Journal de femme de ménage – 7e épisode : Les figurines

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Jeudi 4 avril

C’était une journée pénible. Déja j’avais mal dormi, je dore mal c orible. Je voudré prendre 2 Lysanxia, mais le docteur ma di surtou pas, après je mabituré et sa seré dangereu. 

A 2 heures et demi, pas du matin, jai téléphoné EDF. Enfin jai essayé de téléphoné pluto. Ils son fou ladedan ou quoi ? Il faut apuyé sur des touches, après ça coupe on sait pas pourcoi, on recomance, ça va pas, pourtan j’avé bien apuyé sur la touche 3, celle quand on a une question sur la facture. Le tandatente était plus de 5 minutes, ola je mai di mon forfai il est mort en une fois, cest pas la peine. Jai racroché, jai réssayé en rentran de chez la vocate. Tandatente deux minutes bon ok, quelqu’un est venu, jai espliqué le prélèvment refusé, que c’était pas fait escprès, que mintenan ils pouvé prélever les payes était tombées. La femme ma di que le refus aparaissait sur mon conte, mais qu’ils alé ressayer le 10 et que la si sa marché j’auré pas de pénalités. Je croise les dois.

La vocate a pas été bien contente des papiers que je lui amené, elle ma di on va essayé canmême et elle men a fait signer deux autres pour le juge. Sa pas duré très lontan. Elle ma di :

– Je vous tiens au courant, ça peut prendre un peu de temps. 

– Coment je fais en atendan ? jai di.

– Est-ce que l’assistante sociale peut vous aider ?

– Elle ma aidé plusieurs fois.

– Vous voulez que je l’appelle pour faire le point avec elle ?

– Oui, je veu bien, merci cest genti.

– Où est-ce qu’elle est basée ? Où est-ce qu’elle vous reçoit ?

– A la CCI.

– Dans l’immeuble de la Chambre de Commerce ?

– Oui.

Je me rapelé plus de son nom, ça faisé lontan que je l’avé pas vu. Mais j’avais son numéro dans mon téléphone. Je lai doné a la vocate, elle a essayé d’apeler tout de suite, mais on est tombé sur le répondeur. Elle a laissé un message : « Bonjour, ici maître Daurenbacher, je suis le conseil de Mme Semos. Nous allons tenter une procédure judiciaire en vue d’obtenir un paiement direct de la pension alimentaire, de la part du père de la petite Morgane. C’est sans garantie et cela risque de prendre plusieurs mois. Ma question est simple : est-ce que nous pouvons aider Mme Semos en attendant ? La situation financière a l’air tendue. Je me tiens à votre disposition si vous souhaitez que l’on fasse le point et que l’on conjugue nos efforts pour aider Mme Semos ».

– Voilà. Et contactez-la de votre côté. Prenez rendez-vous. D’accord ?

– Dacor.

Ensuite chez Delaunay, je lai vu, M. Delaunay, Janpierre, le patron. Le cochon. Mais y ma rien di, il a pas fait alusion. Jai trouvé que Jaqueline me regardé d’un drole d’air, mais elle me regarde toujours d’un drole d’air. Elle est fausse, cellela.  

Et puis ce soir les filles ont été pénible, Morgane avait mal aux oreilles – si elle atrape une otite je suis mal – et Julie a mal au ventre. Et ben moi javais mal aux oreilles et au ventre. Je vais encore passé une mauvaise nuit.

Samedi 6 avril

Je suis retourné chez le docteur, pour qui me done quelque chose pour dormir mieu. Peutêtre le Lysanxia est plus bon pour moi. Il me coné bien mintenan, même les filles. Dailleur j’étais avec Morgane et il la regardé vite fait, cest genti, y’avait plin de monde dans la salle datente. Moi, il ma di tension toujour un peu basse, mauvaise mine, des bronches pas teribles, la vue qui baisse un peu on dirait, a vérifier, un risque de nere siatique a cause que je me baisse souven pour la serpillère, des blocages dans le cou et les servicales, des brulures destoma, des dents au moins deux a soigner sans tardé, les ongles du pouce des pied carnés, la peau des mains abimé, manque de fer et de maniésum (il a pas été content parce que je suis pas encore été faire les analyses qui m’avé di), sinon tout va bien. Il ma di :

– Vous arrêtez le Lysanxia. Je vais vous donner un fortifiant pour le matin et un calmant pour le soir. Ne vous trompez pas sinon vous dormirez le jour et vous gigoterez la nuit. 

Sa ma fait rire, il est drole je trouve, même si lui ri pas bocou. 

– Et en cas de douleurs de ventre, vous prendrez un antispasmodique. 

Il ma aussi mis une crème pour les mains. Et il ma coupé un peu les ongles de pied et il a mis un coton et de l’alcol, ça ma fait sourire qu’un homme me coupe les ongles cest la première fois, les dois sous les pieds cest pas désagréable je conaissais pas.

Bref, come on di je suis pas reparti avide ! Enfin de la pharmacie surtou, ou je suis été juste après. C’était pas la même pharmacienne qui m’avé servi l’autre fois et que jaime pas. Cellela ma pas embêté avec la carte. Elle ma espliqué pour le calman le soir, le docteur me l’avé déja di, mais bon. 

– Vous prenez une moitié pendant une semaine. Si vous vous sentez mieux, vous restez à une moitié. Après, vous pouvez passer à un entier. Mais si ça va, si vous dormez correctement et ne vous sentez pas dépressive, n’en prenez pas tous les jours. Un jour sur deux par exemple. 

– Dacor, jai di. Je vais voir et je feré come vous disez.

Il falait que je paye la crème des mains, 16 €, cest pas remboursé. Jai di yen a pas une moins cher, elle ma di cest pas tout a fait pareil, mais vous pouvez essayé celle a 6 €. Ça ma embêté de claquer 6 €, mais bon, les mains ces important dans mon métier je mai di on y va. Le reste heuresment c’était pas payan. 

Dimanche 7 avril

Mortel.

A la télé ils ont di qu’un père a tué ses deux filles sa femme et qui s’est tué lui après. Ça fait peur, mais je compren. Je ferai pas ça, mais je compren. Je crois pas qu’une mère feré ça. Quoique ma mère, d’une certaine manière… Elle nous a abandoné sur un trotoir, alor hein… Si cest pas nous tuer ça, kel crève.

Lundi 8 avril

Je mai décidé. Faut que je gagne plus d’argent. Que je travaille plus pour gagner plus, come y disait Sarkozy. Jai u une idée. Jai regardé dans le petit journal, Top Anonces. J’avais repéré que ils avé des anonces d’emploi, j’avais déja regardé quelquefois. Et javais vu quelque chose qui m’avait retenu l’atention, c’était Travail a domicile. Jai regardé aujourdui, et y’avait encore. Une anonce cest pour faire venir des gens chez soi et vendre de la lingerie. Ça cest pas pour moi. Mais yen avait une autre qui ma plu bocou, cest Assemblage de figurines. Cest marqué dessou. « Recevez tout le matériel chez vous et travaillez à votre rythme. Qualités nécessaires : minutie, sérieux, propreté ». Minutie je sais pas ce que sa veut dire, mais sérieux et propreté ça me va. 

Y’avait une adresse internet, alor jai demandé a Julie si elle pouvait regarder sur son téléphone. Elle ma montré. Cest pour fabriquer des soldats qui font des armées pour des jeux que joue les garçons, dans le monde entier y parait. Cest pas des soldats avec un fusi ou une mitraillette, ils ont des têtes bizares, des tenues on sait pas si cest des hommes pristoriques ou des cosmonotes. On les construi, et puis après on les pin et ya des jolies couleurs. Julie ma di quelle conaissait, elle ma di des noms, en anglais, jai pas retenu. Bien sur on fait pas ce qu’on veut, il faut doner la forme et la couleur qui sont demandé, cest normal. 

– Tu peux poser ta candidature, a di Julie, c’est marqué la. Tu veux que je t’inscrive ?

– Non, non surtou pas, je téléphoneré demin.     

Ce qui ma plu aussi, cest que sa plait aux filles, elles ont u l’air intéressé, elles mon di on t’aidera maman, même Julie. Du cou ce soir on était gai, c’était bien, je sais pas si je vais dormir mais je suis pas triste, ça faisait lontan. 

Mardi 9 avril

Vivi a été gentille, elle est venue téléphoné avec moi. En fait, cest elle qui a parlé, elle a fait come si cétait pour elle. On avé mis le oparleur. La femme au téléphone a demandé des renseinements sur mon adresse, si je travaillais ou pas, qu’il falait au minimum trois heures par semaine mais qu’on pouvait faire plus si on voulait. Il faudra que j’envoi un ribe et un jusficatif domicile. Et ils vont m’envoyer pour faire un essai, cinq pièces, ça veut dire cinq figurines, a assembler et pindre. Avec le matériel, qui faudra que je renvoi avec les cinq pièces. Jai fait signe a Vivi quelle oubli pas demandé combien cest payé. La dame a di, cest 2 € 40 la figurine assemblée et pinte. Vivi a été pas bête elle a demandé combien on en fait en une heure, mais la femme a pas été bête non plus elle a répondu : « Au début vous en ferez pas beaucoup, 2 ou 3 peutêtre, mais après, avec l’habitude, vous pourrez en faire 6 ou 7 sans difficultés. Les meilleurs arrivent à 8 en 1 heure ». Jai multipliqué avec mon téléphone, 6 fois 2 € 40, ça fait 14, 40 €. Cest pas mal je mai di, surtout si les filles m’aide, on va pouvoir en faire plin. On a demandé quand on pouvait comencé, la femme a di vous nous envoyé le ribe, le jusficatif et aussi une fotocopie de la carte identité. On a di merci bocou au revoir et on a racroché.

– Cest super ! jai di. Je vais faire les papiers demin.

– Ça a l’air bien a di Vivi, mais attend, il faut voir, faire un essai avec ce qu’ils vont envoyer. 

– On a oublié demander si cest nous qui paye le paquet et le timbre pour renvoyer quand cest fini.

– Les détails, tu verra après. 

Come les choses viennent jamai toutes seules come on di, jai u une autre idée pour gagner un peu de sous en plus. Je pouré faire des estras. Du service je veu dire, pour un restaurant, ou un traiteur. Cest une colègue de la cantine qui ma di quelle avait fait ça un momen et que ça vaudré le coup je me face conaître. Il faut faire un CV elle ma di, et tu leur porte et il t’apel si ils ont besoin. Mais jai pas de CV jai di. Eh ben il faut en faire un. Ah… Je demanderé a Julie de m’aider. Ou a Vivi. Mais jai pas osé lui en parlé aujourdui, on sait concentré sur les figurines. Mais je garde l’idée des estras derrière ma tête. 

Mercredi 10 avril

On c frité avec Julie. Elle comence a faire des réflexions. Elle di toujour « Cest bon » ou « Ça va » ou « Ça va come ça ». Quand elle di ça, ça veut dire on peut plus lui parler, Madame est pas dacor, Madame fait la geule.

– Di donc, pour qui tu te pren ? je lui ai di.

– C’est bon, je demande rien, moi…

– Non, cest moi qui te demande des choses, et je veu que tu me réponde ou que tu les face quand il faut les faire !

– Ça va, jai compris.

– Arête de me dire ça va ! Je sui ta mère, je te rapel !

– Oui ben je sais, c’est pas la peine de me rappeler. Si tu crois que c’est drôle…

Pan ! La gifle est parti toute seule. Bien claqué. Elle sest levé avec des larmes dans ses yeux.

– Va dans ta chambre ! jai di.

– J’ai pas, de chambre, putain !

– Ça sufi !

Elle a claqué la porte. Boum, ya quelque chose qui est tombé je sais pas quoi. Bien sur Morgane en perdait pas une miette.

J’aime pas ça. Jai pensé a mon frère. Je sais pas ou il est, j’aimeré bien le voir. Il me manque. Jai l’impression qui sest rien passé depuis que notre mère nous a laissé sur le trotoir et que jai vu quelle le repoussait et qui courait derrière la camionette. Après a Blanzey, on a eu des momens, mais cest come un brouillar, j’arive pas a le garder, ça m’échape. Et après Blanzey il a u des ennuis, on sest pas vu bocou, c’était pas possible. La dernière fois que je lai vu c’était a Limoge, il travaillait dans une casse de voitures. On a été mangé. Il parlait bocou, il disait quil alé a Paris, il a été dailleur mais après je sais plus. Jai pas de téléphone. Je sais même pas si lé toujour en vie.

Jeudi 11 avril

Je sais pas si cest le nouveau médicament, mais ce matin jai u bocou de mal a me lever pour aler au gymnase. On diré quil est plus fort que l’autre. Cest Xanax qui s’apel. Peutêtre faut pas que je le pren tous les jours. Mais je suis angoissée.

Vendredi 12 avril

Y’avait pas les figurines dans la boite aux lettres. Jai envoyé mes papiers mercredi pourtan, j’espère y’aura pas de problème, il me tarde. Et ce ouiken je demande a Vivi pour le CV, Adrien il a un ordinateur, on poura le faire dessu.

Samedi 13 avril

Vivi travaille tout le ouiken, elle est de permanence dans son foyer logemen. Elle fait un ouiken sur trois, mais elle di ça la gêne pas, au contraire, elle trouve cest bien de pas toujour faire les mêmes horaires, après elle a deux jours de congé, lundi et mardi. Cest vrai, cest pas mal, mais moi avec les petites je pouré pas. Quoique si je fais des estras, faudra bien quelles reste un peu seul quelquefois. Julie ça va, mais Morgane, 8 ans et demie, elle est pas bien grande.

Bon enfin le CV, Vivi voulait venir lundi soir avec Adrien, jai di non pas le soir je suis tro fatiguée, alor on le fera le ouiken prochin cest pas une semaine près.

Dimanche 14 avril

On a été marché avec Morgane. Julie a pas voulu venir, come dab. On a déja trouvé des fleurs. Pas encore des jonquilles et des coucous, qui sont mes préférés, mais des primvères et des bleuets, enfin je sais pas si cest des bleuets, des jolies fleurs bleu. 

Lundi 15 avril

A l’ecole j’aime bien regarder le journal quand je le trouve. Ça m’apren. Je regarde surtou la ville, les vilages a coté. L’Afrique aussi je sais pas pourcoi. Les animaux peutêtre. Et puis l’Espagne. Et puis la mode, les films un peu, les chanteurs, mais dans ce journal on en parle pas souven. Je préfère quand cest en couleurs sur un papier brillant, mais surment ça coutré tro cher. Ici cest le journal de tous les jours. Les profs le laisse après le déjeuner, ou Mme Bard elle est aboné, elle le done a Momo quelquefois et Momo nous le fait suivre. 

Avec les colègues, souven on se moque des photos du maire et des adjoins qu’on coné. Keskil est gros, on di, ou alor il est habillé come un paysan, ou alor ta vu La Malone ? Elle a jamai su s’habiller cellela, pourtan avec tout l’argent quelle pren a la mairie, elle peut sen payer des tailleurs ! Bon cest pas bien se moquer. Mais je regarde surtou les travaux, les magasins qui ouvre, et puis les gens qui font des choses. Je lis pas tout, cest lon, mais ya des photos cest intéressant je trouve. Et puis les titres écris gros, cest bien fait. 

Mardi 16 avril

Toujour pas reçu les figurines, sa m’énerve. Je suis découvert bien sur. Je fais atention mais faut bien que j’achète a mangé. Je trouve que les fruits et les légumes sont augmentés. Les mandarines, mince alor. Et les tomates sont dégeulasses. Les bananes, ça va encore. Le plus cher je trouve, cest les yaourts ou les crèmes dessert. Eles ont leur gous, les filles, mais elles veule toujour le plus cher parce quelles ont vu a la télé. La Danette, je peu pas, cest même pas la peine di penser. Mamie Nova, encore moins, ils sont pénibles avec leur pub aussi. Je pren souven les marques discout, cest marqué, ça veut dire cest les moins cher. Je fais les courses petit a petit, come ça quand il y a pas de réserves dans le placar ou dans le frigo on risque pas de manger tro. Mintenan quand je peu, je fais les courses toute seule, l’aprèmidi, sinon les filles sont tenté et elles me font acheter des trucs tro cher. Quand il faut porter des choses lourdes, la jai besoin d’elles et elles vont avec moi, le samedi. Heuresment, Lidel est pas loin de la maison.    

Jeudi 18 avril

Je suis été a Emaus. Cest Chantal qui m’avé di plusieurs fois, elle s’habille souven la. 

– Tu va trouver des trucs supers ! elle me disé. Tu va voir, a un pri méfiant toute concurence ! 

– Mais tout le monde peu i alé ?

– Bien sur. C’est ouvert tous les jeudis après-midi et le samedi tous les quinze jours. 

– Et si j’achète rien…

– Eh, t’es pas obligée d’acheter ! C’est come dans un magasin.

Ji suis été. Jai u du mal à trouver, elle m’avait espliqué, tu passe devant le lycé, la deuxième rue après a droite, tu monte 300 mètres et tu vois la photo de l’abé Pierre. 300 mètres, ça fait plus loin que je pensé, jai demandé a deux femmes, cou de chance elles y alé, je les suivi. Bon, ya bocou d’arabes, mais jai rien a dire je suis espagnole. Au débu je comprenais rien du tout coment c’était rangé, je voyais les meubles, la vaisselle, des vêtements, des disques, et des gens qui se jeté dessu, je mai di oula Victoria ou sait que tes tombée ? Alor jai fait un tour sans rien acheter, juste pour voir un peu et conprendre coment ça marche.  

Les prix ya rien à dire. Dabord je croyé qui s’était trompé ou que cest moi qui lisé mal. Mais non, incroyable : 2 euros le pantalon, 3 euros le gilet, 4 euros la veste, 5 euros les chaussures… Quelquefois un peu plus cher, mais moin cher aussi ! Bon, cest de l’ocasion mais pas toujour, ya du neuf, les dames qui s’ocupe mon di. Jai acheté deux jeans, jai besoin, celui que je mes souven, il craque a la couture entre les jambes, si ça continue on va voir ma culote. Je voulé payer mais la dame des pantalons pour femme ma di non, vous avez votre fiche ? Je comprené pas ce quelle voulait, je comencé a me dire je savais bien que tout le monde pouvait pas venir ici, mais en fait elle ma expliqué : il faut prendre une fiche a l’entrée, et on fait marqué tout ce qu’on achète dans les rayons et on paye que a la sortie. Je suis été cherché une fiche et on a fait come ça.

Au rayon chaussures, jai acheté deux paires de baskets, une pour Morgane une pour Julie, elles usent très vite et elles changent de taille tout le tan. 8 euros les deux paires ! Plus les deux jeans 4 euros, un avec une ceinture en plus, ça fait que 12 euros au total. Cest des bones afaires, je reviendré cest sur.

Jai essayé mes jeans en rentran a la maison, j’avais pas voulu les essayer laba même si ya des cabines. Je vais les laver aussi, même si les dames mon di y sont propres. Le premier impecable, il est bien coupé pour moi. Le deuxième jai un peu de mal a le fermer et en plus il est un peu lon. Bon, je peu faire un revers, mais je peu pas l’élargir. Je mai regardé dans la glace, cest vrai que jai pri un peu des fesses et du ventre, Victoria jai di atention. Bon ya les grocesse ça on y peut rien forcémen ça fait grossir quand on a des enfants, mais faut que je surveille. Le sport je peu pas, jai pas d’argent pas de tan et je trouve que jen fais déja dans mon boulo. Florence et Pat elles arête pas parler d’abdofessiers elles font des exercices chez elles, elles ont même un apareil, un rameur il parait. Bon en atendan ça membête pour ce deuxième jean, il me serre vraimen tro, je le doneré a Vivi, elle est plus grande. 2 euros cest pas très grave.

Vendredi 19 avril  

Jai besoin de la télé, heuresment qu’on a la petite d’Adrien. La télé, cest come des gens qui sont avec moi, ou pluto moi qui sont avec eux. Chez eux. Dans leur pays, dans leur maison, avec leurs amis. Jaime tou a la télé, les films, les coneries, les infos, les reportages. Ya que quand ça discute sérieu que ça m’ennui, la je zap toujour, ils se croye important et on y compren rien du tout.

Ce soir, M. Delaunay, Janpierre, il ma di : 

– J’ai pensé à vous tout à l’heure, Victoria. Au feu rouge, à côté de moi, il y avait un homme et une femme, et l’homme me ressemblait et la femme vous ressemblait. Je me suis dit, il a de la chance, lui, il va passser un moment avec sa maîtresse, et ils ont l’air heureux tous les deux.

Je mi atendais pas, j’étais même pas dans son bureau, dans le couloir a coté. Il est fou je mai di, si quelqu’un enten… Jaqueline était parti, mais bon. Patrik ou Sandrine, quelquefois il repasse a n’importe quelle heure. Jai fait come si je comprené pas, jai continué mon ménage. Mais lui aussi il a continué :

– Vous avez repensé à ma proposition ? Je suis sûr qu’avec le temps, vous vous rendrez compte que j’ai raison.

– Non merci, jai di, je vous remercie.

– Prenez votre temps, Victoria, vous me direz quand vous serez prête. Ne restez pas dans la solitude et les difficultés financières. Je ne peux pas faire beaucoup, mais un peu quand même. Je veux vous aider. 

– Merci, c’est gentil.

Je suis été polie, mais il comencé a m’embêté. Il me pertube quand il me parle come ça. Keske je regrette d’avoir été le voir ! Ça m’aprendra a parlé de mes problèmes, je savé bien qui falé pas le faire. Quand on le fait, les gens save qu’on est faible et ils en profite. Cest dégeulasse mais cest come ça. Toujour.

Samedi 20 avril 

Ce matin, bingo : les figurines sont arivée ! La facteuse a même soné. Il a falu que je décende, j’été en peignoir et en pantoufes, la cigarette au bec en plus, la onte.

– Mme Semos bonjour, c’est pour vous. C’est pas un recommandé, j’aurais pu le rentrer dans la boîte avec mon pass, mais je préfère vous prévenir et vous remettre le paquet en mains propres.

Cest genti jai trouvé. J’étais pas sur ce que c’était, mais je me douté.

Jai posé sur la table du séjour, la table avec une toile, depuis que Julie a mi le feu a Noel. Julie dormait encore, mais Morgane était réveillé come dab. 

– Cest quoi, Maman, cest quoi ?

– Touche pas. Cest fragil.

– Cest quoi ?

– Aten ! Tien, va cherché le ciso dans ta trousse. Sans faire de bruit.

Elle a fait plen de bruit, mais bon cétait 10 heures canmême. Elle est revenue.

– Cest moi qui ouvre !

– Toutes les deux. Dabor, il faut couper le gros scotch sur les fermetures.

C’était un petit carton en lon, come une très grosse boîte d’alumettes. Au-dessu de mon nom, un tanpon, mais jai pas arivé a lire quoi c’était écri. Morgane sest vite agacée, il a falu que j’ouvre moi, c’était mieu. 

Dedan, il y avait 5 sachés avec des morceaux de plastic, certains moyens d’autres tous petits atachés sur une sorte de grille, jai compri que c’était avec ça qu’on doit faire les personages. Et puis il y avait des instruments et des petits pos, c’était marqué les noms que c’était sur une grande feuille, une notice, ou c’était aussi espliqué coment il falait monter les figurines. Je copie (peut-être ya des fautes canmême) : « Le matériel :

– un scalpel, pour ébarber et retirer les marques de moulage ;

– une pince coupante, pour retirer les pièces des grappes ;

– une scie de modélisme pour dissocier les éléments d’une même pièce ;

– du papier de verre pour supprimer les traces de colle, de peinture ou de moulage ;

– de la colle plastique, qui ne colle pas les doigts et fait fondre les pièces pour les souder entre elles ;

– cinq mini-pots de peinture (blanc, rouge, bleu, jaune, noir) ;

– cinq mini-pinceaux ;

– un solvant-diluant ». 

C’est drole de copier ça, jai l’impression que c’est eux qui ont fait des fautes. Peutêtre. Tout le monde en fait.

Sur la notice, il y avait ensuite plin d’esplications pour assembler les figurines, et les pindre après. Oulala je mai di, si faut lire tout ça, jai pas encore fini !… Y’avait aussi une photo des personages, ils faisé entre 4 et 5 centimètres de haut, c’était marqué, des espèces de soldats ipercosto avec une combinaison et des protections partou, et plin d’armes, une ache, un bouclier, un casque… Et puis des trucs bizares, je sais pas ce que c’était. C’était des personages de guerre, j’aime pas tro, mais en même tan sur les images ils avait un coté rigolo, dailleur ils sourié, alor que les dessins animés ou les jeux video de guerre ils sourie jamai.   

– Allez, Maman, on les construi !

– Pose ça ! Cest compliqué, faut pas faire n’importe comen. Si on casse après, on gagnera pas de sous et peutêtre même faudra rembourser. 

Dans la boite, il y avait une autre feuille, juste un petit morceau, c’était marqué : « Éléments pour test de départ. Figurines montées et peintes à renvoyer, avec le matériel, dans les quinze jours à l’adresse suivante : Cosgame, 27 rue Georges Plisson, Z.A. du Millénaire, 93500 Pantin ». Yavait aussi un numéro de téléphone.

– Allez, Maman !

– Morgane, tu va prendre une claque ! Laisse moi réfléchir, je tapelré après.  

Elle est parti boudé sur le canapé devant la télé. Je voulé pas faire n’importe quoi. Jai ouvert un sachet en plastic et jai mi sur la table. Jai conté, y’avait 7 morceaux un peu gros et 10 plus petits atachés sur une grille en plastic. Après jai regardé la notice. C’était pas toutes les mêmes figurines. Elles avé toutes le même nombre de pièces, mais pas toutes la même position et la même tête. Ce qui avait de bien, cest des dessins, des chémas, avec des images pour montrer coment il faut monter. 

– Bon, jai di à Morgane. On comencera cette aprèmidi. Tu me fera passer les morceaux.

– Non, je veux coler et pindre.

– Pas tout de suite, tes tro petite. Quand je seré bien faire, je t’aprendré.

– Tu di toujours ça. 

– Cest la vérité. Cest ça qui faut dire. 

Jai repensé a Blanzey. A Florian et a moi on nous faisait pas faire des choses intéressantes. Que les corvés. L’étable, balayer, la poussière, les poules, et le cochon qui me faisait tro peur, que je vomissais même avant qui faye que je rentre ladedan, jen rêve encore, ça fait lontan mais je suis sur que je rêverai encore au cochon. Sylvain, lui bien sur, c’était pas pareil. Il falait pas qui se fatigue, qui se salisse… Lui il avait droit de jouer… Et a Noel, plusieurs cadeaux toujours, que nous on avait qu’un minuscule. Et les pièces, aux aniversaire et au premier janvier, come si on voyait pas : 1 franc pour nous, 5 franc pour lui. Et oui, c’etait pas pareil. C’était le vrai fils, lui. 

Je suis été rangé la cuisine et puis m’habillé. Il faut que je face une machine. Et tout ce repassage, quand je vois sa me déprime. Déja je repasse pas les dras heuresment sinon jariveré pas. 

– Morgane, va t’habiller.

– Aten.

– Non j’aten pas.

Si, jai atendu. On été pas pressé, c’était pas la peine. Je voulai canmême aler prendre du pain et des cigarettes avant midi. Jai calculé ce qu’on alé manger. Le samedi matin faut pas que je me trompe, ya 4 repas de suite et Lidel est fermé le dimanche. Je mai di : aujourdui midi tranche de jambon et taboulé qui me reste et qui va sabimé, un bou de camembert et une pome (elles voudront jamai de pome mais si elles prènent ju d’orange ou mandarine le matin je di rien). Ce soir, je vais faire codon bleu (et oui) purée, avec un peu de conconbre en entrée. Dessert : une crème. Le dimanche a midi, je fais toujour stèke aché, aux ognons on aime bien. Avec, je vais pas refaire de la purée, je feré des haricos surgelés, peutêtre quelques pomes de terre a la cocote. Dimanche soir, soi des crêpes surgelés, soit des pates avec la sauce bolonaise, on verra je leur demandré ce quelles préfère. Cet aprem, faudra canmême que jaille a Lidel pour racheter du café, des petits pains, du lait, des petits beures et du chocolat. Keske sa passe vite, cest orible. Bon, mais je vais pas pensé aux sous mintenan, cest pas la peine de se gaché. 

Julie sest réveillé. Elle a vu les figurines, je lui ai di de pas toucher, quon regardré ensemble cette apres-midi. Elle a canmême touché.

– On dirait des Skylanders…

– Des quoi ?

– Des Skylanders. Cest des personnages, qui servent pour des dessins animés ou des jeux vidéo. Ya plusieurs collections. J’adore… 

– Mais ta vu sa ou ?

– A l’école, avec des copains…

Je sais pas ce qui fabrique a l’école et qui sait ces copins, mais bon. 

– Tu jou avec ça ?…

– Quelquefois oui, c’est surtout les garçons.

– Mais ils jou ou ?

– Sur des tablettes, ou des consoles. Ou chez Frédérique, sur la Wii. Si on avait une Wii ou une tablette, je t’aurais montré.

– Comence pas les reproches.

– Je reproche pas.

– Et qui sait ces garçons ?

– Commence pas les reproches. 

Un poin par tou. Elle a posé les trucs et elle a été boire son ju d’orange. Elle pren plus de chocolat au lait le matin, ça lui fait mal au ventre elle di. Son ventre, cest pas le momen di toucher… Bon mais je dis rien, je sais quand on grandi on boi moins de lait, cest normal il parait. Et puis tan mieu ça coute moins cher. Le ju d’orange ça pare vite, mais a Lidel ils ont des bouteilles d’1 litre et demi a 99 centimes. Cest peutêtre pas la première qualité, mais cest du ju d’orange canmême. Des vitamines.

Je suis été habillé Morgane qui voulait pas s’habiller toute seule, je lui ai mi sa robe grise avec ses colants toute les couleurs, on a fait des couettes, elle est jolie come ça je trouve. J’aime la coifé. Julie elle veut plus, ça me manque. Je sais pas pourcoi : j’aime coifé mes filles. Ça m’auré pas déplu être coifeuse, si j’avais pas été juje. Enfin je suis pas juje bien sur, mais je veu dire, juje cest ce que j’auré préféré si j’avais pu choisir. Sinon coifeuse, oui, pourcoi pas. Ya un CAP, je sais pas si je l’auré u, il parait que c pas facile. Femme de ménage, ya pas de CAP, on est sur de l’avoir !

Jai aéré les chambres, et puis on est sorti avec Morgane, Julie resté a la maison.

– Fais tes devoirs. Après, le dimanche soir tu t’énerve.

– Jai presque rien. Ya pas le feu.

– Si ta presque rien, fait les. Tu sera débarassé.

– Je soufle un peu.

Quand elle fait sa bourique, cest pas la peine, même si elle ouvrait son cahier ya rien qui rentreré dans sa tête.  

Cette avenue de Bordeau, elle est afreuse. Pourtan, Bordeau cest beau. Enfin je crois. Ici l’avenue, des voitures, des camions, on peu pas traverser, des magasins moches, pas intéressants, des imeubles, des maisons posés n’importe comen. Et un bruit… je sais pas pourcoi ça fait tan de bruit dans cette avenue. On dirait que sa résone. 

On a dabor été au distributeur du Crédi agricol, ya que ceux du Crédi agricol que jai droi. Cest ma banque. Ma banque… Tu rêve Victoria ! Tu te pren pour un banquier ? Ça feré rigolé M. Sauvade. Jai retiré 50 €, on est le 19 du mois, cest la limite, cest bocou. Chaque fois que je retire jai peur que ma carte se face mangé, M. Sauvade a di ça alait m’ariver un jour a force de dépasser le découvert. Il ma di de noté ce que je dépense, sur les colones a la fin du carnet de chèques, mais cest compliqué je suis pas bone en soustraction. 

Au tabac, jai acheté deux paquets avec les sous qui me rester avant les 50 €. Jai comencé le billet de 10 pour prendre le pain, Morgane voulait un éclair au chocolat pour midi, jai di dacor mais la moitié avec ta seur, jen ai acheté un seul, quelquefois je fais sa le ouiken. 

Laprèmidi avant daller à Lidel, on a comencé les figurines. Julie est partie chez son amie Frédérique :

– Vous alez aux Ferrières ? jai demandé.

– Non, pas le samedi.

– Vous alez ou alor ? Je veu pas que tu traîne en ville, Julie, je lai déja di. Ta que 12 ans et demi je te rapelle.

– Jai 13 ans dans un mois.

– Cest pareil. Ta pas 18 ans.

– On traine pas. On se promène et on retrouve des amis.

– Ça s’apelle trainer. 

– On fait rien de mal, on discute, on se promène. Ça bouge au moins dans le centre, cest pas mort come ici.

– Jaime pas quand tu di mor, je lai déja di. 

Bon elle est partie, jai di rentrer a 7 heures dernier délai. Jai failli lui dire rentrer a 6 heures pour quelle m’aide chez Lidel, mais non je me débrouilleré sans elle, ça sera mieu pour tout le monde. 

On sest mi au figurines avec Morgane. 

– On va comencé par en faire une entière, jai di. Faut pas tout sortir, juste ce qui faut pour la première. 

– Cellela, a di Morgane en me montrant l’image un bonome bleu avec une sorte de fusée rouge dans la main, du feu qui par derrière les pieds et des hélices devan… 

Cest nimporte quoi jai pensé, ces trucs. Mais bon, si ya des gens qui achète sa. Jai pri la grille et le sachet pour ce personage, qui s’apel Slap Bomb. Quel non… 

On a posé toutes les pièces sur la table, aligné come il faut, cest Morgane qui s’ocupé de ça. Elle a voulu couper avec la pince les morceaux qui était acroché a la grille, mais jai fait avec elle, je voulais pas quelle tienne la pince toute seule et quelle coupe au mauvais endroi. 

– Bon mintenan, il faut regarder la notice. Cest espliqué comen il faut monter.

– Cest compliqué a lire, cest écrit tout petit.

– Li canmême, sa va t’aprendre. Et puis ya des dessins. 

Y’avait dix morceau un peu plus gros pour faire le cor et la tête, et puis 12 morceaux plus petits qu’on a détaché de la grille pour compléter pardessu avec des protections, des gans, la bombe, les hélices… 

– On va comencer par faire le cor. On pren deux morceaux, on regarde comen ils vont ensemble. Si ça va bien on les cole. Alume la lampe sil te plait, on voit pas.

On a essayé. Mais les morceaux alé pas toujour bien ensemble. C’était marqué dailleur que parfois il falait prendre le scapel ou le papier de verre. 

– Non, pluto que de comencer a coler, on va dabor tout le monter, et si cest come sur le modèle après on cole. Mais si on comence a coler et qu’après ça va pas, ça sera la cata.

Bien sur Morgane trouvait que ça alé pas assez vite. Au bou d’une heure ça m’agacé déja. On avait monté un cor et une tête, mais je trouve il avait pas la même position que sur le modèle. Et le décor, tout ce qui falait ajouté dessu, ça tenait pas, et même avec la cole je me demandé si ça teniré. 

– Bon, jai di a Morgane, qui boudé devant la télé parce que je l’avais faché parce quelle avait di qui falait alé plus vite et colé tout de suite. On va faire un tour. Mal a la tête, jai besoin d’air. 

– Je veu pas sortir.

– Si. On va a la rivière et après a Lidel. 

– Je veux pas alé a Lidel, on achète que des mauvaises choses.

– Atention a la claque, Morgane. Atention !

Dehor, sa ma fait du bien, on a pri le chemin qui longe le vieu stade, on a été jusqu’au très grands platanes et on sest aproché de l’eau. On a essayé de s’aprocher des canars mais ils s’enfuyé. Sur le talu, un peu plus bas, je suis été contente, jai vu des coucous.

– Regarde Morgane. On fait un bouquet ?

– Pfff…

– On va les ramasser. On les metra au salon. Ça va sentir bon. Et ça porte boneur !

– Même pas vrai !

Je sais pas, cest moi qui disé ça, a Blanzey, je me souviens. Je sais pas pourquoi chaque fois que je trouvé des coucous je disais ça me portré boneur, cest pour ça que je les cherché après. Quand je les avais ramassé, que je tené un bouquet dans mes mains, je les caressé, come un petit chat, je trouvé joli, dou, et oui je pensais que ça me portré boneur. Jai pas u bocou de boneur, mais j’aime toujour les coucous, cest mes amis je di.

– Ça y est, j’en ai pris un, a dit Morgane.

– On en pren jusque on a un joli bouquet. On les metra dans un sac des courses.

On a ramassé, petit à petit Morgane sé déridé. Elle a voulu ajouter des pacrettes et d’autres fleurs je sais pas le nom. On est remonté en passant par l’avenue de Paris et le centre-ville. Jai di peutêtre on va voir Julie. Jai vu plusieurs groupes de filles et garçons de son age, ça ma fait envie, moi j’étais a la campagne c’était mortel, et quand je suis arivé a la ville j’étais plus grande, juste au foyer jai pu sortir un peu, mais pas tro. Come on était là pour être dressé ils nous laissé pas sortir bocou. Je me souviens canmême un peu de deux ou trois bons cous quon avait fait avec mes deux copines de l’époque, Mélinda et Vanessa.

On a pas passé par les rues piétonnes, je voulais pas voir la banque, la CAF, la mairie, tous ces endrois… pas aujourdui. On a remonté l’avenue de Bordeau. Le bruit, olala. Je regardais les coucous dans le sac, cest bête mais j’avais peur pour eux. 

On les voyait marcher sur le trottoir, la mère et la fille. La mère était petite, la fille encore plus petite. Elles portaient chacune un sac de courses, mais qui était vide, celui de la petite raclait par terre. Elles étaient trop habillées pour la saison, et le manteau de l’enfant était trop grand pour elle, une doudoune qui l’engonçait. La mère fumait, la petite parlait toute seule semblait-il, parfois elle prenait la main de sa mère, parfois elle la lâchait. La mère s’arrêtait tous les trente mètres environ pour attendre sa fille, mais sans se retourner. Elles avaient l’air inconscientes du danger, protégées chacune par sa bulle, comme si elles ne voyaient pas les piétons et les voitures qui les doublaient ou les croisaient. Elles se pliaient au monde, pourtant elles étaient seules au monde.

On est arivé a Lidel, oula, cété dur. Bocou de monde, et du monde pas bien. Des femmes avec leurs gosses, et des jeunes, la racaille. Les autres jours ça va, mais le samedi cest vraiment mal fréquenté. Jai l’impression que tous les produits sont sals, qui ya des microbes partou, dailleur ya plein de gens qui renifle et qui tousse, sans mettre leur mains, tout juste si crache pas par terre, cest dégoutan. On a fait au pas de courses, mais a la caisse pas possible d’accéléré, il a falu atendre mon tour. Cest un petit Lidel, ya que trois caisses, et la yen avait que deux ouvertes. C’était lon, mai lon… Morgane qui chouinait bien sur. En plus, mauvaise surprise quand on est passé a la caisse : 35 euros et je voulé pas dépassé 30, jai du mal conté quelque part. Il me reste que 14 euros en pièces et avec cette nouriture faut quon tienne toute la semaine. En plus je crois qui va biento faloir payé la cantine, ça va ariver, je préfère pas y penser cest pas la peine. 

C’était lour a porté et il pleuvait. Tout pour plaire. J’avais doné les coucous a Morgane pour quelle les tient dans une main, et dans son autre main elle porté les mandarines. Les pauvres coucous ils son arivés bien fatigués a la maison, come nous. Mais en arivant jai u une surprise, très étonante. Julie était la, assise a la table du séjour, en train de s’ocuper des figurines. Dabor je mai inquiété :

– Kestu fais la ? Et kestu touches ? Tes fole ? Pose ça tout de suite !

Jai posé les sacs dans le couloir et je suis foncé vers elle. Mais elle sait pas démonté, elle a atrapé quelque chose sur la table et elle ma montré avec un grand sourire. 

– Regarde, elle a di. Il est pas beau ?

Sa ma bloqué net. Jai carquillé les yeux :

– Keske ta fait ? Cest toi qua fait ça ?

– Ben oui, cest moi. Jai respecté les instructions, t’inquiète pas. 

– Mais… tes sure ?

– Oui, t’inquiète. Je comence le deuxième. 

– Oh Maman, tro mignon ! a di Morgane, en touchant bien sur.

Je savé pas quoi dire. Je savé pas si j’été en colère ou contente. 

– Coment ça se fait que tes la ? Tes pas chez Frédérique ?

– Je suis rentrée à 4 heures et demie, parce que sa mère l’emmenait voir une tante. Elles m’ont proposé de venir mais j’ai di non.

– Ta été poli au moins ?

– …

– Eh ?

– Oui.

Elle me regardé pas, elle était concentré sur son travail. Je suis été rangé les courses, et je mai fait réchaufé un café et fumé une cigarette dans la cuisine pour me calmer. Je comprenais pas bien, j’auré du être contente de Julie, mais j’étais énervé. Et je me demandé bien comen elle était arivé a faire la figurine. A tout les cous c’était mal fait. Je diré rien mais quand elle seré dans sa chambre je vérifiré que ça soye come il faut et je démontré discrètement. 

Mon téléphone a soné. Jai pas u le tan de répondre. Jai écouté le message, c’était Vivi qui me disé rapel moi. Jai envoyé un texto : Rapelmoi jai plu de forfé excuse. Elle ma rapelé. 

– On passera demin vers 5 heures avec Adrien. Il apportera son ordinateur, on pourra faire ton CV.

Elle ma pas demandé si ça me dérangé, mais bon. Si vienne m’aider a faire mon CV je peu pas dire non.

– Dacor. 

Dimanche 21 avril

Adrien et Vivi sont venus a 6 heures. On regardait la télé avec Morgane et Julie finissé ses devoirs dans sa chambre.

– On est à la bourre ! Dani avait invité des amis à déjeuner, ça a traîné. On a fini l’apéro à 2 heures et demie, ta qu’à voir. 

– Je vois. Toute façon, tes toujours en retar, cest pas grave.

Heuresment ella bien pri et on a rigolé. 

– Ouah dis donc ! elle a crié en voyant les figurines sur la table. Mais vous avez été drôlement vite ! 

– Atention, cest pas sec. Cest pas mal, hein ?

– Cest super, tu veux dire ! T’as vu, Adri ?

– Ouais, on dirait des Bastions Unit.

– Des quoi ? 

– Cherche pas, a di Vivi, c’est des trucs de jeux vidéo. En tout cas, cest super.

– Cest Julie qui a presque tout fait. Incroyable come elle va vite.

– Eh, Jul, a dit Vivi bien fort, je vais t’embaucher quand j’aurai du bricolage !

– Pas de problème.

On a poussé les figurines et Adri a ouvert son ordinateur portable.

– Tu peu imprimer avec ça ? jai demandé.

– Non, j’imprimerai à la maison. Je vais t’ouvrir un fichier word. T’as pas de modèle ?

– Non. Jen ai jamai fait.

– Affiche le mien, a di Vivi, on s’en servira d’exemple. 

On si est mis tous ensemble et on a bien rigolé, genre :

– Bon, t’es née où ?

– Je sais pas.

– On peut pas mettre ça.

– Formation. T’as quoi come diplôme ?

– Rien. Diplome de rien.

– Cest un bac ou un CAP ?

– Ni l’un ni l’autre : pochette surprise femme de ménage.

– Expériences. Avant femme de ménage, tu faisais quoi ?

– Oula…

– Quoi, t’étais pute ?

– Maman, cest quoi pute ?

– Mais non. Jai fait que des petits boulos.

– Faut les mettre.

– Écris gros, come ça ils seront moins petits. 

– Mon premier boulo, cest quand je travaillé chez le magasin de jouets, dans la petite rue près de l’église. Il existe plus mintenan. 

– Ben oui, après ton passage ils ont été obligés de fermer.

– Après jai travaillé dans un restauran, deux saisons de suite.

– L’été et l’hiver ?

– Non deux étés.

– T’as raison, l’hiver c’est chiant, autant le supprimer. Et c’est en quelle année qu’il y a eu deux étés ?

– Ben je sais pas, les anées, je peux pas me rapeler.

– Rappelle-toi avec ton âge, avec la naissance des filles. Ou les mecs que ta eu… 

– Quoi, faut marquer les mecs aussi ?

– Non, on a le droit qu’à une page.

– Toute façon cest pas intéressant. 

– Bon après ?

– Eh ben, ya u l’usine après. Plusieurs fois. Avant et après Julie. 

– Plusieurs saisons ?

– Ah oui, toutes les saisons. Même l’hiver c’était pas drole. Avec mon vélo, tu parle… 

– Jai du mal à t’imaginer sur un vélo, Tatie…

– Eh, j’été jeune a l’époque !

– Bon, c’était quoi ton usine ?

– Comas. Ils fabriquent des portes, des portails…

– Des portaux. Un portail, des portaux.

– Tes sur ? Fé pas de faute. Sur un Cv, y paré que c pas bon. Vivi, on di des portaux ?

– Mais non, il te fait marcher.

– Tes con, Adri !

– C’est mon âge…

– Cest pas que l’age.

– Eh, t’insultes ma mère, là ?

– Eh, vous arrêtez de déconner tous les deux ? Sinon on y sera encore demin !

On a fini par remplir la page. Ya que les anées je savais pas tro, et puis l’endroi d’un travail chez un pintre je me rapelé plus, on a mi au pif, cest pas bien grave. Et puis Adri a tracé des trais, des majuscules, enfin il a essayé de présenter bien. Et puis come j’avais pas de photos, ils ont voulu qu’on en face une tout de suite, avec leur téléphone, après il la metré sur l’ordinateur et ils pouré l’imprimer sur l’ordinateur. Cette galère… Yen a aucune qui me plaisé. Ou bien j’étais coincé a mort ou bien j’étais morte de rire. Alor Adri a di :

– Bon Julie, mets-toi là et souris, ça fera l’affaire !

Quand on a u fini, jai di pour les remercier on va boire un cou. J’avais du coca, du ju de fruit, et du Martini qui était pas fini heuresment. Vivi a pri un peu de Martini, Adri aussi, alor Julie aussi, et même Morgane, un tout petit fon qu’elle a pas aimé bien sur, et même moi je suis été obligé. 

– Dommage que Dany soit pas là, a di Vivi. Pour une fois que t’as de l’apéro !

– C pour lui je lai acheté. Mais la il va plus en resté bocou…

– Faut pas garder ça trop longtemps, a di Adri. Après ça s’abîme…

On a bien rigolé. Pour une fois je me détendé, c’était rare. Vivi était adorable.

– Je te garderai les petites, si tu travaille le week-end, t’inquiète pas. Et même si moi je bosse, Dany et Adri seront là.

Rien que cette parole, jai u les larmes aux yeux. Elle a bien vu, Vivi elle est pas bête. Elle ma pri ma main, jai compri ce que ça voulé dire. Heuresment qui sont la, keske je feré sans eux ?

– Tiens, je vais te doner quelque chose, jai di a Vivi pour pas pleurer.

Et je suis été cherché le pantalon d’Emaus que je pouvé pas fermé. Elle a essayé, il lui alé impec. Elle ma di « merci, t’es adorable ». J’été conten de pouvoir doné quelque chose moi aussi, pour une fois.

Lundi 22 avril

Je suis été renvoyé les figurines a la poste. Il a fallu que j’achète le carton, 11 euros, je mi atendé pas. Jai payé en carte bleu. Ayaya Sauvade, je le vois faire des bons d’ici… On avé pas pensé a demandé avec Vivi si c’était a moi de payer la poste pour renvoyer les pièces. Faudra qu’on demande pour les autres fois, parce que ça fait de l’argent. Pareil, pour l’embalage, ya rien de prévu. La, pour pas que ça se balade dans le paquet, jai mi le matériel dans un sac plastic et du coton entre les figurines, pour par quelle se casse. Cest pas très sérieu canmême leur truc. Pour l’instan ça me coute de l’argent. On verra keski vont dire mais je sais pas si je vais continué. 

Jai aussi u un apel de la CAF, enfin un message, jai rapelé. Ça va me faire dépassé mon forfait, mais bon, je mai di si ji vais direct ils vont encore pas vouloir me prendre. C’était pour me doner le rendévous que j’avé demandé. Je me rapelé même pas que j’avé demandé. Bon, j’iré, on sait jamai. On a di jeudi a 10 heures. Jeudi cest les vacances de Paques, cette fois jai pas oublié.

Mardi 23 avril

Adrien est passé ce soir, il m’avait imprimé 12 cv, sur un papier un peu épai.

– Cadeau, il a di. Avec ça, Tatie, tu va trouver plein de boulo. Regarde comme t’es belle !

Il me montré. Jai regardé, bof…

– Cest vrai, tu me trouve belle ?

Cétait pas fait escprès du tout, sa la fait rougir ! Alor jai rougi moi aussi. On est con parfois…

Il a été astiquoté un peu ses cousines, et puis il est parti. Il est vraimen adorable. Cest lui qui comence a être beau, avec ses muscles, sa figure d’ange, son tatouage et sa boucle.

Mercredi 24 avril

Courier de la mairie. Cest la réponse a la demande de poste que j’avais été déposé. Cest marqué come ça : « Madame, vous avez adressé à Monsieur le Maire une demande d’emploi à temps plein au sein de notre collectivité. Nous avons le regret de vous signaler qu’aucun poste correspondant à vos attentes n’est à pourvoir pour le moment. Avec votre accord, nous conservons cepandant votre demande pour le cas où une opportunité se présenterait. Je vous prie de croire, Madame, à l’assurance de mes salutations distinguées ». Signature : « Françoise Malone, Première adjointe au Maire ».

Je le savé toute façon. En plus, si cest La Malone qui a vu ça, aucune chance, elle fait rentré que ses copins. Ya des filles qui mon di qui falait prendre une carte de la politique et voter come il faut. Mais moi je veu bien prendre une carte et voter ce qui veulent, je crois pas sa changré granchose. Elle parle même pas de ma cantine et du gymnase, en plus. Quand je pense a tout le stress que jai u avec cette lettre. Je suis été la porter dans le bureau du maire, et il la pas lu ? Mais keski faut faire ? Faut passer sous le bureau ? 

Bon, Victoria, t’agace pas, tu savé bien, continue ton travail et puis essaye de faire un peu plus avec les figurines ou les estras. Pour les estras, cest con cest les vacances, je vais pas voir Pat, cest elle qui m’avé doné l’idée, peutêtre elle sait qui je pouré alé voir. Jai son numéro, je vais peutêtre l’apeler.

En atendan, deux Xanax. Tanpi, si cest dur demin. 

(8e épisode samedi 23 mars 2024)

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