C – Des conflits multiples et protéiformes
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Il serait fastidieux de lister tous les conflits qui s’amplifièrent ou éclatèrent pendant ce deuxième quart de siècle. Quelques-uns cependant méritent que l’on s’y arrête un instant, car ils traduisent la violence de cette sombre période dans l’histoire de l’humanité. Il y a plusieurs moyens de les classer : selon les armes utilisées, les raisons invoquées, le nombre de victimes, les conséquences géopolitiques… J’ai choisi un classement possible parmi d’autres : ceux qu’on attendait et ceux qu’on attendait moins (aucun conflit ne sort de nulle part et on doit les envisager dès lors que l’on suit un peu sérieusement les affaires du monde).
Commençons par évoquer ceux qui paraissaient inévitables, pour une raison simple : la volonté de puissance d’un dirigeant déjà tout puissant.
Nous avons déjà évoqué le martyr de l’Ukraine et la bombe nucléaire tactique envoyée par Poutine en 2026 sur le pays asphyxié. Rappelons que, après environ 600 000 morts de part et d’autre entre 2022 et 2027 (sur les 600 000 morts ukrainiens, 20 % étaient des civils, car les Russes attaquaient les villes alors que les Ukrainiens se défendaient seulement), autant de blessés si ce n’est plus, des millions de familles détruites par les enlèvements d’enfants, l’exil et la séparation provoqués par l’agression russe, un conflit gelé pendant 3 ans, c’est la courageuse attaque de la Pologne en 2029 qui permit de faire tomber le monstre et cesser la guerre, en 2030.
De son côté, profitant du désordre mondial issu de l’effondrement économique d’octobre 2029, l’autocrate chinois Xi Jinping (l’homme qui ne savait pas sourire) attaqua l’île de Taïwan qu’il menaçait depuis longtemps. Rappelons que cette île avait été séparée du reste de la Chine lorsque celle-ci était devenue communiste, en 1949. Devenu démocratie à partir de 1980, Taïwan était un pays de libertés, d’innovation et de haute technologie – longtemps premier producteur mondial de puces électroniques de pointe –, qui attirait la jeunesse de son énorme voisin et donc inquiétait les dirigeants de Chine Populaire, qui tenaient, via le tentaculaire Parti Communiste, à surveiller la population et verrouiller la société. Xi Jinping, au pouvoir en Chine entre 2013 et 2033, se persuada vite que tolérer un havre de liberté si près de ses côtes (130 km) qui de plus se présentait comme le cœur de la Chine historique, était impossible car Taïwan (capitale Taipei) constituait une menace existentielle pour son régime (ce raisonnement était absurde en soi : rappelons qu’en 2030 la Chine comptait 1,4 milliards d’habitants tandis que Taïwan en comptait… 25 millions, que la première avait une superficie de 9,6 millions de km2, Taïwan de… 36000). Mais les dictateurs sont de grands paranoïaques qui ont très peur de tout ce qui n’est pas à leur image.
Xi renforça donc l’APL (Armée Populaire de Libération) tout au long de la décennie 2020, multiplia les manœuvres et les provocations dans les espaces maritime et aérien de Taïwan, afin de laisser croire qu’il envisageait le scénario suivant : une première phase constituée de tirs de missiles sur les bases militaires, centrales électriques et usines d’armement de Taïwan, accompagnée d’une attaque cybernétique et d’une destruction de satellites destinées si ce n’est à paralyser, au moins à gêner la transmission d’informations et les possibilités de réaction de l’armée taïwanaise ; une deuxième phase aéronavale avec la convergence de 200 bateaux, 500 avions et 300 hélicoptères chargés d’assurer et de sécuriser le débarquement sur l’île de 250 000 hommes ; une troisième phase avec la prise progressive des centres de pouvoirs locaux et nationaux grâce à une progression de l’infanterie au sol et la prise en main des communications numériques et téléphoniques.
Mais un tel scénario aurait entraîné des centaines de milliers de victimes, chinoises et taïwanaises sur l’île, chinoises et américaines sur la mer, un risque pour les exportations chinoises (vitales pour le pays), et une réprobation internationale conséquente, d’autant que des grosses entreprises du monde entier dépendaient plus ou moins directement des fleurons TSMC et ASE, groupes Taïwan Semiconductor Manufacturing Company et Advanced Semiconductor Engineering. Surtout, une telle opération ne garantissait aucunement que Pékin parviendrait à mettre au pas des individus très remontés, qui avaient eu des années pour se préparer à cette agression.
Je me permets, du haut de mes 100 ans, même si je ne suis rien dans cet univers, un constat qui, je crois, ne souffre guère d’exceptions : jamais un pays extérieur ne peut imposer son ordre et sa vision à un peuple qu’il a envahi. Cela a pu quelquefois marcher dans l’Antiquité, ou au Moyen Âge, quand la densité de population était très faible et les moyens de communication quasi inexistants. Depuis le XXe siècle, et peut-être même le XIXe, les sentiments nationaux d’une part, les capacités de mobilisation d’autre part, sont tels que l’envahisseur ne peut réussir par la force. Il peut contraindre un moment, pas convaincre. Et donc il est vite harcelé, détesté, et, plus ou moins rapidement, contraint de se retirer.
Xi Jinping avait-il conscience de cette réalité ? Toujours est-il qu’il renonça à l’invasion de Taïwan et choisit une stratégie qu’on pourrait dire d’étouffement, prenant pied sur l’archipel des îles Spratleys, Pratas et Kinmen, territoires juridiquement sous la souveraineté taïwanaise, mais que Pékin, considérant qu’il avait un droit sur tout ce qui se trouvait en Mer de Chine, étouffait à coups de blocus naval et d’encerclements. Ainsi, les Chinois construisirent-ils une « grande muraille de sable », autrement dit 7 îlots artificiels sur lesquels furent bâties des constructions, routes et aéroports, permettant aux bâtiments militaires de se positionner à quelques encablures de Taïwan, aux bateaux de pêche de ratisser les eaux très poissonneuses et aux géologues de sonder les fonds marins riches en pétrole et en gaz.
Aller cette fois jusqu’à envahir des îles existantes, même si presque inhabitables et inhabitées, c’était un casus belli et Xi Jinping en était bien conscient. Il justifia son acte avec cet argument : « Face aux actions hostiles des marines taïwanaise et américaine, il est légitime que notre pays s’organise pour garantir la libre circulation de ses bateaux en Mer de Chine méridionale ». Certains se souviennent peut-être de ce qui s’ensuivit, et qu’avait sans doute prévu en partie le dictateur chinois : une action concertée des troupes taïwanaises et américaines (ces dernières venues du Japon, de l’île de Guam et de Hawaï) pour récupérer les îles, une véritable bataille aéronavale, le tir du missile chinois Dong Feng 26 au-dessus de Guam dans le but d’impressionner non de tuer, la riposte américaine sur toutes les bases côtières chinoises, l’attaque chinoise sur les bases américaines de Puerto Princesa et Aparri aux Philippines… Résultats humains : 400 000 morts environ, autant de blessés, essentiellement militaires. Résultats politiques : 20 ans de haine (2031 – 2050), 20 ans de rabibochage (2050 – 2070), et l’unité depuis : Taïwan est aujourd’hui associée à la Chine, de son plein gré, dans le cadre de la confédération d’Asie du Sud-Est. À quoi ont servi ces 800 000 morts et blessés ? À retarder le rapprochement.
Les historiens, même chinois, expliquèrent par la suite que, en prenant pieds sur les îlots dépendant de Taipei, Xi Jinping voulait sans doute montrer qu’il ne renoncerait jamais à Taïwan et habituer un peu plus encore les Taïwanais à cette idée. C’est bien ce que je disais ! Il s’agissait de convaincre plus que de contraindre, ou de convaincre en contraignant progressivement. Les historiens ajoutaient, et n’importe qui pouvait le constater, que Xi Jinping n’était pas Vladimir Poutine. Il y a quand même peu d’hommes qui massacrent des centaines de milliers de personnes et font pratiquer la torture de bon cœur, quelles que soient les époques. L’erreur de Xi a sans doute été le missile au-dessus de Guam, mais il avait été construit dans ce but ou presque (avant qu’il n’explose les Américains l’appelaient le Guam killer, au cas où il aurait emporté une charge nucléaire bien sûr) ; il faut dire que les Américains étaient sortis plutôt vainqueurs de la première bataille aéronavale, avant le missile (94 avions et bateaux détruits et 35 000 morts d’un côté, contre 192 avions et bateaux détruits et 85 000 morts de l’autre), et que l’humiliation est un puissant facteur de mauvaises décisions.
Un mot sur Hong Kong, plus petit encore que Taïwan (8 millions d’habitants en 2030). Cette région administrative spéciale de la Chine Populaire (l’autre étant Macao), mégapole rutilante du Delta des perles, était caractérisée par un libéralisme économique et surtout politique bien supérieur au reste du pays, qui en faisait la quatrième place financière mondiale, après New York, Londres et Singapour. Et l’indice de développement humain des Hongkongais était un des plus élevés au monde. Rétrocédé à la Chine par les Anglais en 1997, Hong Kong devait conserver son autonomie jusqu’en 2047, selon le principe « un pays deux systèmes ». Cependant, durant les premières décennies du XXIe siècle, Pékin ne cessa d’imposer des contraintes à la population de Hongkong. Il y eut de nombreuses émeutes violentes. Mais les batailles de Taïwan ont finalement plutôt servi Hong Kong, détournant l’attention de pouvoir chinois qui ne voulait pas multiplier les fronts. Et en 2047, le parti communiste n’étant plus au pouvoir à Pékin, les deux « systèmes » se fondirent en un seul, accepté par tous.
En 2028, la Corée du Nord avait lancé un missile sur le Japon, nous l’avons dit, et Kim Jong Un et sa clique furent éliminés six mois plus tard. La Corée du Sud saisit l’occasion pour présenter une nouvelle offre de réunification, dans un processus à l’allemande (la réunification des Allemagne de l’Ouest et de l’Est date de 1990, grâce au chancelier Kohl et au président russe Mikaël Gorbatchev). Cela se passa moins facilement en Corée, toutefois. Si, autant que l’on puisse en juger dans un pays aussi fermé, une bonne partie de la population nord-coréenne semblait favorable à la réunification, une part non négligeable des dirigeants, et de l’armée, semblait plutôt hostile à la perte de l’indépendance, aussi misérable fût-elle (car elle impliquait un système dictatorial, une pauvreté persistante et des tensions permanentes avec les voisins). Après plusieurs années de négociations et tergiversations, et au prétexte de secourir les « manifestants de la liberté » (Coréens du Nord demandant la démocratie et la réunification avec le sud) massacrés par la police nord-coréenne, l’armée sud-coréenne, en 2037, bombarda puis franchit le 38e parallèle, frontière incandescente entre les deux demi-nations. S’ensuivit une guerre à l’ancienne – comme si la Russie et l’Ukraine avaient réhabilité les horreurs des face-à-face et des bombardements – qui ne s’arrêta qu’en 2040, avec cette fois la victoire du Sud, ou plutôt de la liberté, 91 ans après le statu-quo de 1953. À quoi servirent les 450 000 victimes ? À rien, comme d’habitude, la guerre était toujours aussi absurde et révoltante. Les victimes auraient été bien plus nombreuses si la Russie et la Chine étaient intervenues ; mais ces ex-tyrannies n’étaient plus les soutiens du mal, ce qu’avaient compris les Sud-Coréens, qui de plus avaient eu l’intelligence de demander ouvertement aux Américains de ne pas se mêler de cette « affaire interne ».
Je salue ici l’heureux contre-exemple donné par l’Irlande et plus encore par le Premier Ministre Anglais Luke Bowen, qui, au risque de ne pas être élu (à la tête du Parti Travailliste, il fut battu deux fois avant de remporter les élections législatives et d’entrer au 10 Downing Street, où il resta de 2042 à 2050) avait affirmé : « Il suffit de regarder une carte pour comprendre combien la séparation de l’île d’Irlande en deux pays est illogique. Si je suis Premier Ministre, je proposerai un détachement de l’Ulster (Irlande du Nord) du Royaume-Uni, afin que celle-ci puisse envisager librement la réunification avec l’Eire (Irlande du Sud) ». Il fallut 10 ans pour que cette évidence gagne les esprits anglais d’une part, irlandais d’autre part, et que les frères et sœurs ennemis puissent se retrouver pour progresser ensemble, aller de Dublin à Belfast sans franchir de frontière et vivre en bonne entente avec l’Angleterre voisine.
En Afrique, les conflits ne manquèrent pas, souvent à dominante ethnique, car les frontières tracées par les anciens colonisateurs ne tenaient guère compte des apparentements entre groupes de populations locales. Là-dessus, s’ajoutèrent les questions religieuses, ou plutôt la question musulmane, les islamistes qui perdaient de l’influence au Moyen Orient semblant se rabattre sur l’Afrique, des sectes épouvantables venant terroriser les populations de telle ou telle région, conduisant de fait à un isolement, poussant à la sécession vis-à-vis du pouvoir central. Les horreurs (viols, massacres, tortures, enlèvements) furent les plus nombreuses au Soudan, en Éthiopie, en Libye, en République Démocratique du Congo (Congo-Kinshasa), en République du Congo (Congo-Brazzaville), au Mozambique. La malhonnêteté ou la nullité des dirigeants, la volonté de puissance des militaires, la déstabilisation par des mercenaires (russes notamment) compliquèrent encore les choses. Des guerres stupides et fratricides furent déclarées : entre l’Algérie et le Maroc, entre la Somalie, l’Éthiopie et le Kenya, entre le Soudan et l’Égypte, entre le Cameroun et le Nigéria, le Niger et le Mali. On pourrait détailler chacune et observer que, chaque fois, la guerre ne fait que contrarier, accélérer ou retarder, une évolution ou une stagnation qui se serait produite de toute façon. Autrement dit : un conflit armé ne peut changer les aspirations profondes des populations. Bien sûr, les agresseurs pensent le contraire. C’est bien pour cela qu’ils agressent, et qu’il faut donc parfois se défendre. Loin de moi l’idée de dire qu’il faut rester passi.f.ve quand quelqu’un se met à vous envoyer des bombes et/ou à vous chasser de votre maison. Ce que je veux dire, c’est que guerre ou pas guerre, les modes de vie souhaités resteront les mêmes.
Comment ne pas mentionner enfin l’énorme guerre civile pakistanaise qui, entre 2046 et 2050 décima le Pakistan et causa la mort de 25 millions de personnes ? Ce qui, sauf erreur, reste le record de destruction de vies humaines avec des armes dans un pays sur un si court laps de temps (les épidémies et les catastrophes naturelles ont naturellement fait bien plus de victimes). Record de victimes d’attentats islamistes également, avec 28 000 morts sur quatre sites, en une seule journée, dans l’action coordonnée des « Flammes de l’enfer » le 29 octobre 2048. Rappelons que les Talibans chassés d’Afghanistan en 2039 s’étaient réfugiés au Pakistan et avaient trouvé là un nouveau terrain de jeu favorable à leur idéologie mortifère. Cela n’alla pas sans de nombreuses résistances bien sûr, d’où les conflits multiples, entre les Pakistanais et les intrus, entre factions islamistes (Al Qaïda sévissait toujours sous différentes formes), entre islamistes et progressistes, entre Pakistanais et Indiens à propos du Cachemire… Au total donc, 14 % de la population pakistanaise fut anéantie en quelques années, une folie, un cauchemar.
Je terminerai ce sous-chapitre par un peu de pathétiquement comique dans l’affreusement tragique, grâce à l’Amérique Latine, qui sembla pendant deux décennies (2030 –2050) se spécialiser dans les dirigeants fous. Un peu plus tôt dans le siècle, le Brésilien Jair Bolsonaro, bête et incompétent, et l’Argentin Javier Milei, intelligent et efficace économiquement, avaient donné un avant-goût de cette famille de dirigeants « locos » (fous). Aux États-Unis, un milliardaire ignare et caractériel du nom de Donald Trump fut élu par deux fois (2016-2020, puis 2024-2028), alors qu’il ne savait pas se servir d’un ordinateur, n’aurait pas pu situer le Japon et l’Espagne sur une carte du monde, ne lisait jamais une note de ses services, conseillait à ses concitoyens de boire de la Javel pour lutter contre le coronavirus, affirmait que les immigrants haïtiens mangeaient des chiens et des chats, que son opposante démocrate souhaitait que l’avortement fût possible même après la naissance, assurait qu’il allait régler la guerre entre la Russie et l’Ukraine en un jour, etc. L’Afrique aussi avait eu son lot de grands malades en ce premier demi-siècle, comme le roi du Swaziland Msawti III ou le président de la Guinée équatoriale Téodoro Obiang Nguema, mais ils étaient plus classiques dans leur comportement (lucre, paresse, sadisme, accaparement des richesses).
Parmi les dingues particulièrement originaux à la tête d’États latino-américains, on peut citer :
– le président évangéliste du Paraguay, Alvino Salrios (2038-2042), qui imposa le passage obligatoire à l’église une fois par semaine, contrôles à l’appui ;
– le président du Brésil, Silvio Valdez Vieira (2040-2044), évangéliste lui aussi, qui célébrait lui-même les offices hebdomadaires, télévisés il va de soi ;
– la présidente de l’Argentine, Luisa Valiana Pietri, ancienne danseuse de tango, qui avait promis, une fois élue, de faire un pas de danse avec tous les hommes de plus de 20 ans pour se rapprocher du peuple. Elle s’y astreignit pendant 2 ans, accordant ses pas à tout de même 74500 mâles argentins, avant d’être emportée par le virus dévastateur qui décima son pays en 2043 ;
– l’Uruguayen Juan Luis Paccioni, ancien éleveur de bétail qui, une fois au pouvoir – et donc débarrassé du besoin de faire marcher son exploitation – interdit la production et la consommation de viande, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Le 12 février 2043, moins de trois semaines après cette annonce qui avait entrainé des émeutes, lui et ses gardes du corps furent abattus dans une embuscade alors qu’il quittait le Palacio Salvo pour se rendre à l’aéroport de Montevideo.
(la semaine prochaine : sous-chapitre D : L’indépendance à tout prix)
L’horreur et la furie du monde se poursuivent allègrement. Avec une pointe d’humour (noir) s’agissant des leaders fous.
La plupart de ceux qui lisent cette chronique post-historique s’habitueraient à ce train train infernal. Avec quelques éclaircies, quand même, et quelques libérations. Ces lecteurs vont vivre une partie de ce XXIème siècle et pourront savourer, si l’on peut dire, les prémonitions et les analyses du cours d’histoire de M. Roubert.
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