Journal de femme de ménage – 16e épisode : La vieille du dessus, la Tounette et…

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Mercredi 10 juillet

Je sens que je vais déprimé. Je savais que l’été alé être dur. Le pire, c le début d’aprèmidi. Toutaleur, quand j’ai vu que c’était que 12 h 55 après le déjeuner, jai u le vertige. Je seré été toute seul, c pas grave, j’atendé ou je sauté du balcon. Mais avec les filles jai mal pour elles. Je vois bien que par momen elles sont triste. A si javais une voiture… On pouré aler a la mer, ce seré super. Et si j’avais un peu de sous on pouré aler au cinéma, ou manger des glaces a la brasserie du téatre. L’acrobranche aussi ça leur plairé. 

Moi a la campagne, petite, j’avais pas les tentations pareil. Y’avait pas la ville, les magasins, le téléphone portable et bocou moins de télévision, de pub, tout ça. Et puis y’avait mes frères, le vrai et le fau. Ils était pas très genti, mais ils était la. Et puis la vie de la ferme, du vilage. Come nous les enfants on travaillait a la ferme, on s’ennuyait pas au moin.

Dans 15 jours ya la plage dans le parc près de l’eau. Ils amène du sable, des parasols, une buvette. Le problème cest que ya pas la mer et qu’on peut pas se baigner. On ira canmême, peutêtre elles trouveront des copines. Et moi avec qui je vais joué ?

En fait, je veu pas joué, je veu travaillé. J’aimeré bien travaillé dans un magasin, de chaussures par exemple, ca me plairé bien. J’aime bien l’odeur du cuir et la forme des jolies chaussures. Et puis je pouré ouvrir quand je veu et travailler toute l’anée come jai envie. Avoir une boutique pour moi, la faire jolie, recevoir les gens, keske sa doit être bien. Même pour les filles ça seré bien, elles aimeré venir, elles m’aideré je suis sure ça leur plairé. Et puis essayé les chaussures, j’en parle même pas ! 

Bon, ça y est, ta fini de rêver, Victoria ? Tu tes bien fait du mal avec quelque chose qui se passera jamai ? Tes contente ? Tes pas assez nouille come ça ? Quelle misère. Etre si bête, cest pas possible.

Jeudi 11 juillet

Ça y est je suis déprimé.Ya des momens je suis telmen triste je crois je vais mourir. Cest terible la tristesse, cest quelque chose de très lour partou dans le cor et aussi qui serre très for la tête. Dans les tanpes ça fait très mal, come si quelque chose voulé sortir et pouvé pas. Même parler ça fait mal, et sourire cest impossible. Je sais pas coment ça se fait que mon cœur s’arête pas de batre, il ba tro fort au contraire, jai l’impression qui va exploser. Même quand je suis couché, mon cœur cogne, et je peu pas dormir. Afreu. Quand on fait rien ça devré pas, je compren pas. Mon cor me fait mal, ma tête me fait mal, mon cœur me fait mal, même que je pense on peu pas séparé la douleur physique et la douleur morale. La douleur morale elle devien physique, ou alor cest pas de la douleur.

Je sens aussi que tout est dificile, il me faut un gros éfort pour faire des trucs tout bête, que normalmen ji ferai même pas atention. Préparé le repas, jouer avec Morgane, sortir dans la rue. Et Julie, elle di rien, elle se plin pas, mais ça va pas, cest la catastrophe. Je suis maleureuse de voir ma fille maleureuse.

Je me ren compte que faire des choses sa sufi pas. Faut pas être seul aussi. Par exemple si on alé dans un bar avec les filles, ou dans une fête ou on conait persone, on se sentiré pas a l’aise, perdu au milieu de la foule et des gens qui ri. Je l’ai bien senti a la fête de la musique. Il faudré sortir de tansantan pour les filles, je sais, mais je le fais pas parce que ça me rendré plus triste d’être triste au milieu de gens qui rigole. Sans parler que jai pas l’argent bien sur, au moins ça règle un problème, cest le seul bon coté.

Vendredi 12 juillet

Keske c lon… ya de quoi mourir. Heuresment, Morgane est au centre aéré. Julie est cette aprem a la picine avec des copines. Moi je suis la dans le salon, je tourne dans l’apartement, je me suis mis presque a poil, en culote et soutien gorge et puis jai enlevé le soutien gorge, et même après j’ai enlevé la culote, je m’ai mi a danser toute nue en mettant la radio et en fumant une cigarette, je crois que je savé plus ce que je faisé, c’était la chaleur, ou pluto rien faire, être seul, sa ren malade a force il faut bien s’ocuper on devien fou, j’étais fole peutetre un momen, après je me caressais le cor je faisé des bruits come si un homme s’ocupé de moi, une vraie salope, a couiner a dire encore encore, a me tordre come si me rendé fole, puis me mettre a genou, marcher a quatre pattes come si m’obligé et puis m’alonger sur le tapi faire come si me prené et que j’aimé ça. Tout d’un cou je mai arêté, j’ai mi une main sur mon minou une autre sur mes seins come si quelqu’un me regardé et que je voulé pas, et je m’ai mi a pleurer. A pleurer dousmen, mais assez lontan, come ça, nue sur le dos sur mon tapi les habits jetés n’importe coment. Et après, encore plus bizare, je mai endormi, je le sais parce que je m’ai réveillé dans la même position. Je suis été me douché et je me suis rabillée, toujour aussi triste.

Ce soir jai u des visions come si javais tro bu ou drogué : je voyé la mer, des barbekious avec des amis et de la famille, un apéro a une terace dans un bar plin de monde, de la musique, une boite de nuit la nuit, et marcher pieds nus sur une plage. Pauvre malade.

Ces douceurs lui paraissaient tellement inatteignables… Et pourtant, il aurait fallu si peu pour qu’elle vive de tels moments. Juste un homme par exemple, un père ou un mari. Ou un ami ou un frère. Ou une voiture. Ou un peu de confiance en elle. Chez elle, les connexions de base n’opéraient pas.

Samedi 13 juillet

Il fait cho. Je sais bien que cest normal en été. Mais bon, faut bien se plindre quelque chose ! Je plésente, jai pas besoin de la chaleur pour me plindre je crois, c pas les problèmes qui me manque. Yen a même un en plus en ce momen, l’ennui. Dabitude jai pas le tan de m’ennuyer, mais la… Dans la semaine jai encore mon travail chez Delaunay a 6 heures, mais ya plus l’école, même pour les filles. Et les filles elles s’ennuie aussi, elles disent le contraire bien sur, que les vacances c mieu que l’école mais c pas vrai. Et come elles s’ennuie je m’ennuie aussi. Puisquon est toutes les trois on devré pas s’ennuyer mais en fait si. Si y’avait que Morgane, ce seré moins dur, une promenade ou m’aider a la cuisine ou au linge ça sufi pour l’occuper un peu. Mais Julie fait sa mauvaise tête elle veut rien faire. Elle fait atention de pas me critiquer come l’autre fois, mais ya rien qui l’intéresse. A par aler voir sa copine Frédérique et puis d’autres du colège, jai demandé les prénoms ;

– Coment i s’apel ?

– Tu connais pas.

– Si tu men parle pas c sur je conais pas ;

– Sofian, Cécilia, Sabrina, Hugo… 

Elle est de mauvais poil. On peu rien en tirer. Ils se retrouve place de l’église. Je me méfie, surtou après ce que ma di la maîtresse qu’elle embrassé les garçons. Je surveille ses tenues, elle aime bien mettre des shorts, cest cour, ça montre toutes ses jambes. Et en haut, elle met des trucs d’été bien sur, mais come elle se met a avoir de la poitrine ça peut exiter les garçons. Je lui di de faire atention mais je suis obligé de la laisser sortir, je peu pas la laissé enfermé tout le tan. 

Je lui ai reparlé de sa colo au mois d’out :

– Tu verra, tu découvrira des amis et des choses nouvelles. Toute façon jai payé, mintenan faut que tu aye.

En fait, jai encore 100 € à payé avant le 15 out, et je sais pas coment je vais faire.

Dimanche 14 juillet

Il s’est passé quelque chose d’horible. Horible horible horible. La vieille de l’étage odessu a sauté par sa fenêtre. Exprès. Elle est morte. Ça s’est passé au début de l’aprèmidi, vers 2 heures. On était dans le salon toutes les trois, on regardait une série a la télé.

A un moment, on a entendu quelqu’un qui crié dans la rue, la fenêtre était entrouverte :

– Elle a sauté ! Elle a sauté !

On a été sur le balcon, on a vu que cest une femme qui habité de l’autre coté de la rue qui crié, on s’est penché et on a vu la vieille voisine du dessu étendue par terre, sur le trotoir. Morgane a demandé :

– Maman, elle est morte ?

Julie a serré mon poignet. Moi je suis resté muette, mais jai serré mes filles contre moi et les larmes sont venues dans mes yeux. Julie a réagi la première :

– Vite, faut descendre !

– Faut dabor apeler les pompiers, jai di. 

On est repassé au salon, jai pri mon téléphone. J’alé faire le 18, mais Julie ma di :

– Avec un portable, cest le 112 qu’il faut faire.

– Tes sure ?

– Oui. On l’a appris en classe.

Jai tapé 112, jai mis le répondeur pour que les filles entende et je suis tombé sur un service que jai pas compri le nom. Julie ma fait oui de la tête. Jai di :

– Cest les pompiers ?

– Oui, Madame, le centre de traitement de l’alerte. Que puis-je pour vous ?

– Je vous apel parce que ya une dame de mon imeuble qui a sauté par la fenêtre. On croit qu’elle est morte.

– Vous habitez rue Denis Bertillat ?

– Oui…

– Alor nous sommes prévenus. Une équipe d’intervention est en route. Merci Madame. 

– Merci… Au revoir.

Jai fermé mon tel.

– Faut descendre, a di Julie. Peut-être qu’elle est pas morte.

– Je veu pas que Morgane voit ça.

– Maman si ! Je veu voir la dame !

– Elle a vu, de toute façon…

Cest vrai jai pensé, peutêtre quelle sera moins traumatisé si elle voi de plus près, puisque elle a comencé a voir. Je voudré pas si y’avé bocou de san, mais la je crois pas. N’empêche, ça faisé canmême peur.

On est décendu dousmen. Je tremblé et je crois bien les filles aussi. La porte des voisins du dessou était fermé, surmen ils était pas la, par contre celle du conar du premier était ouverte. On la vu en bas, avec d’autres gens, au moin dix persones, surtou ceux en face de la rue, je les conaissais pas tous. Des voitures s’était arété.

Tout de suite, en réflex, on a regardé la vieille sur le trotoir. Y’avé un filet de san qui partait de sous sa tête, d’une oreille peutêtre, la tête était posé sur le coté les yeux fermés, heuresmen c’était pas tro afreu a voir. Son cor avait l’air lour, come un gros sac tombé, on voyé pas d’os ou de forme bizare. Tant mieu je mai di, ça auré été tro horible pour Morgane qui est encore petite.

Canmême savoir qu’elle était morte et morte come ça, suicidée en sautant par sa fenêtre, faisé un drole d’effet et je m’ai mi a pleuré pour de bon. Une dame d’en face est venue vers moi, ma mi sa main sur l’épaule et ma di :

– Vous la connaissiez, alors ça doit être dur pour vous, c’est normal. 

C’était genti de me dire ça, mais je réalisé que au contraire je la conaissé pas et que c’était pas bien, si elle avait plus voulu vivre cest parce quelle se senté toute seule, j’auré du faire des efforts pour aler la voir et m’ocuper d’elle, cest pas drole d’être vieille. Et moi come une égoïste jai rien fait jai pensé qua mes petits problèmes. Je pleuré je pouvé plus m’arêter, heuresmen ya une autre dame qui pleuré, et Morgane aussi un peu, et puis les pompiers sont arivés, on a vu la camionette tourner au bout de la rue, la sirène et trois qui sont décendu qui nous ont écarté, deux qui sont penchés sur elle, un autre qui mettait un cordon, des panaux pour la circulation, et qui disé de se pousser encore. Au bout de pas lontan, ils on recouvert la vieille dame avec un papier, un voisin a di que ça s’apelé une couverture sur vie, mais sa voulé dire qu’elle était morte, y’avé plus rien a faire. Jai regardé les autres gens, persone parlé bocou, même le voisin du premier il fermé sa bouche pour une fois, on se senté tous con et pas capable de faire quelque chose, c’était tro tar, on s’été aperçu de rien qu’elle alé pas bien et qu’elle était déprimé.

– Elle sortait presque plus depuis des mois. C’est la mairie qui lui livrait ses repas.

– Pourquoi elle n’était pas dans une maison de retraite ?

– J’ai jamai vu quelqu’un venir chez elle.

– Elle avait pas de famille ?

On se posé des questions et on avé pas la réponse. Je crois qu’on avé onte. Moi entouca, j’avé onte, et je suis sur que Julie aussi, elle est inteligente, elle sent bien les choses (entre parantèse, je sais pas ou elle a pris cette inteligence, mais bon. Peutêtre a l’école).

La police est arivée aussi. 

– Ils vont faire une enquête, a di un Monsieur. Quand il y a un suicide, c’est obligatoire.

– Normal, a di la voisine d’en face. Il faut prouver que personne l’a poussée.

Mince ils vont nous interogé, j’ai pensé. On habite juste dessou.

– Maman, la vieille dame a sauté de sa fenêtre ? Elle est pas tombée ?

C’était Morgane qui posé cette question. C’était pas facile de répondre :

– On sait pas. Personne sait.

– Mais si elle a sauté, ça veut dire qu’elle voulé mourir ?

– Peutêtre. Cest come une maladie tu sais, des gens qui sont seul, ils pense que plus persone les aime, ou ils ont tro de soucis, ou ils sont malades, ils ont plus envie de vivre, cest tro dur, alor ils préfère mourir.

– Mais elle a pas u peur d’avoir mal en tomban ?

– Surmen, si. Mais elle a pensé qui valait mieu avoir mal un moment et plus jamai mal après.

– On a pas mal quand on est mort ?

– Non.

Un policier a demandé si quelqu’un avait vu quelque chose. Persone a répondu. Sauf la dame qui avait crié Elle a sauté, qui a espliqué quelle était dans son jardin derrière, et qua un moment elle est passé devant sa maison et a vu le cor sur le trotoir. Elle a levé la tête et elle a remarqué la fenêtre ouverte. 

– Est-ce que quelqu’un connaît des membres de sa famille ? 

– Elle voyait plus sa fille, a di un monsieur qui habite de l’autre coté de la rue. 

– Et elle habite où, cette fille ?

– Je sais pas. Pas ici en tout cas.

Un policier a pris des photos et posé des sortes de petits cubes en plastique jaune autour du cor. Un moment, un autre est venu soulever la couverture sur vie qu’avé mis les pompiers et ils ont pri des photos du cor et du visage. Après, ils ont même bougé un peu le cor, pour voir dessou, mais on a pas vu, ils caché exprès. Et puis les pompiers l’ont emmené.

– Maman, ils l’emmène ou les pompiers la vieille dame ?

– A l’hopital je crois.

– Mais si elle est morte, on peut encore la soigné ?

– Y’a un endroit ou on met les morts, ça s’appelle la morgue, a di Julie.

– C un cimetière ?

– Non, c’est des tiroirs, grands pour pouvoir mettre des corps.

– Et elle va rester la tout le tan ?

– Non, après elle ira au cimetière.

Je les écouté et je me demandé qui cest qui alé s’ocuper de son entermen, et de ses afaires. Je voulé bien le faire, mais cest tro tar Victoria je m’ai di, cest avant que tu pouvé faire quelque chose. Quelle tristesse, quelle tristesse…

– Mesdames, Messieurs, laissez-nous vos coordonnées s’il vous plaît, sur ce bloc. Nous prendrons contact avec vous tout à l’heure ou demain et nous viendrons vous interroger pour l’enquête. Pour l’instant nous allons monter jusqu’à l’appartement de la victime. Personne n’a les clés ?

Personne a répondu. 

– Qui habite dans l’immeuble ?

J’ai levé le doit, et le con du premier aussi.

– Bien, rentrez chez vous s’il vous plaît, nous passerons vous voir dans quelques minutes. Allez, Messieurs dames, circulez. Cest triste, mais il n’y a plus rien à faire. 

Tout le monde est rentré, mais les flics resté en bas, ya même une autre voiture qui est arivée (on regardé par le balcon de tansantan). On les a entendu monter, et puis après un grand bruit on a compri qui défoncé la porte. Ils sont resté un bon moment lao, ils monté ils décendé, et puis ils sont venu toquer à notre porte. Ils été deux, y’avé une femme et puis un homme, c’était pas ceux que j’avais vu en bas, ils devé être de la deuxième voiture.

– Excusez-nous, Madame, est-ce qu’on peut vous poser quelques questions ? On essaye de comprendre ce qui s’est passé pour cette pauvre dame qui habitait au-dessus de chez vous.

– Bien sur, entrez.

Ils sont été très poli. Je les ai fait assoir dans le salon, autour de la table, j’avé tro honte du canapé.

– Peutêtre cest plus pratique, si vous devé écrire…

– Ça ira très bien.

– Vous voulez un café ?

– Plutôt un verre d’eau si vous avez. Il fait chaud.

– Dacor.

– Ji vais, a di Julie, et elle sen est ocupé.

Morgane arêté pas de regardé le costume de policiers, leur cinture et surtou le pistolet dans son étui, et la matraque aussi. Ils nous ont demandé si on la conaissé, si on avé remarqué des changements, si quelqu’un était venu la voir. On a répondu mais on savé pas granchose. A un moment, Morgane a di :

– Avant elle parlé toute seule, après elle parlé plus.

Les policiers ont souri, et la femme a dit :

– Bravo, tu es observatrice. Et tu entendais ce qu’elle disait ?

– Non, on pouvé pas comprendre. Mais elle parlait, cest vrai.

– On te croit.

Après, cest Julie qui a demandé :

– Elle a pas laissé une lettre ? Souvent les gens qui se suicident, ils écrivent une lettre.

Je me demandé ou cest quelle avait apri ça.

– Cest vrai, a di le policier. Mais là, on n’a rien trouvé, pas d’explication.

On a parlé encore un peu du quartier, et de l’imeuble et je mai pas privé de dire que le voisin du premier nous cassé les pieds souven avec sa musique et ses copins tar le soir. J’ai même ajouté que j’avé apelé plusieurs fois et que j’en avé parlé a leur colègue Bruno, que je coné. 

– Vous faites bien de nous le dire. On tachera de l’avoir à l’œil celui-là. On va d’ailleurs aller le voir tout de suite. Et en dessou de chez vous ? 

– Cest une famille avec un garçon. Mais ils sont jamai la les ouiken, je crois ils ont une maison de campagne.

– D’accord, on viendra les voir demin. 

Ils sont levés, très gentis avec les filles, même quand Morgane a demandé au policier :

– Monsieur, vous avez déjà tué des gens ?

Il a rigolé :

– Non, petite. Ce pistolet, tu vois, il sert à faire peur aux voleurs et aux méchants, et à les emmener en prison.

Après, elle s’est tourné vers la femme. La policière gentille a répondu :

– Moi non plus. Ce pistolet il nous protège. On pourrait pas faire notre métier si on l’avait pas. Quand ils le voient, les gens ne nous attaquent pas.

Je sais pas si elle a bien compri, entouca elle a plus posé de question. Mais elle arêté pas de regarder.

Ils sont partis de chez nous, ils ont tourné encore un peu dans l’apartement odessu et la cage d’escalier, et puis ils on quitté l’imeuble. On est monté voir odessu. Y’avé deux grands scotch orange qui baré la porte et une feuille collée sur la porte, marqué Défense d’entrer Police. Et puis ils avé mis un cadna, parce que la sérure était cassé. 

Après ça, c’était 4 heures, on a gouté vite fait et on a été se promené. Il faisé très cho mais on avé besoin de changer un peu les idées. Julie a comencé a venir avec nous a la rivière, et puis elle a u des sms et ma demandé si elle pouvé rejoindre des amis place de l’église.

– Ya des garçons ?

– Oui, mais y’a pas que des garçons, et je sors pas avec.

– Je peu te faire confiance, ma fille ?

– Tu peux. Je suis pas folle, t’inquiète.

Après, on est rentré avec Morgane, j’été pas a l’aise de savoir que la dame duo était plus la parce quelle s’était suicidé. Ça me faisé un malaise. Le soir, quand la nuit tombé, on a entendu de la musique, et je me rapelé que c’était le 14 juillet, et le bal des pompiers ou les gens alé danser. 

Lundi 15 juillet 

Jai fait mon cauchemar. A cause que la vieille dame du dessu est suicidé. Pourtan cest toujour le même cauchemar, notre mère qui nous laisse devant le palais de justisse, le monsieur dans la camionette, et Florian qui coure après la camionette… Je mai réveillé avec de la transpirassion et des frisson. J’été recrovillé dans mon lit, il ma falu du tan pour plus avoir peur. Et même après jai pleuré en pensant a la vieille du dessu telmen triste.

Jai décidé que demin j’iré voir la Tounette, la vieille femme de Grédon qui ma bocou aidé, en me donan des choses a manger et me gardan les petites. Et pas qune fois. Keske elle était gentille cette femme, je comprené pas la moitié ce quelle me disé, mais elle elle me comprené bien, elle deviné tout. Souven elle me demandé pas mon avi, mais elle savé ce qui falé faire, ce que j’avais besoin. Jamai vu quelqu’un d’aussi genti, je crois pas qui ya deux personnes come sa. Je sé pas coment j’auré fait sans elle. Je crois je lui ai pas di assé merci. Mieu vau pas tro tar que jamai. La vieille du dessu quon a laissé mourir toute seule ma fait comprendre qui faut pas que j’aten, que si je fais pas atention, après cest tro tar. Des gens ont besoin de nous, mais ils dise rien, alor on croi qu’ils ont pas besoin. Et puis on regarde pas, on sen ocupe pas, on veu être tranquile, alor on reste égoïste. Jai onte pour la dame du dessu, alor je veu pas avoir onte pour la Tounette. En plus elle m’aimait cette femme, elle aimait les filles, et nous aussi on l’aimait. J’auré du retourné la voir bien plus to, Victoria tes nule, ta pas de voiture cest pas une escuse, j’iré en car, après mon rendévous chez le dentiste. Demin Morgane a le centre aéré.

La police est revenu aujourdui. On les a entendu monté odessu, et puis odessou aussi, chez les voisins qui été pas la hier. Je voulé leur demandé si quelqu’un de la famille alé venir, cest canmême incroyable que personne soye la. Sa fille, elle pouré venir au moins mintenan que sa mère est morte. Remarque je di ça, mais je suis entrin de me dire moi que si ma mère mouré je risqueré pas de venir je seré même pas au couran. Et de penser sa ma doné envie de pleuré, come dabitude Victoria pleure. Et pourtan je la regrèteré pas, sa me feré ni cho ni froi quelle meure cette salope, jai pas peur du mot il faut dire un chat un chat, mais ce qui me fait pleuré cest justement que je le sauré pas et que je l’aime pas, que ya pas d’amour, pas une goute d’amour entre une mère et sa fille, oui cest possible je suis obligé de reconaitre, cest monstrueu. Si j’aimé pas mes filles et quelle m’aimé pas je me tire une bale tout de suite cest pas la peine.   

Ou cest quon va l’entèré cette dame ? Et quand ? Je voudré bien aler a son entermen pour quelle soye pas toute seule. Juste pour ça, même si tout le monde sen fou et que elle ça lui fait plus rien la pauvre, je voudré être quelqu’un a coté d’elle quand elle saura dans son serkeuil. J’emmèneré les filles aussi, ça sera une bonne lesson je pense, quelles voye qui faut penser aux autres et puis qui faut pas avoir peur de la mort, que tous on va y passer, la mort cest dans la vie, je sais pas si on peut dire come sa.

Si persone vient de sa famille, ou ils vont mettre son cor ? Je me demande ce quon fait des gens qui ont persone pour s’ocuper de leur entermen. Peutêtre on les brule, ça se fait de plus en plus mintenan. Moi je suis pas prête, je voudré pas ça. Je préfère me faire mangé par les asticos pluto que passer dans le four avec les flames. Quel horeur ! Je sais bien qu’on sen rien si on est mort, mais non, cest pas possible. Faudra que je pense a le dire aux filles, quand elles seront plus grandes, qu’on me brule pas. 

Mardi 16 juillet

Je suis été posé Morgane au centre aéré. En sortan de l’imeuble, on a bien sur regardé la ou la voisine du dessu était tombé. Ce qui était horible, cest les traces de la craie des policiers qui resté encore. Je les avé vu, ils avé éfacé un peu avec le pied, mais ça resté encore, on voyait bien la forme du cor.

– Maman…

– Vien vite, on va être en retar.

Il faisé déja très cho pour un matin, c’était pénible de marcher, on été a peine arivé déja on avé soif et on transpiré. Ça va être la canicule. Jai di a Morgane tu bois bocou, si on te done pas assé, tu demande. Elle ma di oui maman mais je la coné elle demandra pas.

Après avoir posé Moragne je suis pas rentré a la maison, je suis été a la garoutière pour savoir les heures du car pour Grédon. Une dame ma di de prendre un petit papier dans un présentoir au mur, jai di « La ? », elle ma di « Oui, pas derrière ». Jai regardé les papiers, mais yen avé pas ou je voyé marqué Grédon. Je mai di tanpi je vais me faire engeuler mais jai retourné devan le guiché, une autre dame était arivé falé pas être pressé. On crevé de cho ladedan.

Quand sa été mon tour, jai di :

– Excusémoi, je trouve pas le bon papier, vous pouvez pas me dire ? Cest juste pour aujourdui. 

Elle ma regardé come si j’étais malade ou que c’était la fin du monde.

– Grédon, c’est sur la ligne de Beaulieu. Prenez la fiche de Beaulieu et vous trouverez.

– La fiche de Bolieu ? Cest quoi, ça ?…

J’essayé de pas l’agacer, mais jai vu sa grimace, je mai di si elle était pas obligé dêtre polie, sur elle me criré dessu. En fait elle était pas polie, mais elle essayé de resté calme. Après un peu de silence pendan quelle espéré que j’alé partir, elle a fini par me dire :

– Bon, le prochain départ est à 9 heures 50. Sur le quai n° 3.

– 9 heures 50 ? Euh… Yen a pas un autre. Parce que jai rendévous chez le dentiste a 10 heures et demie. Je peu pas anuler, cest pas…

– Le suivant est à 13 h 15.

– 13 h 15 ? Euh… Oui. Yen a pas un avant ?

– Non, c’est le suivant je vous dis. 

– A bon dacor. Et j’arive a quelle heure ? A Grédon ?

– 14 heures.

– 14 heures ? Dacor. Et pour repartir ? 

– 16 h 15 ou 17 h 40.

– 16 h 15 ? Ou 17 h 40 ? Ça fait combien sa ?

– Hein ? Combien, quoi ?

– Euh… non pardon, excusémoi. Bon donc pour partir ici cest 14 heures ?

– Non… Vous arrivez à 14 heures, mais vous partez à 13 h 15. 13 heures 15.

– Ah oui, 13 heures 15. Merci. 

Je suis parti en répétan dans ma tête 13 h 15, 13 h 15, 13 h 15. Faudra que je calcule mais je croi que cest bon. Et pour repartir elle ma di 16 heures quelque chose ça devré aler, jai jusqua 6 heures pour récupérer Morgane. Il faut que ji sois pluto a 5 heures et demie, pour pas être en retar chez Delaunay ensuite, mais ça ira. J’auré pu demandé a Julie de la récupéré, mais elle est pas encore très grande elle non plus et je sais pas si on auré le droit.

Je suis été direct chez le dentiste, je suis arivé en avance mais bon, cest plus pratique j’ai eu le tan d’aler aux toilettes et de me rafraichir un peu, il faisé très cho. Juste jai pensé tout d’un coup : Mince, j’ai oublié de me laver les dents après mon café ce matin et jai fumé une cigarette, même deux en marchant, une avan la garoutière une autre en sortan. Quelle cone ! Alor je m’ai lavé avec l’eau du lavabo en frotant avec mes dois. Heuresment, j’avé pas mangé ce matin, j’avai un peu fin, mais il resté juste deux pins aux pépites que j’ai laissé pour les filles, et plus de yaourt non plus, faut absolumen que je fais les courses, avant d’aler prendre le car si jai le tan.

Bon je mai lavé les dents come ça chez le dentiste, je senté pas le dentifrice mais je pense mon alène était pas tro mauvaise.

– Alors, on attaque la devanture ? On refait la façade ?

Jai compri qui me parlé de mes dents, parce qui ma di ça quand je mai assi sur son fauteuil. Jai répondu :

– Alé, on y va, il faut bien refaire la pinture de tansantan !

Jai hésité a lui dire que j’avé oublié me laver le dents avec une brosse et du dentifrice, mais finalmen jai rien di. Il ma pas fait de remarque quand il a comencé a travailler avec ses instruments. 

Il était décontracté et il faisé atention, mais je mai pas senti très bien. Il ma di que aujourdui on allé juste comencé a préparer 2 dents de devan du bas. Il les a taillé ou je sais pas quoi, ça faisé pas mal, mais c’était désagréable et assez lon. Et puis surtou dans ma tête je me senté angoissé avec la vieille du dessu et le car que je devé prendre pour aller voir la Tounette. Lui aussi il plaisanté pas come dabitude, peutêtre il avait ses soussi, je sais pas, persone peut savoir ce qui ya dans la tête de quelqu’un d’autre.

Je suis été contente que ça soye fini, on a pris rendévous pour la prochaine fois pour préparer deux autres dents.

Jai passé a Lidel en rentrant de la maison, c’était 11 h 20. J’avé deux billets de 20 €, mais falé que j’en garde un pour le car de Grédon et 6 € pour un paquet de cigarettes. Jai atrapé un panier et jai pri vite fait ce qui falé pour le débu de la semaine : des petits pins, des yaourts, des crèmes, des cordons bleus, du jambon, des pates, une salade et un concombre, du taboulé, des pommes et même des pêches parce que elles était en promotion 1 € 1 kilo ça vau le cou. Jai pas pri de ju de fruit, parce que toute seule cest tro lour a porté.

En arivan devant l’imeuble, jai vu quelque chose de bizare, enfin de normal mais qui ma fait un malaise : un ga de la voirie qui nettoyé le trotoir. Je le conaissé pas suila, mais je lui demandé canmême :

– Bonjour, excusémoi j’habite la. Vous savé ce qui sest passé ici dimanche ?

– Ben jai vu des traces de craie par terre, on auré di un corp.

– Cest ça. Cest la police qui a tracé.

Il ma demandé ce qui s’été passé, jai espliqué vite fait. Jai pas pu m’empêcher de regardé encore le balcon de la vieille. Sauter de lao, il faut le faire…

– Cest mon chef qui ma di de nettoyer ici tout de suite. Il ma di que cest le cabinet du maire qui lui a demandé.

Jai laissé le ga et jai monté l’escalier avec mon sac de courses. Julie était dans la cuisine quand je suis arivé.

– Bonjour ma fille.

– Bonjour.

Je savé pas si elle était mal réveillé ou de mauvaise humeur, peutêtre les deux, cest pas toujour facile de savoir. Entouca elle était pas habillé, juste son tishirt géant qui lui fait chemise de nuit. 

– Kes tu fait ? Ta déjeuné ?

– Oui. J’aimerais bien faire de la cuisine. Préparer un plat, ou un dessert. On fait jamais quelque chose nous-mêmes.

– Euh… Oui Julie, mais il faut un peu d’argent pour faire ça. En ce momen, cest dur tu sais…

– Oui je sais, mais ça coûterait pas plus cher si on achète des ingrédients.

– Tu croi ? Je suis pas sur…

Je m’ai di cest pas le momen de comencer une discussion ça va mal finir. Jai sorti les courses du sac et jai rangé, dans le placar ou au frigo. Jai pas fait exprès, elle non plus peutêtre, mais jai vu ses yeux dégouté quand elle a vu les cordons bleus. Jai vite changé de sujet.

– Tu veu venir avec moi a Grédon ? Je vais voir la Tounette, la vieille femme qui ma aidé quand vous étiez petites…

– Non, merci.

– Kes tu va faire ?

Tout de suite je mai di mince quelle cone, pourcoi je pose cette question. Je sais keske elle va me dire et cest pas la bone réponse. Et cest ma faute si cest pas la bone réponse, et ça me fait de la peine de voir ma fille qui s’ennuie parce que jai pas d’argent. Cest tro triste.

– Je retrouve Frédérique à 1 heure et demie. On va a la piscine. 

Je voulé lui demandé comen elle payé son tiket d’entrée, mais jai pas osé, parce que je savé pas, et que si falé lui doné des sous je pouvé pas. Quelle onte. Jai u envie de pleurer.

– Bon, je vais me préparé. Je vais prendre la car a… 13 heures 15 a la garoutière.

Elle a rien di, je lai laissé trainé dans la cuisine et je suis été dans la salle de bains. Jai pri une douche. C’était même pas midi et j’étais déja trempé de sueur.

Je sais pas pourcoi, jai u envie de mettre ma robe bleu marine avec des pois blans, cest ma plus jolie, en fait c ma seule robe. Surmen parce que il faisé cho, mais aussi parce que je retourné a Grédon voir la Tounette, peutêtre d’autres gens du vilage aussi, même si j’avé pas d’amis laba. Je mai maquillé comifo, et du far sur les popières. Un peu de rouge a lèvre, mais du transparent pour pas quelle soye tro sèche. Come chaussures jai mi mes sandales avec la lanière et une semelle en liège, cest légé. Elles sont beige, la couleur va pas très bien avec la robe, mais on sen fiche. Et puis j’ai pri mon sac blanc, pour mettre mes cigarettes, mon briquet, mes cles, des mouchoirs, mon téléphone et mon portemoné. 

Jai di a Julie quelle pouvé mangé du jambon et du taboulé pour midi, il resté du pain d’hier ça va. Je lui ai di quelle garde son portable alumé et quelle fasse atention vers 5 heures, que si j’avé un problème je l’apelré pour quelle aye chercher Morgane au centre aéré.

– Mais je peux pas, je suis a la piscine !

– Eh, tu sortira de la picine si il faut. 

– Arrange-toi pour pas être en retard !

– Di donc, tu te pren pour qui ? Si je suis en retar je le feré pas esprès.

Elle s’est fermé. Je lui ai di au revoir, elle ma a peine répondu. Elle ma rien di sur ma robe et que je m’étais bien maquillée. J’étais déçue. 

Je suis arivé a la garoutière un peu avant 1 heure. J’ai vu le quai n° 3, j’avé retenu que c’était la. Y’avé un car garé avec la porte ouverte et un chaufeur assi, je mai di ça doit être suila. Ça fait lontan que j’avais pas pri le car. Je savé plus coment on fait. Je suis monté les trois marches.

– Bonjour, cest la le car pour Grédon ?

Il a juste baissé la tête pour dire oui.

– Un tiket sil vous plait. 

– Il faut le prendre dans le bâtiment de la gare routière. Au guichet ou au distributeur.

– Mais je vé pas avoir le tan ?

– Si, je vous attend, vous inquiétez pas.

Je suis rentré dans le batimen. La salope de ce matin auré pu me dire qui falé prendre le tiket avant de monter dans le car, et j’auré pu l’acheter en même tan que je me rencégné. C’était encore elle. Y’avé qu’une persone avant moi heuresment jai pas atendu tro lontan. 

– Je voudré un tiket pour Grédon. Et un pour revenir aussi. Le retour. 

Elle a fait come si elle me reconaissé pas.

– 12 euros 80.

Jai sorti le portemoné de mon sac et mon billet de 20 €. Elle ma rendu la monaie et deux tikets. On sest pas di au revoir, ni merci. Ya des gens avec qui c pas possible, c come ça.  

Je suis retourné au car, jai tendu le tiket au chaufeur.

– Là, dans la machine s’il vous plaît.

Il ma montré juste derrière lui, une sorte de boite avec une fente pour mettre le tiket. Cest vrai qui faut faire come ça mintenan, je me souvené plus.

Après que jai mi mon tiket et que j’ai entendu le bruit, jai revenu vers le chaufeur et je lui ai demandé :

– Vous pourez me dire, sil vous plait, quand on arivera a Grédon ? Ça fait lontan que je suis pas été, je suis pas sur de reconaitre. 

– Pas de problème, je vous préviendrai.

– Merci.

Y’avé trois persones dans le car avant moi, et encore deux sont monté après, ça fait quon été juste 6, cest pas bocou. Je m’ai instalé pas loin du chaufeur, trois sièges derière, mais de l’autre coté pour mieu le voir et qui me voi, contre la vitre canmême cest plus agréable.

Le chaufeur a démaré. J’ai regardé ma montre : 1 heure 15 pile. On est haut dans un car, on voit les voitures pardessu, cest drole. Je mai rapelé quand on parté en colonie, ou en ouiken avec le foyer. On est sorti de la ville et on a monté vers la campagne. Ça faisé lontan que j’étais pas sortie de la ville. Je cherché si je reconaissé la route, les maisons, les vilages. Je me souvené plus bien, c’était bizare, un peu come si je parté en vacances quelque part que je conais pas. 

On s’est arêté sur une place. Persone est décendu mais quatre personnes sont monté. Deux femmes et deux jeunes. Je m’en ocupais pas, je regardais par la vitre, les petites et les grosses maisons, les gens que je voyais, surtou des vieux. Pas d’enfants. Pourtan cest les vacances. Peutêtre ils sont tous partis a la mer ?

Il faisé pas très cho dans le car, presque un peu froi même, le chaufeur avé mis la clime. J’avé pas de gilet sinon je l’auré mi. Ça me faisait drole d’être en robe, cest rare. Je senté de l’air sur mes cuisses.

La route a tourné bocou après, mais elle était bone, elle était refaite, elle était pas come ça, avan. On s’est arêté dans un virage en bas d’une cote, en fait le vilage était odessu, dans le creu de la coline, mais le car resté sur la route. La je reconaissé, ça sapelle Billac, je suis déja été ici je sé plus quand. Une dame est décendu, cinq autre personnes sont montés, des vieilles dames et deux filles. Le car est reparti, il peiné dans la cote, il avé plus d’élan, on se trainé. 

Après la route a été plate, les bois d’un côté, et de l’autre, celui de ma vitre, on voyait loin, une grande valée et plus loin des colines encore. Il y avé une sorte de brouillar, mais pas un brouillar quand il fait mauvais, un brouillar léger, quand il fait très cho en été. On est arivé a un vilage ou y’avé des touristes, ça aussi je m’en souvené. J’été venu la promené les filles, pas en été, pluto les autres saisons, quand ya moins de monde. Cest joli, cest vrai. Et ya plin des artisans, qui vende des bijous, des tableaux, des bones choses a manger. Quelquefois, j’acheté une gaufre, ou une crêpe, quand la Tounette avé doné une pièce a Julie par exemple (Morgane été tro petite). Oui, même des sous elle nous a doné la Tounette, pas possible cette femme. Je suis contente de la revoir. J’espère quelle se souviendra de moi.

On est reparti. 

– Le prochain arrêt, cest Grédon, a di le chaufeur en se tournant un peu vers moi.

– Oui, merci bocou. Je reconé. 

On a pri la grande décente. Après un ou deux kilomètres, un peu sombre jai trouvé, tro d’arbres, on est arivé a Grédon. Le simtière a gauche été toujour la, le supermarché a droite, les pompiers ensuite, et puis le cabinet du docteur. Et l’atelier de poterie. On a tourné dans une petite rue, qui rejoigné la place du vilage et la grande rue, avec quelques vieux magasins, l’église, la mairie… 

Je mai levé avant que le car s’arête, je me tené pour pas tombé. Les portes sont ouvertes, j’ai di au revoir au chaufeur et j’ai décendu. Première chose, tout de suite : j’ai sorti de mon sac mon paquet et mon briquet et j’ai alumé une cigarette. J’avé besoin. J’ai aspiré une grande boufée et j’ai souflé. Fffouu… Ça alé mieu. La, jai regardé autour de moi, et j’ai comencé a me souvenir : le tabac, la boulangerie, la pharmacie, le bistro, la boucherie ou jai jamai entré, l’électricien… Ça avé pas tro changé. Par contre la place avé eté refaite. Les parkings pour les voitures été pas come ça, et les massifs de fleurs non plus. Je mai avancé un peu vers l’église, a coté y’avé toujours la ale du marché avec son joli toit. Je mai rapelé plin de choses, de momens, et bien sur jai les larmes qui me sont venus dans les yeux.

Je mai rendu conte que y’avé persone. Celles qui été décendu en même tan que moi été parti, et je voyé persone du vilage. Les gens faisé la sieste, ou ils regardé la télé. Ou peutêtre y’avé plus bocou de gens. 

Bon, je mai di, Victoria faut pas trainer si tu veu voir Tounette et prendre le car pour revenir a 4 heures. J’avé pas retenu 4 heures combien, alor je me disé je vais dire 4 heures come sa je seré sur de pas le louper. La Tounette habité en haut de la grande rue. Enfin on di la grande rue, mais elle est pas grande, cest pas une rue de ville. 

Jai jeté mon mégo et jai remonté la rue, il faisé très cho, j’essayé de marché a l’ombre. Trois minutes après, j’été devant la maison de la Tounette. C’était une petite maison coinsé entre deux grandes, avec un tout petit bou de jardin devan, juste un rectangle. Derrière cest plus grand, elle peut planter son potager. J’ai poussé le petit portail en fer, qui a été repin on dirait, il est plus rouillé. Pareil, les ridaux blans que je voyé a la fenêtre de la cuisine été nouveaux, elle avé du les changer. Elle est vieille la Tounette, mais elle se laisse pas abatre, cest une femme forte.

J’ai soné. La porte avé pas changé par contre, du bois, mais une vitre en verre fumé en haut, avec des baros devan. Jai atendu, mais personne est venu ouvrir. Mince. Cest pas poli mais jai soné une deusième fois, je me dis on sé jamais peutêtre elle est dans le jardin, elle marche pas vite. Mais persone est venu non plus. Elle devé être sorti.

Je mai di je reviendré dans dix minutes. Jai reculé jusquo petit portail, et la jai vu une femme en face, avec une cane devant une maison. Elle avé un tablier et un gilet pardessu, je me demande coment elle mouré pas de cho. Elle ma di :

– Ils sont pas là. Ils reviennent vers 6 heures.

– Ah… jai di. Merci Madame. 

Je me demandé keske jallé faire, et puis jai compri quelque chose tout d’un cou. La dame ma di ils sont pas la. Elle a di ils sont, pas elle est. Coment sa se fait ? Jai vu une boite aux lettres et jai regardé : Tiregeol. Cest pas le nom de la Tounette, j’en suis sur. Je mai retourné vers la dame et jai demandé :

– La Tounette, elle a déménagé ?

La dame ma regardé tout entière, come si elle hésité avant de me répondre.

– Elle est morte, la Tounette. Cet hiver.

– … … …

Je mai bloqué. Je pouvé plus bouger plus penser plus respirer. Morte ? La Tounette ? Ji croyé pas.

– Vous êtes sur ?

– Oh oui. Vous pouvez aller vérifier au cimetière. La première allée à droite, tout au fond.

– Mais… Cest pas possible… Keski lui est est arivé ?

– Elle avait son angine de poitrine. Son cœur était fatigué…

Fatiguée peutêtre, mais mourir… Je pouvé pas y croire. Ma Tounette… Je me tené contre le portail, j’essayé de retrouver ma respiration. J’esssayé de me dire c logique. Surtou a son âge. Je sais pas quel age, mais elle devé avoir plus que 80 ans. Et pourtan, jai pas pensé quelle pouvé être morte. Je mai même pas posé la question avant de décidé venir la voir et prendre le car. Incroyable. Coment sa se fait que c’était si importan pour moi que la Tounette vi encore ? Je pouvé pas imaginer quelle soye pas la. Peutêtre que cétait un peu come ma granmère, ou ma mère. J’auré du penser, réflechir, que elle pouvé être morte, cest une vieille femme cest normal de mourir. Mais non, j’avais pas fait marché mon cerveau. Pour moi c’était éviden quelle vivait encore, que elle changeré pas et seré toujours la. Parce que j’en avé besoin dans ma tête. 

Jai regardé encore la petite maison, la boite aux lettres, la dame en face. J’avé du mal a y croire. J’auré bien aimé entré dans la maison pour vérifié. 

Jai fermé le petit portail, jai di merci Madame et je suis redécendu la grande rue. Jai atrapé une cigarette dans mon sac. Et cest au moment que je l’ai alumé que je mai mi a pleuré. Des larmes très grosses. Je pensé a la voisine qui s’été suicidé dimanche et aujourdui la Tounette, c’était pas pareil mais je les metté ensemble parce que elles été morte et que ça me faisé du mal. Ça me faisé du mal bocou parce que je regretté de pas avoir été les voir avant, c’été de ma faute si je les avé laissé seule, si je les avé pas aidé ou di merci, j’ai aucune escuse, cest pas bien, pas bien du tout, et je suis pas contente de moi, jai onte, et ça me fait très mal parce que je peu pas ratraper cest tro tar. 

– Aaahhh…

Je mai rendu conte que j’avé poussé un cri toute seule. Pauvre fole je mai di, il fait 40 degrés tu marche dans la rue d’un vilage du désert, ta mi ta belle robe et tes chaussures en liège, ya persone qui s’ocupe de toi tes toute seule, tu pleure et tu fume et ton maquillage dégouline, et tu peu rien changer et tout le monde s’en fiche. 

Jai tourné dans la petite rue qui rejoin la route et jai remonté la route, come si je rentré a pied. Mais je rentré pas, jai compri que je prené la direxion du simtière, sans faire esprès. J’avé très cho, ma tête brulé, mes bras brulé, mes jambes brulé. Une voiture ma doublé par derrière et a klaxoné juste en même tan, ça ma fait peur. Jai a peine regardé mais jai vu un homme par la fenêtre qui faisé le signe de quelque chose de ron avec ses mains. Ils été 4, je croi il se moqué de mes fesses dans ma robe… Malade.

J’ai u soif tout dun cou, très soif. J’avé pas mangé depuis hier soir mais ça je m’en fiché, j’avé juste soif. Je mai di je vais alé au supermarché acheter une petite bouteille d’eau, alor j’ai changé de trotoir et je suis arivé au Superu. Pas de chance, fermé. Jai compri. C’été que 2 h 25 et il ouvré a 3 heures, enfin 15 heures. J’iré après le simtière.

Le parking été désert, la pompe a essence fermé, y’avé pas d’air, come si le soleil avé brulé l’air aussi. J’ai traversé la route, remonté un peu et je suis arivé au simtière. Le portail était ouvert, j’ai pas u besoin de poussé, il été noir.

La dame dans la grande rue m’avé di la première alée a droite, au fon. Jai vu toutes ses pierres et ses croix, des noir des blanche des grise, pas une pareil je mai fait la remarque, certaines bien entrenues des autres abimé. Jai lu quelques noms pas tro dificiles : Jean Fréjalis, Huguette Bonnefond, Famille Pitiol, Norbert Dieufit. Après, des dates : 1er mai 1892 – 2 juin 1964, 3 juillet 1923 – 25 septembre 1987, 3 novembre 1901 – 14 août 1991. J’essayé de calculé si ils avé vécu lontan, mais c’été pas facile. Des soustractions avec quatre chiffres dans la tête cest dur. Déjà pour mes contes j’arive pas, et ya que trois ou deux chiffres, et même un. 

Mes larmes ont recomencé a coulé. Jai pensé que j’alé avoir encore plus soif. Le plus triste c’été les inscriptions : A mon tendre époux. A notre enfant chéri, Que Dieu le garde, A mes parents, qu’ils reposent en paix. Et bocou d’autre. 

Tout dun cou j’ai pensé que je savé pas le nom de la Tounette, coment je vais faire. Jai marché plus vite et jai arivé au fon de l’alée, et la tout de suite jai trouvé. Carel, c’été son nom oui, je me souvené. Y’avé quatre prénom Carel : Pierre, Augustine, Fernand, et Antoinette. Elle cest Antoinette. La tombe été pas toute neuve, y’avé un vase avec des fausses fleurs dessu, mais le nom Antoinette avé été gravé ya pas lontan ça se voyé. Et les dates a coté aussi : 16 avril 1927 – 22 janvier 2014. Le 22 janvier… morte. Jai pas arivé a calculé son age, j’essayeré a la maison avec un crayon et du papier. 

Je mai di je vais faire une photo pour me rapeler, et puis aussi pour avoir un souvenir de la Tounette, tiens j’auré du photografer sa maison aussi, si jai le tan avant le car jy retourneré.

Jai sorti mon téléphone, jai cherché la touche, cest pas souven que je l’utilise, pas come Julie, tout le tan. Morgane veu faire pareil, elle me demande le mien, mais cest pas souven que je dis oui, je me méfie des photos.

Jai trouvé la touche. Je mai demandé si on avé le droit. Jai regardé autour de moi, jai vu personne, toute façon ya personne cest le désert aujourdui, je suis toute seule sur la terre. Je mai reculé un peu et jai regardé dans le petit trou. Y’avé telmen de lumière que j’été ébloui, jen ai pri trois pour être sur qu’une sera bone, on verra. 

Il faisait si cho, j’été telmen fatiguée, je mai assi sur le bord de la tombe de la Tounette et des autres Carel. Je crois pas que cest interdi. Jai passé la main sur la pierre grise, c’était pas très lisse mais pas désagréable, c’été un peu frais, enfin pas brulan. Pauvre Tounette, vous êtes morte mintenan, et moi je vous ai laissé tombé. Vous m’avé aidé et moi je vous ai pas aidé, je suis même pas venu vous dire merci, jai onte de ça très onte si vous saviez, je voudré mourir pour me punir. Tout ce que vous m’avé doné, toutes les fois ou vous m’avé gardé les petites, toutes les fois ou vous avé été gentille avec moi et vous avé empéché que je fais une bêtise… Merci merci. Et pardon de vous avoir laissé tombé, je suis été égoïste, tro égoïste.

Je pleuré dousmen, sans faire de bruit, j’avais du mal a respiré, come si je m’étoufé. A ce momen, je sais pas ce qui sest passé, ma tête sest mi a tourner, jai perdu l’équilibre, je mai acroché les deux mains sur le bor de la tombe, j’étais toujours les fesses dessu, mais jai senti qui falé que je me couche, sur la tombe tes fole Victoria, mais jai pas pu bougé, je mai alongé sur le dos, je croi que je mai évanoui. Les bras écarté, les jambes qui pende, comme si c’était moi la morte et qu’on avé oublié de me mettre dessou. La dernière chose jai pensé, cest mes jambes a l’air vu que j’étais en robe, ma jolie robe bleu marine avec des pois blans.

Peutêtre quelques minutes après, je sais pas combien, jai ouvert les yeux, jai vu le ciel bleu clair, ça tourné, j’alé m’évanouir encore, yavé tro de lumière, je sais plus ou été le soleil, entouca il chaufé toujour et il éblouissé. Jai refermé les yeux. J’avé plus de force, je pouvé plus bougé. Keski m’arive ? Eske je vais mourir ici ? je me demandé. Mourir sur une tombe, cest logique. Eske je suis punie parce que jai laissé mourir la Tounette et ma vielle voisine ? Je sé pas. Cest pas a moi de décidé. On décide rien, toute façon. 

Jai pensé : si je meure, on me mettra sous la tombe et je seré au frai. Jai telmen cho, cest pas possible qui face aussi cho. 

Mercredi 17 juillet

En me réveillant, j’étais un peu étonée : j’étais pas morte. Peutêtre parce que je suis plus jeune que la vieille du dessus et la Tounette. C la seule raison, je croi. La journée d’hier a été tellement triste, tellement dur.

Même en me levant, j’ai cru que j’allé pas i arivé. Je me suis dit que l’été seré trop lon, qu’on alé pas tenir. Et puis, merci mon dieu, il s’est passé trois choses, enfin c presque rien, mais sa peut me sauver l’été, donc ma vie. C trop to pour le dire, mais ce soir, maintenant que j’écri ça, je me ren compte que j’ai retrouvé de l’espoir, trois petites lumières qui peuvent m’éclairé dans le noir et m’empéché de tomber.

D’abord je venais d’entrer à la cuisine, Morgane ma sauté dessus et ma dit :

– Maman on va au centre aéré ! Faut pas être en retard, on va en promenade aujourd’hui. On va pique-niquer !

J’été pas bien réveillée.

– Mais tu ma di que tu voulais pas i alé tous les jours !

– Mais aujourd’hui je veux ! On va se promener. Et y’aura ceux que j’aime bien.

– Et t’auré pas pu me le dire hier ?

– Je te l’ai dit.

Je mai pas agacé parce que peut-être c’était vrai quelle me l’avé dit, j’étais tellement mal hier, je donné plus l’heure. Et puis en plus j’été contente qu’elle aïe au centraéré, c’été bien pour elle et sa me permetté de souffler. 

Alors bon on sé dépéché, pour s’habiller, pour le sandwich (j’avé plus de beurre tanpi) et ensuite pour aller là-bas. Elle été motivée, j’en revené pas. On est arrivé à tant, ouf. J’ai même pas pu lui faire un bisou, elle avé déjà été rejoindre les autres. J’été contente de la voir contente. J’ai souri toute seule, sa faisé lontan. 

Je suis rentrée un peu fatiguée déjà, mais sans me stresser. Je me faisé un café dans la cuisine, quand c Julie cette fois qui sé réveillé :

– Bonjour Maman.

– Bonjour ma fille.

– Morgane est au centre aéré ?

– Oui, elle a u envie di aller, figure-toi !

Elle a laissé passé quelques secondes et puis elle a dit :

– Au fait, la colo du mois d’août, j’irai. C’est une bonne idée, t’as raison.

Je me suis tourné, je l’ai regardé, et là, gourdasse, j’ai senti que j’alé pleuré, alors je me suis approché d’elle et je lai serré contre moi pour pas qu’elle me voye. Mais il a bien falu que je me recul et elle a vu mes larmes.

– C’était si important pour toi ? elle a demandé.

– Oui, j’ai dit en attrapant un Sopalin, parce que c important pour toi. C pas bon que tu reste a rien faire ici. C pas de ta faute je sé bien, mais il faut que tu vois autre chose, que tu face des choses bien avec des jeunes de ton âge et des adultes pour vous encadrer.

– Je comprends.

– Merci mon Dieu, merci ma fille.   

Et puis jamais 2 sans 3 comme on dit, enfin la 3e chose c pas tout à fait pareil, je sé pas si c plus important ou moins important, on verra, mais je pense que si y’avait pas u les deux premières choses y’auré pas u cette troisième chose. 

Dans l’après-midi, Julie été chez Frédérique, je suis sortie faire un tour après que j’avais fait une grosse sieste, c rare. J’été en avance pour aller chercher Morgane, mais j’avé pas envie de rester a l’apartement. 

J’alé arrivé devant le téatre, et paf, sur qui je tombe : Franck, mon collègue de chez Delaunay. Il ma fait un grand sourire, et je sais pas, j’ai pas pu m’anpéché, je lui ai fé un grand sourire aussi. Comme si j’été contente de le voir.  

– Eh Victoria ! il a dit.

– Bonjour Franck. 

– Ça fait plaisir de te voir. Je t’invite à boire un verre ? 

Jai hésité une demi seconde et il en a profité, pas fou la guêpe, surtout qu’il a dit :

– Je vois bien que t’es pas trop pressée, et que c’est pas encore l’heure que tu récupères tes filles. Au fait, elles vont bien ?

Je crois que c comme ça qui ma eu, en demandant si les filles allé bien.

On s’est mis à une table en terrasse. J’ai commandé un diabolo et lui une bière. A peine on été assi, il ma reparlé de la journée qu’on devé aller à la pèche. 

– T’as promis !

– Jai dit on verra.

– Ben on voit. On le fait.

Il a proposé dimanche. Et j’ai pensé que le weekend y’avé pas de centraéré et que le mois d’out pour Julie était encore loin. Et qu’il falé absolument qu’on s’occupe si on veut pas devenir folles. Alors j’ai dit oui.

– Yes ! il a dit. Oh merci Victoria ! Tu vas voir, on va passer un super moment.

– Si tu le dis.

– Oui je le dis. Pourquoi on n’aurait pas droit au bonheur nous aussi, hein ? Pourquoi ?

Je sais pas ce qui lui a pris, il a atrapé ma main gauche avec sa main gauche et je sais pas ce qui ma pris je lé laissé faire. Pourquoi, hein ? Pourquoi pas un peu de tendresse ? Il en avé tellement envie. Et j’en avé tellement besoin. J’ai dit quand même :  

– J’ai peur que tu me feras du mal.

– Du mal ? Mais t’es folle ?

– Tous les hommes disent ça. Et puis au bout de quelques jours…

– Tu crois qu’on m’a jamais fait de mal à moi ?

Je l’ai regardé, surprise. C’était logique ce qui disé, pourtant je my atendé pas. Il avait souffert, lui aussi ? J’ai répondu, je sais pas ce qui ma pri :

– C’est pour ça que t’es con comme un balai ?

Je disé ça en riant, mais lui rié pas :

– Je suis pas si con que ça.

– C’est vrai, excuse-moi. De toute façon, je suis encore plus con que toi. 

Et là, il ma sié, toujours très sérieu :

– Je trouve pas. T’es peureuse, pas très polie, mais t’es courageuse. Et très jolie. Et même si ça se voit pas, je suis sûr que tu peux être gentille. 

Eh ben, c’été ma fête.

– Qu’est-ce qui te pren de me dire des gentillesses ?

– Rien du tout. Je t’en dis chaque fois que je te vois parce que je le pense depuis longtemps, mais tu m’écoutes jamais. On pourrait être bien tous les deux, tu sais ? Je pourrais t’aider, beaucoup t’aider. Et toi aussi tu m’aiderais, beaucoup. À deux, on sera beaucoup plus forts.

Je sé pas comment il a fait, mais ces quelques mots, ça ma fait craqué. Ça ma montré qu’en effet si j’acceptais qui m’aide un peu, et qui m’aime un peu puisqu’il avait l’air d’en avoir tellement envie, la vie pouré être plus agréable, et un peu plus belle. 

Il a vu que j’avé les larmes dans les yeux. Alors il m’a encore sié :

– Jamais je t’emprisonnerai, tu sais. Je sais ce que c’est que souffrir, moi aussi. Tu pourras toujours partir et me laisser si tu veux plus de moi. J’ai jamais mis les oiseaux dans une cage. Mais j’aime bien les nourrir, les caresser, et les regarder voler.

Ou c qu’il avait été cherché ça ? Il était poète ou quoi ? 

Quand on a eu fini nos verres, qu’il a payé et qu’on sé levé, il a pris ma main et je l’ai laissé faire. Et puis au bout de 20 mètres, il m’a attiré contre lui, doucement. Alors j’ai posé ma tête contre sa poitrine. Il a passé ses bras dans mon dos, san serrer trop fort. Et il m’a fait des petits bisous sur les cheveux. Je croi on été en plein milieu de la place mais on sen fichait. J’été si fatigué, il faisait si chaud, je crois que je me suis endormie. Là, dans ses bras.

Après, c une autre partie de ma vie qui commence. Je la racontré peut-être un jour. Déja merci de m’avoir lu jusquici si vous avez pas été dégouté avant.  

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Table des matières

1er épisode – Je mai levé à 5 heures

2e épisode – Le Noël de Victoria

3e épisode – Premier mois d’une nouvelle année de m…

4e épisode – Les cordons bleus, les draps rouges, et le découvert

5e épisode – Le cochmar, la lettre et la tempête

6e épisode – La panne, le docteur, la proposition du patron

7e épisode – Les figurines

8e épisode – Florian

9e épisode – La rmistice et la cension

10e épisode – le chien, les chaussures, le dentiste

11e épisode – Coups, choux, pas de sous

12e épisode – « Je peu vous laissé mon CV ? »

13e épisode – Mon neveu a fait une connerie

14e épisode – Julie en manque de père

15e épisode – C le début de l’été, c triste

16e épisode – La vieille du dessus, la Tounette et…

4 commentaires

  1. Je partage avec Victoria son émotion, lorsqu’elle prend conscience que la mort nous ramène aux choses essentielles de la vie: prendre des nouvelles, visiter nos proches ou les personnes qui nous sont chères ou qui nous ont aimées. Ou que l’ aime parfois sans le savoir. On le sait pourtant, mais quelle tragédie cette vie humaine…

    Je suis heureuse pour elle qu’il y ait un poète pour la prendre sur son épaule sans chercher à la mettre en cage car elle mérite d ‘etre soutenue. Quelle bataillee pour accepter cela! et cela lui permettra sans aucun doute de moins fumer et de ne pas aggraver son découvert . Sa santé aussi s’en portera mieux.

    Je souhaite une belle route à Victoria et à ses filles..

    Severine

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    1. Merci, Séverine, pour ce bel hommage que vous rendez à Victoria, qui ne peut que l’aider à continuer la « bataille » pour faire face à la « tragédie ». Heureusement, elle a enfin su voir, et vous aussi, « l’épaule » et le « poète » derrière un aussi déshérité qu’elle. Bonne route également, Py.

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