Journal de femme de ménage – 2e épisode : Le Noël de Victoria

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Samedi 22 décembre

Je suis en vacances jusqua mercredi dans quinze jours, et même jeudi pour l’école. Vivement que ça soye passer. J’aime pas cette période. Je déteste Noel. En plus je gagne 50 ou 100 euros de moins a l’école, 50 euros de moins au gymnase, parce que je suis pas titilaire. Et chez Delaunay, je suis pas payé du tout parce que je suis intérime. Les vacances cest que des dépenses, de l’ennui et de la tristesse. Que du boneur… 

Le boneur, cest pas pour toi Victoria. Cest pas pour tout le monde, crois pas ça. Je me souvien, ma tatie des Estables (cest pas ma vraie tatie bien sur) disait que le Bon Dieu il en avait pas créé assez. Pourtan, yen a quen on bocou du boneur, non ?

Je m’apersois que je dis souven « pourtan ». Pourcoi ? Je sais pas. 

Dimanche 23 décembre

Tous les magasins sont ouvert. Ya du monde partout. Keskon fait quand on a pas d’argent ? Et pas d’amis ?

Lundi 24 décembre

La soirée a pas tro mal comencé. Julie était chez sa copine Frédérique, on a décoré la table avec Morgane. Avec une nape et des serviettes en papier, des mandarines, des boujies, et des branches de sapin. On a ajouté des guirlandes au mur et elle a voulu faire un dessin du Jésus dans la crèche, avec le père Noel a coté. Elle ma demandé :

– Maman, il est venu le père Noel, quand le petit Jésu est né ?

– Bien sur, jai di sans réfléchir. 

Elle croi encore au père Noel, c’était pas le momen de lui espliquer. Elle a voulu quon mette son cadeau sous le sapin, enfin a coté, il est tout petit. 

– Cest juste un dessin. Mais il est beau tu va voir.

– Me dis pas ce que sait, sinon j’auré pas la surprise.

– Toute façon, tu devine tout.

– Tu crois que ça devine tout, une maman ?

– Toi tu devine tout.

Je sais pas pourcoi ça ma fait pleurer.

– Pourcoi tu pleure ? Tes encore triste ?

– Non. T’inquiète pas. Au contraire.

Elle est venue serré contre moi, on est restés la un momen, come ça, debou, sans rien faire. Je pleurais. Jai regardé par la fenêtre. Je voyais les lumières pas très loin.

Après jai mi leur deux cadeau.

– Tu les touche pas, hein ? Sinon pas de cadeau.

– Cest lour ?

– Chut. On touche pas, jai di.

– Cest Julie qui a le plus gros ?

– Tu verra tout à l’heure. Cest pas la taille qui conte.

Julie est rentrée a 6 heures come je lui avais obligé. Elle a ramené une boite de chocolat de la par de la maman de son amie, cest genti jai trouvé. Et puis quand elle a vu des cadeaux a coté du sapin elle a été chercher deux petits paquets dans sa chambre, je les avais vu quand jai fait les lits, mais j’avais rien di bien sur. Je lui done 2 € par semaine, je sais pas si cest avec ça quelle les a acheter. Sinon peutêtre son amie Frédérique, jai l’impression quelle a bocou de sous, peutêtre qu’elle lui a doné, elle lui a déja payer des trucs.

On a regardé ensemble l’Âge de glace 3, elles voulait le regarder après le diner, mais 6 heures c’était tro to pour diner. Alor on a regardé l’Âge de glace en buvant l’apéritif :

– Un vrai apéritif ? a di Julie.

– Ben, un coca, quoi. Avec des glaçons.

– Et des cacaouètes !

– Dacor, jen ai acheté

J’avais pas envie de coca, ça me done des gaz, alor jai bu un café. Julie ma di :

– Tu devrais prendre un Martini.

– Tu conais le Martini, toi ? jai di.

– Je sais s’que cest.

– Ten a pas bu au moin ?

Elle a aussé les épaules. Sa ma fait envie du cou son Martini. Mais j’en ai pas. Ya pas d’alcol dans la maison. Vivi ma enguelé une fois pour ça :

– Il faut que tu puisse offrir l’apéritif a quelqu’un qui passe ! Cest pas poli sinon. Au moins une bierre.

Come si j’avé de quoi acheter de l’alcol… Et puis je vois pas qui cest qui paseré boire l’apéritif. 

Un peu avant la faim de l’Âge de glace, jai mi le poulet et les pomes de terre a réchaufer, cest le bon pla que javais acheté pour Noel. 

– Maman, vien vite, tu va louper la faim !

Je la conais la faim, mais je suis revenue pour leur faire plaisir. Jai fait la salade qu’après. 

On a mangé en regardan la 6, c’était maran. Elles ont toute les deux voulu alumé les boujies, tout un cirque, je les ai fâché. Et puis au dessert on a doné les cadeaux, ça leur a rendu le sourire. A Blanzey, dans ma deuxième famille d’acueil, on donait les cadeaux que le lendemin, le dimanche, enfin le jour de Noel. Mais ça fait lon d’atendre pour les petites, alor moi je fais le 24 au soir, je sais ya d’autres familles qui font come ça. 

Julie a été contente d’avoir un nouveau MP3. 

– Maman, il est tro top ! Cest super mamounette, merci. 

– Tu ma espliqué mais jai pas bien compri : cest pas gènan quon a pas d’ordinateur ?

– Tinquiète, je m’arange avec mon portable et puis l’ordi de Frédérique.

Keskon feré sans Frédérique, jai pensé. Peutêtre jai été un peu jalouse en même tan. Entouca Julie ma embrassé en me serran le cou. Jai senti les larmes encore, mais je m’ai di qui falait surtou pas que je me remettre a pleuré. 

Julie nous a mi dans les mains chacune un cadeau. On a ouvert, Morgane et moi. C’était des boucles pour moi, un bracelet pour sa seur :

– Mais je suis tro petite ! elle a di la petite en faisant pendre son bracelet devant elle come un lézare.

Ça nous a fait rire. Moi je trouvais les boucles très jolie, assez grosses, rondes, en plastic noire :

– Ça ira bien avec tes cheveux, a di Julie, et je suis été dacor avec elle.

– Merci ma fille, jai di en lui faisant un bisou

La petite s’est agacée sur le papier du gros cadeau que j’avais pour elle, elle a tout déchiré.

– J’arive pas ! Maman aide moi !

Je lui est ouvert son cadeau, même la boite quelle arivait pas a ouvrir. Cest une grosse boite en bois avec des peintures, plin de crayons, et des sortes de craies, ça s’apel fuzin ils mon di. Je les acheté a Cultura, Vivi m’avait emmené. Morgane aime dessiné, et on a jamai assez de crayons. Alor je mai di que ce seré bien. Jai acheté du papier Canson aussi. Je mai ruiné. Mais la petite est contente elle sait tout de suite mi a dessiner.

– Kes tu va dessiner ? jai demandé.

– C’est une surprise.

– Si tu comencé sur une petite feuille blanche avant d’user une feuille de Canson ? Ça coute cher et yen a pas bocou.

– Non, je veu une grande feuille. C’est mon cadeau.

– Bon. Aplique-toi. Fait quelque chose de beau.

Je crois quelle savait pas encore ce quelle alé dessiné, mais elle parlait plus, elle était concentré, et elle essayait plusieur crayons, dousmen, pour pas les abimé. 

Jai débarassé en raluman une cigarette. Julie était sur le canapé, je sais pas ce quelle fabriquait avec son téléphone et son MP3. Je lai entendu qui sénervait : « Putain si javais un ordi ! ». Jai rien di pour pas gaché l’ambiance. L’ordinateur, cest souven quelle men parle. « Pour internet, elle me di, même toi ça te rendrait service ». Je sais pas, ji coné rien, toute façon je vois pas coment je payeré sa. « Mais ta internet sur ton téléphone mintenan », je lui dis. « Cest pas pareil », elle me di. 

Jai rangé la cuisine et jai fait la vaisselle. Au bou d’un momen, je les ai entendu qui comencé a se chamailler, y’avait une histoire de boujie. 

– Maman, elle m’empêche de faire mon dessin !

– Julie, laisse ta seur tranquille !

– Gna gna gna… Pauvre petit bébé…

– Je suis pas un bébé !

Jai pas fait tro atention, cest Noel je mai di, cest pas grave. Et puis tout d’un cou, ça a crié :

– T’es fole ! Maman, elle a mi le feu !

Je suis vite été voir, j’avais encore mes gans de vaisselle. La table brulait ! La petite s’était poussée, elle avait mi son dessin et sa boite de crayons sur le tapi. La grande faisait rien, elle regardait ! Jai u très peur, mais rien est sorti de ma bouche, je suis vite été dans la cuisine, jai pri le seau pour lavé, je lai rempli d’eau, jai retourné dans le séjour et jai jeté l’eau sur la table. Les filles ont crié, ya des trucs qui sont tombés, y’avait des flames par terre. Alor jai pri le seau et jai tapé sur ce qui brulé, des bous de nape, de serviettes, et les boujies.

– Marche dessu ! je crié a Julie. Marche dessu !

– Je peux pas ! Je vais me brûler ! Faut appeler les pompiers ! 

Elle boujait pas, elle s’est mise a chouiner. Incroyable. Jai pri le journal de la ville et jai tapé partou yavait du feu. Ça fini par s’étindre. 

Je me retrouvé quatre pates par terre, la petite pleurait sur le canapé avec son dessin sur les genoux et sa boite contre elle, on auré di un voyageur qui a peur qu’on lui prène sa valise. Ça senté le brulé, et puis un bore du tapi avait noirci et la pinture de la table gondolé par endrois. Yavait du papier cadeau qui avait brulé aussi et la nape était morte. La grande était debou, elle faisait rien a par pleurniché. Alor je sais pas ce qui ma pri je mai relevé, je l’ai regardé et je lui ai tourné une gifle, come sa, sen dire un mot. Elle a pas di un mot non plus, mais sa joue est devenu rouge tout de suite et elle est parti dans la chambre. 

Je tremblé. J’étais fatigué. Je suis été m’assoir a coté de la petite qui pleurait, elle voulait pas laché sa boite, mais jai di « done je vais la mettre la » et je lai posé par terre a coté de moi. Et jai serrée Morgane contre moi.

– Elle a mi le feu a la nape avec les bougies. Esprès !

– Cest rien, elle voulait pas faire mal.

– Si, elle a fait esprès !

– Elle sait pas rendu conte.

Sa m’embétait pour la table, qui avait une sale tête mintenan. Faudra que je laisse la toile ciré tout le tan, pas le choi. Mais ça fait moche je trouve, dans un salon sale a manger. Ça fait cuisine. Sa va faire come a Blanzey, que la cuisine, la sale a manger et le salon c’était la même chose.

On a regardé les chanteurs a la télé, yen avait deux trois pas mal. Des vieux des jeunes, cest drole dans la musique on dirait que l’age conte pas. Jai pensé a Julie, je voulais pas quelle soye seule, le soir de Noel en plus, elle pouvait faire des bêtises. Jai frapé a la porte et je suis entré. Elle était sur son lit avec son téléphone. 

– Kes tu fais ?

– Tu pourrais attendre que je te dise d’entrer. Pourquoi y’a pas de clé à cette porte ? Je peux jamais être tranquille !

– Di pas de bêtise. On vi ensemble dans le même apartement, on va pas s’enfermer. 

– J’en ai marre de cet appart.

– Je sais, tu voudré avoir ta chambre. Si jai mon plin tan, tu sais que je chercherai avec une chambre de plus.

– Et tu l’auras quand ton plein temps ? Dans dix ans ?

– Dis donc, sois poli. Cest dur tu sais. Tu verra quand tu travailra.

– Je travaillerai pas ici ! Je vais me tirer de cette ville pourrie !

– Tu fera ce que tu voudra quand tu sera grande. 

– Je vais me casser d’ici.

– Oui, ben en atendan t’habite la, alor fais pas la tête et vien au salon.

– Je préfère rester la.

– Di donc, tu manque faire bruler la maison et en plus tu fais la geule ? Tu crois pas que t’exagère ?

– Jai pas fait exprès. Je jouais juste avec la cire des bougies.

– Je tai reproché quelque chose ?

– Tu m’as mis une baffe ! Et pas une petite !

– Tu la mérité. Et jai u peur.

Elle a rien di, la. Elle était alongé sur le lit, a moitié tourné contre le mur, moi assise sur le bore, les deux pieds bien a pla par terre et les mains sur les genoux. Jai regardé la pièce. Le coin de Morgane en face, le petit lit, la chaise, le coin des poupées, le petit bureau, les posters. Et puis autour de moi, le lit plus grand de Julie, son bureau plus grand, ses deux poufs et son coin musique come elle di, ou elle s’assoi avec ses copines quand elles vienne, et puis ses posters de chanteuse et de chanteurs.

– On est pas mal ici…

– Cest pourri… 

Je me suis tournée, jai mis une main sur son bras et je lui ai fait un gros bisous sur la tampe et un autre sur les cheveux. Je m’étais levé, j’étais presque arivé a la porte, quand je lai entendu se lever d’un cou et courir vers mois. Elle ma atrapé, elle ma di :

– Maman, jai eu peur aussi !… Pardon… Pardon !

Elle sait pendue a mon cou, enfin elle est presque aussi grande que moi mintenan, et elle a pleuré contre moi.

– Olala…

Alor moi aussi jai pleuré bien sur et on était la come deux cones a pleurer dans la chambre un soir de Noel… Ça a duré plusieurs minutes je crois. Julie ma redi « pardon, pardon » come si elle me disait pardon pour bocou d’autres chose et elle ma di aussi « Maman je t’aime », ce qui arive presque jamai même si je sais quelle m’aime. Alor jai di « cest rien, cest rien » et puis « je t’aime aussi », et on était la, triste mais en même tan je crois que ça nous a fait du bien de nous serrer et de nous dire qu’on s’aimait. 

Jai fini par retourné dans le séjour, la petite s’était remise sur la table. Et… jen ai pas cru mes yeux, elle avait bien avancé son dessin, et vous savez pas ce quelle dessinait ? Une table de Noel avec des flammes qui sortaient des verres, des assiettes, des cadeaux… 

– Mais ?…

– Cest moi qui a u l’idée…

– Ah bon ? Ya pas quelque chose qui ta fait pensé a sa ?

– Non, jai inventé toute seule.

– T’ira le montrer à Julie, je pense que ça va lui plaire.

– Cest pas encore fini.

Jai ralumé une cigarette et jai rangé la cuisine et le séjour. Julie avait mi de la musique dans la chambre. Un peu plus tar Morgane a été montré son dessin a Julie. Je mai aproché de la porte et, discrètment jai écouté ce quelles disait :

– C’est toi qu’a fait ça toute seule ?

– Oui, Maman ma pas aidé !

– C’est vrai, ça ?

– Cest vrai !

– C’est pas mal. Tu vois, c’était bien que j’allume la nappe, ça t’a donné des idées.

– Cest moi ca u l’idée toute seule !

– Mais oui…

– Je vais l’acrocher.

– Si tu veux.

On a cherché des punaises, jen avais plus, alor on a demandé a Julie si on pouvait prendre deux punaises d’un de ces posters, ça a failli faire des histoires mais elle a bien voulu. La petite était contente. On a trainé encore un peu et on sest coucher.

Mardi 25 décembre 

Vivi, ma cousine, ma apeler à 11 heures. 

– Vous faites quelque chose à midi ?

– Kes tu veu qu’on fasse ?

– Ben c’est Noël.

– Ben oui. 

– Venez manger à la maison. Il nous reste plein de choses. Dany passera vous prendre à 1 heure moins le quart. 

– Ok.

J’avais pas tro envie, mais bon cest ma cousine, cest genti, et puis cest Noel. Et puis ça plaira aux filles. 

Cest vrai que c’était pas mal. Dany et Adrien nous ont fait rire. Adrien a 15 ans, il est pas le fils de Dany, mais ils s’entende bien. Ils sont copins en fait, même si ils ont vint ans de diférence. Je crois que Julie lui plait. Elle elle l’aime bien, mais ça va pas plus loin. Les garçons elle si intéresse pas encore. Ça va l’embéter toute sa vie les garçons, cest pas la peine de se presser. Surtou pas.

On a parlé des cadeaux, bien sur. Et ils nous ont doné un a chacun : une plante pour moi, et dix euros pour Julie, dix euros pour Morgane. Heuresmen j’avais 10 euros que jai doné a Adrien, et puis jai di a Vivi et Dany que je leur ofriré quelque chose le mois prochain. J’avais aporté une boite de crotes en chocolat quon ma doné au boulo, heuresmen. 

Après le déjeuner, on a regardé des photos sur l’ordinateur d’Adrien et puis il a montré un jeu vidéo filles. Après, Dany a emmené Adrien et les filles dehor, je suis resté aidé Vivi a rangé et on a discuté. Elle ma taxé toutes mes cigarettes, mais bon. Un momen elle ma demandé :

– Pourquoi t’as pas de mec ?

– Eh, jai di, tu croi que ça se trouve come ça ?

– Ben oui, je crois. Ils sont affamés, ces cons-là ! Surtout toi avec tes yeux coquins, ta peau lisse et tes gros lolos, tu peux faire ce que tu veux…

– Kes tu raconte ? Mes lolos sont pas si gros et je suis petite. Et quand je suis pas maquillée jai une tête qui fait peur…

– Parce que t’es fatiguée tout le temp. Mais t’a un joli visage. Avec tes cheveux noirs comme de l’encre, on dirait une actrice espagnole, tu sais la belle, là, je sais plus son nom…

– Non mais tu te sen bien ?… Entouca jai pas de mec. Et cest pas ça qui me gêne.

– Ça aide pourtant, tu sais…

– Ça aide si cest un mec bien et quon s’enten bien ! Sinon cest l’enfer, tu veu dire !

– L’enfer à deux ou l’enfer toute seul… A deux au moins on fait crac-crac…

– Oui, ben toute seule, au moin tes pas obligé de faire cracrac…

Ça ma énervé de parler de ça. Je lui ai pas parlé de Frank l’autre jour dans l’entrepo, sinon elle auré été capable de me dire que j’auré du accepté de me laisser violer ! 

On est sorti un momen. Dany et les enfants avait arêté de jouer au foute, ils bricolé je sais pas quoi a coté d’une cloture et d’une sorte de cabane a lapins, sans lapins. Il faisait froi. Le ciel était tout gris, la neige était pas loin.

– Maman, tu crois qui va neiger ? est venu me demandé Morgane en courant quand elle ma vu.

– Pas encore. Il neige plus à Noel mintenan. Quand j’étais petite, a la campagne il y avait toujour de la neige à Noel.

– Moi je suis sure qui va neiger ! 

Et elle est repartie en courant et en levant les bras vers le ciel come si cest elle qui alait faire venir la neige. 

 – Vic, regarde. 

Jai tourné la tête et jai hurlé :

– Aaaahhhhhh ! 

C’était Dany qui tenait un ra par la qeu devant moi. Jai retourné vers la maison, j’avais failli tombé. Ils rié tous come des malades. Et je m’ai mi a rire aussi.

– Tes con tu sais ! je lui ai di.

– Quoi, cest pour ton dîner ! Je vais te l’embaler dans de l’alu.

– Tes dégueulasse.

On a resté encore un peu dehor et on est rentré. Ils on voulu qu’on joue au taro mais moi je compren rien aux cartes et j’aime pas ça.

– Jouez, moi je vais regarder la télé.

– Mais tu peux regarder la télé en jouant.

– Non, j’aime pas les cartes. 

– Maman, moi non plus je joue pas.

Ils ont jouer a quatre, Vivi, Dany, Adrien et Julie. Moi et Morgane on a regardé des photos dans la boite que Vivi avait sorti, des photos quand on était petites ou qu’on était plus jeune. Ça fait drole. On change… 

On est rentré. J’avais tro mangé, je me senté lourde. Et les filles était énervé. Il me tardé que ce soye l’heure de se couché.

Mercredi 26 décembre

Je suis passé au distributeur. Jai retiré que 20 euros. Je suis déja découvert de 120. Jai pas droit a plus de moin 150, ma di M. Sauvade… Ça veu dire qui me reste 30 euros pour finir le mois. Et décembre cest 31 jours. Et je crois que ya l’assurance de la maison qui va être prélevé biento. Je déteste ça les prélèvmemts cest malonête on se fait excroqué, mais jai pas u le choi. Come j’avais fait un chèque en retar l’autre fois, ils mon di cest prélèvmemt ou rien. Je sais pas quand ça va tomber. Ils dise qu’ils envoie un papier avant mais je compren rien a leur papier. Il devré faire encore plus compliqué, et écrire encore plus petit tan qui zy son. 

Jeudi 27 décembre

Toutaleur jai u une surprise. Voir ariver Anne-Marie, la sistante sociale qui s’ocupé de moi quand Julie était petite, et Morgane un bébé. Elle a soné. Elle ma di :

– Victoria, je suis désolée de débarquer comme ça, mais vous avez dû changer de numéro de téléphone depuis 2 ans et je ne l’ai pas trouvé. Alors je me suis permis de passer, je voulais savoir coment vous alliez, vous et les filles.

– Oh !… Cest genti, jai di, cest très genti ! Entrer. Je mi atendais pas, cest pas bien rangé, escusémoi ! 

C’était 4 heures de l’aprèmidi, Julie était pas la. Jai fait entré Anne-Marie. Elle a voulu enlever ses chaussures, jai di non surtou pas. Elle avait aporté des gataux pour le gouter, et puis un bouquet de fleurs. Elle a di :

– On mange trop de chocolats à Noël, vous trouvez pas ? Alors je vous ai apporté des fleurs, en ce momen il n’y en a pas beaucoup. 

Et elle ma tendu un bouquet de fleurs, très gros, alor… alor encore une fois, je m’ai mi a pleurer. Je sais pas pourcoi, ce bouquet de fleurs énorme qu’on me doné, a moi ?… Ça m’arive jamai, cest pas pour moi les fleurs.

– Oh là là… Je retrouve la Victoria que je connais. Émotive, sensible. 

– Jai onte… Excusémoi, Madame.

– Oh, n’ayez pas honte Victoria, c’est une qualité, vous savez, de savoir manifester ses émotions, être naturelle… Et puis vous n’allez pas m’appeler Madame ! Je suis Anne-Marie, comme avant. Même si vous avez fait du chemin.

Anne-Marie s’est mi a genou, elle a embrassé Morgane et elle a di :

– Alors voilà le bébé que jai connu ! Eh bien… Quelle belle fille tu es devenue ! Tu ne te souviens pas de moi, mais moi je me souviens. Quel âge tu as maintenant ? 

– 8 ans et demi.

Et come je restais la come une cone avec mes fleurs en train de les aroser avec mes larmes, elle s’est relevé et elle a di :

– Donnez, je vais vous aider. Est-ce que vous avez des ciseaux ? On va enlever le papier, le lien, et on coupera les tiges s’il le faut.  

Jai di a Morgane qui regarder Anne-Marie come un estra terrestre parce quelle lui avait mis la boite de gataux dans les mains d’alé cherché des siseaux dans sa chambre. Elle y a été en gardan les gataux avec elle.

– Est-ce que vous avez un vase, a demandé Anne-Marie ? 

Je savais plus si jen avais. J’été chamboulé. On a été dans la cuisine. 

– C’est de ma faute. Je vous apporte des fleurs sans vous apporter ce qu’il faut pour les mettre ! C’est bête. 

Jai un po ou ya des branches dans le séjour, mais c’était tro grand, ça auré fait moche. Jai trouvé une grosse carafe qu’on utilisé pas.

– Ça ira très bien, elle a di. 

Morgane a aporté les siseaux, Anne-Marie lui a fait couper le papié, les tiges et tou. La petite me regardait au débu pour savoir si c’était vrai quelle pouvait faire ça. Jai fait signe que oui. 

Quand le bouquet a été instalé, la petite a ouvert les gataux. Des gataux de patissier, elle avait un sourire jusquaus oreilles et ses yeux sorté de sa tête. Y’avait un éclair au chocolat, un milefeuille, une tartelette au fraises, et puis un truc je sais pas coment ça sa pelle. Jai proposé un café a Anne-Marie, elle a préféré un té. J’avais pas de té, que de la tisane, elle ma di que sa irait très bien. 

Jai di :

– Je vais apeler Julie. 

– Oh, ça me ferait très plaisir de la voir, c’est certain. Mais ne la dérangez pas. Elle est chez des amis ?

– Oui, chez sa copine Frédérique. Je vais canmême lui mettre un texto.

– D’accord.

Et pandan ce tan, elle a demander a Morgane si elle voulait bien lui faire visité sa chambre. Jai vite envoyé mon texto : « Il fo que tu rentre de suite. Ta sistante sociale ki ta conu petite é la. L veu te voir ». Jai mis l’eau a chaufer. Julie a répondu : « Ki sé sa ? J sui ché Fred ». Jai répondu : « Discut pas. Dépech toi ».  

Jai préparé les tasses et jai mi les gataux sur une assiette. On sest mi autour de la table. Y’avait les brulures de l’incendi, j’avais pas mi la nape cirée.

– Escusémoi, cest Julie l’autre soir avec les boujies, elle a failli tout faire bruler…

– Eh bien, au moins on voit que vous avez fêté Noël !

Anne-Marie souriait. J’étais génée, elle est tro gentille cette femme. Jai servi sa tisane, je sais pas si jai fait comifo. Elle a pri juste une moitié de milefeuille, et moi jai pri l’autre moitié. Ça me faisait plaisir quelle met pas oublié après toute ses années, mais en même tan ça me rapelé plin de momens durs. Elle ma posé des questions, et puis par momen elle disait plus rien. Jai bien failli me remettre a pleurer quand on a parler du foyer. 

– Vous avez connu des moments difficiles, Victoria. La vie n’est pas facile…

– Oh non ! jai di.

Et come j’alé comencé a pleuré, elle a pri mes mains et elle les a serré dans les siennes.

– Mais vous avancez, vous faites face. Regardez, vous avez deux filles, vous arrivez à prendre soin d’elles, vous avez un appartement, un travail… C’est déjà beaucoup, vous savez. Je suis fière de ce que vous avez fait. 

Jai fermé mes yeux, mais ya canmême deux larmes qui sont échapé. La petite avait été sur le canapé quand elle avait fini son éclair au chocolat. Elle regardait la télé mais en même tan elle écoutait keskon disait. 

Anne-Marie ma posé des questions sur mon travail, sur l’école, sur plin de choses. C’était pas pour me juger, je voyais bien. Mais c’était pas clair dans ma tête, ça alé tro vite, j’avais pas préparé ça. J’avais envie de fumer une cigarette, jai pas osé. 

Julie ai arivé, j’avais oublié. Elle avait sa tête des mauvais jours, elle était pas contente.

– Ah, voilà Julie ! a di Anne-Marie en se levant. 

Et elle a été vers elle et elle lui a di :

– Julie, tu ne te rappelles pas de moi, mais est-ce que tu te rappelles de votre petite maison à Grêlon ? Et de tes années à la maternelle ? Ta sœur était toute petite…

– Oui, a di Julie, et la elle sait mi à sourire.

– Eh bien à ce moment-là je venais de temps en temps vous voir à la maison, ta mère venait me voir à mon bureau, je l’aidais dans ses papiers, pour les sous, tout ça. Et je me rappelle bien de toi. Tu étais adorable. Toujours à regarder autour de toi comme si tu voulais tout comprendre. Et avec le même sourire coquin que ta maman.

Julie sest mise a rire, elle avait plus du tout la même tête que 2 minutes avan. Et puis elle est venue mangé son gatau et boire un coca que je suis été lui chercher dans la cuisine, jen ai profité pour alumé une cigarette. Anne-Marie arêté pas de lui parler et Julie parlait aussi, cest rare quelle parle come ça. 

– Vous avez des photos, Victoria ?

Jai un classeur, je les mes dedan, dans des pochettes transparante ou je les cole sur des feuilles. Cest pas très bien rangé. Et puis yen a dans une vieille envelope. Julie a été un peu dans sa chambre, on a débarassé la table et Anne-Marie ma fait assoir a coté d’elle et elle ma demandé de lui espliquer les photos. Assez vite les deux filles sont venu de l’autre côté de la table et on a passé lontan a regarder et a discuter autour des photos. Jai pleuré encore.

Anne-Marie est partie vers 6 heures. J’étais telmen crevé que jai di aux filles que j’alé malonger 5 minutes. Je suis été me coucher sur mon lit et je mai endormi d’un cou. Boum ! Cest Morgane qui ma réveillé a 7 heures et demi. Je savé plus ou j’étais. J’avais un peu envie de vomir, je suis été aux toilettes. Cest pas venu. Le soir bien sur jai pas arivé a m’endormir avant 2 heures du matin.

Vendredi 28 décembre

Ya une femme et son mari ils ont tué leur enfant. Il lon di à la télé. Cest pas la première fois qu’on enten un truc come ça. Mais la en plus, ils ont caché le cor. On sais même pas ou il est ! Y’avait un psicolog qui espliquait pourcoi on pouvait en arivé la. Je vois pas ce qui ya a comprendre. Si on tu son enfant, on doit mourir. Et si on l’abandone, pareil. On peut pas escuser ça, cest pas possible.

Samedi 29 décembre

Ils comence a m’énerver avec leur révayon ! « Et kestu fais pour le révayon ? Et ta prévu quoi pour le révayon ? » Oh ! Stop. Jai rien prévu du tout pour le révayon. Keske ça peut me faire quon soit biento le 31 décembre ? Come si javais le tan de penser a ça et de l’argent a dépenser pour ses coneries ! Des repas a 80 euros par persone ! Non mais keske ça veut dire ? Moi, hier, il a falu que je demande à Morgane quelle me prête ses 10 euros que Vivi lui a doner a Noel pour acheter a manger… Elle a pleuré, mais j’avais pas le choi. La paye est tombée aujourdui heuresmen, mais elle est pas grosse et je pouré pas alé a la fin du mois sans découvert. Alor qu’on m’embête pas avec le révayon !

Et puis ces bisous et ces bone anée alor que tout le monde sans fou, cest que des ipocrites. Je peu pas suporter sa.  

Dimanche 30 décembre

Qui on est des fois je me dis, hein ? Keskon fait la, sur la terre, a vivre moin bien que les animaux ? A quoi ça sert tout ça ? Cest con, quand on y pense. Je sais pas le dire… ça m’énerve. Cest pas juste, de vivre. Cest tro dur. Apar pour certins. Pour ceux qui ont de la chance, la chance d’avoir de la chance.

Lundi 31 décembre

Tan de chiote. Moral de chiote. Normal, je lave les chiote. Les filles sont insuportables. Jai mal au ventre. La nouriture que jai acheté samedi est déja presque toute finie. Je tiendré jamai jusqua la fin du mois. L’image de la télé est mauvaise. Le conar du premier a mis la musique plin bal. Encore un enfant qui a été tué. 

Mardi 1er janvier

Bonne anée ? Sa peu pas être pire que celle qui sachève. Quoique.

(épisodes 3 et 4 les 19 et 26 janvier)

3 commentaires

  1. Moi j’ai surtout pleuré, c’est émouvant. Mais il y a des passages drôles aussi comme ce dialogue entre les deux cousines
    « à deux, au moins on peut faire crac-crac.
    – oui ben justement, toute seule on n’est pas obligé de faire crac-crac ».
    Enfin Victoria écrit ça mieux que moi mais c’est l’idée.
    Quelle plongée en tout cas dans le monde de cette si courageuse femme de ménage. Merci,

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