Histoire du XXIe siècle – Deuxième partie (2025-2049), chapitre 3 : Les éléments déchaînés. Sous-chapitre A : Vents fous, feux dantesques et pluies diluviennes

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Jusqu’en 2024, la catastrophe naturelle ayant provoqué le plus de victimes fut, et de loin, le tsunami du 26 décembre 2004 en Asie du Sud-Est, qui tua 230 000 personnes dans une dizaine de pays, dont 170 000 en Indonésie. Cet événement hors normes – la vague atteignait 30 mètres de haut quand elle toucha les côtes – n’avait jamais été anticipé, même par les meilleurs spécialistes, comme ceux de l’Observatoire de la Terre à Singapour, situé dans la région concernée.

6 ans et demi plus tard, le tremblement de terre au large de Tôhoku au Japon, le 11 mars 2011, causé par le glissement d’une plaque tectonique sous une autre (subduction), d’une magnitude de 9,1 sur l’échelle de Richter (quasiment le maximum), causa peu de dégâts en raison de la qualité des constructions antisismiques japonaises, mais déclencha lui aussi un tsunami dont la vague déborda toutes les digues et pénétra à l’intérieur des terres sur une distance de 10 kilomètres environ, sur une longueur de côtes de 600 km. Des petites villes furent entièrement détruites, 18 000 personnes périrent. Quand la vague atteignit la centrale nucléaire de Fukushima, elle mesurait encore 15 mètres : elle mit hors service le système de refroidissement, ce qui entraîna la fusion des réacteurs 1, 2 et 3. Il fallut dix ans pour sécuriser totalement la centrale et un demi-siècle pour la démanteler, mais personne ne mourut en raison de radiations, ni les ouvriers travaillant sur le site, ni la population locale ; cette remarquable performance était à mettre au crédit de l’industrie nucléaire, mais c’est l’inverse qui fut perçu par les opinions publiques des années 2010-2020, très influencées il est vrai par les bêtises idéologiques de l’époque. Heureusement, dès la 3e décennie du XXIe siècle, on s’aperçut du remarquable rapport avantages-inconvénients de l’atome civil et on multiplia la construction de centrales, indispensables en attendant l’avènement des énergies vertes.

L’activité humaine n’était pour rien dans les deux événements géophysiques que je viens de citer. Ceux dont je vais parler maintenant sont eux, tous, le résultat des excès de l’humanité ; et leurs conséquences furent d’une toute autre ampleur.

Il est difficile de choisir l’ordre dans lequel présenter les cataclysmes qui frappèrent les terriens au cours de ces 25 années (et des 25 suivantes encore), car ils sont tous liés les uns aux autres. Le miracle de la vie sur une planète (une seule planète sur des milliards, du moins jusqu’à preuve du contraire) tenait à une alchimie unique, produit de milliards d’années d’évolution astrophysique. Or, cette combinaison exceptionnelle de facteurs, pourtant solide, ne put résister aux émanations des humains dès lors qu’ils furent plus d’un milliard et qu’ils se mirent à produire, à construire et à se déplacer en masse. Terrible paradoxe : en se développant, l’homme concourait à sa perte. Il est là le drame de la surpopulation : dans cette incapacité de la terre à rester vivable dès lors qu’elle est peuplée par des habitants qui prolifèrent et donc en utilisent de nombreuses ressources.

Une question tout de suite se pose : y avait-il d’autres solutions ? Je veux dire : quand les premières personnes lucides ont commencé à prendre conscience de l’impasse dans laquelle nous étions engagés (Rapport Meadows sur Les limites de la croissance et Premier Sommet de la Terre en 1972), était-il déjà trop tard, démographiquement, économiquement, industriellement ? Pouvait-on limiter le nombre de bébés, restreindre la consommation, arrêter d’utiliser les énergies fossiles ? Cela aurait sans doute été très difficile : d’une part parce que les gens ont faim et qu’il faut les nourrir trois fois par jour, d’autre part parce qu’on pouvait toujours penser à la fin du XXe siècle que le problème n’était pas si grave et qu’on pourrait le résoudre. 

On a pourtant, assez vite, commencé à réfléchir et même à agir : développement des énergies alternatives, meilleure isolation des bâtiments, normes imposées aux constructeurs automobiles pour limiter les rejets, tri des déchets… Mais avec une telle augmentation de la population – + 245 000 personnes par jour, de 2,5 milliards en 1950 à 8,5 milliards en 2030 –, il était sans doute impossible d’infléchir le cours des choses, c’est-à-dire les activités humaines et les conséquences pour la terre et l’atmosphère (ce n’est pas pour rien que certains font remonter le début de l’anthropocène au tout début de la révolution industrielle, au début du XIXe siècle).  

Une autre question, plus vertigineuse encore, mérite d’être posée ici, même si j’en reparlerai à la fin de mon livre, quand toute l’histoire du XXIe siècle sera écrite : était-ce un problème que le climat se déchaîne et supprime 20 % de la population de la terre ? N’était-ce pas finalement un rééquilibrage logique et acceptable ? La réponse dépend de considérations personnelles sur la plus ou moins grande importance que l’on accorde à la vie humaine, et sur la plus ou moins grande importance que l’on accorde aux déterminismes historiques.

Pour nourrir les argumentations de celles et ceux qui le souhaitent, je vais tenter de relater maintenant les événements marquants provoqués par le dérèglement climatique, en subdivisant ce chapitre en quatre sous-chapitres :

– A : Vents fous, feux dantesques et pluies diluviennes ;

– B : Les guerres de l’eau (et quelques actions de résistance) ;

– C : …

– D : …

A – Vents fous, feux dantesques et pluies diluviennes

L’utilisation massive des combustibles fossiles – charbon, pétrole et gaz – pour les activités humaines (production d’énergie, industrie, transports et et agriculture) fut, on le sait, la cause principale d’émissions de gaz à effet de serre, donc du réchauffement climatique. Le réchauffement entraîna des problèmes en lui-même – création de zones inhabitables pour les humains comme pour les animaux, besoins accrus d’eau et de climatisation, modification des cultures –, mais également un dérèglement, qui se manifestait à la fois par une imprévisibilité de la météo et par la multiplication d’événements dits extrêmes (pics de chaleur, et incendies, pluies phénoménales, vents dévastateurs). Si l’on ajoutait encore à cela une artificialisation des sols (perte de ses qualités naturelles d’absorption d’eau et de carbone, d’accueil de biodiversité et de régénération) en raison de l’urbanisation toujours croissante jusqu’en 2060, on comprend que les activités des hommes aient modifié les équilibres géophysiques qui garantissaient l’habitabilité de la planète terre. 

Même les prévisions les plus pessimistes ne laissaient pas entrevoir que des vents puissent atteindre une force au-delà de laquelle même des constructions en dur ne résisteraient pas. C’est pourtant bien ce qui commença à se produire, dans le pays le plus riche du monde, lorsque des masses d’air plus froides que d’habitude, descendant de l’Arctique et du Canada, rencontrèrent d’autres masses d’air plus chaudes que d’habitude, les hautes pressions du Midwest. Ce n’était pas la première fois bien sûr, mais c’était la première fois à cette intensité. Et comble de malchance, un troisième facteur, plus exceptionnel lui, se conjugua aux deux autres pour donner encore une puissance monstrueuse à des courants d’air qui, du coup, devenaient aussi puissants qu’un missile. 

Avant 2030, le vent le plus puissant enregistré avait atteint la vitesse de 408 km/h (en Australie, et une seule fois, le second record ayant été établi au Mont Washington à 335 km/h). On estimait qu’à partir de 150 miles par heure (ou 240 km/h), un vent pouvait non seulement arracher la toiture d’une maison, mais mettre à mal ses murs. Le niveau 5 sur l’échelle de Saffir-Simpson (vents supérieurs à 250 km/h) fut longtemps considéré comme le maximum. La création d’un niveau 6 fut envisagée pour les tempêtes avec une vitesse des vents supérieure à 280 km/h, notamment après les ouragans Patricia (2015) et Irma (2017), sur lesquels on mesura des rafales à 343 km/h et 361 km/h. Robert Simpson, un des météorologues créateurs de l’échelle, mort en 2014, refusa d’ajouter cette 6e catégorie, arguant que de toute façon, au-delà de 250 km/h, les dégâts matériels et humains étaient considérables.

Je rappelle que les termes cyclone, typhon et ouragan étaient synonymes (la tornade est elle un tourbillon beaucoup plus restreint, non moins dangereux, entre quelques centaines de mètres et quelques kilomètres de large). Typhon était un mot d’origine asiatique, que l’on avait pris l’habitude d’utiliser pour qualifier les phénomènes se déclarant dans le nord-ouest du Pacifique. Les cyclones concernaient le Pacifique Sud. Quant aux ouragans (mot d’origine amérindienne), ils désignaient les phénomènes survenant dans l’Atlantique et dans le nord-est du Pacifique. Mais les trois signifiaient la même chose : un phénomène tourbillonnaire dans les régions tropicales avec des vents dont la vitesse était supérieure à 64 nœuds, c’est-à-dire 118 km/h. Leur diamètre variait entre 500 et 2000 km. Les cyclones-typhons-ouragans pouvaient traverser des milliers de kilomètres, presque toujours d’est en ouest, et vivre plusieurs dizaines de jours.

Pour que se formât un cyclone, la température de l’océan devait atteindre au moins 26,5 degrés, et il fallait que l’amas nuageux se mette à tourbillonner, en fonction de la force de Coriolis, dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère sud, dans le sens inverse dans l’hémisphère nord. Lorsque le vent souffle sur l’eau chaude, de l’air chaud et humide se dégage. Au fur et à mesure qu’il prend de l’altitude, l’air humide se refroidit et l’eau qu’il contient se condense en énormes nuages de tempête. L’eau qui se refroidit libère également beaucoup de chaleur. Ce transfert de chaleur crée de l’énergie qui renforce encore les vents. 

Pendant la première moitié du siècle, on savait détecter la formation puis suivre la progression d’un ouragan, mais on ne savait pas quelle serait la force de l’ouragan, aussi bien en termes de vents que de précipitations, plus de quelques heures avant qu’il n’atteigne une terre habitée. Pendant cette même période, la puissance des ouragans ne cessa d’augmenter, en raison des émissions colossales de chaleur dues aux activités humaines, entrainant des perturbations dans les courants aériens (conflits entre hautes et basses pressions) et un réchauffement notable de la surface des eaux océaniques. 

En novembre 2028, le cyclone Deborah naquit au-dessus de la mer du Timor entre l’Indonésie et l’Australie. Après avoir hésité quelques heures, il prit la direction de l’Océan Indien, qu’il traversa sans cesser de gagner en puissance. Quand il arriva au-dessus de la Réunion, il avait une vitesse de 240 km/h. Il traversa donc l’île en moins de 15 minutes, qui parurent 15 heures aux habitants, dont 65 000 périrent sous les décombres des bâtiments emportés. Trois heures plus tard, quand Deborah atteignit Madagascar, à 265 km/h, elle prit la vie de 97 000 personnes, écrasées par les murs et les toits qui s’écroulaient, ou coupées nets par des tôles qui volaient comme des feuilles de papier. Les pluies diluviennes noyèrent celles et ceux qui n’avaient pas été tués sur le coup. La course folle de Deborah s’acheva en Tanzanie. À quelques kilomètres des côtes, l’île de Zanzibar fut au sens propre rayée de la carte, tandis que la principale ville du pays, Dar-es-Salam, perdit 10 % de sa population (534 000 habitants sur 5 400 000) en 40 minutes. Deborah était si colérique qu’elle avança encore d’une centaine de kilomètres (alors que l’œil d’un cyclone se désagrégeait d’habitude rapidement lorsqu’il s’éloignait de la mer), supprimant 15 000 vies supplémentaires dans la ville de Morogoro et dévastant le Mikumi National Park avant de s’éteindre. 

En 2036, David, lui, effectua un voyage plus court que Deborah, mais non moins dévastateur.  Né au sud de l’Atlantique nord, à peu près à équidistance de la Mauritanie et de la Floride, il partit assez calmement vers le sud-ouest et ne fit aucun mal aux Bermudes. En revanche, quand il atteignait la Floride, au-dessus de la petite ville de Saint Augustine, considérée comme la plus vieille ville des États-Unis, il était déjà un très méchant garçon. Avant son passage, Saint-Augustine abritait 16000 habitants ; après… 3500. Et la ville n’existait pour ainsi dire plus. David fit mine de se calmer un peu en descendant la côte floridienne ; sa relative lenteur augmenta la quantité d’eau qu’il relâcha et Miami connut les pires inondations de son histoire, les pluies venues du ciel se mêlant à une « marée de tempête » qui releva de 3 mètres le niveau de la mer pendant 20 minutes (28500 morts, 150 milliards de dollars de dégâts). Quand il atteignit l’île de Cuba, David mit fin à 76 ans de communisme plus sûrement que tous les boycotts et embargos réunis. Les successeurs des frères Castro ne résistèrent pas aux 2 millions de morts (sur une population de 12) qui jonchèrent le pays modèle ; et la plupart des dirigeants furent assassinés dans les révoltes qui suivirent le chaos. Un miracle sauva la Jamaïque, David bifurquant quelques kilomètres avant d’atteindre Montego Bay, mais pulvérisa les 3 minuscules îles Caïman, l’enfer climatique liquidant le paradis fiscal en à peine 10 minutes. On écrivit que même les coffres-forts des banques furent fracturés par les amas de pierre s’écroulant au-dessus ; si l’argent était avant tout numérique désormais, on vit cependant voler des billets au milieu des débris ; mais il n’y avait plus de vivants pour les attraper. David s’éteignit au milieu de la Mer des Caraïbes, avec un score honorable de 2 125 000 morts à son actif.

Ces 3 millions de morts dûs à seulement 2 cyclones eurent des répercussions considérables sur le moral des populations dans le monde entier. Beaucoup de terriens se mirent à redouter non seulement une terre bientôt inhabitable, mais en plus une mort violente. L’effondrement économique mondial des années 2030 (voir chapitre 1) eut des conséquences psychologiques et sociales d’autant plus graves qu’il s’abattit sur des populations déjà fragilisées, entre autres par le dérèglement climatique.

D’autant que ces ouragans, cyclones et typhons apocalyptiques n’étaient pas les plus problématiques. Car aussi violents et dévastateurs fussent-ils, ces phénomènes restaient rares et prévisibles par la météo, donc par les autorités et la population. Et à partir de 2040 environ, on parvint à s’en protéger un peu, du moins à limiter les dégâts

Non le problème le plus considérable créé par le dérèglement climatique fut l’accélération des vents plus classiques en tous les points du monde. Déjà, entre 2000 et 2025, on avait vu les vitesses et les fréquences des vents augmenter d’environ 100 % sur tous les points du globe ; c’est-à-dire que, quel que fût l’endroit où vous habitiez, vous aviez deux fois plus de vent chez vous en 2025 qu’en 2000. Même si tout un chacun se plaignait au cours des repas de famille ou des conversations avec les voisins du vent qui venait si souvent désormais, « alors qu’il n’y en avait pas, avant », on ne se rendit pas vraiment compte du phénomène, car il fut progressif. Il fallut encore une augmentation de 100 % pour que cette fois chaque terrien pût réaliser qu’il vivait désormais sur une planète où l’atmosphère était non pas paisible mais hostile (ce qui contribua là encore à l’augmentation colossale du nombre de suicides, nous aurons l’occasion d’en reparler). Concrètement, si vous aviez 20 jours de vent par an à 40 km/h de moyenne en 2000, vous en aviez 60 à 120 km/h en 2040. 3 fois plus. De quoi perturber sérieusement la nature, les constructions, les corps et les esprits. Et encore ne s’agit-il là que d’une moyenne mondiale. Dans bien des coins du globe, les multiplications étaient plutôt de l’ordre de 4 ou 5.

Le pire était le phénomène des « rafales ». Une rafale est une hausse soudaine de la vitesse d’un vent. La norme pour une rafale était, jusqu’au début du XXIe siècle, une augmentation de 40 % par rapport à la vitesse moyenne. Mais à peu près partout à partir de 2030, une rafale devint une augmentation de 100 % de la vitesse moyenne. C’est-à-dire qu’au milieu d’un vent de 100 km/h, désormais banal, vous pouviez avoir des pointes à 200 km/h. 

Les conséquences ne se firent pas attendre : malgré une réduction du trafic aérien de 30 % entre 2030 et 2050 (des dizaines de jours par an étaient interdits à la circulation aérienne), le nombre de crash d’avions augmenta de… 2400 %. En 2040 par exemple, 24 avions (2 par mois) furent emportés comme des feuilles de papier par des rafales stupéfiantes et imprévisibles. Ils se déportèrent de plusieurs kilomètres par rapport à leur couloir et tourbillonnèrent longtemps avant de descendre enfin pour s’écraser ici ou là (8 fois sur des lieux habités, je me souviens notamment du crash de l’Airbus A620 qui devait atterrir à Marseille-Marignane le 12 septembre 2040, et qui s’écrasa finalement en plein centre-ville d’Avignon, 100 km au nord, une de mes vieilles amies de lycée était dedans). Dans ces cas bien sûr, toutes les personnes à bord étaient mortes avant la percussion sur terre ou sur mer.

D’innombrables lieux sur terre, où ces souffles du diable dépassaient régulièrement les 200 km/h, devinrent inhabitables, par exemple dans certaines vallées chinoises, dans le Midwest américain, en Australie, en Grande-Bretagne, en Argentine… À Chicago, appelée de longue date la windy city, il fut décidé, après la chute spectaculaire de la Trump Tower (2900 morts, soit exactement le même nombre de victimes qu’au World Trade Center de New York en 2001), de détruire tous les gratte-ciel de plus de 100 mètres de hauteur, ce qui n’empêcha pas d’innombrables drames dans cette ville où les courants froids de l’Arctique et du Canada, qui se chargeaient de vapeur d’eau en survolant les grands lacs, se ruaient vers le sud dans les grandes plaines qui leur tendaient les bras. En France, tous les ports de plaisance entre Narbonne et Perpignan d’une part, entre Le Guilvinec et Roscoff d’autre part, furent fermés les uns après les autres, les bateaux décollant et s’écrasant les uns contre les autres ou contre la jetée, malgré toutes les anses et digues de protection qui ne pouvaient rien contre les foudres de Neptune déchaîné.

Partout, il était désormais courant de mourir assommé par une cheminée tombée d’un toit, décapité par un bout de tôle soulevé de terre lors d’une rafale, ou simplement écrasé par un arbre, que l’on fût à pied ou en voiture. Le vent devint la première cause de mortalité dans le monde, en dehors des morts dans le cadre des conflits armés et des grandes épidémies.

Au temps du dérèglement climatique (on pourrait dire que nous commençons maintenant, en 2100, l’ère du règlement climatique), les vents avaient ceci de remarquable que, non contents d’être en eux-mêmes une force de destruction, ils étaient capables de propulser et de démultiplier deux autres forces dévastatrices : l’eau et le feu. Oui, les vents savaient aussi bien utiliser la sécheresse que la pluie, la première pour attiser et propager des feux, la seconde pour provoquer des inondations qui, de plus en plus, se mirent à ressembler à des immersions, voire à des engloutissements. 

En janvier 2025, les incendies de Los Angeles, notamment des quartiers huppés de Pacific Palisades et Eaton, qui détruisirent 15 000 maisons et bâtiments en 3 semaines, donnèrent si l’on peut dire le coup d’envoi de ces feux entourant puis entrant dans les villes sans que rien ni personne ne puissent les arrêter. J’étais à Boston à l’époque, et je me souviens de la stupeur de tous, alors que nous découvrions sur nos écrans, le long de l’océan Pacifique, – donc le long de l’eau, a priori peu compatible avec le feu  ! –, des alignements de maisons calcinées, non pas brûlées mais entièrement détruites, dont ne restaient que des fondations de cendre vaguement hérissées de quelques moignons de fer tordus par la chaleur. Des maisons, entre Santa Barbara et Malibu, dont la moins chère valait 3 millions de dollars. Dans les collines au-dessus – plutôt 10 millions de dollars –, c’était bien simple, il n’y avait plus rien, les villas dans les pinèdes avaient purement et simplement disparu. Que des stars de Hollywood puissent se retrouver à poil et dépourvues de toit comme le dernier des sans abris montrait si besoin était que, face aux forces de la nature avec lesquelles l’homme avait si imprudemment joué, les hiérarchies sociales ne tenaient pas. Même l’argent, discriminant sans doute le plus fort entre les humains, n’empêchait pas les ravages du feu quand il atteignait ces intensités.

En 2029, c’est le sud du Portugal qui brûla presque entièrement, la ville de Lagos et tout le district de Faro se consumant au fil des semaines entre mai et octobre, les feux ne s’arrêtant jamais complètement, malgré les quantités astronomiques d’eau et de produits déversés. En 2032, c’est la Provence et la Côte d’Azur françaises, pourtant habituées aux feux de forêt, qui cette fois ne purent rien faire pour empêcher les flammes de ravager à peu près toutes les villes entre Marseille et Saint-Tropez, un vent exceptionnel venu des massifs au nord – comme si le mistral était sorti de la vallée du Rhône et s’était déporté vers l’est –, passant par-dessus les hauteurs au lieu d’être gêné par elles. La météo confirma que c’est bien ce qui s’était passé, un vent non seulement plus puissant mais plus élevé en altitude avait franchi sans problème les Alpilles, le Lubéron, le parc du Verdon et le massif de la Sainte-Baume, pour ensuite plonger vers la mer, emmenant avec lui les flammes allumées sur la sécheresse quasi permanente de forêts faites pour s’embraser et se consumer.

L’Italie, l’Australie, le Brésil, le Congo, furent eux aussi dévastés par des incendies gigantesques au cours des décennies 2030 et 2040. Un cercle vicieux s’était créé, dont on n’arrivait pas à sortir : le feu rendait certaines zones inhabitables, les gens se serraient dans des zones plus denses, desquelles la nature laissée vacante se rapprochait, ce qui les rendait plus vulnérables aux incendies, qui touchaient donc de plus en plus les habitations (même si vous aviez une maison construite en matériaux non inflammables – ce qui était en soi difficile – quand le feu entourait votre maison, vous mouriez de toute façon). Accessoirement – je dis cela avec ironie car c’est rien moins qu’accessoire –, les incendies augmentaient les gaz à effet de serre et détruisaient les puits de carbone susceptibles d’absorber ces gaz à effet de serre.  

Les vents apportaient aussi la pluie, hélas pas en même temps et pas au même endroit que le feu. En 2022 déjà, les inondations au Pakistan préfiguraient ce qui allaient se reproduire en divers lieux par la suite. Ainsi entre juin et août, les pluies de mousson trois fois supérieures à la normale, en raison de vagues de chaleur en avril et mai qui avaient réchauffé l’atmosphère (plus un air est chaud plus il peut contenir d’humidité), dévastèrent quatre provinces du pays, tuant 700 000 têtes de bétail et 2000 têtes de Sapiens, détruisant 80 000 hectares de culture, 3000 kilomètres de routes et 130 ponts. Les 29 et 30 octobre 2024, la rencontre entre un « épisode méditerranéen » et une « goutte froide » au-dessus du littoral espagnol entraina des pluies dantesques (il plut autant en 3 heures qu’au cours des 21 mois précédents), des débordements de torrents et des coulées de boue qui envahirent les rues de plusieurs communes de la Généralité de Valence, emportant avec elles voitures, mobilier urbain, et les malheureux qui n’avaient pas eu le temps de se mettre à l’abri dans le dur (240 morts). En juillet 2021, ce sont l’Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Roumanie qui avaient été noyés sous des trombes.

Les pluies diluviennes entrainaient souvent des glissements de terrain, la terre gorgée d’eau ne pouvant plus ni s’accrocher à la roche en dessous ni soutenir les constructions au-dessus. Certains se souviennent ainsi peut-être des catastrophes de Valparaiso, Chili, quand les Cerros, quartiers résidentiels sur les collines, s’écroulèrent sur les parties planes de la ville, emportant hommes et maisons jusqu’au Pacifique, 33 000 morts en 2033. En France, c’est la ville de Terrasson qui fut presque intégralement détruite (6500 morts) par le glissement de la falaise du Malpas, en 2040, qui de plus boucha la Vézère et perturba la distribution d’eau dans tout l’est de l’Aquitaine. En Inde, ce sont plusieurs hauts lieux du massif de l’Himachal, aux frontières avec le Népal et le Tibet, qui furent engloutis par les rochers, la terre et la boue descendant des sommets himalayens après les pluies diluviennes du printemps 2044 (42 000 victimes). Je ne mentionne pas bien sûr les glissements de terrain ayant causé moins de 100 morts, il y faudrait la moitié des pages de ce livre.

(la semaine prochaine, suite du chapitre 3 : Les guerres de l’eau et quelques actions de résistance)

2 commentaires

  1. Possible ? Exagéré ? Film d’horreur ?

    Faut-il s’attendre à ce pire-là ? Le PYR est-il si sûr de lui ?

    Tranchant et documenté, comme d’habitude, ce texte nous secoue.

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  2. Félicitations pour la qualité de cette analyse, parfaitement crédible hélas, et d’autant plus remarquable qu’elle porte sur des faits non encore advenus.

    J’attends vendredi prochain avec angoisse et impatience.

    Pierre

    Aimé par 1 personne

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