Journal de femme de ménage – 1er épisode : Je mai levé a 5 heures

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Jeudi 6 décembre

Je mai levé a 5 heures. Come tous les jeudi. Je me plin pas, avant, quand je travaillé au service des sports, c’était 5 heures tous les jours, parce que je prené a 6 heures et demie. Jai mi mon réveil. Défois j’oubli, ou je le règle mal. Ou je l’enten pas. Je pouré me réveiller un quart d’heure plus tar, mais j’aime pas être pressée le matin. Il me faut du tan. 

Je suis été dans la sale de bain pour prendre ma douche. Cest dur mais ça fait du bien. En peignoir, après, je suis été a la cuisine. Je fais atention a pas réveiller Julie et Morgane. Les hamsters eux y sont déja réveillé depuis lontan. Je croi qui dorme pas. Je les enten toute la nuit.

Jai fait chaufé mon café. Je pren une banane. Yen a plus, faut que jen rachète. Mêmes des pins surgelés. Et des mandarines. La paye va vite passer. Heuresmen jai fait tout les cadaux de Noel. Morgane samedi ma fait rire quand elle ma di « Maman, tu peu me doner des sous pour que je t’achète un cadeau ? ». Cest pas souven que je ri.

Je suis partie de la maison après avoir sorti les bols et des céréales et décongeler deux pins aux pépites. Jai entendu Morgane bouger mais elle va se rendormir. Jai fermé la porte. Dehor il faisait nuit. Jai u droit aux remarques des gas de la voirie, ils m’on repéré mintenan. « Tu viens faire l’amour ? » « Un petit cou dans le camion ? ». Je fais plus atention. Au débu je leur répondé pas. Mintenan jai pas peur. Ils doive réveiller tout le quartier. Ils sont con, ou alor en manque : je suis même pas jolie.

A la cantine a midi, la Pat ma renversé un verre dans le cou, mais tu va voir demin cest elle qui va prendre ! Jai croisé Mme Bard, elle m’atrape toujour par la taille cest bizare. Heuresmen elle était pas la quand jai fait son burau, je préfère. Jai pas oublié la poussière sur les biblos en verre, sinon jai droi a une remarque. Mais le chef ma di l’autre jour qu’il avait jamai vu des bureaux aussi bien fait. Alor ça va.

Samedi 8 décembre

Vivi est resté toute la matinée, encore. Ça comence a m’énervé, je suis plus chez moi. Elle se croi ou ? Cest pas parce qu’on est cousine qui faut se croire tout permi ! J’aime pas quand elle fait ses réflexions. Come quoi je devré faire si ou sa. Je lui di quelque chose sur sa façon, moi ? Et puis toujours elle se plin. Elle a ses 35 heures, elle pourtan, et puis elle a Dany.

Les filles ont pas tro crié, jai pas a me plindre. Julie a bien embété un peu sa petite seur, mais pas plus que dabitude. On a pu faire la machine. Le samedi, elles ont pas école, et moi non plus. Ça me fatigue. 

Ce soir cest triste. Cest pas plus triste que dabitude mais je le sens plus. Vivement qui mette les lumières. Cest triste pourtan Noel quand on est seul. Mais je croi que cest moins triste avec les lumières. Au moins ça plait aux filles, et puis les vitrines. On ira aux chalets, Chantal ma di qu’ils alé les remettre. Enfin cest pas encore.  

Faut que j’aye me coucher, sinon je vais encore m’endormir devan la télé. Faudré que je la mette dans ma chambre, ce seré plus simple. Mais les filles voudront jamai. Ou que jen achète une deuxième. Ben faut pas rêver. Tu veu pas un homme cinéma aussi, tan que ty est, Victoria ?

Jai pris mon Lysanxia et dodo.

Dimanche 9 décembre

Cest dimanche. Souven le dimanche je sore pas. L’aprèmidi Julie va aux Ferrières faire du vélo avec ses copines. Avec Morgane, on reste la. Cest pas gai mais keskon peu faire ? Si j’avais mon permi… Si jai un CDI, je le passe. Après, a nous la liberté. Tu va voir les ouiken… La mer la montagne. Jai vu la mer une fois. Ya lontan, avec José, suila qui me tapait, on avait été a Saint-Jandeluse. C’était beau. Je me sentais petite. Je suis pas grande, mais la… 

Bon je vais regardé la télé avec Morgane. On s’ocupera des hamsters après. 

Lundi 10 décembre 

Jen ai mare de tout. Je les emmerde tous. Keski croye ? Que je vais me mettre a genou ? Y peuve courir ! Pluto crever. Si je me retenais pas, je diré au revoir a tout ça, ça trainré pas, y verré bien après… 

Jai pleuré. Jai a peine u le tan de rentrer chez moi. J’avais trouvé la lettre dans la boite. La vocate. Ce gros con, il done toujour pas un ron. Cest sa fille, pourtan, non ? Ah, il était pas fier a moitié quand il la vu ! Je me rapel. Et quand on sest quité, hein ? A quoi il ressemblait, hein ? A rien il ressemblait. A ma serpillère, il ressemblait a une serpillère. 

Cest pas que pour ça que jai pleuré. Ça cest mal passé a la cantine ce matin. Jai u une réflexion, et puis on sest frité avec Térèse. Et puis ce conar de voisin qui a osé me faire une remarque. Lui qui emmerde tout l’imeuble ! I parait que je le réveille les matins en décendant ! Faut que je fasse quoi ? Que je marche sur les mains ? Et qui cest qui fou la chaine a fon le soir ? Hein ?

J’étais contente, enfin presque, de partir a mon deusième boulo a 6 heures, enfin 18 heures. Jaqueline était encore la quand je suis arivée, je préfère, elle voi que je suis bien a l’heure. Je me méfie, elle est pas franche. Je suis été me changer après qu’on sest di bonjour, rien de plus. Je peu être con moi aussi si je veu. Frank était pas dans l’entrepo. Je savais pas si le patron alé repasser, je sais jamai. 

Jai pas arêté de fumer. Je vais dépasser le paquet aujourdui. Cest pas le cancer qui me gêne – ça m’arangeré bien de plus vivre – cest que je vais encore être découvert. Enfin plus que découvert justement. M. Sauvade ma di qui falait faire atention. Ils pouré m’interdire le bancaire. Jai pas bien compri que sa voulait dire, mais si jai plus de banque coment je vais faire ? Tou liquide ? Cest possible, ça ?

Jen ai mare de toutes ces questions. J’aimeré bien pas pensé. Jai pas un gros cerveau pourtan. Je suis pas bien inteligente. Alor coment ça se fait que je pense tout le tan ? Cest fatigant, je suis fatiguée.

Mercredi 12 décembre

Jai sorti le petit sapin en plastic de son sac. Et la guirlande. On la décoré avec des boules de coton et des bous de ruban doré. On voit presque plus les branches…

Jeudi 13 décembre

Jai un peu la trouille dans ce gymnase. Bon, le gardien habite la petite maison odessu, mais quand j’arive a 6 heures et demi, il est encore dans son lit. Ou dans sa cuisine, je vois la lumière alumé, cest peutêtre sa femme. Je comence toujour par les vestiaires, cest surtou la qui faut nettoyer et puis je peu m’enfuir si jamai ya un problème, toute façon je m’enferme, le gardien le sé, je lui ai di il a ses clés. 

Je vien la 3 heures le jeudi matin, cest to mais cest avant que les écoles arive. Le jeudi cest après les entrainments du mercredi et avant les matchs du samedi. Cest la mairie qui ma proposé ça, jai di oui, ca complète mon travail a la cantine tous les jours, et je montre que je suis pas fainiante et volontaire pour travailler. Mon rêve cest un plin tan bien sur, titulère. Faut pas rêver. En atendan je fais ça, et deux heures le soir chez Delaunay, rien a voir avec la mairie.

Les vestaires, l’odeur, incroyable ! Pourtan cest pas du rugbi cest du basket, mais alor pire. Et puis bien sur les papiers de trucs a mangé, des savons, des chanpoins, des sacs, et des fringues. Incroyable toute ses fringues qui reste, on diré que sa les gene pas de les laissé, ils ont de l’argent en tro ou quoi ? Les chaussettes, fo voir tout ce que je trouve, yen a ils doive repartir avec une seule sans s’apercevoir. Et les douches, bonjour. Et les filles sont pas les plus propres, pas du tout. Je les félicite pas. Sur quelles feré pas sa chez elle ! Bon enfin je me plin pas, si c’était pas sale ils auré pas besoin de moi. 

Vendredi 14 décembre

Morgane est malade. Il manquait plus que ça. 

Samedi 15 décembre

Je mai passé la main sur le minou. Cest dou. Je lai rasé, un peu. Mintenan je me caresse les tétous. Ça me calmait, avan. Mintenan ça me fait plus rien. Cest mort. Ça fait combien de tan ? Six ans je crois. Je sais pas pourcoi. Enfin si je sais, je sais très bien. Ce que je sais pas, cest pourcoi ça m’empêche de dire oui a ceux qui son gentis. Parce que en fait ils sont pas gentis ? Cest ce que me diré Vivi, sur. Oui, mais elle, cest facile, elle a Dany. 

Moi, qui jai ? Hein ? Jen voudré bien, un homme. Enfin par momen, pas toujour. Je sais pas. Non, je suis bien come ça. De toute façon jai jamai rien compri. Si cest ça le plaisir… Le boneur… Minsalor !

On a regardé Patrik Sébastien. Ya des numéros, ils sont vraimen tro fort. Et puis jai revu des chanteurs que j’aime. Et cellela qui chantait Dalida, c’était beau… Jai pas conu Dalida, mais ma mère adoptive l’écoutait. Et elle chantait. C’était bien la seule fois que je la voyais avec un visage un peu gai. Parolé, parolé, je me rapel. Je croyais que ça avait avoir avec le lait, le lait qu’on boi. Keske j’étais bête… Enfin je suis toujour, rêve pas, Victoria, rêve pas. Pète pas plus haut que ton derrière.

Je trouve pas le someil. Dabitude, je le trouve, mais je le père vite. Ça se père le someil, et oui. Jai des insomnies. La, si je mendore pas, j’auré pas d’insomnies au moin.

J’enten les filles derrière la cloison. Je sais pas ce quelles raconte. Le samedi je veu bien. En semaine aussi dailleur. Ça me fait penser quand j’étais petite. Keske j’auré aimé, moi, avoir une seur avec qui parlé le soir… Florian, mon frère, il était plus grand, et puis on a pas toujour été ensemble. Et puis il parlait pas. Sauf pour me ouspiller. Alor je parlé a mon ours. Il répondait jamai et quelquefoi je le secouais : « mais dimoi quelque chose ! ». Je lui criais dessu, je le tapé aussi, quand j’étais en colère. Après j’étais triste, je consolais mon ours, je l’embrassais partou et cest moi qui pleuré.

J’aimais tro ses yeux. J’étais sure qu’il été vivant. Il me regardé tout le tan, ça me faisait du bien. 

Quand je pense que mon prénom cest Victoria. La victoire ! Quelle blague… Un échec total. Total. Keske jai réussi, hein, a par les filles ? Et les filles, cest peutêtre un peu to pour dire que cest réussi. Si leur arive maleur un jour, alor la… Onte à moi. Je respireré quand elles auront un boulo et un homme. Enfin un boulo surtou. 

Dimanche 16 décembre

Le dimanche cest triste. Mais alor la… Come y parait que les magasins été ouverts, on y a été cette aprem. Les filles été contentes, même si on a rien acheté. Enfin juste des bonbons. 

Y’avait tro de monde. J’aime pas la foule. Ça m’empêche de respirer. Eske je vieilli ? Je suis pas vieille pourtan. Je croi que ce qui ma rendu triste cest de voir les gens. Ils ont de l’argent, ils achète plin de trucs, ils rencontre des amis. Ils pense a la fête qui vont faire. Cest tro dur. Moi jai pas ça. Jai pas d’amis. Jai pas d’argent. Je fais pas de fête. Noel, cest dur. 

Devant une vitrine tout a l’heure, avec des personages qui bougé, je mai mi a pleurer. Je boujais pas pour que les filles me voye pas, je les tenais par la main, jai du serrer tro fort, Morgane ma di dun cou : « Eh, tu fais mal ! ». Jai laché sa main. Jai pas bougé la tête. Cest Julie qui sait tourné vers moi et elle ma vu. Elle a crié : « Maman ! ». La petite ma regardé aussi, moi je boujais toujour pas. Mes larmes coulait et je regardé les personages sur la neige et dans la forêt dans la vitrine. Je les ai juste senti se serrer contre moi et jai passé les bras autour d’elles et je les ai serré moi aussi. Je pouvé plus m’arêter, ça a du se voir, j’avais onte. Un momen c’était bizare jai senti quelqu’un qui me serrait l’épaule, pas lontan, deux secondes peutêtre jai pas osé me retourner. 

– Maman, keske ta ? criait la petite ! Maman, je veu pas que tu pleure !

– Cest rien, je disais. Cest Noel. Cest les mots sion. 

La, Julie elle a fait quelque chose qui ma étoné. Elle a pri dans mon sac un klinex, elle la un peu déplié, et elle la passé sur mes joues. Pour me sécher les larmes. 

– Tes gentille, je lui ai di. Vous êtes gentilles. Jai des filles très gentilles. Jai de la chance d’être leur maman. 

Je pleurais, quelle gourde, j’arivais pas a décoler de cette vitrine. J’avais l’impression que toute la galerie me regardait et que si je me retournais je mouriré de onte. En fait quand je mai retourné il s’est rien passer. 

– Jai besoin d’air. Faut qu’on sorte. 

– On va boire un chocolat ?

– A la maison.

– A la maison, à la maison, toujours à la maison, y’en a marre !

– Ta des sous, peutêtre ? Tu veux qu’on est plus rien à mangé a la fin du moi ?

– Mais comment ils font les autres ? Eux, là !? Tous ces gens !?

– Julie arête ! Tu va prendre une gifle.

Elles étaient trois, on voyait que c’était la mère et les filles. Ce qui frappait, c’était leur démarche. Elles se traînaient. Comme si elles avaient du mal à lever les pieds du sol. Elles ne semblaient pas savoir où elles allaient. La mère avait un jean, des baskets et une doudoune. La plus grande des filles un pantalon slim et une sorte de parka trop petite pour elle, la plus jeune avait un anorak qui lui arrivait aux pieds, pieds qui étaient chaussés… de sandales. Ce qui frappait aussi, c’est qu’elles ne portaient rien. Tout le monde avait des paquets ce jour-là. Elles, elles n’avaient rien. La mère avait juste un gros sac à main en skaï et une cigarette.

Lundi 17 décembre

Jai la aine. A cause de l’autre grosse vache. La Malone. Y’avait un poste a la conciergerie et elle me la pas doné. Quand jai demandé a Fabrice pourcoi je lai pas u, il ma di que j’étais pas priotaire. Ça ma énervé, je mai mi a crier, je reconais, cest pas bien, mais ça ma fait mal. Y parait que yen a qui aten depui plus lontan que moi. Sa cest sur, yen a qui son très for pour faire des dossier et se mettre en haut de la pile. Jai pas la tête qui faut, cest ça ? Et les enfants, ils en tienne pas conte ? Moi je me lève a 6 heures, 5 heures le jeudi, et j’élève deux filles toutes seules. Les pères ils existe pas, ils ont jamai doné un centime pour leur filles. Pas un centime. Et les parents ? Jai des parents qui m’aide, peutêtre ? Eux non plus, jamai ils mon doné un centime. Ni a moi ni a mes enfants. On pouré pas le conter sa, dans les priorités ?

Cest dégeulasse. Tu me dira, la Malone, elle a embauché ses deux fils a la mairie. Pas un, deux ! Ils se serve, ils s’instale. Enfin je vois pas pourcoi je m’agasse, cest toujour come ça. Heuresmen que jai le Lysanxia pour me calmé, quand je l’avé pas l’horeur.

Mardi 18 décembre

Jai bien cru que je passé a la casrole. Il m’a coincé, ce soir. Frank, le magasinié de chez Delaunay. Cest pas souven que je dois alé dans l’entrepo, jai pas a laver les raillonages ni les couloirs entre les raillonages. Mais ya des produits pour moi qui sont laba, et cest laba que je dois alé les prendre. Cest con, mais cest come ça. Alor ji suis été, parce que ce soir j’avais plus de Javel. Cest tout au bou. Jai alumé les néons, et jai avancé. Cest imense, ça résoné et y’avait des ombres qui me faisé peur. 

Je lai pas entendu venir, je croyais qu’il était parti. Il est arivé parderrière, il avait du faire esprès de pas faire de bruit. Je lai pas entendu, il ma fait peur ce con. Il a di :

– T’a pas peur, là, toute seule ?

Jai sursoté. Je mai retournée, il était juste derrière. Il est grand, et moi je suis petite. 

– Tu ma fait peur, jai di.

Il a u un sourire, très mauvais. Il était content de m’avoir fait peur, ce salo. Il bougé pas, il me colé, et il disait rien.

– Kes tu veux ? jai fini par dire.

– Eh, je viens te dire bonjour, voir si tout va bien, et cest come ça que tu me traite ?

– Bon, ben tout va bien, merci, mintenan laisse moi bosser. 

Jai pri mes produits, et jai voulu retrourné dans les bureaux. Mais il me bloqué le passage. On était au bou de l’entrepo, a l’angle d’un rayon et de l’alée du fond, y’avait les néons qui éclairé mal et qui grésillé et qui craquait.

– Laisse moi passer.

– On peut bien discuté 5 minutes, non ? Ya plus que nous deux toute façon. Pourcoi on se gênerait… 

Je comencé avoir peur pour de bon. Je me suis di que si me faisait ma fête, je pouré crier tan que je voudrai persone entendré. 

– Je veu pas discuter avec toi. 

– Cest pas gentil, ça. Pourcoi je serai gentil avec toi, alors ?

– Je veu pas discuter avec toi mintenan, je travail. Et je veu pas me faire virer.

– Si t’es gentille avec moi, tu te fera pas virer.

– Eh ben je te demande jentimen de me laissé faire mon travail.

– Et on discutera après ton travail ?

– Après mon travail je peu pas. Jai mes filles. 

– Faut qu’on trouve une solution Victoria, sinon ça va pas le faire.

– Laisse moi. 

– Je te laisse si tu me donne un rendez-vous. Tu viens boire un verre à la maison.

– Pas question ! Je sai se que ta derrière la tête.

– Eh alors ? T’y pense jamai toi, a l’amour ? Tu me plais, tu sais.

– Dis pas de bêtise. Je suis pas belle. 

– T’es pas belle parce que tu t’habille come un sac à patates, mais toute nue je suis sûr que t’es belle.

– Arête tes coneries, je vais pas me mettre toute nue devant toi !

– Tu sera pas obligée de te mettre toute nue. On boit juste un verre et on discute.

– Non.

– Alors tu passe pas. 

Il me bloqué.

– Bon… On boit un café, mais dans un bar et avant le boulo, pas après. 

– Et si je peux pas, avant ?

– Débrouille toi. Je suis déja gentille de te dire sa.

Jai avancé et la il ma laissé passer. Il va m’embété avec ce café dans un bar mintenan, mais j’avais pas le choi. Faut que j’achète une lacrimo. Que jai toujour dans ma poche. Cest tro dangereu sinon. 

Mercredi 19 décembre

Il pleut. Il pleut toujour le mercredi. Peutêtre pour pas qu’on sorte. Je sais pas ce qu’on va faire cette aprem. Jai une machine a faire, ça cest sur, et du repassage. Pour changer… On ira peutêtre a Lidel aussi.

Morgane a sa copine Marjorie qui la inviter. Mais je suis pas dacor. Je conais pas la mère. Et cette fille, je la sen pas. Elle est fausse. Morgane a fait un caprisse mais jai pas sédé, jai di qui falait que le maman demande mon autorisassion. Elle ma répondu :

– Mais Julie elle va ou elle veu !

– Non, jai di, Julie va pas ou elle veu. Juste elle a 12 ans, elle peu sortir plus que toi, cest normal tu crois pas ?

– Non, je crois pas. 12 ans et 8 ans cest pareil. Je suis plus sage que Julie.

Jai essayé lui espliqué ca 8 ans on fait pas ce qu’on veut. Elle ma di que j’etais mechante. Je voulé l’envoyer dans sa chambre mais sa chambre cest aussi celle de sa seur, qui était la. J’aimeré bien avoir une pièce de plus, quelles ai chacune leur chambre. Et puis que la cuisine soye plus grande, et la sale de bains moins pouri. Et puis un jardin, et puis une chambre d’amis, et puis un grand salon… Rêve Victoria, rêve…

Jeudi 20 décembre

Jai apelé la police. A cause du voisin du premier. Quand ils sont arivés, il avait arêté. Ils sont été chez lui, jai entendu dans la cage, mais après ils sont montés ici. Mintenan le voisin va me tuer. Mais keski faut faire ? Je peu pas me laisser pourir la vie tout le tan. Faut bien qu’on dorme, canmême !

Cest pas Bruno qu’est venu, domage, a lui j’auré pu lui espliqué. Il ma conu quand ça alé pas, pas du tout. Il ma ramassé, on peut le dire. La, les flics été pas méchant mais pas genti non plus. Je leur est di que si faisé pas peur au ga avec une amande ou en l’embarcan au commissaria ça alé recomencer, sur. Je sais bien que cest pas granchose et que ya plus grave qu’un mec qui met la musik tro fort, mais on peut pas atendre des morts pour prévenir la police, si ? Cest dans des cas come sa qu’un homme me manque. Si javais un homme costo avec moi, il se calmeré vite fait le conar du dessou. 

Les flics sont partis au bou de dix minutes, ils ont pas voulu de café. Morgane s’était réveillé bien sur, elle a pleuré. Julie a pas voulu sortir de sa chambre. Jai remarqué elle comence a pas avoir envie de se montré. Cest l’age. Je crois qu’on di pudic, elle est pudic ma fille. Je compren, j’étais come elle. Cest quelle devient belle. Il faudra faire atention. La beauté, ça atire, surtou les cons et les salos. A moins qui soye tous come ça. 

Coment je vais m’endormir mintenan ? Même avec le Lysanxia, pas sur que ça marche. Ça va encore être galère, demin.

(à suivre)

15 commentaires

  1. J’avoue avoir eu moi aussi avec difficultés à lire ce récit qui hélas reflète bien je pense la vie d’une partie des gens !
    C’est très triste….
    Passez quand même une bonne fin d’année.
    Bien cordialement.
    Daniel Beylie

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