Journal de femme de ménage – 3e épisode : Premier mois d’une année de m…

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Mercredi 2 janvier

Jai repri le boulo chez Delaunay. Je sais pas ce qu’ils avé, ils été tous a l’aceuil, come si m’atendé. Il mon souhaiter bone anée bien sur et on sait fait la bise. Janpierre le patron ma même di qui voulait que je l’apel Janpierre. Mais je pouré jamai. Je sais pas ce qu’il avait, il ma serré fort jai cru qui alé me rouler une pelle ! Il est fou ou quoi ? La Jaqueline me regardait pour une fois avec des grands sourires, cest parce que le patron était la, faut pas quelle croye quelle va m’avoir come ça. Patrik le chef comercial a encore grossi je trouve, il était rouge come une tomate, lui il est pas mauvais cest peutêtre celui je préfère. Sandrine qui travail avec lui est sympa aussi, elle est jeune, une vraie pile électrique. Elle di toujour « mon chifre, mon chifre », come si c’était son enfant quelle s’ocupe. Et puis bien sur y’avait le Frank, a peine j’étais entrée il ma fait un clin d’œil cet imbécile. Jai bien compri ce que ça voulait dire : j’aten mon café que tu ma promis. Salo. Cest parce qui ma obligé que je lui ai promi et il le sait.

– Bon, ben je vais mi mettre, jai di au patron.

– Bonne reprise Victoria, et bonne soirée.

– Merci.

Je les ai laissé et je suis été mettre ma blouse et mes sabos. Je savais pas par ou comencer vu quils été encore la, mais en fait Patrik et le patron sont parti assez vite et jai comencé par leur bureau. Je voulais aussi pas rester dans le dépo parce que je savais que c’était l’endroi de Frank et que il alé m’embêter. J’entendais Jaqueline et Sandrine papoter, elles critiqué elles se plaigné je sais pas de quoi et je men fichais. Je me fais pas de soucis pour elles. 

La Jaqueline est partie mais Sandrine était encore la quand jai arivée a son bureau. 

– Je peu ? jai demandé avant d’entrer.

– Oui, vas-y. Y’a besoin.

– En quinze jours cest sur…

– T’as raison…

Elle me tutoi. On a pas garder les cochons, mais si ça peu lui faire plaisir. Elle tapait des trucs a toute vitesse sur son ordinateur, et elle fumait, ça me donait envie mais bon. Elle est nerveuse. Jai pas pu faire come il faut parce que elle était la, cest de sa faute.

Après jai fait les toilettes, la cuisine et la petite réserve. Y’avait besoin, yen a pas un qui auré passé un cou de balai pandan que j’étais pas la. C’était dégeulasse. Ils avait ca me faire revenir, moi ça m’auré pas déranjé de travailler un peu pandan ces vacances a la con. 

Je savais pas si Frank était encore dans l’entrepo. Il falait que ji aye. Pas le choi, Victoria, allez jai di ma fille te laisse pas impressioner. Ouf il y était plus. Cest pas pour sa qui va moublier mais cest toujour un jour de gagner.

Jeudi 3 janvier

L’école reprené aujourdui, pas le gymnase, au moins je mai levé moin to. L’école, sa veut dire les filles et la cantine. Morgane était contente, elle a couru dans la coure a peine on arivé. Julie va toute seule au collège, ça seré la onte pour elle si sa mère l’acompagné. Elle ralait ce matin, elle di que les garçons sont tous con. Je pense quelle a raison. Elle est en 5e, je crois que cest pire en 4e. Moi je mai arêté en 4e, mais je me souviens que cest la qui sont le plus con. 

A la cantoche, jai retrouvé les copines. Enfin on est pas vraimen copines, on se voit pas en dehor du boulo, mais on s’aime bien. Il a falu se souaité la bone anée encore, mais bon avec elles sais pas tro ipocrite. Même avec Mme Bard, la directrice, ça été. Elle ma pas fait la bise mais je préfère. Par contre ya une prof, je l’avais jamai vu, quest venu nous taper la bise on sait pas pourcoi. La Pat avait aporté la moitié d’une bouteille de champagne qui lui restait de son révayon, on la but avan le débu du service.

– Eh les filles, je vais vous dire à chacune ce que je vous souhaite ! elle a di en tendan son verre.

– Attens, j’entens pas ! a crié Chantal qui finissait de mettre les plats a chaufer.

– Viens vite, on n’a que 5 minutes !

Chantal est venu et Pat a « prononsé ses veux », je me souviens cest se quelle a di. « Les veux du maire », a même di Monique, et Florence elle : « Les veux de ma mère ! ». On avait pas bu mais on était déja pompette !

– Laissez-moi parlé, a gueulé Pat. Je lève mon verre en ce début d’année d’abord à moi. Oui, si je pense pas à moi, qui s’est qui va y penser, hein ?

– Égoïste ! 

– Ta pas honte ?

– La paix, les filles ! Donc a moi je souhaite que Raymond me casse moins les couilles même si jen ai pas, que mon Tristan es son bac sainte marie mère de dieu priez pour nous, qu’on puisse changer notre bagnole qui va pas manquer de nous lacher sinte marie mère de dieu priez encore pour nous, et puis de garder toutes mes copines de la cantines merci mon dieu !

On a toute aplodi et Florence qui sait siflé a siflé.

– Ensuite, je souaite à Momo que son Dédé soit gentil avec elle, que sa petite-fille lui apporte toujours beaucoup de bonheur, et que ses jambes la face pas trop soufrir. Bonne année ma Momo.

– Bonne année Momo ! on a toute répété.

– Merci Pat, merci les filles.

– Ensuite je souhaite que Florence se réquonsilie avec son copain, oui les autres je sais pas si vous savez mais y se sont séparés le jour de Noël…

– Cest pas vrai ?… on a di. 

Ça nous a étoné, on savez pas. 

– Bon, Flo, faut que tu sois grande, soit tu l’aimes encore et tu vas le chercher et tu le ramène par la peau du cul, n’aillons pas peur des mots, soit tu l’aimes plus et tu tournes la page et tu ten retrouve un autre vite fait. L’année commence male ma grande, mais elle est pas finie et ça va aller en saméliorant tu vas voir.

– Bon courage Flo, on est la, oublie pas, a di Momo en l’atrapan par les épaules et lui claquan une bise, qui lui a fait venir les larmes aux yeux. 

– Eh, buvons les filles, après ça va être chaud… Hum… Purée, cest bon cette connerie ! Bon, ah nous ma Chantal. Toi t’a tiré le bon numéro en amour… Ton Jacques c’est une crème, tes deux fils ils sont beaux à tomber, que d’ailleurs si ils veulent gouter à la chose avec une femme d’expérience, tu peux leur donner mon numéro quand tu veux…

– Écoute la, celle-la ! Non mais tu vas ou, Pat ?

– Quoi, j’ai dit une bêtise ? J’ai que 42 ans, pourquoi je sortirai pas avec un petit jeune de 20 ans ? 

On a rigolé, et on a siflé. Sif… Sif…

– Bon, enfin même si tu veux pas partager tes garçons, eh ben je te souhaite tout simplement que ça continue ma Chantal, quand le bonheur est la, faut le manger et faut pas avoir honte dans profiter. Il me reste Victoria, ma Victo, la plus jeune d’entre nous.

– Et la plus belle, a di Florence.

– Nimporte quoi ! jai di. Cest toi la plus belle, Flo… Toutes vous êtes plus belle que moi.

– Chut, Victoria, je vais me facher, surtou si tu dis des bétises. Tu es notre bébé, on a envie de te protégé. Je souaite que tu as un plein tans, soit ici avec nous ce serait super, soit chez Delaunay si te proposes quelque chose…

– Je pouré pas dire non mais ça me feré bien chié…

– Ou ailleurs dans une autre boîte ou dans une autre école ou un service de la mairie.

– Faut pas rêver…

– Si, faut rêver ! Surtout toi qui est jeune. Et ya pas que le boulo. Je souaite aussi ma Victo que tu trouve enfin un homme. Un bon je veux dire, pas un de ces moins que rien qui nous embête et qui pense qu’a te lécher la peau avec leur bouche dégueulasse !

– Beark, a di Chantal.

– Peutêtre qu’elle veut pas d’homme, a di Florence.

– Mon œil qu’elle veut pas d’homme ! Tout le monde veut un homme ! Simplement on veut pas un chien baveux. Y’a quand même pas que des tocards, si ? On est dans un chenil ? Une réserve d’animaux sauvages ? Victoria avec sa peau comme un caramel, ses yeux qui font prendre le feu sans les allumettes, sa poitrine et ses cuisses moelleuses comme des chamalos, elle peut pécho tous les hommes qu’elle veut. Le problème c’est que quand elle jette son filet elle ramasse que des papiers gras, des godassses pouries et des poissons chats plein d’arètes !

– Waouh ! Mais tu nous fait un discour, a di Chantal et on a toute aplodi.

– J’ai fini mon discours, mes chéries, a di Pat. Mais bon, faut pas faire les cons, hein ? Si on prend pas les bonnes décisions au début de l’année, on risque pas de faire une bonne année. Alors bonne année !

– Bonne année !

J’avais les larmes, bien sur. Elles mon embrassé. On a trinquer, on a fini nos verres en rigolan et on a été bossé.

Samedi 5 janvier

Jai plus de cigarettes. J’aime pas ça. Cest rare que je me fais avoir. Si j’auré une voiture j’iré au Zanzibar d’un cou de voiture. Ou a la gare. Mais a pied jen est pour trois quarts d’heure et je peu pas laisser les filles mintenan. Si il était moins con j’iré en taxer deux ou trois au voisin du premier, même lui les payer. Ya la vieille odessu, mais elle fume pas, et le couple du segon je crois pas. 

Faut pas que je dise sa a Vivi, sinon je vais encore avoir droit a la chanson. « Tu fume trop ! Tu te ruine ! Tu ruine ta santé et ton portefeuille. Bientôt tu poura même plus monter les escaliers ». Si elle savait… Cest souven que je peu plus les monter. Et pour l’argent, cest vrai que ça me coute 8 euros 30 jours par mois. Ça fait 240 euros. Oui 240 euros par mois qui pare en fumée. Cest sur que sa fait des sous, mais si j’alais au restaurant et au cinéma une fois par semaine ça seré pas plus cher ? Bon alor.

Dimanche 6 janvier

Jai fai les contes : je suis déja découvert ! Le mois comence a peine. Je ba mes recors ! Bravo Victoria tu t’améliore. 

Mardi 8 janvier

Je suye en train de regarder un truc a la télé, un couple qui s’engeule. Mais pas des acteur, des vrai ! La femme est con, elle fait des reproches, mais dès que son homme ouvre la bouche elle se tait. Cest pas come ça quelle va y ariver. Se montrer come ça devant tou le monde, quelle onte !… A moin que ça leur raporte des sous. Mais même, jamai je pouré faire ça. Quelle onte…

Mercredi 9 janvier

Jen ai mare.

Jeudi 10 janvier

Demin jai pas le choi, café avec Frank. Rendévous a 17 heures au café Molière. Il voulait au café Paris, jai di pas question. Ya toute la ville dans cet endroi, je veu pas que yen a qui s’imagine que ya quelque chose entre nous. La onte. Bon, enfin vivmen demin soir, que sa soye terminé. Ya des momens j’aimeré être un mec avec des gros biscotos pour plus me faire obligé a faire des choses que je veu pas. Nous les filles on a moins de chance, je trouve.

Vendredi 11 janvier

C’était pas pire pas mieu que je m’atendais. Il a été corect, faut reconaitre. C’était drole, même qui s’était mieu habillé que dabitude et qui senté bon. Je lui est di, sa la fait rougir ! Il était géné come tout, du cou mois ça ma fait rire et je mai senti mieu, j’avais plus peur.

Bon, mais ça a pas duré lontan, après on avait rien a se dire et il est vite redevenu chian. Il voulait m’inviter a diner chez lui. 

– Je cuisine bien tu sais, keske t’aimerai que je te fais ?

– Tes pas chié, jai di. On est a peine entrin de prendre un café et déja tu pense me faire venir chez toi !

Ouais parce que diner je sais ce que ça veu dire, cest coucher que ça veu dire, je suis con mais canmême.

– Ya pas de mal, il a di. Tu me plais, je te lai di, et je suis sur que on serai bien ensemble. 

– Non, mais je rêve !

Il ma cié. Il conaissé rien de moi et il di qu’on seré bien ensemble. Il est fou, suila ! Moi je trouve que je le conais bien assé et je suis sure que je seré pas bien avec lui. Après il a di quelque chose qui ma pas plu du tout :

– Ben quoi, si on veut bien travailler ensemble, faut qu’on s’entende bien. C’est logique.

Jai compri une menace. Jai u envie de fumer très fort, mais on peu plus mintenan dans les cafés. Jai failli sortir pour prendre l’air et je mai di « Non, Victoria, tien le cou encore cinq minutes et puis tu ten va ». Jai réussi a me calmer. Jai baissé la tête et puis sa été mieu.

– Arête de t’agacer et bois ton café. Cest toi qui voulais, mintenan on est la, alor tu devré être content.

– Je suis content.

– Ben ta pas laire !

On est resté un momen sans rien dire, c’était pas plus mal. On regardait dans le bar, y’avait du monde, pas mal de couples, assez jeunes jai trouvé, jai regardé Frank et jai pensé a ma tête et je me suis trouvé vieille tout dun cou. Peutêtre que jai plus l’age d’alé au café. Dailleur ji vais jamai, cest peutêtre pour ça. 

A un moment il a vu un copin, qui ma regardé avec un sale regard et qui a voulu me faire la bise. Frank a di « une amie », jai bien entendue il a pas di « une colègue ». Jai rien di. Tan quil a pas di « mon amie » ça va. 

Le copin s’est assis un momen avec nous c’était pas plus mal. Je crois que même Frank ça lui déplaisait pas. Je suis restée dix minutes avec eux. Ils ont parlé du rugbi bien sur, et puis d’une boite. Ils mon demandé si le rugbi me plaisé et si j’alais en boite, jai répondu non les deux fois, mais gentimen, c’était plus agréable come conversassion. Je mai levé jai di à Frank :

– Tu sais ou je vais… T’y va pas, toi ?

– Non, jai fini ma journée. Jai comencé tôt ce matin.

Jai pas cherché a comprendre, jai sorti mon portemonaie, il ma di « Non, laisse », jai di « Bon ben merci ». Jai été gentille, jai fait la bise au deux et je suis parti. J’étais même pas tournée que déja y regardait mes fesses, je suis come ma mère jai des yeux derière la tête.

Dimanche 13 janvier

Que dale.

Mardi 15 janvier 

La chaudière s’est arêté et jai pas arivé a la redémarer. Jai apelé la proprétaire. Cette salope a u le culot de me dire que j’avais pas fait atention, que j’avais laissé l’aiguille décendre tro bas, parce que j’avais pas remi de la pression. Cest ma faute !

Elle sait très bien que sa chaudière est foutue. Le ga de la Socotech me la di plin de fois : « Je vous change encore une pièce, mais une autre va pas tarder à péter à son tour. Cest tout le truc qui faudrait changer. Elle a plus de 40 ans votre bécane ! ». Je lai di à la proprio, il lui a di aussi, elle a jamai rien voulu savoir. « J’ai payé assez cher, ça tiendra encore ». Pour encaisser pas de problème, mais pour sortir un centime… Elle est plin aux as, mais cest un vrai ra. 

Elle ma di quelle apelait le chaufagiste et quelle me tenait au couran. Mais je veu pas quelle me tienne au couran, je veu que le type vienne urgence. Il comence a faire froi. On est obligé d’avoir deux tricos, même Morgane qui a jamai froi, elle sait plin ce soir. On a froi aux mains et aux pieds. Demin matin va être dur.

Jai envoyé un texto a Viviane pour lui dire. Elle ma proposé quon vienne chez eux demin soir si ça va pas mieu, jusqua quand cest qui vont remettre le chaufage. Jai di merci cest genti on verra. Jaime pas demandé. Et puis pour l’école coment on va faire, ils habitent loin et jai pas de voiture. Et Dany il prend to le matin. Et puis ou je vais dormir… Je suis pas dificile mais je suis pas a laise si faut aler dans la salle de bains et les wc des autres.

Mercredi 16 janvier

Il fait froi… Il doit faire 15 degrés dans cette baraque, maximome… Pas de nouvelles de la proprio. Salope.

Jai préparé le petidej pour demin matin, parce que le jeudi, je me lève a 5 heures pour travailler au gymnase, je pars de la maison a 6 heures avant quelles soyent levé. Alor je prépare tout, elles ont juste le lait a faire réchaufer, mais avec le microondes ça va, sa crin pas. Le plus dur, cest quelle se réveille. Elles ont chacune un réveil mais souven Julie lenten pas ou alor elle l’étin quand il sonne et elle se rendore cette andouille. Morgane est plus sérieuse et cest elle qui réveille sa seur.  

Jeudi 17 janvier

J’arive pas a me réchaufer. Jai mi deux tishirts sous mon pyjama et ma polaire pardessu, jai un foular et deux paires de chaussettes. Si je pouvais je garderai mes gans. Julie elle a diné avec, et même elle avait son bonet sur la tête. 

Morgane, elle est déja malade. Elle est toute rouge come une tomate. Elle tousse et elle est toute endormie. Si elle peut pas alé a l’école demin, je suis male. Parce que dans ce ca, je pouré pas y aler non plus. Et j’aime pas sa. Je suis pas titilaire faut pas que je me face remarqué. Les copines elles diront rien, mais ya Mme Bard la directrice, faut pas quelle pense que je suis fégnante elle seré capable dans parler a La Malone. Alor que, hein, qui cest qui sont tout le tan malade ? Les profs y se prive pas. Remarque peutêtre que je feré pareil si j’étais dans leure situation, je sais pas. Entouca pour l’instan je veux pas manqué le travail. Et cest pas cette saloperie de chaudière et cette salope de proprétaire qui veut pas la changer qui va me faire manquer.

Vendredi 18 janvier

La petite était chaude quand je lai réveillé, je lai envoyé a l’école même si sa ma fait mal au cœur. Jai pensé que j’avais pas le choi et aussi que quand j’étais petite, mes parents adoptifs nous envoyer toujour a l’école, con soye malade ou pas. Pour eux la maladie ça existait pas. Le vieux disait : « Si tu peux te lever c’est que tu peux travailler ; si tu peux pas te lever cest que t’es mort ». Voila le père que jai u. 

Morgane a rien di, elle marchait au radar on aurait pu lui faire n’importe quoi. Mais ce soir elle était brulante. Je sais pas quoi faire. Je crois que si j’apel le docteur je dois payer, je crois que quand on le fait venir même avec la CMU il faut payer dabor. Je lui ai doné du Doliprane et du siro qui me resté de l’hiver dernier.

On verra demin matin. Ya pas école, ça sest bien. Le problème cest quelle peut pas resté au froi si elle est malade. Si le type de la chaudière vient pas je vais faire un maleur, je sais pas lequel mais je trouveré sans problème, le maleur ça manque pas.

Samedi 19 janvier

Les filles sont chez Vivi. Merci mon Dieu, keske je feré sans eux. Dany est venu les cherché ce matin. Jai pas voulu y alé, je préféré être seule, pour atendre le chaufagiste et la proprétaire quelquefois elle passe le samedi, quand elle va dans sa maison par ici. Je sais même pas si elle sait combien elle a de maisons ! Ça doit lui couter cher en brosse a dents ! Et pour si retrouver dans les clés ça doit pas être du gatau. Bon, je l’emmerde, elle est même pas venue. Et la Socotech non plus. Cest ça alor ? On peut crever de froi et tout le monde sen fout ? On est ou, la ? Cest l’Afrique ou quoi ? Encore heureux que j’habite au troisième étage, entre deux étages qui sont chaufés, les chaudières sont inviduel. Sinon cest pas 12 ou 13 qui feré, cest 2 ou 3. Dehor il gèle toutes les nuits en se momen.

Dimanche 20 janvier

A midi je suis été mangé avec eux. Dany est venu pour me cherché, il est sympa ya pas a dire, cest Vivi qui le mène a la baguette, il fait toujours ce quelle lui di mais il est toujours conten. Elle a tiré le bon numéro. Il est drole en plus, toujours a faire le con. Yen aurait pas un pour moi come ça, des fois, le même juste un peu plus mignon ? Peutêtre je suis tro dificile, dacor. Pourtan je demande pas granchose : pas tro con, pas tro égoïste et pas tro moche. Peutêtre cest encore tro. Peutêtre s’il est pas tro moche et pas tro égoïste, faut qui soye un vrai con. Ou que s’il est pas tro con et pas tro moche, faut qui pense qua lui. Ou que si il est pas tro con et pas tro égoïste, faut qui soye très moche. Non Dany est pas très moche, mais bon il est pas très beau. Cest surmen con de s’atacher a sa, mais on y peut rien, si ? On fait pas escprès d’être atiré ou pas.

La, je suis atirée par une maison bien chaude. Ou par une plage dans un pays cho. Avec 40 degrés a l’ombre. Come en Espagne. On ma di que je suis origine espagnole, mais ça sore dou ça ? Coment on peut le prouvé ? Ma mère ma posé sur un trotoir a peine sortie de l’hopital, et au revoir tout le monde. Elle est pas belle, la vie ?  

Vivi et Dany ont gardé les filles ce soir, jai aporté leurs afaires de classe et des vêtemens, ils les emmèneront a l’école demin. Sauf Morgane si elle a encore trop de fièvre. Ils lon bien soigné, elle alé mieu. Vivi est d’aprèmidi demin, alor elle poura la garder le matin, et l’aprèmidi elle demandera a une copine. Cest vraiment genti. Jai de la chance dans mon maleur.

Lundi 21 janvier

La chaudière remarche. Ouais… Je préfère rien dire. Cest un scandale. Les filles sont rentré a la maison ce soir. Morgane est toujour malade mais ça va mieu. Cest Julie mintenan qui a l’air pas bien. Jai peur quelle est biento ces règles, le médecin m’avait di au mois d’octobre c’était pour biento. Elle a 12 ans, cest normal cest l’age. Moi on m’avait rien expliqué du tout, ma mère adoptive elle parlait pas de ces choses la, ça été une sacrée galère. Et pour avoir des serviettes, des tampons… Je préfère pas en parler.

Mardi 22 janvier

Morgane a encore la tanpérature. Demin cest mercredi. Avant j’auré pu la garder au cho parce que moi javais pas d’école et le soir Julie peu la garder. Mais mintenan qu’ils ont changé les ritmes scolères come ils disent, cest le bazar. Quelle conerie ! Mintenan ils travaillent le mercredi matin mais ils font plus rien toutes les aprèmidi. Ben voyons ! Ya des activités, mais pas tout le tan et pas obligé, alor souven y finissent a 4 heures. 4 heures et demie cest fini ! Une demieure de gagner ! Quand elle est a la maison a 4 heures et quart, la petite, la fin d’aprèmidi est longue pour elle. Ils donnent plus de devoirs en plus dans les petites classes, ils ont plus le droit a ce qui dise. Mais qui sait qui décide des coneries pareil ?

Elle le savait. Elle l’avait pressenti. Elle savait que des enfants l’aideraient à tenir. Qu’ils seraient peut-être même sa seule raison de tenir. Et elle n’avait pas tort. La plupart de ces pauvres filles faisaient un enfant dès que possible. Elles multipliaient du même coup leurs problèmes déjà nombreux, mais elles se créaient une motivation indispensable pour supporter les rigueurs de leur existence.

Et puis un enfant, ça donnait un statut. Filles, seules, elles n’étaient rien. Mères, femmes, elles existaient. 

Jeudi 24 janvier

Le Frank, il m’embête pas tro au boulo. J’avais peur après le café qui se croye tout permis. Mais non, au contraire on dirait qui me respecte mieu. Peutêtre que ce que jai di et mon bon comportemen lui on fait comprendre qui falait pas espérer avec moi. Je me méfie canmême. Faut pas que je me laisse endormir… Le soir j’aime pas quand on est que tous les deux. Surtou quand je dois alée dans l’entrepo. Heuresment ya souven le patron ou Patrick. Le patron je me demande si me voi. Patrik, directeur comersial, lui il me regarde quelquefois come si je lui donais faim ! Il me fixe et il me lache plus. Une fois il ma di : « Vous avez une jolie peau, Victoria ». A mon avis cest le genre d’homme qui doi prendre les femmes come un chat quand il atrape une souris : il la mange quand elle gigote et il la laisse tombé quand il a fini et quelle est morte. Mais je crois pas qui l’oseré. Et puis je suis pas assez belle pour lui. En plus je suis la femme de ménage, cest pas top. Lui, il est un peu gros mais faut reconaitre qui s’habille bien et qui sent bon. Avec des costumes et des cravates aussi impeccables, il peut pas s’intéresser a une femme en blouse qui pousse le balai et plonge la main dans la cuvette des chiotes.

Tiens, la cuvette des chiotes. Je pouré en parler pandan des heures si on m’interogé la dessu. A l’école, cest pas moi qui fait celles des enfants. Je fais celle des cuisines et de la directrice. Ça va encore. Ici, chez Delaunay, yen a deux. Une ou cest que vont le patron et sa secrétaire, la Jaqueline, et quelquefois Sandrine. Et puis l’autre ou va Frank et Patrick, et quelquefois Sandrine, et puis des clients quand ils viennent ici. Moi ji vais jamai. Faudrait vraimen que jai la gastro. A force, je sais qui cest qui est passé dans les toilettes, et les manières de chacun, et ceux qui sont dégeulasses. Tiens, le Frank, rien qu’avec l’état que je retrouve les toilettes après lui, il a aucune chance qui se passe quelque chose entre nous. Oh, cest pas le seul dégeulasse je sais bien. J’en ai vu des cuvettes sales, quand jai fait le ménage ailleurs. Un mec sur deux trouve pas le trou. Ça a pas l’air très dur pourtan, enfin je sais pas. Et puis personne nettoi les traces de pneu, si vous voyez ce que je veu dire, les femmes pas plus que les hommes. Ça me fait rire quand jen vois toute belles et pomponées, quand je sais ce quelles on fait quelques minutes avant dans les wc. Enfin tout le monde a un trou du cu, et même qu’un seul. Mais on sans serre pas tous de la même manière, il faut croire.      

Samedi 26 janvier

Ya la plaine lune se soir, je la crin. Je me souviens petite je la voyais et elle me faisait peur. Je croyais quelle boujait, quelle avançait vers nous et quelle allait s’écraser sur la maison. Et mon frère adoptif, Sylvain, il me laissait croire que c’était vrai, même quil m’éfrayait escprès.

– Regarde, regarde, elle bouge ! A tout les coups, ce soir elle touche la terre !

Quel imbécile ! Enfin moi aussi.

Dimanche 27 janvier

J’aime pas les dimanches. 

Mardi 29 janvier

La neige est tombée cette nuit. Et elle tombé encore quand je suis sortie. Cest beau. Un peu triste, mais beau. J’aime la neige. Ça me fait penser a quand je serai morte. Ça sera dou, froi, et y’aura pas de bruit. Je me reposeré. Je voi pas sa triste. Au contraire. Si y’avait pas les petites, ça serait déja fait depuis lontan. La boite de Lysanxia, et hop, au revoir tout le monde.

Mercredi 30 janvier

Cest la merde. Le banquier ma téléphoné. 

– Il faut trouver une solution, il ma di. 

Ah oui, et cest quoi la solution ? Que je gagne au loto ? Jai même pas de quoi acheté un tiket ! Il me di que jai encore dépassé le découvert et que si ça continue ils vont plus pouvoir m’autoriser. Il ma di que c’était pas sa faute, que c’était la règle dans la banque, dans toutes les banques. Ji compren rien de toute façon. Il a pas été méchant, peutêtre il croit vraimen que ya une solution. Il ma di : 

– Si on peut pas augmenter les recettes, il faut réduire les dépenses… Je ne veux pas me mêler de ce qui me regarde pas, mais si vous voulez qu’on examine vos comptes ensemble, et qu’on voit où est-ce qu’on peut gratter un peu, on peut prendre un peu de tans pour ça. 

Je lai vu venir. Je lui ai di : 

– M. Sauvade. Vous voulé que j’arête de fumer, cest ça ?

Je l’imaginé se tortiller sur son fauteuil.

– Pas forcément, Mme Sémos, pas forcément. Réduire, peut-être, pensez à votre santé aussi. Quoique j’aie pas de leçons à vous donner, je fume aussi. Mais c’est vrai que ça coûte cher.

Oui, cest vrai, je peu pas dire le contraire. Si je passais pas 240 € par mois en cigarettes, sa seré plus facile. Mais je peu pas m’arêté. Cest même pas la peine d’essayer. Si je fume plus, je meure. 

Non je sais cest quoi le problème : cest que ce gros con done toujour pas un ron pour sa fille. La vocate me di : « On renonse pas, Mme Sémos, on renonse pas ». Je sais pas si on renonse pas, entouca je vois rien venir et je touche que dale. Pas un centime de pension ! Et ya deux pères pourtan ! Surement que j’auré pas du me laisser prendre par ses salos, je sais bien cest ma faute, mais c’était pas marquer sur leur fron que c’était des salos. On le voit toujours après. Si ils me doneré juste 150 € chacun, et même 100 alé, j’auré pas de problèmes. Et ce seré normal, non ? Je les ai pas pris en traite. Alor ou elle est la justice, hein ? Ou elle est ?

Bon enfin on a pas trouvé de solution avec M. Sauvade. A par qui faut que je relance la vocate, que je fume un peu moins si possible, et que je trouve un emploi a plin tan. Facile, quoi.

Jeudi 31 janvier

Au gymnase ce matin, jai u peur, je nettoyé les vestiaires et tout d’un cou jai entendu taper a la porte. Des grans cous, come cest du fer ça fait du bruit. C’était 7 heures et demi ou 8 heures moins le quart, il faisait nuit encore, on est en hiver. Je savé que c’était pas le gardien, lui il a sa clé, quelquefois il vient quand je suis encore la, il entre tout seul.

Je m’étais bien enfermé heuresment. Dabor jai pas répondu. Et puis ça continuait. Je mai di, suila qui frape a du voir que c’était alumé donc il sait qui ya quelqu’un. Justement quelqu’un a crié :

– Y’a quelqu’un ? 

C’était une voix de femme. De fille, même. Je m’ai aproché un peu.

– Y’a quelqu’un ? Je suis une joueuse du club. J’ai oublié mon sac.

C’est vrai, y’avait un sac, pas un sac de sport, un sac pluto genre d’école, avec des livres et des cahiers dedan. Alor la jai plus u peur, jai ouvert. Mais quand jai ouvert, la fille était si grande que jai re u peur tout dun cou ! C’était une silhouette très haute qui aparaissé dans la nuit. Terible. Pandan une seconde jai cru un homme avec des cheveux jusqu’aux épaules qui alé m’étrangler. Je sais pas pourquoi jai pensé sa. Et puis come elle a parlé tout de suite pour dire bonjour excusémoi et s’espliquer, jai bien compris que c’était pas un homme.

Elle ma di quelle pouvé pas atendre que le gymnase ouvre parce quelle avé besoin de ses affaires a 8 heures pour ses cours. Je pense quelle a 20 ans ça ma étoné quelle soye encore a l’école, peutêtre a l’univercité ou quelque chose come sa. Elle a été prendre son sac et elle ma di merci. 

Avant quelle parte, je mai pas empêché, je lui ai di :

– Keske vous êtes grande !

Sa réponse ma étoné :

– Oui, c’est bien pour le basket, mais c’est pas tous les jours facile à porter.

Sa ma fait réfléchir, moi qui a toujours rêvé d’être plus grande. Cest vrai que tro grande on doit pas être a l’aise, tout le monde qui voit, qui regarde, on est pas pareil que les autres. Petite, on est pas pareil non plus, mais la cest l’inverse, persone nous voi. Et si on nous voi on fait pas sérieu, je sais pas coment dire, on peut pas faire passer ses idées ni ce quon veu. Si j’auré été plus grande, je suis sure on me respecteré mieu. Et puis je me sentiré plus forte. En plus, je seré moins grosse. 

Et si j’avais été plus riche aussi ? Et plus inteligente ? Et plus jolie ? Bon, revien dans la réalité Victoria, pousse ton balai et arête de faire l’imbécile.

(à suivre)

4 commentaires

  1. PY
    Tu m’as rendu cette courageuse Victoria si sympathique que j’ai sauté les nouvelles pas encore lues pour la retrouver. J’attends la 4ème avec impatience. J’espère que tu lui réserves et nous réserve une bonne surprise. Elle le mérite amplement et nous aussi.
    Chapeau pour l’écriture certainement pas si facile que cela à composer !
    Bises. Nicole

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    1. Merci, Nicole, de ce double hommage, à Victoria et à la littérature. Je suis heureux que tu partages mon affection pour cette femme qui a reçu de nombreux coups et qui fait ce qu’elle peut pour s’en sortir. La suite samedi. Et ce ne sera pas fini.

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  2. Beaucoup beaucoup de tendresse pour Victoria. Une force certaine derrière sa vie difficile. Et c’est vrai que les enfants sont un moteur pour ne pas se laisser aller.
    Une propriétaire qui la laisse plusieurs jours sans chauffage en plein hiver, c’est malheureusement et honteusement courant.
    Quelle tristesse.

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