qu’ils prétendent condamner. Ainsi, en juillet 2024, les Français ont-ils, pour éviter l’accession au pouvoir du Rassemblement National, massivement voté pour un Front Républicain emmené par le seul parti violent, fascisant et antirépublicain du pays, La France Insoumise (qui porte bien son nom, signifiant nationalisme, désordre et égoïsme).

Trop de mots

En politique mais pas seulement, on parle trop, beaucoup trop. Les cerveaux affaiblis sont saturés, ça ne rentre plus. L’information continue et les réseaux dits sociaux, avec le concours décisif des individus eux-mêmes, ont envahi l’espace, et de ce fait tué l’écoute, le silence et la réflexion.

Foi en l’illusion

La politique se rapproche de la religion : ce n’est plus la vérité qui entraîne l’adhésion – au contraire elle déplait –, mais l’utopie, la fable séduisante de la solution facile.

Biais

Tactique de plus en plus utilisée, dans la vie privée comme dans la vie publique : faire passer la cause pour la conséquence.

Hubris

Honte au Président, qui, par simple caprice de puissant, a dissous la démocratie représentative, ajoutant de la confusion à la confusion, du déficit au déficit, de l’immobilisme à l’immobilisme. 

Le vice sous la vertu

Preuve parmi d’autres que les discours écologiques ne sont pas mis en application par nombre de ceux qui les tiennent : jamais autant de personnes n’ont pris l’avion que ces derniers mois (5 milliards en 2024, record absolu). C’est que tous les bien-pensants écologiques, 1 ne proclament des commandements qu’au moment où leur vie est à peu près présentable, 2 s’accordent des exceptions (ils en avouent une, d’un air un peu coupable, pour mieux en cacher 4 ou 5). Et ces malhonnêtes nous font la leçon comme jamais.

Inattention

Une des réactions les plus difficiles à obtenir désormais : que des personnes qui ne sont pas vos obligé.e.s vous prêtent attention et vous écoutent.

Illusions

Les gens ne s’intéressent ni à l’art, ni au sport, ni à la politique, mais aux artistes, aux sportifs et aux politiciens qui ont du succès.

Incohérence

Qu’est-ce que les Impôts et les autres administrations foutent sur X, Facebook et Linkedin ? Un État ne peut pas à la foi s’inquiéter des ravages des réseaux sociaux et en user pour sa promotion, inutile qui plus est pour des services obligatoires en situation de monopole.

Danaïdes

Quand bien même on parviendrait à stabiliser un peu les choses, 240 000 humains supplémentaires les compliqueront dès le lendemain. Et encore 240 000 le surlendemain, et  encore 240 000 le jour d’après, et ainsi de suite, chaque jour, sans aucune interruption.

Trahir comme on respire

En politique, les amis sont plus dangereux que les ennemis.

« C’est moi »

Ces couples qui se croient tenus de s’appeler tous les jours au téléphone alors qu’ils n’ont rien à se dire, qu’ils se sont vus le matin et qu’ils se reverront le soir, pendant des heures : les dialogues sont si poussifs, les phrases si insipides, que le « je t’aime » obligé en fin de conversation sonne comme un dernier soupir.  

Angoisse infondée

Le pire serait qu’il y ait encore quelque chose après la mort, que ce ne soit pas fini. 

Le premier combat

Même quand on a la chance d’être né.e dans un pays et une famille sans trop de problèmes, on s’aperçoit dès le début de la vie d’adulte qu’il va falloir lutter pour survivre : c’est une découverte pas si facile à assimiler.

Deux poids deux mesures

Des parents menacent des foudres de la justice une institutrice qui a soigné un peu vite l’écorchure de leur enfant, mais comprennent Poutine qui a arraché à leurs père et mère 100 000 filles et garçons d’Ukraine pour les déporter en Russie.

Cellule familiale

À partir de 60 ans, quand ce n’est pas 45, la vie de la plupart des gens consiste à organiser des rencontres avec leurs enfants et petits-enfants.

Le bon Airbnb

Étonnant tout de même, ces propriétaires gauchistes écologiques, qui utilisent sans vergogne un outil capitaliste par excellence – la plateforme Airbnb –, et vont plus loin encore dans le lucre en vous proposant les prochaines transactions en liquide, trichant à la fois avec l’État et avec la main qui les nourrit.

Tousseurs pollueurs 

La moitié des toux ne sont pas nécessaires ; elles sont forcées par l’émetteur, qui cherche à se donner une contenance.

Dialogue impossible

Plus que jamais, face à de tels niveaux d’inculture, de bêtise et de mauvaise foi, la tentation de se taire et de fuir.

Aveuglement

Il faut tout de même se mentir avec acharnement pour se convaincre que, après quinze ans de vie commune, son ou sa partenaire n’a pas envie d’autres relations sexuelles. 

Robert le Grand

Il est si rare de trouver des comportements exemplaires, des hommes dont on aurait aimé avoir les qualités, la vie. Immense Robert Badinter, pourtant si humble. Il reste son épouse,  aussi exceptionnelle que lui dans la défense de l’universalité des valeurs humaines. Puissent les messages de ces grandes et belles personnes ne jamais être oubliés.

Écrit vs oral

Plus j’écris et lis, moins je parviens à dialoguer à l’oral. Une conversation de rue ou de bureau est un supplice, les repas en groupe sont une épreuve. C’est comme si réflexions et littérature me coupaient du monde. Est-ce un problème ? Je vais rerelire Cioran.

Foutage de gueule

Maintenant, quand vous achetez un produit ou un service en ligne, on appelle ça « une expérience ». Et on vous interroge ensuite pour savoir si vous avez atteint l’orgasme.

Terrorisme soft

Agriculteurs, transporteurs, chauffeurs de taxis, gilets jaunes… Rien de plus lâche que de pourrir la vie des gens qu’on ne connait pas et qu’on ne regarde pas pour faire valoir son petit intérêt personnel au nom de causes corporatistes soi-disant générales.

Le maître

Nous n’avons pas, nous sommes un corps ; et c’est lui qui commande.

Nouvelle économie

Ce ne sont plus les gros qui mangent les petits, mais les rapides qui avalent les lents.

Avant

Depuis au moins 3 siècles, les gens se plaignent que les valeurs disparaissent, que les mœurs se dégradent, que le niveau baisse. Tout allait mieux « avant ». On voit vite l’illogisme de cette affirmation si chaque génération la prononce ; elle répond davantage au regard des humains quand ils vieillissent qu’à une observation lucide de la réalité.

6 commentaires

  1. Bien dit mais pas gai tout ça …

    Souhaitons 52 aphorismes 2025 absurdes, idiots, impossibles, poétiques ou drôles. A toi de jouer Pierre-Yves !

    Je commence ; « C’est bien d’oublier les réalités » (à la manière de Philippe Delerm).

    Belle année d’écriture et d’amitié.

    La bise du Jour de l’An.

    Joëlle

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    1. Merci Joëlle. Tu as raison de rappeler que la littérature peut servir aussi à « oublier la réalité » (quand on va dans le futur, l’ailleurs, le passé, l’imaginaire, la fantaisie…), même si je l’utilise quant à moi plutôt pour tâcher de montrer la réalité. On peut tout faire avec les mots, c’est ce qui les rend si précieux. Bonne fin d’année avec Philippe Delerm, le maître des instantanés, un photographe des moments et des gestes révélateurs, toujours juste et subtil. Bien à toi, Py.

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  2. en fait, vous allez au bout de la logique, sans retenue, vous ne mettez que les mots nécessaires, et ça donne un effet très puissant, la vérité saute aux yeux. C’est assez déstabilisant, mais quel plaisir, soudain on voit beaucoup mieux. Merci pour tout ça

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    1. « que les mots nécessaires » : vous avez parfaitement défini, chère Jeanne, une règle importante si l’on veut tenter de montrer ce qui est. On enrobe beaucoup quand on parle, trop ; la rigoureuse économie que permet l’écrit aide à la compréhension et à la lucidité. Merci de votre fidélité, bonne fin d’année, Py.

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