Une journée de mobilités douces

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(environ 12 minutes de lecture)

Je ne prenais plus le bus. J’en avais marre d’attendre, non seulement à l’arrêt où je montais et descendais, mais aussi dans le bus lui-même, quand le chauffeur, sans doute sur ordre du régulateur de trafic, nous faisait poireauter cinq minutes alors que tous ceux qui le souhaitaient étaient déjà descendus ou montés. Et puis cette promiscuité, cette sueur et ces odeurs, sans parler des gueules de tous ces post-humains voûtés sur leur seringue rectangulaire – certains étaient même perfusés, dans les oreilles, le cœur, les doigts – se shootant aux notifications, aux vidéos débiles et aux messages inutiles, c’était désespérant. 

Je ne voulais pas non plus prendre la voiture. Je roulais assez d’une ville à l’autre en raison de déplacements familiaux et professionnels pour ne pas utiliser mon véhicule quand je pouvais l’éviter. La conduite en ville était une calamité : physique, économique, écologique. Toutes les grandes villes étaient saturées : malgré les efforts des municipalités pour chasser les voitures, beaucoup d’individus soit n’avaient pas le choix car ils venaient de la campagne, soit étaient d’indécrottables bagnolards. Je connaissais nombre d’hommes et de femmes très bien-pensants – je veux dire en phase avec la doxa environnementale de l’époque – qui n’imaginaient pas une seconde se passer de leur voiture dès lors que leur destination se trouvait à plus de 200 mètres. Certains seraient même entrés dans la boulangerie au volant de leur tire s’ils l’avaient pu. 

Du coup, je marchais. Pour aller au siège de la boîte où j’avais un bureau, il me fallait 55 minutes ; pour en revenir, 60, ça montait et j’étais un peu fatigué. C’était mieux : je respirais, j’allais à mon rythme, et je tenais les post-humains à distance, d’autant que j’utilisais les rues les moins fréquentées chaque fois que c’était possible. Accessoirement, je progressais en endurance. Je n’avais donc pas l’impression de perdre du temps, au contraire. 

Je pris l’habitude de tout faire à pied, dès lors que je n’avais pas de courses lourdes à porter et que je restais dans l’agglomération. Tant que mes jambes tenaient, je devais en profiter. Le week-end, une heure et demie aller puis une heure et demie retour ne me faisaient pas peur. 

Au fil des mois et des années cependant, je constatai que même à pied je n’étais pas épargné par les incivilités, mot pudique recouvrant l’impolitesse, l’égoïsme et la violence. Rien n’est parfait, nous le savons tous. Mais je ne voulais pas me laisser gâcher ma vie de piéton par des gens qui se croyaient tout permis, parce qu’ils naviguaient dans le sens du vent et confondaient liberté avec égoïsme. Un jeudi où j’étais à la fois serein et motivé, je décidai d’apporter ma contribution personnelle au rétablissement de l’ordre républicain.

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Il y a longtemps que les vélos commençaient à me chauffer les oreilles, au sens propre du terme, car certains me doublaient en passant si près que je sentais l’air affluer à mon pavillon et s’engouffrer dans le conduit jusqu’au tympan. C’était désagréable, dangereux car au moindre écart de ma part c’était la collision, et malpoli, le vélocipédiste numérisé considérant que, plus rapide, plus techno, plus moderne, il avait le droit de zigzaguer tandis que je devais marcher dans les clous et uniquement là. « Les mobilités douces » avaient bon dos. Depuis que les collectivités vantaient les bicyclettes et créaient des pistes ou des voies pour elles, des individualistes bon chic bon genre se croyaient autorisés à rouler à leur guise en pensant : « Pousse-toi Connard, laisse passer l’avenir ». Les pires étaient les parents, affublés de sièges devant, ou derrière, ou d’une remorque, ou d’un side-car, ou précédant un convoi de vélos. Ceux-là avaient une si haute opinion d’eux-mêmes – « On a osé faire un enfant, quand même » – que, au volant d’un semi-remorque, ils auraient sans scrupules écrasé ceux qui entravaient leur parcours.

Sur mon trajet quotidien, j’avais repéré plusieurs de ces malotrus, qui roulaient systématiquement sur le trottoir. Avec le bruit du trafic, je ne les entendais qu’au tout dernier moment, quand le souffle me frappait côté gauche ou côté droit. Une demi-seconde après, je voyais un.e prétentieu.x.se assis.e sur sa selle qui poursuivait sa route sans se soucier de celle des autres, en tranchant dans l’air ou dans le lard. 

Ce jeudi matin donc, sortant de chez moi pour me rendre au boulot, je décidai d’un léger écart à ma conduite. Pas grand-chose, une quinzaine de centimètres dès que j’entendrais – il faudrait donc que je sois attentif – un vélo arriver derrière moi. J’en laissai passer deux, parce que je n’avais pas réagi assez vite dans le premier cas – le vélo était déjà passé quand je me décalai – trop vite dans le second – le type eut le temps de freiner et de modifier sa direction. Après ces réglages, j’étais prêt, aussi motivé que concentré. Il s’agissait rien moins que de sauver la civilisation. 

Je commençais à remonter le boulevard Lafayette quand j’entendis derrière moi les roulements, frottements et cliquetis caractéristiques du bruit du vélo quand il roule.  Au jugé, sans me retourner, parce que j’étais plutôt sur la droite du trottoir, je déduisis qu’il allait me dépasser par la gauche. Aussitôt, j’effectuai un bon pas de côté, comme si je débutais une danse. En même temps que j’entendis le crissement des freins dont les poignées avaient été pressées dans un réflexe, je sentis un corps percuter mon sac à dos dûment rembourré. En même temps, je vis passer, à l’horizontale et raclant le sol, une bicyclette sans son cycliste. La vitesse, donc le choc, furent tels que je tombai, il tomba, nous tombâmes. 

Ganté pour l’occasion, je ne m’ouvris pas la peau quand je mis les mains pour empêcher la tête de frapper le bitume. Les coudes cependant tapèrent fort et me firent mal. Mais ils n’étaient pas cassés. 

– Ça va, Monsieur ?

Une humaine s’enquerrait de ma santé. 

– Ça va, merci. 

C’est surtout l’état de l’agresseur qui m’intéressait. Reprenant mes esprits, je regardai autour de moi. Il n’était pas mort, ce qui me déçut un peu même si je n’en espérais pas tant, mais il semblait bien amoché tout de même. Son pantalon avait une ouverture au genou qu’il n’avait pas en sortant de chez lui après avoir bisouté sa femme et son enfant-roi. Ses lèvres saignantes masquaient mal une ou deux dents cassées. Et une radio du nez semblait nécessaire, quoique peut-être pas, l’évidence sautait aux yeux. Comme quoi un casque ne protège pas tant que ça. Enfin, ô joie, le vélo avait terminé sa course sous les roues d’une voiture qui n’avait pu s’arrêter à temps pour éviter ce projectile. Une demi-roue à angle droit, ce n’était donc plus une roue, semblait avoir poussé sous le capot.

La circulation s’était arrêtée, on klaxonnait, des badauds et des samaritains officiaient. Je me levai. Cinq à six personnes m’entouraient. 

– Ça va aller ?

– Je crois.

– On a appelé les pompiers.

– Il faut que j’y aille.

– Vous ne voulez pas attendre ?

– Non, merci. Mais dites-leur bien que c’est ce type-là qui m’a foncé dedans avec son vélo, par derrière, et qui roulait sur le trottoir. 

Le type, la trentaine, genre « casual chic », du moins avant l’accident, était assis contre un mur et ne semblait pas pouvoir se lever dans l’immédiat. C’était très bien. Il s’expliquerait avec les flics et ferait un peu plus gaffe à son comportement désormais.

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À la pause déjeuner, j’allais le plus souvent chercher un sandwich thon ou poulet salade dans une boulangerie du quartier. Soit je revenais le manger avec des collègues dans la salle repas de la boîte, soit j’allais lire et marcher dans un jardin public. Là, en plein centre-ville, j’étais confronté à une nouvelle calamité : les trottinettes (le nom s’écrit aussi bien avec un t qu’avec deux tt à la deuxième syllabe, preuve de la malhonnêteté de l’engin). Leurs roues étaient petites, mais leur nuisance était grande, d’autant qu’elles étaient maniées par des vingtenaires mal dégrossis, qui n’avaient pas la moindre notion de ce qu’étaient la politesse et le respect de l’autre. Ils se faufilaient encore plus facilement que les vélos et considéraient qu’ils pouvaient rouler partout, à leur inconvenance. Ils bipaient, gueulaient, sifflaient, et il fallait s’arrêter pour les laisser passer. Ils pouvaient à eux seuls créer le chaos à un carrefour, qu’ils quittaient comme si de rien n’était. 

À Paris, les trottineurs avaient causé tant de dégâts qu’un vote fut organisé par la municipalité, en avril 2023, dont les résultats furent sans appel : 89,03 % des 103 084 électeurs qui s’étaient déplacés votèrent contre le renouvellement de la concession du domaine public aux trois opérateurs qui louaient les 5000 trottinettes électriques dans  la capitale. Au 31 août, ces engins de malheur avaient donc disparu, réussite aussi éclatante qu’inespérée dans une ville qui contient des circonscriptions où des gens élisent sans qu’on les force l’effrayante Sandrine Rousseau, au premier tour s’il vous plait, deux fois de suite ; les bobos apprécient la terreur anti-homme blanc, pas l’anarchie sur deux roues.

Comme aucune consultation citoyenne n’était venue décaniller les patinettes dans ma province (au moins nous n’avions pas Sandrine Rousseau), j’allais m’accorder moi-même un mandat. Ces guignols déboulant tout schuss sur des planches en alu commençaient à me les briser menu. Puisque c’était mon jour d’éducation civique, j’allais remettre à sa place un de ces petits merdeux à roulettes.

Je préparai mon plan en déjeunant sur un banc. Plan au demeurant assez simple, qui consisterait, au moment où passerait un nuisible surélevé, en l’ouverture du parapluie que j’avais pris avec moi. Pour l’ouvrir, je tendrais le bras droit, muscles bien bandés (hélas, tous les muscles ne se bandent pas à volonté). Peu importe si le parapluie se cassait, l’essentiel était qu’il aveugle et arrête le trottineur. Le plus important était le lieu : il fallait qu’il y eût de la place mais pas trop, du monde mais pas trop non plus. Je visualisai un endroit possible. 

Ayant terminé mon casse-croûte, fermé les yeux quelques minutes pour reprendre des forces, jeté papiers et bouteille dans une poubelle, je me dirigeai vers la chaire d’où je donnerais ma deuxième leçon du jour. C’était une avenue large, double chaussée pour les voitures et voie pour le tram au milieu, dans les deux sens, avec pas mal de circulation, et de piétons et de véhicules, et de vélos et de trottinettes. Juchés sur ces dernières, il y avait toujours des petits malins qui dévalaient les trottoirs à toute berzingue. Amène-toi Coco, me dis-je, ça va être ta fête.

Je me concentrai. Il fallait que je sois solide sur mes jambes au moment de l’impact, que le bras que j’aurais tendu soit dur comme une branche d’arbre, et que je serre fort le parapluie pour ne pas le lâcher trop vite. J’avais parcouru une première centaine de mètres dans l’avenue quand j’en entendais une : sur le trottoir alors qu’il y avait largement la place sur la chaussée des voitures et la voie du tram. Ces engins faisaient un peu le même bruit que les voitures électriques, un mélange de roulement et de sifflement, un bruit vicieux, pas franc, pas toujours perceptible. 

Pcchoufffk ! Ma bandaison, des muscles du bras droit, le serrement de mes poignets, ma volonté de convaincre, furent telles que je ne lâchai pas le parapluie quand une tête lancée à 40 km/heure vint s’engouffrer dans sa toile. Du coup, je fus emporté moi aussi. Mes jambes ne pouvant fournir un telle accélération, je m’affalai non pas sur mais sous la trottinette, car elle ne roulait plus mais volait. Cette fois, je lâchai le parapluie. Le trottineur, qui dans un réflexe avait retiré une main du guidon pour protéger son visage, perdit bien sûr le contrôle de son engin, dont la roue avant décolla de terre, suivie de toute la bécane, qui en quelque sorte exécuta un saut périlleux arrière, sans toutefois retomber sur ses deux pattes. Il y eut de la casse, et l’on n’aurait pas aimé être à la place du guidon quand celui-ci percuta la sol. Quant au conducteur, après avoir pris les armatures du pébroque en pleine tronche, ses pieds avaient un moment continué sans lui, mais sa vitesse était telle qu’il fut tiré sur le dos pendant plusieurs mètres douloureux.

Quand enfin le mouvement cessa, le spectacle n’était pas beau à voir. Il y avait un mort, le parapluie, une blessée grave, la trottinette, un blessé léger, le trottineur, une personne indemne légèrement commotionnée, le pédagogue. Là encore, comme je m’étais couvert, ganté, préparé à l’impact, j’évitai la casse. Mais après les coudes le matin, ce sont mes poignets qui trinquèrent quand je tapai le trottoir. Des voitures s’arrêtèrent et un petit attroupement se forma. Oui, ça allait, merci. On ne pouvait en dire autant de mon élève, dont le visage était en sang, et qui semblait souffrir autant de l’arrière du crâne que du bas du dos.

Cette fois, je m’approchai. Il n’était pas beau à regarder. C’était pitié de voir ce grand gaillard le visage livide sous ses peintures de sang, qui se tortillait et se tenait la tête comme si elle allait se détacher. Il émettait quelques sons, difficiles à interpréter :

– Brrouhhh… Hrchmfff… Fratpjcmks…

– Vous êtes fou, lui dis-je. Il ne faut pas rouler si vite en trottinette, surtout sur les trottoirs. C’est dangereux, pour vous comme pour les autres.

Il me regarda, comme si c’était moi le fou. Mais il était si mal en point qu’il n’essaya même pas de m’attraper au collet pour m’étrangler. 

Après l’exercice un peu compliqué que je lui avais infligé, je devais le réconforter :

– Les pompiers arrivent, ne vous inquiétez pas.

Je ne les attendis pas là non plus. Mais avant de partir, en bon citoyen, j’allai ramasser mon parapluie désarticulé qui gisait dix mètres plus loin. Les baleines étaient ou tordues ou cassées, la toile était déchirée. Avec cette preuve de l’agression dont j’avais été victime, je regagnai mon bureau, en passant par les toilettes pour me débarbouiller un peu.

––––––––––

À 18 heures, je pris la route du retour ; j’avais une heure de marche. Les chocs du matin et de midi se faisaient sentir ; j’allais peiner dans la montée. Mais on n’a rien sans rien. Ils rouleraient un peu moins vite, ces tocards sur deux roues. Pour oublier mes contusions, je réfléchissais à mes actes civils et professionnels. Je travaillais beaucoup en marchant : j’évaluais mes actions récentes pour voir ce que j’avais réussi et raté, je me fixais des objectifs et les moyens pour les atteindre, j’organisais mon emploi du temps, je rédigeais des mails… 

J’étais déjà dans ma périphérie, à dix minutes de chez moi, quand je l’entendis. La bagnole du type qui empoisonnait tout le quartier, de jour comme de nuit. Il avait une voiture qui voulait ressembler à une Porsche, mais qu’il avait peinte en rouge pour faire Ferrari. Son plus grand plaisir était de tourner dans le quartier pour faire entendre son moteur trafiqué, plus bruyant à lui seul qu’un convoi de dix mobylettes au pot d’échappement percé. Sans doute espérait-il que le bruit attirerait les regards, qui verraient combien la voiture était belle et donc important celui qui la possédait. Aucun policier n’avait jamais tenté de raisonner, encore moins d’arraisonner, ce jeune homme, qui portait plutôt beau et trimballait parfois une poule dans sa Carrera de pacotille. 

Je venais d’entamer la descente de l’Avenue du stade. Ma rue était la perpendiculaire 150 mètres à gauche. Je vis la voiture dont le moteur saturait l’espace sonore. Elle arrivait du bas de l’avenue, et roulait trop vite il va de soi. Dans cinq secondes elle m’aurait croisé et aurait atteint le carrefour. 

Alors je tendis le bras, et deux doigts serrés au bout de ce bras, surmonté d’un pouce plié qui faisait office de chien du pistolet imaginaire que je brandissais. Je visai le place du conducteur à travers le pare-brise et ajustai mon bras au fur et à mesure de l’avance de la voiture. Elle pila juste à ma hauteur. Le mec en descendit aussitôt. Il était balèze, plutôt bien habillé. 

– Qu’est-ce tu fais, enculé ?!

Je ne sais pas si j’étais rôdé après mes deux premiers coups de la journée, mais j’étais d’un calme olympien. Je fus fier de moi.

– Je te fais comprendre l’envie que tu déclenches quand on entend ton moteur nous casser les oreilles.

– Qu’est-ce que ça peut te foutre ?!

– Ça me fout que tu me réveilles souvent et que tu gâches l’atmosphère de ce coin paisible, où tout le monde a le droit de vivre au calme.

Comme la Porsche-Ferrari-Peugeot était arrêtée en pleine côte, ça commençait à bouchonner, à klaxonner. Le conducteur jeta vaguement un œil mais resta debout devant moi. Il avait des tremblements. Était-ce l’émotion que j’avais provoquée en lui ? J’aurais plutôt misé sur l’usage de produits stupéfiants. 

– C’est moi qui vais te tuer, connard !

Et à son tour, je ne sais pas s’il s’en rendit compte, il pointa deux doigts entre ma poitrine et mon visage, donc sur sur ma gorge en fait. Comme je ne bougeai pas, il reprit de lui-même (il devait avoir besoin de parler) :

– Ma voiture est en règle !

– Je crois pas, non. Elle est en règle parce que les flics et la mairie ne font pas leur boulot. Mais si tu étais à ma place et moi à la tienne, tu comprendrais le problème.

– Tu me menaces, là ?!

Il s’était avancé, bombant le torse, me touchant presque. Je n’aimais pas quand les gens, même amicaux, s’approchaient trop près pour parler. 75 centimètres, c’était un minimum pour éviter l’haleine, les miasmes, les postillons, les bactéries, les virus…

– Je t’ai menacé, avec mes doigts, pour t’obliger à t’arrêter. Maintenant j’essaye de t’expliquer. 

– Tu te fous de ma gueule, c’est ça ?!

– Non, c’est pas ça. Et je vais te dire une dernière chose, mon petit pote (vous avez vu le film où Anthony Hopkins appelle Ryan Gosling « Mon petit pote » ? Ça le rend fou) : tu seras plus heureux quand tu auras fait mettre aux normes ton pot d’échappement, ou mieux encore, changé de voiture. Parce qu’on ne te verra plus comme quelqu’un qui emmerde les autres. Tu ne rendras pas la vie plus laide, mais plus belle. 

– De quoi je me mêle ? 

– Je me mêle du climat dans le quartier ; j’aimerais bien qu’il soit plus paisible et tu peux y contribuer.

– Je fais ce que je veux !

– Oui. Et tu vas vouloir améliorer ton comportement. Allez, salut. Dégage vite ta voiture, tu fais chier tout le monde, là tout de suite.

– Ouais, ben !… Beneheu !… T’ !…

Comme il s’en retournait, certes à reculons et en gardant un doigt, non plus deux, pointé sur moi, je déduisis de ces singulières onomatopées qu’il avait compris le message. Il ferait du bruit encore quelques jours et quelques nuits avec sa chiotte car il avait son orgueil mal placé (pléonasme), mais il comprendrait son erreur et modifierait son comportement. 

Le soir à l’appartement, pour fêter cette journée d’instruction civique, je m’accordai un apéritif. J’invitai ma femme à le partager. Après qu’elle m’eût raconté sa journée, je lui narrai la mienne, notamment les trois leçons d’utilisation respectueuse de l’espace commun que j’avais initiées. Elle s’offusqua autant qu’elle rit de mes méthodes d’enseignement. Le Tariquet Premières Grives qui enchantait nos papilles me permit d’emporter son soutien. Le combat contre le mal était loin d’être terminé, mais aujourd’hui, comme le colibri de Pierre Rabhi, j’avais fait ma part. 

(et 187 autres histoires à lire et à relire sur www.desvies.art)

4 commentaires

  1. vous y allez fort mais c’est très drôle. Vous montrez bien que ce n’est pas tant l’histoire qui compte que la manière dont on la raconte. Et puis vous faites quand même passer plein de choses.. Bonne journée monsieur l’écrivain

    Aimé par 1 personne

  2. Si c’est pas énorme ça ❗
    «Comme aucune consultation citoyenne n’était venue décaniller les patinettes dans ma province (au moins nous n’avions pas Sandrine Rousseau), j’allais m’accorder moi-même un mandat. Ces guignols déboulant tout schuss sur des planches en alu commençaient à me les briser menu. Puisque c’était mon jour d’éducation civique, j’allais remettre à sa place un de ces petits merdeux à roulettes »

    Mais toute l’histoire est top ! Un régal !

    Aimé par 2 personnes

    1. Merci Seb. Je me suis permis de glisser une formule de « l’énorme » Michel Audiard au milieu des miennes. J’avais d’abord écrit « commençaient à me gonfler », et puis je me suis dit qu’un plagiat de 4 mots en forme d’hommage serait bienvenu ici. La dialoguiste des Tontons Flingueurs et de tant d’autres films montrait mieux que d’autres qu’il ne suffit pas de choisir les mots, il faut encore les agencer. Vive la littérature, les images qu’elle crée dans notre cerveau et les émotions qu’elle entraîne dans nos cœurs.

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