Journal de femme de ménage – 4e épisode : Les cordons bleus, les draps rouges, et le découvert

Avatar de Pierre-Yves RoubertPublié par

(environ 25 minutes de lecture)

Vendredi 1er février

Morgane est rentré trempé du sport, j’étais pas contente, jai u peur quelle repren la gripe. Ils les ont fait courir dehor, elle ma di, sous la pluie. Mais y sont cons ou quoi ? Pourquoi ils vont pas au gymnase en plein hiver ? Je les lave moi en plus, les gymnases ! Je lui ai mi un foulard autour du cou même si elle voulait pas, je lui ai doné du siro qui resté et un Doliprane. Je lui prendré sa tanpérature demin matin.

Elle, elle était contente. Elle aime le sport, plus que les autres choses. Le téatre et la musique elle aime pas bien je crois. Les zar plastic, ça va. Ils ont des acvités tous les jours a partir de 3 heures mintenan, avec des gens que cest pas des profs. Des tervenants, ça s’apel. Ça doit couté bonbon. Avant cest bien les instutrices qui s’ocupé de tout, non ? On aime bien compliqué les choses, on diré. 

Samedi 2 février

Triste. Jen ai mare de pleuré.

Dimanche 3 février

Il me faut un café. Sinon je vais pas dormir. Je vais réchaufé une tace. 

Lundi 4 février

Vivi comence a m’énerver. Elle passe, elle papote, elle gigote. 

– Mais arête, je lui di, tu me done mal a la tête ! 

– Oh là là !… Keske t’est mal lunée ? T’as tes machins ou quoi ?

– Laisse mes machins tranquille. Ça a rien a voir. Jai pas bocou de tan cest tout et puis jai des soucis. La vie est pas facile, figurtoi !

– Ah tiens, j’avais pas remarqué ! Alors là Victoria tu m’en apprens, tu m’en bouches un coin !

– Arête !

– Bon, je t’emmerde, cest ça ?

– Mais non.

– Eh ben dis donc, on dirait pas !

Bref, ça été come ça toute l’aprèmidi. Ce qui m’embete cest quelle passe sans prévenir. Et moi quand j’arive du boulo jai besoin d’aler aux toilettes, de me reposer, d’être tranquile, de ranger la maison, de préparer un peu le diné des filles avant que je reparte chez Delaunay, quelquefois il faut que je téléphone, ou jai des papiers, enfin ya toujour des choses a faire. Tout le monde, enfin toutes les mamans, save ça, eh ben Vivi elle sen fout elle, elle a le tan elle a un travail coul et elle s’arête tout le tan. La elle est arêté parce quelle a mal aux pieds… Et puis elle a un homme a la maison et elle a que un enfant, qui est plus gran, ça change tout. Sutou quelle a pas les même problèmes de fric que moi, sa aussi sa change tout. Tout tout tout. 

Ya un truc qui menerve aussi, je men ai apersu ya pas lontan, cest quelle s’apelle Viviane et qu’on l’appelle Vivi, Vivi come moi parce que moi cest Victoria. Je sais pas si je suis bien claire : je veu dire quon nous apelle souven pareil, Vivi. Je sais pas pourcoi ça me gêne. Je veu pas quon nous confon. Et puis cest pas pratique deux pareil. Alor je dis toujour quand on m’apelle Vivi qui faut m’apeler Vic ou Victo si on veut pas m’apelé Victoria.

Ya encore autre chose qui m’énerve chez elle (je sais pas ce que jai aujourdui faut que je casse du sucre sur son dos, cest pas méchant, je l’aime bien canmême, bocou même, mais quoi elle est chiante aussi quand elle si mais, jai bien le droit de le dire et de penser. Ma liberté de penser, cest une belle chanson de Floren Pagny. J’adore Floren Pagny). Bon je reviens a Vivi, Vivi Viviane, ce que je voulais dire qui m’énerve encore chez elle cest – jai onte, Victoria tes con – cest ces gronichons. Ben oui voila cest di. Elle a une paire, ma parole, on en a parlé une fois, elle ma di que ça l’embêté pluto, dacor mais bon ça fait de les fait, quand elle passe on s’écarte et on regarde. Et les hommes les fait que ça leur fait a eux, ces porcs, ils doive rêver de mettre les mains dessu.

Je suis pas jalouse, elle est tro grosse, elle se soigne pas, elle se maquille pas et elle s’ocupe pas de ses cheveux. Et elle est habillée faut voir, quelquefois on a limpression quelle le fait ecsprès. 

Bon enfin Vivi les gronichons si tu pouvais m’envoyer un texto avant de débarqué a l’apartement et puis pas rester tro lontan, sauf le ouiken je men fous, ça seré genti. Et puis hein, molo sur les lolos. Merci.

Mercredi 6 février

Falait voir le bazar aujourdui a la cantine ! Ya deux garçons qui sont mis a se batre, en plin milieu du repas, des gosses de 9 ans, du CM2. On a entendu les cris, des filles a coté deux, on a vite couru pour les séparé, mais un avait planté sa fourchette dans la main de l’autre, et suila avait atrapé l’autre par les cheveux et lui avait baissé la tête dans son assiette et cassé l’assiette et le verre ! Olala la tête du garçon ! C’était purée aujourdui, il avait de la purée plin le visage mais aussi plein de san qui dégouliné, et du ju de viande aussi, une horeure ! Et la main de l’autre, il se la tenait, ça saigné pas mal, mais surtou elle était bleu, c’était des ématomes je pense, ça faisait peur. Yen a plusieurs qui pleuré a coté, des filles et des petits, ils se levé, ils ont voulu sortir. 

Dabor Chantal a crié avec sa grosse voi que tout le monde devait rester assis. Et puis come des petits pleuré et se levé canmême, yen a plusieurs qui ont fait pipi dans leur culote, elle a di alé, tout le monde dans la coure ! Vite, dépéchévous sinon ça va geuler. Momo a appelé Mme Bard la directrice qui était chez elle et qui est vite venue, mais on la pas atendu pour apeler les pompiers. Les deux qui se baté, eux on les avé fait rester dans le réfectoire, Florence et Chantal sont ocupé d’un, moi et Pat on sest ocupé de l’autre. On les a nettoyé et on les a calmé. Ils parlé, chacun disé bien sur que cétait pas lui qui avé comencé, on leur disait stop ça sufi, on règlera ça après, mintenan il faut vous calmer et vous soigner. Vous êtes fou, ma parole, regardé dans quel état vous vous avé mis !

Moi et Pat on avait suila qui est blessé au visage, on avait peur pour les yeux surtou. Mais non ça avait lair d’alé, il voyait et il se plaignait pas des yeux. 

Les pompiers sont arrivés. Il les ont fait alongé, sur une table carémen, ils les ont examiné, ils ont pri le pou, le cœur, et ils les ont emmené. Mme Bard est arivée a ce momen, elle est venue voir et puis elle a été dans son bureau pour prévenir les parents. Ensuite elle est revenue et elle nous a di : 

– Bon, Mesdames, je vais faire calmement rentrer les enfants pour qu’ils terminent leur repas. Et à 1 heure et demie, quand toutes les maîtresses seront revenues et que la classe aura repris, on se réunit dans mon bureau pour faire le point sur ce qui s’est passé.

On a fait come elle a di. Quand on a u été dans son burau on avait peur de se faire engeuler, Chantal nous avait di : « On est solidaires, hein, les filles ? Je veux pas en voir une accuser la copine ou dire c’est pas moi c’est elle. Je vais expliquer et si elle demande des précisions à l’une ou à l’autre, vous répondez, mais juste en disant ce que vous avez fait et ce que vous avez vu ; point. On est d’accord ? ». On été toutes dacor.

Mme Bard a été bien. Elle a juste demandé se qui s’était passé, et elle nous a pas acusé. Elle a compris come nous que on pouvait pas du tout prévoir ça, y’avait pas de problèmes depuis le débu de cette anée et ces deux garçons s’été jamai fait remarqué plus que les autres. Peutêtre que ça chaufait depuis lontan entre eux, mais nous on pouvait pas le voir, les maîtresses peutêtre, mais nous non. Ça nous arivait de séparer des enfants, parfois, oui, mais des trucs violens come ça jamai on avait u.

On a fini de ranger et nettoyer sans parler, ça nous avait calmé cette histoire, peutêtre on se senté coupables, je sais pas. Je crois pluto quon était surprise, oui surprise : cest incroyable que des enfants, de moins de 10 ans, peut se faire du mal come ça.

Vendredi 8 février

Le vendredi soir, cest bizare. Dabor je suis contente que la semaine soi fini, parce que je suis crevée. Je me dis que je vais pouvoir me reposer, que j’auré pas a travailler demin. Rien que sortir dans la rue, des fois ça me fatigue, et puis dire bonjour, sourire, faire des manières, y’en a mare. Surtou que je fais tout a pied. Je marche plus qu’une heure par jour, largemen. Si javais une voiture, sa seré pas pareil. Si j’avais passé le permi… Alor deux jours sans avoir a alé jusqua l’école, sans avoir a poussé le balai, ça repose cest sur.

En même tan, ça m’angoisse le vendredi soir. Parce que la semaine elle est pas fini du tout, en fait. Le samedi et le dimanche, les filles elles sont toujour la et elles sont même la tout le tan puisqu’elles vont pas a l’école. Et cest pas de la tarte. Faut que je men ocupe, elles se chamaille souven, elles ont qune chambre aussi je sais bien. Des fois je me dis que je vais laisser ma chambre a Julie et que je dormiré dans le salon, mais ça serait vraimen compliqué alor j’aten encore un peux. Ya la télé heuresment, mais bon au bout dun moment ça fait mal a la tête et puis ça les intéresse pas tout le tan. Julie elle va quelquefois avec ses copines aux Ferrières en vélo. Mais la cest l’hiver et puis elle ma di que il était cassé son vélo, qui falait changer la roue avant, come si j’avais de quoi réparer le vélo.

Le samedi en fin de matinée on va faire les courses à Lidel, elles m’aide a porter, mais cest canmême lour. Si j’avais une voiture… L’aprèmidi parfois on va en centre-ville, on fait les boutiques, enfin on regarde les vitrines. Mais j’évite de faire ça tro souven, parce que quand on rentre on est toutes les trois déprimé parce qu’on a rien pu acheté. Faut pas se faire du mal quand on peu éviter. Quelquefois ya des aniversaires, elles sont invités, mais cest rare.

Le soir, moi jaimeré bien regarder un documentère, surtout sur les pays loin, l’Afrique tout ça. Ça me fait rêver, les images sont tro belles. Surtou la mer et les animaux, j’adore. Mais Julie elle veut regarder sa série sur la 6, un truc fantastique, je compren rien du tout. Morgane elle elle voudrait des dessins animés tout le tan, dailleur souven elle regarde pas, elle dessine a coté de moi. Je lui dis de se mettre sur la table quelle sera mieu, mais elle préfère rester a coté de moi, on est colé sur le canapé. Alor come on est pas dacor, on regarde Patrick Sébastien, j’aime bien. Et puis cest un peu come si nous on y été dans le restaurant, a sa soiré, au cabaré. Cest ça, rêve Victoria, rêve…

Samedi 9 février 

A midi on a u une discussion sur le cordon bleu. Come je lui metté dans son assiette, Julie sest esclamé :

– On a toujours des cordons bleus !

– Alor ça cest la meilleur ! jai di. Cest vous qui voulé toujour mangé sa !

– Oui, mais on pouré changer, de tans en tans… Cordon bleu pâtes, cordon bleu patates, cordon bleu pâtes… à force…

– Mais chaque fois que je change vous êtes pas contente et vous mangez pas ! Des fois je vous ai fait du poisson avec du riz, ça alé pas. Du jambon avec des petits pois carotes, ça va pas non plus. Une fois du cassoulet, vous avez pas aimé…

Elle a pas répondu. Et Morgane pour embêté sa seur a di :

– Moi j’adore le cordon bleu. 

– Gnagnagnagna !… a di Julie en faisant une grimace afreuse.

Bon, il falait se calmer. Mais après, en desservant, jai réfléchi a ce qu’avait di Julie. Et jai reconu dans ma tête que c’était vrai. Même si je mès toujour un peu de vert avant, une salade ou du conconbre ou une tomate, et une conpote ou une crème en dessert, quatre fois par semaine, peutêtre cinq, six jours quelquefois, cest cordon bleu (le dimanche je fais toujours un stèke aché, Julie appel sa un borgueur, com a l’école). Moi j’en mange pas, ça feré tro cher. Déja que cest pas doné ce truc, même si je pren pas de la marque. Toute façon cest pareil, un bout de poulet entouré dans du jambon et du fromage, et du pané par dessu. Heuresment que je suis pas musulman. Remarque, persone les oblige a pas manger de pore, faut pas qui se plaigne.

Bon enfin, le cordon bleu, cest vrai que jen fais souven. Faudra que je change un peu. Ce qui ya, cest que cest devenu mon objectif : mettre un cordon bleu tous les soirs, ou a midi quand ya pas école, dans l’assiette de mes filles. Si j’arive a sa, sa veut dire que jarive a men sortir. Je peu pas leur payer des vacances, on va pas au cinéma et au restaurant, on sachète rien, mais elles ont un cordon bleu tous les jours dans leur assiette.

Le ouiken cest le plus dur, ça fait quatre repas, je sais jamai quoi faire. Souven je pren des trucs froi, genre taboulé, carotes rapés, séleris, mais elles aiment pas bocou. Mon rêve, ce seré – je lai fait juste une fois – de pouvoir prendre un poulet qui tourne a la broche, bien grillé avec la peau qui craque et le ju qui coule sur des pommes de terre en petit morceaux. Tro bon… Ya un type qui vient le dimanche avec sa camionette devant la boulangrie, quelquefois on y va avec Morgane, juste pour voir et sentir la bone odeur. Cest bizare, Morgane qui pleure pour un rien – cest pas moi qui va la critiquer –, qui faut pas faire de mal a une mouche, même un moustique sinon elle fait une cène, eh ben les poulets rotis ça la gêne pas. Un jour, elle ma di :

– Mais ils sont morts, ça leur fait pas mal.

Jai ri.

– Oui, mais avant qui soyent morts, il faut les tuer.

Ça la gêné pas, elle a pas réalisé come on di.

Bon, le diner s’est fini pas très drole, je vois pas coment ça pouré être drole toute façon, la vie cest pas la télévision.

Dimanche 10 février

Come prévu. Ouiken de chiote. Les chiotes la semaine, et un ouiken de chiote. La totale.

Elle ne pouvait pas le formuler mais elle sentait qu’il manquait un axe, que tout ce qui lui arrivait arrivait par hasard, en tout cas dans le désordre. Plus embêtant, les faits étaient contradictoires les uns par rapport aux autres, ils s’annulaient, rendaient la vie indéchiffrable, empêchaient toute ligne et tout suivi. 

Mercredi 13 février

Saint-Valentin, tu parle d’une conerie ! Qui sait qui a inventé ça ? Un Valentin qui s’embêté ? Ou peut-être au contraire qu’il était en pleine histoire d’amour et il sait di qui falait fêté ça ? Ya des gens quand ils sont amoureux ils veule que tout le monde soyent come eux. Mais si on est pas amoureux, on fait coment ? On fait semblant ? On s’achète un cadeau pour faire croire que cest son chéri qui nous la ofert ? Quel conerie… Je suis sur que ya plin de femmes qui s’invente une histoire juste pour pas avoir lair con ce jourla. Et les hommes, nan parlons pas, les menteurs professionels…

Cest aussi fait pour vendre, la Saint-Valentin. Les fleuristes, les bijoutiers, parfums, cest une bonne afaire pour eux. Remarque tout le monde a le droit de gagner sa vie et si ya des gens qui achète dans leurs magazins tan mieu pour eux. 

Jeudi 14 février  

En alant chez Delaunay ce soir, jai passé devant les deux fleuristes de l’avenue de Bordeau. J’étais un peu en avance, je mais arêté sur le parking de Lidel pour en griller une avant le boulo. Jai regardé les gens qui entré chez les fleuristes, et qui sorté. A par une, jai vu que des hommes ! Les femmes ofrent pas de fleurs aparamant. Keske elles ofrent ? Une cravate ? Mais yen a pas bocou des hommes qui mette des cravates, y doive pas la mettre souven. 

Alor la les fleurs c’était marant. Jai vu des plantes, des gros bouquets et des trucs tout rikiki… Jai vu un mec sapé come un prince, une bagnole magnifique, il est ressorti avec une seule fleur, une rose, même pas grande ! Je sais pas a qui il va l’ofrir mais moi je me méfiré. Une grosse bagnole et une petite rose… Ça me fait penser a mon éducatrice au foyer, un jour elle nous avait di : « Attention les filles, plus la voiture est grosse plus il faut vous méfier du conducteur ». Ça nous avait fait rire, mais jai retenu.

Ce matin, les filles elles ont di keske elles alé ofrir a leur homme. Peutêtre quelles en auré pas parler devant moi parce que jai pas d’homme, mais come cest moi qui a posé la question elles ont bien été obligé. Pat a di qu’elle ofrait un bon repas dans un restau samedi soir a son Raymond – « lui, normalement il doit m’emmener danser ensuite, on avait déja fait sa l’an dernier » –, Momo ofre une chemise a son Dédé – « pas parce que c’est la Saint-Valentin, parce qu’il a besoin d’une c’est tout » –, Florence qui sest réconsilé avec son copin elle lui ofre un parfum – « Un parfum pour femme, y sentira meilleur, et je pourrai lui en piquer, elle a di », et on a rigolé –, Chantal elle ofre a son Jacques un DVD d’un concert de Johnny – « et surtout je lui prépare un bon repas, c’est ça qu’il aime ».

Je sais pas pourcoi ça ma doné les larmes aux yeux. Je les ai trouvé adorables mes colègues, j’espère que leurs hommes les respecte. Elles ont été gentilles, elles ont pas insisté, Monique ma même serré le poignet et jai compris ce que sa voulait dire, et Pat ma fait un bisou avant quon nettoye après le repas, jai compris aussi. 

Cest ce soir que je réfléchi. Pourcoi je suis seule ? Eske ça seré mieu si j’étais deux ? Ben tout dépen de l’homme bien sur. Si cest Frank non merci. Tiens il ma fait une remarque tout a l’heure : 

– Tu veux que je t’invite au resto ? il ma di.

– Non, tes genti, mais tu sais bien que ça m’intéresse pas.

– Eh, cest la Saint-Valentin tu va pas rester seule !

– Je suis pas seule, jai mes filles et ça me sufi bien.

– On y va samedi si tu préfères.

– Laisse tombé, jai di, té lour quand tu ti mais.

Je sais pas pourcoi je le plin mintenan. Je suis con ou quoi ? 

Vendredi 15 février

Encore la Saint-Valentin qui emmerde. Falait voir la Jaqueline ce soir chez Delaunay. Madame la sistante de direxion se sentait plus péter. Elle avait mis son foulard en soie pour le montré a la Sandrine. « Et ce soir, il m’emmène au resto, et après, je lui prépare une surprise… », quelle a di avec un air bien salope. Non mais pour qui elle se pren ? Elle va pas nous raconter coment elle s’ocupe de son mari canmême ? Keskon a a foutre…

Samedi 16 février

Ce matin, M. Sauvade le banquier ma apeler.

– Vous avez pensé à notre conversation, Mme Semos ? Vos dépenses, vous vous souvenez ?… On n’est que le 15 du mois et votre compte est déjà très bas. En dessous du bas, même… À un niveau inquiétant… Vous savez que je ne pourrai pas vous aider si vous ne m’aidez pas un peu. Je sais bien que c’est difficile mais il faut y mettre du vôtre, hein ?… Mme Semos… Mme Semos ?… Vous m’entendez ?   

Sur que je l’entendé, je suis pas sourde. Mais come javais rien a dire jai rien di. Si en fait, come a la fin il falé bien que je fasse quelque chose, jai di que j’avais apelé la vocate et que je la voyais la semaine prochaine. Pour la pension, on va essayer de relancer.

– Excellente initiative, Mme Sémos. Si votre fille a été reconnue, vous avez droit à cette pension. Ça, ce sont les recettes. N’oubliez pas les dépenses non plus, d’accord ? Si vous réduisez de moitié votre consommation de cigarettes, vous allez gagner 100 € par mois, ça vous aiderait beaucoup. 10 cigarettes par jour, cest déjà pas mal, non ?

Jai pas répondu, il avait raison. Cest vrai 10 cigarettes, cest déja pas mal. Coment ça se fait qui men faut 20 ? Cest complètment con quand on y pense. Ben oui…

Bon jai pas moins fumé aujourdui, surtout le samedi je peu pas, mais jai canmême appelé la vocate après le banquier et cou de chance je suis tombée sur elle, elle conait bien mon dossier. Elle ma di de passé mardi a 15 heures, on verra si on peut relancer.

Dimanche 17 février

Dans ma chambre ce matin jai regardé par la fenêtre, je lai même ouvert un peu pour fumer ma cigarette (fumer, je sais), il faisait froid mais cest pas grave, j’avais mis mon peignoir pardessu mon pijama. Y’avait pas de bruit, les gas de la voirie sont pas la le dimanche et puis ya personne qui va travailler. Je voyais les garages en bas, les tois plin d’eau, de mousse, la saleté, et les portes toutes rouillées avec la pinture qui fout le quand. A coté, les murs énormes du lycé, les batimens derrière, encore plus énormes, des fenêtres quon se demande coment on peut les fermer, les plafons doivent faire quatre mètres de hauteur et les murs pareil en épaisseur, cest pas un lycé pluto une prison. Tout ça cest vide mintenan ya plus personne qui dor ladedans cest peutêtre mieu je sais pas, cest triste le ouiken en pension, mais quelquefois cest encore plus triste quand on est tout seul à la campagne.

Bon je voulais pas repenser au passé, je me méfi, on se fait mal toute seule quelquefois. Jai tourné ma tête de l’autre coté, jai vu les petites maisons bien propres, mais jai trouvé triste aussi, les voitures devant, les gens a l’intérieur, les télés alumée, l’odeur du café surment, les gens qui se parlent pas bocou. Cest pas bien d’être seule mais cest pas bien d’être a deux non plus. Keske il faut faire alor ? Vivre a trois ? A quatre ? A cinq ? Une grande famille, des fois sa m’auré plu, enfin si sa marche bien sur, si cest pour s’engeuler avec des salos, il vaut mieu pas.

Jai fermé la fenêtre, jai hésité, et puis finalment je me suis recouché, il était to. J’étais angoissée, je mais un peu caressé pour essayer me détendre mais ça ma rien fait. Je restais les yeux ouverts c’était dimanche et javais peur que ça soye lon et je me disais que ça seré bien si je me rendormais et que je me réveil et quon soye lundi. Cest pas que mon boulo est génial, mais cest mieu que rien. Et puis si dailleur, j’aime travailler a la cantine, le seul problème cest que ça fait que vingt heures. Chez Delaunay j’aime pas, mais ça me fait toujour dix heures de plus. Et le gymnase encore 3 heures, cest ça que jaime le moins, cest to le matin et je suis toute seule, et cest loin en plus jai peur souven quand je marche la nuit.

Jai entendu la vieille du dessu, elle bouge tout le tan des trucs, je compren pas coment elle fait, elle doit plus avoir de muxles, pourtan on diré quelle déplasse les tables, les meubles, incroyable. Faut dire que les murs ici cest du papier a cigarette. J’enten le conar d’en bas quand il pisse, bien au milieu du trou pour qu’on soye au courant, alor qu’il y a un étage entre nous. Au second, cest un couple, ils sont correct, ils ont un  garçon qui doit avoir 8 ou 9 ans, ça crie un peu parfois mais pas tro. Cest canmême bizarre : cest la vieille du 4e et le mec du premier qui son seul qui font le plus de bruit !

Je resté sur le dos, la couette jusquaux yeux, il faisait pas cho. Jai entendu un oiseau, juste un. On diré qui pleurait, qu’il appelait parce qu’on l’avé oublié et qu’il arrivé pas a rejoindre les autres. J’auré bien aimé le prendre dans ma main a ce momenla, on s’auré raconté nos maleurs et on serai été heureux. Eh oui, mais les oiseaux volent et pas nous, nous on est colé a la terre, et on a pas le choi faut marcher dessu jusqua quon en puisse plus.

Jai canmême entendu quelques voitures, pas en même tan, toute seule. Des jeunes qui rentrent de boite ? Des comersants qui vont travailler ? Des gens qui vont faire du sport ? Cest bizare le dimanche matin, cest pas come dabitude. J’enten pas les bruits de la ville come les autres jours. La, cest tout calme et puis juste quelques fantomes qui passent, qui roulent ou qui volent.

Et moi ? Moi je suis la, sur mon lit a pas dormir, a même plus atendre un mec qui viendra jamai, avec les filles dans la chambre a coté, des voisins cons et un imeuble moche. Et un apartement tro petit, et pas assez de fric sur mon conte. Ouais. Cest triste mais j’étais pas énervée, ça ma étonée. Come si je m’abituais. Keske ça veut dire ? Je sais pas. Faut faire quelque chose ? Je sais pas. Ça pouré être mieu ? Je sais pas. Ça pouré être pire ? Je sais pas.

Mardi 19 février

Aujourdui je suis été chez la vocate, j’avais rendévous. Elle ma demandé avec un gran sourire coment j’alais, jai pas compris si elle se foutait de ma gueule ou pas. Après, elle ma di bon, on nan é ou ?

La, je suis bien été sure quelle se moquait de moi. Elle avait rien fait depuis l’autre fois, la fois quelle m’avait di on renonse pas. Jai failli partir tout de suite et puis jai pensé au banquier, fau que je lui montre que je fais des effors. Alor come je pouvais pas fumé, je mai rongé les ongles et jai atendu. 

Elle feuilletait un dossier, peutêtre le mien, je voyais pas mon nom marqué dessu. Faut dire qu’avec leurs écritures, cest pire que des docteurs, on compren rien. Elle a di :

– Pour résumer, dites-moi si je me trompe, on peut dire que le père de votre fille aînée est introuvable : la dernière adresse connue est la… maison d’arrêt de Bordeaux, mais ça remonte à plus de dix ans. Quant au père de votre seconde fille, lui on sait où il est, à Périgueux, mais il a toujours refusé de payer. Il a même organisé son insolvabilité pour être tranquille. Cest bien ça ?

Ça ma fait rire. C’était nerveu peutêtre. 

– Je vois que vous prenez ça avec philosophie, elle ma di. 

Cette fois cest elle qui croyé que je me fouté de sa gueule. Bon, ça comensé fort. Jai pas compris c’était quoi un solvabilité, mais jai pas osé lui demander.

– Keskon peut faire alor ? Le banquier il veut que je fasse quelque chose. Je suis tro découvert… 

– Oui, bien sûr… Alors, le premier, le premier père, M. Poltri, est-ce que vous avez un moyen de savoir où il est ?

– Non. 

– Et vous n’avez pas de contact avec sa famille, des amis que vous auriez eus à l’époque où vous l’avez connu et qui pourraient vous renseigner ?

– Non. Jai jamai cherché a le revoir, je préfère pas. Il et violent, cest une erreur de jeunesse. Vous avez vu, il a fait de la prison…

– Oui… Et par internet ? Vous avez regardé ? On retrouve presque tout le monde, maintenant…

– Jai pas internet, je sais pas faire. Et puis je préfère pas. 

– Vous êtes sûre ? Je peux faire l’intermédiaire, je suis là pour ça.

– Non, après ça retombera sur moi et sur ma fille. 

– D’accord. Bon. Passons au second. M. Jackie Malenvas. Ce Monsieur, qui travaille donc à Périgueux, nous lui avions écrit. Et come il n’avait pas répondu, nous avions, en lien avec l’assistante sociale, contacté son employeur, une entreprise de maçonnerie. Nous n’avons pas eu de réponse là non plus, mais nous avons appris que ce Monsieur était inscrit à la commission de surendettement. Il est donc insolvable.

– Oh, il a bien des sous pour s’acheter des belles voitures… Et pour son autre enfant…

Elle me regardé pas en face, j’aimais pas ça. Elle continuait a feuilleté le dossier. 

– Vous avez raison. On peut penser qu’il a les moyens de vous verser une pension. Le problème, cest qu’il n’y a aucune convention, pas de séparation, rien qui permette de dire que vous aviez choisi de faire cet enfant ensemble.

– Il la reconu à la naissance. Il était content, même. Cest après qu’il a plus jamai rien fait.

– Oui… Écoutez, on doit pouvoir obtenir un paiement direct. Mais avant il nous faut une décision de justice. La procédure est la suivante : quand le père ne veut pas payer la pension alimentaire, on peut s’adresser, via un huissier, à ce qu’on appelle un tiers débiteur, cest-à-dire à quelqu’un qui lui verse des fonds régulièrement, son employeur si possible, ou un organisme social s’il reçoit des prestations. Dans ce cas, la somme qu’il doit vous verser est prélevée à la source, ce n’est pas lui qui vous l’envoie, le virement est effectué avant qu’il touche son salaire par exemple.

– Sait sa qui faut faire… 

– On va essayer. Mais cela implique que vous passiez devant le juge. Sans décision de justice on peut rien faire.

– Et de quoi il va m’acuser le juge ?

– Mais de rien, rassurez-vous ! Cest une procédure civile, pas pénale.

– Ah bon.

Jai pas osé demander keske sa voulait dire, mais ça me plait pas cette histoire de juge. Jai rien fait de mal, canmême ! Enfin si, ya des tas de choses que je fais mal, mais je fais mal à personne. En tou cas je le fé pas escprès. 

– Et pour l’aide jurictio… juridic… ah, j’arive pas a le dire…

– L’aide juridictionnelle. Ne vous inquiétez pas, vous êtes couverte. On a déjà signé les papiers. 

Elle a tapé une lettre pour demander des sous au papa de Morgane. 

– On fait une dernière tentative avec lui. Si ça ne marche pas, on entamera une procédure pour obtenir un paiement direct.

Elle a changé l’adresse de sa lettre pour en faire trois : une pour la banque de France, parce qu’il est rendetté quelle a di, une a son dernier travail, même si on est pas sur qui travail encore la, et une a Paul emploi de la Dordogne. 

Elle ma fait signé ces lettres, et elle ma doné un double pour que je les garde. Je les montreré à M. Sauvade, y verra que je suye pas resté sans rien faire. Cest pas sa qui va me dire coment je vais faire pour alé jusqua la fin du mois, mais bon. Je pouré retourner a la CAF, je me souviens qui m’avé di qui rexamineré ma situation lan prochain, et c’était l’anée dernière. Donc je vais y retourner. 

Jeudi 21 février

Je suis été a la CAF. Oh la ! Que des arabes ! Jai rien a dire, moi je suis espagnole, mais bon. Ça surpren canmême, cest l’Afrique ou quoi ici ? Yavait une qeu denfer. Et je pouvais même pas fumer. J’avais pas bocou de tan, il falait que je récupère Morgane a l’école a 4 heures et demie (a l’école ils travail plus jusqua 4 heures et demie, mais mintenan on peut canmême les récupérer a 4 heures et demie, faut pas chercher a comprendre).

Bon enfin bref, ça avancé come une tortue, je suye passé au bout de plus d’une heure, et la, le plus beau : ils mon di qui pouvé pas me resevoir, qui falait que je praine rendévous ! Je mi atendais un peu cest vrai, je savais que c’était mieu de téléphoné avant, mais je sais pas prendre rendévous au téléphone, les jours et les heures sa va jamai cest pas pratique. Je voulais au moins qui me done un rendévous, cest pour ça que je faisais la qeu, et ben non, la femme ma di non, que si c’était pour rexaminer ma situation ça pouvait pas se faire come ça, il falait que ce soye un conseillé qui me reçoit et pour sa faut prendre rendévous.

Je suis ressorti ladedan je vous dis pas, j’avais les nères, c’était quelque chose, la cigarette jai bien cru que je l’avalais tout alumé ! Jai pensé des horeurs sur les arabes, je suis été très raciste, cest pas bien je sais mais il fallait que quelqu’un praine. Moi les arabes jen ai rien a faire, cest leur religion qui va pas, cest ceux-la qui sont cons et méchants. Ceux qui veulent nous tuer parce quon croit pas come eux, ils sont fous ou quoi ? Sinon les arabes ils peuvent faire se qui veulent, ils sont la ils sont la, cest come ça. Juste si pouvé aler un peu moins a la CAF sa marangeré.

Samedi 23 février 

Jai une tête… Quand je suis fatiguée et que je me maquille pas, oulala, a moi la peur. Cest pas avec ça que tu va atiré le prince charmant, Victoria. 

Je mai trompé dans mes calculs, je suis a 270 € découvert. Si la paye tombe pas lundi ou mardi, je suis mal. Comme on est en février et qui ya que 28 jours ça peut le faire. L’ennui cest que Delaunay, lui il me payera pas avant débu mars, il fait toujour come ça, et il me paye que les heures que je fais. Quand ya moins de jours dans le mois eh ben ya moins d’heures de travail et le chèque est moins gros. Cest toujours la Jaqueline qui me le done, avec son petit air, come si ça lui araché la geule de me payer, come si c’était ses sous a elle, come si c’était bocou d’argent, come si je le méritais pas.

Dimanche 24 février

Ça devait arivé et cest arivé. Cette nuit. Julie a u ses règles. On en avait parlé avant, mais sa la pas empêcher de pleuré et de s’afolé. Elle ma apelé en pleine nuit, je lai entendu, je lui ai di vien, elle ma di quelle pouvait pas, et moi bécasse jai pas compris pourcoi, je voulais pas me lever, et puis elle a apelé plus fort en pleurant et elle a di « Je saigne ! », et la jai compris, je suis vite été dans la chambre, Morgane sest réveillée aussi bien sur et elle sait mis a pleurer pour bien faire.

Yen avait plin le pijama et même le lit était taché. Je lai emmené dans la salle de bains, je lui ai di cest pas grave cest normal, tu sais on en avait parlé. Morgane voulait tout savoir, tout voir aussi.

– Morgane tu reste au lit ! jai di. Étin ta lampe.

– Keskelle a Julie, elle est malade ?

– Non, elle est pas malade. Dore !

– Mais elle saigne !

– Elle saigne, mais elle est pas malade. Couche toi ou je vais me facher !

– Jai peur !

– Non, ta pas peur !

– Si.

Quelle galère. A la salle de bains, jai douché Julie. Dousmen, pour la rassuré. 

– Mais ça coule encore ! quelle ma di.

– Oui, ça coule encore, sait normal. Sa va s’arêter mais sa continura a coulé pandan quelques jours. 

– Mais comment je vais faire ?

– On va mettre une serviette igénique, on en a acheté tu te souviens, elles sont la.

– Mais ça sufira pas ! 

– Bien sur que si ça sufira. Sa va pas couler tout le tan. Au débu cest bocou, tu changera ta serviette plusieurs fois, mais après cest plus granchose.

– Jai mal !

– Ou ta mal ?

– Je sais pas.

– Tu veux que j’apel un docteur ? 

– Non ! 

Quel comédie… Mais je la compren, je lai pas faché, sa fait peur au débu, on croi que sa va jamai s’arêté, on nose pas sortir. Quand elle a u été propre, on a placé la serviette et jai été lui chercher un pijama propre. Morgane chouinait et dormait pas.

– Mais keskelle a, Julie ?

– Je t’espliquerai, promis. Pour l’instan, faut que je m’ocupe d’elle alor soi sage.

Elle a grogné mais elle est resté dans son lit, assise. Je suis retourné a la salle de bain avec un pijama et une culote propre. Julie était jéné quand je lui est mis, je compren, même moi c’était pas drole.  

– Keske tes poilu ! jai di, et elle a éclaté de rire même si elle pleurait encore. 

Jai ri aussi, ça nous a fait du bien. Alor on a entendu Morgane qui disait :

– Toute fasson, vous êtes des imbéciles ! J’iré le dire a la police !

Alor la on a éclaté de rire vraimen fort, Julie était les fesses et le minou à l’air sur le rebor de la baignoire, il a falu quelle se lève, moi jétais acroupi devant elle il a falu que je m’assoye telment on riait. Et Morgane continuait :

– Ça va pas, non ? Vous êtes carément fole ou quoi ? Je vais man alé !

Et on riait on riait, on pouvait pas s’arêté…

– Arête jai di à Julie, ça va se remettre à couler.

Il nous a falu un lon momen pour nous calmer et quon arive a mettre cette serviette igénique. Ensuite elle a mi la culote et le pijama.

On est sorti de la salle de bains, et come Morgane pleurait, jai di a Julie aten et je suis été la cherché. Et la, jai regardé l’heure, c’était 3 h 50, je mai di on va faire quelque chose :

– Vous savez quoi ? Puisque on est toute réveillé, on va se faire un petit caskroute. Ça vous di un bon chocolacho ? 

Morgane a retrouvé sa joie tout de suite.

– Maintenant ?… Avec une brioche ?

– Oui, mintenan, avec une brioche si tu veu. Ça va nous faire du bien, et on se recouchera après.  

On était toutes les trois au milieu du couloir, Julie était un peu blanche, Morgane sautait déja come une puce et elle nous tirait par les manches.

– Arête, tu va réveiller les voisins ! jai di. Bon, on se fait un bon caskroute, mais une condiion : vous alé mettre votre robe de chambre et des chaussettes. Et moi aussi dailleur. Alé, tout de suite.

On sest retrouvé dans la cuisine. Jai dabor doné a Julie un demi vert de ju d’orange, elle était pale, normal elle avait perdu du san. Pandan que je me faisais réchaufé un café, jai versé un demi litre de lait dans la casserole, et jai mis le chocolat petit a petit pardessu, pour qui chaufe en même tan, cest meilleur, ça fait onctueu come on di. Morgane ma pas atendu pour sortir les brioches, elle a failli faire un caprice parce que y’avait plus de Nutella. Jai di :

– Le Nutella, tu le sais, cest cher, alor cest un po par mois.

– Corentin, dans ma classe, et même Chloé, ils ont du Nutella tous les jours chez eux.

Cest Julie qui a répondu, ça ma skotché :

– Eh alor ? Ils sont mal élevés, et ils seront obèses !

Même Morgane, cette parole de sa seur lui a clouer le bec. On a mi du beure et de la confiture de fraises dans les brioches quon avait coupé en deux, c’était bon. Le paquet que j’avais prévu pour la journée du dimanche y est passé mais tanpi cest exepsionel.

Après quon a fini de se régalé – et que jai fumé une cigarette en ouvrant un peu la fenêtre –, come Morgane arêtait pas de demandé quon lui esplique pourcoi Julie avait saigné, et que Julie s’agassait, je les ai di :

– Venez avec moi sur le canapé. Toi aussi Julie sil te plait.

Je leur ai pri par la main chacune et on a été dans le salon. Je mai assis au milieu du canapé, jai gardé leurs mains et jai espliqué :

– Tu vois Morgane, aujourdui Julie est devenue come une femme. Chaque mois elle perdra un peu de san. 

– Elle va mourir ?

– Mais non, ça veu dire au contraire quelle va bien. A partir de 12 ans ou 13 ans, toutes les femmes perde un peu de san chaque mois, cest normal.

– Je veux pas, moi !

Julie s’agitait un peu a coté et faisait « pfff », je la serré fort pour quelle reste calme.

– Mais si. Cest come quand tu fait pipi. Si tu faisais jamai pipi, ça irait pas.

– Je veux pas saigner.

– Tu a le tan. Et quand sa t’arivera tu sera contente. Tu sais pourcoi ?

– Je veu pas !

– Tu veu pas avoir de bébé ?

– Ah si !

– Alor il faut saigner. Cest le san qui se transforme en bébé. Il reste dans le ventre et il devien bébé. 

– Cest pas vrai.

– Si cest vrai. T’es petite pour comprendre, mais tu voulais que je t’esplique alor je t’esplique. Tu sais a 8 ans, on connait pas tout. Même a 12. Même a 33.

Je sais pas se qui ma pris de lui parlé come sa, jy avais pas pensé avant, je sais pas si cest come ça qui faut faire. Canmême, elle a accepté ce que je disais puisquelle ma demandé :

– Et pourcoi ça arive la nuit ? Et que ca sali les dras ?

– Cest juste la première fois. Après on mais une petite serviette, tu verra quand tu sera plus grande.

– Cest dégoutan.

Julie a dégagé sa main, et elle sest levée :

– Mais qu’est-ce qu’elle est bête cette fille ! 

Je lai vite ratrapé.

– Julie… Elle a 8 ans.

– C’est pas une raison pour être si con !

– Elle est pas con. Alé, assitoi 5 minutes et après on va se recoucher. Toi, Morgane fais un effort. Soye un peu gentille avec ta seur. Arête de pensé cas toi. Tes plus un bébé.

On sest rassise, jai mi mes mains entre leurs cuisses pour quelles me tienne cho, et a ce moment, exatement en même tan, elles ont toutes les deux posé leur tête sur mes épaules, Julie a droite, Morgane a gauche. Alor jai fait come je fais tout le tan : mes larmes ont coulé. Heuresment jai réussi a pas faire de bruit je crois quelle mon pas entendu. 

Quand jai pu, je leur ai di :

– Vous savez quoi ? On a la chance que cest arivé dans la nuit d’un samedi au dimanche, come ça on est tranquile et on pourra se reposer demin. Je trouve que cest une belle nuit. Je suis bien avec mes filles, au milieu de la nuit sur le canapé, pandan que la ville est endormi et quon voit juste les lumières des lampadères. 

– Maman, ton chocolacho cest le meilleur de toute ma vie, a di Morgane.

– Merci Maman, je t’aime, a di Julie. 

Elles m’avé jamai di ça. Jai pleuré come une madlaine. 

Mardi 26 février 

Catastophe : la paye est pas tombée. Alor jai fait quelque chose que j’aime pas du tout : jai demandé a Chantal si elle pouvait me prêter 5 €, que je lui rendré quand j’auré resu la paye. Elle ma di bien sur, et elle ma même doné un billet de 10, je voulais pas mais elle a insisté.

Alor jai pu m’arêté a Lidel, jai acheté des pates, une demi plaquette de beure, du gruyère rapé, des mandarines, un paquet de coukies et une baguette. Et puis, faut être honête et le dire, je mai arêté au tabac pour acheter un paquet de cigarettes, il me restait quelques pièces en plus des 10 €, alor je pouvé. Oui cest pas bien je sais. 

Cest encore un peu le cirque avec les gnagnas de Julie. La pauvre, sa la pertube, elle se change tout le tan, faut que je fasse une machine tous les jours, come si javais besoin de sa. Le bidon va y passer tout entier. Les soldes cest fini jauré du lui acheté des culotes et puis un ou deux jeans. Si son conar de père nous aidait un peu aussi, on serait pas dans cette galère. Ou il est suila ? Quand je l’ai conu il était militaire, il s’était déja batu. Il était beau, ce con. Eske il est toujour en prison ? 

Mercredi 27 février

Olala, le bazar chez Delaunay tout a l’heure… Je sais pas bien keski sest passé mais j’étais a peine arivé que ça a comencé a crier dans le bureau du patron, ou Patrik était dedan, on voyait, le haut du mur cest une vitre. 

– Tu te rends compte de l’argent qu’on va perdre avec ta connerie ? Non mais qu’est-ce que t’avais dans la tête ? Dis-moi que c’est pas vrai, dis-moi que c’est pas vrai !

  Janpierre s’est levé de son fauteuil de président, il bougé, on auré di qu’il alé sauter sur Patrik qui était assi dans le fauteuil devant le bureau. On regardé avec Jaqueline, je voyais bien quelle était pas tro contente que je soye la, mais jy pouvais rien, et puis peutêtre quelle était contente de pas être toute seule pour voir sa. Frank était dans le dépo avec le Fenouic et Sandrine était pas la.

– Je pouvais pas descendre plus, a di Patrick, tu aurais fait come moi ! 

– C’était pas une raison pour tout casser ! T’es con, ou quoi ? Cest presque 20 % de notre chiffre, ce mec !

– Mais c’est pas moi qu’a tout cassé, putain ! C’est lui qui m’a dit c’est terminé entre nous. 

Janpierre jesticulé, ça cravate bougé toute seule ! 

– Il te di cest terminé et toi là, qu’est-ce que tu fais, au lieu de calmer le jeu, de récupérer le truc ? Tu te casses ! Tu pars come un malpropre ! Cest une faute professionnelle, Patrick, une faute grave !

– La colère t’aveugle, JP. Je suis pas parti come un malpropre et jai rien cassé du tout !

– Ah, dégage !… Rentre chez toi, sinon je sens que je vais faire un malheur ! Allez, ouste !

– T’es injuste. Va le voir, toi, le père Fallières, si t’es si malin… 

– Dégage, je te dis. Je le répèterai pas ! Fous le camp, merde !

Patrik s’est levé, il était rouge de chez rouge. Jaqueline et moi on sait vite remis au travail. Patrick a été dans son bureau, mais il est pas parti tout de suite. Il a passé des cous de téléphone. Janpierre a apelé Jaqueline, jai pas pu faire son bureau tout de suite, alor je suis été dans le dépo. Jai di à Frank :

– Ça a geulé, ta entendu ?

Je sais pas ce qui ma pri, c’était une conerie, j’avais pas a me mêler de sa et encore moins a lui demander son avis à lui, pour qu’il s’imagine des choses. Par momen, je sais pas, jai l’impression que jai plus de cerveau, qui ma laissé tombé d’un cou… 

Bien sur, le Frank a fait son intéressant.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? Raconte.

– Non, laisse.

– Eh, tu me met l’eau à la bouche et après tu dis plus rien ! Ça va pas.

Il avait raison.

– Cest Janpierre et Patrik, ils se sont crié dessu.

– Oh, ça arrive souvent ! Ça empêche pas qu’ils s’entendent bien. 

– On auré pas di…

– Tinquiète.

Et come jétais vraiment con, ou alor cest l’engeulade entre le patron et Patrik qui m’avé inquiété, jai posé la question :

– Dimoi, ici, enfin la société, elle… elle marche bien ? 

– Le chiffre d’affaires tu veux dire ?

Il était tro content le Frank, je le voyais bien. Il me parlait en déplaçant des cartons, mais je voyé bien qui sen foutait des cartons :

– Ji conais rien, jai di. Je veu dire : ya pas de problèmes de sous ? Pour faire les salaires, tout ça…

Il a rikané, cet imbécile :

– Ah ah ! T’a les chocotes ? T’a peur de pas être payée ?

– Sa t’embêterait pas, toi, de pas touché ta paye ?

– Et pourquoi je toucherai pas ma paye ?

– Ben cest ce que je te demande justement, si ya pas des problèmes. Ya bien des entreprises qui ferme et des gens qui sont licenciés, on enten ça tous les jours a la télé…

– Pourcoi tu veux que ça nous arrive ?

– Bon, laisse tomber. Je sais pas ce qui ma pri de vouloir discuter avec toi. 

Je suis été plus loin pour continuer a faire mon boulo, mais il m’avait mis de mauvaise umeur, surtou que je lai entendu dire :

– T’es bien suceptible. T’as tes ragnagnas ou quoi ?

Je déteste quand un mec di ça. Conar.

Ah au fait, la paye est tombée. Au fait encore : Chantal a pas voulu que je lui rend ses 10 euros. Je lui les glissé dans la poche de sa blouse, mais avant de partir elle les a vu et elle me les a enfonsé dans la poche de mon jean. 

(épisodes 5 et 6 les 17 et 24 février)

3 commentaires

Répondre à Seb Annuler la réponse.