Histoire du XXIe siècle – Deuxième partie (2025-2049) : Les drames de la surpopulation

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(environ 15 minutes de lecture)

En septembre et octobre 2024, j’avais publié la première partie d’une « Histoire du XXIe siècle », commencée l’été dernier, première partie qui concernait les années 2000–2024, intitulée « Naissance de la post-humanité ». C’est le début de la deuxième partie, qui couvre les années 2025-2049, intitulée « Les drames de la surpopulation », que je vous propose aujourd’hui.

La programmation est la suivante :

– 7 février 2025 : 2e partie, chapitre 1 (L’effondrement économique), section A ;

– 14 février 2025 : 2e partie, chapitre 1, sections B-C ;

– 21 février 2025 : 2e partie, chapitre 1, section D ;

– 14 mars 2025 : 2e partie, chapitre 2 (Quand les tyrans appuient sur le bouton), sections A-B ;

– 21 mars : 2e partie, chapitre 2, section C ;

– 28 mars : 2e partie, chapitre 2, section D ;

– avril-mai : 2e partie chapitre 3 ;

– juin-juillet : 2e partie chapitre 4.

Il me semble que l’on peut voir les années 2025-2049 comme le Moyen Âge du XXIe siècle. Je veux dire par là que ce deuxième quart fut sombre, violent, mortifère. Ce qui ne fut pas une surprise, même sur le moment : presque tous les terriens de 2020 savaient que les risques de catastrophes étaient considérables. Car les menaces étaient assez bien identifiées. Elles étaient : 

– économiques : surendettement des entreprises, des ménages, des États ;

– climatiques : gaz à effet de serre, sécheresse, vents, inondations, montée du niveau des mers ;

– militaires : tyrans déstabilisant les démocraties, terrorisme, mercenaires, réarmement général ; 

– épidémiologiques : multiplication des zoonoses créées par l’empiètement des hommes sur les territoires des animaux, résistance aux antibiotiques ;

– psychologiques : chute du respect, du souci de l’autre et de l’intérêt général, en raison de l’individualisme, des cerveaux détruits par les réseaux numériques, des croyances folles ;

– sociétales : corporatismes, populismes, complotismes, communautarismes. 

De nombreux signaux d’alerte étaient au rouge, d’autant que les dangers dans un domaine stimulaient les dangers dans les autres domaines (liens évidents entre l’économie et le climat, entre le social et le militaire, le psychologique et le sociétal, et cætera et réciproquement). On voyait mal comment échapper à la matérialisation des risques dans les années ou décennies qui allaient suivre, et de fait on n’y a pas échappé. Parfois, l’histoire est logique. Parfois, les forces en présence sont telles qu’il est impossible de les arrêter ; l’événement a commencé avant même qu’il ne soit effectif.

Il y avait eu les Croisades, il y avait eu la Guerre de Cent Ans, il y avait eu les massacres napoléoniens, il y avait eu la Guerre de Sécession, il y avait eu les deux Premières Guerres mondiales, il y a eu Pol Pot et les khmers rouges, il y a eu le génocide au Rwanda, il y a eu le terrorisme islamiste, il y a eu la terreur sanglante exercée par les narco-trafiquants latino-américains, il y a eu les exactions de Vladimir Poutine. Et d’autres encore : les horreurs de masse n’ont pas manqué au fil de l’histoire. Auxquelles on pourrait ajouter la peste, le choléra, le paludisme, la syphilis, le sida et autres joyeusetés qui déferlèrent sur le monde au fil du temps.

Ce qui fut nouveau entre 2025 et 2049, ce n’est pas la nature des horreurs, mais leur degré. En termes de quantité de morts, le récapitulatif du paragraphe au-dessus apparait comme de la petite bière. Rien de plus logique, d’ailleurs : au XXIe siècle, la population a été jusqu’à 4 fois plus nombreuse que celle du XXe siècle, et les moyens de faire du mal étaient infiniment plus sophistiqués que précédemment. Le mal, ou le malheur si l’on ne croit pas à un mal intrinsèque à l’être humain, s’est ainsi répandu à grande échelle. Je m’excuse donc de ce chapitre très noir. Mais même les plus jeunes, ceux qui sont nés après 2050, ont entendu parler de ces terribles années sur la planète terre.

Je distinguerai quatre séries de catastrophes : économiques, militaires, climatiques, technologiques. Je les présenterai dans cet ordre car il y a une certaine chronologie entre elles ;  pourtant, si l’ordre aurait pu être différent, ces catastrophes se seraient tout de même produites ; les situations étaient trop dégradées, les dangers trop importants. Un incendie peut commencer par telle ou telle étincelle, si le terrain est propice et foulé par des irresponsables, il se déclenchera de toute façon.

À partir de 2025, des orages d’une puissance jamais vue jusque-là se sont donc abattus sur le monde, qui les avait en bonne partie mérités. Je ne veux pas anticiper ici mes conclusions, pas dire si aujourd’hui, en 2100, on peut affirmer que cela fut une bonne chose, nous verrons cela en temps voulu. Pour l’heure, essayons de dégager ce qui fut marquant au cours des années 2025-2049. 

Après rassemblement de toutes mes informations et réflexions, et en respectant la division en quatre chapitres de chaque partie que j’avais indiquée dans mon introduction générale, voici ce que je vous propose :

– chapitre 1 : L’effondrement économique ;

– chapitre 2 : Quand les tyrans appuient sur le bouton ;

– chapitre 3 : Les éléments déchaînés ;

– chapitre 4 : Les machines au pouvoir.

C’est parti. Habitants de 2100, voici l’enfer auquel vous avez échappé.

Chapitre 1 – L’effondrement économique

Début 2025, ceux qui auraient eu les moyens de corriger les erreurs les plus graves procrastinaient encore. J’écris « ceux qui auraient eu les moyens », car quand on est dans la survie (en raison d’une guerre, de la pauvreté, de la maladie), toutes les facultés sont tournées vers le court terme, pour éviter la mort, et c’est compréhensible. Mais les dirigeants et les populations du G20 (pour faire simple les 20 pays alors les plus puissants de la planète) étaient eux en capacité de modifier leurs comportements ; ils ont pourtant préféré pérenniser leurs habitudes. Je ne jette pas la pierre : peut-être est-il impossible pour les gouvernants comme pour les peuples de se séparer volontairement des biens matériels et des distractions dont ils ont pris l’habitude ? 

Il me semble que c’est au niveau financier que l’on aurait pu éviter les dérives, donc les drames, notamment interdire et rendre impossibles les endettements. En permettant aux particuliers, aux entreprises, aux États d’emprunter toujours plus, et aux banques de prêter en conséquence (celles-ci savaient qu’en raison du « too big to fail » les États venaient à leur secours en cas de besoin), les pays déjà riches ont reporté sur les générations suivantes les charges du remboursement, vécu au-dessus de leurs moyens et aggravé des déséquilibres (épuisement de la terre, addiction à la consommation, abêtissement) qui ne pouvaient que se transformer en problèmes gravissimes. C’est bien connu : plus on recule le moment d’affronter une difficulté, plus celle-ci grossit et plus le combat est rude. Et quand la vague du tsunami est formée, on ne peut pas l’empêcher d’engloutir le rivage et le paysage. 

En écrivant ce chapitre, je n’ai pu que constater la logique implacable des événements, qui auraient très bien pu être évités si on avait agi quand il était encore temps. Le plus incroyable est que beaucoup de gens ont souffert et sont morts à cause de l’argent, surabondant. Mais cet argent fut si mal utilisé entre 2000 et 2030 qu’il entraina des catastrophes.

1A – La chute de la France et l’effet domino

Les économistes, les politiques, et les papoteurs du samedi soir s’étaient souvent demandé, avant, à quoi ressemblerait le krach qui, cette fois, vu les sommes en jeu et la déconnexion totale de ces sommes avec les réalités matérielles, serait rien moins que phénoménal, et dramatique (en 2029, seules 4 % des transactions financières dans le monde concernaient des biens et des services). On se perdait en conjectures dans des articles contradictoires et des débats stériles, en finissant parfois par se convaincre, parce qu’il fallait bien conclure et trouver des raisons de se lever le lendemain, que finalement le pire n’adviendrait pas, autrement dit que la logique ne serait pas respectée. Et c’est vrai que ce moment fut tant de fois repoussé – on se remit des chocs pétroliers des années 1974-1979, on se remit de la bulle internet des années 2000, on se remit de la crise des subprimes et des dettes souveraines en 2007-2012, on se remit de la création de liquidités pour lutter contre la pandémie de covid-19 entre 2020 et 2022 – que l’on pouvait croire que la fête durerait encore un peu, au moins jusqu’à ma mort, et après moi le déluge !

Hélas. La fuite en avant a ses limites, et les mathématiques sont une science exacte, à la différence de l’économie, qui mériterait le titre de science inexacte, pour une raison simple selon moi : l’économie essaye de rationaliser des comportements avant tout guidés par l’émotion. Un bon économiste, si cela est possible, doit être au moins bon psychologue. Et ce qui advint en 2029 le prouve une fois de plus.

On dit que l’histoire ne se répète pas, et en effet le plus souvent elle ne se répète pas, même si quelques causalités demeurent, liées à la permanence des désirs humains à travers les siècles, donc à la psychologie de ces êtres humains. L’effondrement économique de 2029 n’est pourtant pas sans rappeler celui de 1929. On peut même dire qu’il en est la conséquence assez directe, pour deux raisons :

– c’est pour amortir les conséquences du krach de 1929, le fameux « jeudi noir » de Wall Street (ruine des épargnants, chômage de masse, antiparlementarisme, montée des fascismes), que l’on prit l’habitude de faire intervenir les États dans le jeu économique (mise en place de politiques de type keynésiennes, du nom de l’économiste John Maynard Keynes), tout en laissant toute latitude aux banques de continuer à financer des bulles spéculatives et aux particuliers de s’endetter encore. Entre 1929 et 2029, ce que j’appelle la conjugaison des endettements n’a cessé de se renforcer, dans une irresponsabilité générale entraînant la déconnexion complète des valeurs réelles et des circulations monétaires ;

– l’économie étant basée sur la confiance, la confiance dans les capacités du système à « tenir »  ne cessa de faiblir au fur et à mesure que l’on approchait du mois d’octobre 2029. Les opérateurs amateurs et professionnels constataient la similitude des situations et anticipaient un effondrement, en bonne partie provoqué par leurs craintes, au demeurant justifiées. C’est parce qu’on redoutait l’arrivée de 2029, en raison des endettements fous et des souvenirs du siècle précédent, que 2029 se passa mal. Cette fois l’histoire résonnait, et l’écho fut assourdissant. 

C’est assez logiquement la France qui s’effondra la première et entraîna le monde entier dans sa chute. La France n’était pas un pilier de l’économie mondiale, mais elle était tout de même un pan de mur porteur. Surtout, elle était un pays qui cumulait des données économiques explosives car tout à fait antinomiques : les dépenses sociales les plus fortes et le temps de travail le plus faible, des prélèvements obligatoires excessifs sur les classes moyennes et des niches fiscales encourageant la rente et la paresse, un déficit public abyssal et des effectifs exorbitants de fonctionnaires pour une productivité dérisoire, une consommation soutenue par l’argent public dilapidé dans des importations de produits étrangers, des savoir-faire perdus faute de réindustrialisation, une société dopée aux loisirs et aux vacances, des programmes scolaires inadaptés aux capacités et aux besoins des élèves.

Malgré ces paramètres alarmants, les Français parvinrent à soutenir étonnamment longtemps un train de vie bien au-dessus de leurs moyens, l’image du pays demeurant bonne aux yeux des investisseurs internationaux, alors même que ses fondations vacillaient. En 2024, la France crut encore qu’elle avait réussi à charmer le monde grâce aux Jeux Olympiques de Paris arrachés 7 ans plus tôt en se prostituant devant le C.I.O., et à sa cathédrale Notre-Dame pourtant bâtie elle 700 ans plus tôt, mais dont le toit avait dû être reconstruit après un incendie. L’argent facile apparu dans les années 1980, institutionnalisé dans les années 1990, devenu illimité dans les années 2000, couplé avec un assistanat incitant aux réclamations et à la déresponsabilisation, aboutit à une illusion générale et une gestion catastrophique des finances publiques. 

Moyennant quoi les partenaires européens d’abord, excédés par cette France donneuse de leçons qui ne tenait pas un seul de ses engagements, finirent pas ne plus tenir compte de l’avis de Paris et même à mettre le pays au ban de l’Europe (la signature en 2028 de l’accord de coopération humaine et industrielle entre l’Allemagne, l’Italie et la Turquie marqua la marginalisation de la France par rapport à un centre de gravité européen dont elle était exclue, en raison de son arrogance et de son inconséquence). 

Ce furent ensuite les grands groupes internationaux qui, lassés des incessants changements de cap gouvernementaux et des grèves à répétition, se désengagèrent de tout projet d’implantation durable, ou même temporaire, dans l’Hexagone. Le coup de grâce fut enfin donné par les investisseurs institutionnels (les fameux zinzins, autrement dit les marchés) qui, après moult alertes lancées notamment sous forme de notes dégradées des agences Moody’s, Fitch, Standard & Poor’s, refusèrent à la France sa perfusion mensuelle de milliards, à moins qu’elle accepte des taux d’intérêt qui, entre juillet 2027 et juillet 2029, augmentèrent de 150 % (de 2,5 à 6,25 %). Cela signifiait en gros : ou vous passez au pain et à l’eau dès maintenant, ou vous n’aurez ni pain ni eau dans 5 ans. La Banque Centrale Européenne baissa ses exigences comptables, déjà très lâches, pour permettre aux banques privées d’acheter des obligations bleu-blanc-rouge, mais cela ne changea pas la tendance : la dette française ne faisait plus recette, car on n’avait plus confiance dans la capacité de l’État à la rembourser, même à long terme.

La monnaie de la France étant l’euro, donc la même que celle de 26 autres pays, les économies étant très liées les unes aux autres, une panique s’empara des marchés, qui, par une irrationalité dont ils avaient le secret, se mirent à anticiper une insolvabilité non seulement de la France, mais aussi de l’Italie, du Japon et des États-Unis. Cette irrationalité était paradoxalement un sursaut de lucidité : on admettait enfin que les dettes publiques et privées de ces quatre pays avaient atteint de tels niveaux qu’elles ne pourraient jamais être remboursées. Ce qui apparaissait comme une évidence depuis au moins 20 ans était finalement pris en compte, alors qu’il n’y avait plus de solution.

Les banques centrales – la BCE européenne, la FED américaine, la Banque du Japon – furent alors placées devant un dilemme : ajouter encore des liquidités dans une économie mondiale qui en avait déjà beaucoup trop (l’argent des trafics, du tourisme et des paradis fiscaux le montrait assez), ou enfin cesser la fuite en avant. On pouvait aussi résumer le problème de la manière suivante : laisser les quatre pays incriminés revenir à la réalité, aussi brutale soit-elle, pour sauver le système qui globalement avait donné des résultats plutôt bons entre 1980 et 2020, ou alors continuer à garantir des emprunts qui prolongeraient les tendances suicidaires, ne seraient jamais remboursés, et n’empêcheraient peut-être pas l’effondrement en cours.

Les banques ne virent pas d’autres possibilités que d’arrêter les frais. Tout dès lors alla très vite. En France, le gouvernement à cours de ressources supprima 75 % des niches fiscales et 50 % des allocations sociales. Il ne renouvela aucun contrat de personnel travaillant dans l’administration (les collectivités locales furent invitées à faire de même sous peine de voir leurs dotations réduites de 50 % l’année suivante), il gela tous les indices, minimum vieillesse et salaire minimum y-compris. Dans un deuxième temps, car cela ne suffisait toujours pas, il supprima purement et simplement certains services publics, nous en parlerons dans notre troisième sous-chapitre. 

Comme bien entendu une écrasante majorité de députés refusa ce remède, le gouvernement fut renversé par une motion de censure recueillant 89 % des voix. Mais en arguant d’une part de la possibilité d’agir par ordonnances (article 38 de la Constitution de la Ve République), d’autre part de son devoir de « gestion des affaires courantes », le gouvernement prit officiellement ces mesures. Toutes furent contestées devant le Conseil Constitutionnel, qui, à la fois respectueux du droit et lâche, les invalida. Elles furent cependant appliquées car… il n’y avait pas d’autres choix. Personne ne peut donner la pièce qu’il n’a pas dans sa poche.   

Les bourses bien évidemment amplifièrent le mal. Au cours des mois d’octobre et novembre 2029, de gigantesques sommes d’argent furent retirées, déplacées, replacées. Cela entraîna dans un premier temps des chutes spectaculaires de valeurs : les actions Total, Airbus et LVMH chutèrent de 85 % en deux mois. Dans le même laps de temps, le CAC 40 chuta de 67 %, le Dow Jones de 54, le Nikkei de 72… Les obligations d’État françaises, italiennes, espagnoles, grecques, d’autres encore, ne trouvèrent pas preneurs, quels que soient les taux.  Autrement dit, les États ne pouvaient plus se financer, ni à la Banque Centrale qui ne voulait pas augmenter la masse monétaire, ni sur les marchés qui ne prêtaient plus. Bien entendu, des petits malins, dont beaucoup travaillaient pour le compte d’institutions prestigieuses (les banques Société Générale, HSBC, Crédit Suisse, Goldman Sachs, les fonds souverains de plusieurs États, le gestionnaire d’actifs Blackrock) spéculèrent à la baisse des valeurs de groupes économiques, d’États, de fonds concurrents… 

Très vite, les mouvements et les chutes furent tels que les cours furent suspendus, d’abord au Nasdaq de New York, puis ensuite dans toutes les bourses du monde. Car les chiffres tournaient si vite, montaient si haut et descendaient si bas qu’ils ne voulaient plus rien dire. Même le trading haute fréquence était inopérant, les ordres ne correspondaient plus à rien, le sens était perdu. D’autant que, je vais en parler juste après, les conséquences sociales et sociétales étaient terribles. Les premiers financiers shootés d’une balle dans la tête à la City de Londres, et le lendemain à Wall Street, filèrent les chocottes à toutes les chemises blanches de la planète. Les marchés, pourtant habitués à la violence et à l’irrationalité, étaient dépassés, engloutis par leur propre folie.

Comme il n’y avait plus d’argent pour acheter les produits qui sortaient des porte-containers partis de Shanghai, le commerce ralentit, des usines fermèrent en début de chaîne, des magasins en bout de chaîne. En 2030, le commerce mondial diminua de 28 % par rapport à 2029 (pour mémoire la chute n’avait été que de 5 % entre 2019 et 2020 au moment du covid). Le taux de chômage monta jusqu’à 35 % dans les pays de l’OCDE. Les entreprises comme les particuliers n’investirent plus, mais au contraire tapèrent dans leurs fonds propres, pour celles et ceux qui en avaient, et tant qu’il y en avait. Mais il n’y en avait plus beaucoup, voire plus du tout.

Une des conséquences les plus directes de cet effondrement fut le non paiement des salaires. Là, on ne pouvait pas plus concrètement sentir que le monde avait changé. Quand des centaines de milliers de salariés français, des centaines de millions dans le monde, du public et du privé, n’ont plus reçu leur salaire à la fin du mois, le réveil a été brutal pour ceux qui n’avaient jusque-là jamais connu la pauvreté. Les fonctionnaires n’en revenaient pas. Certes l’État garantissait qu’ils seraient payés, mais « dans les 6 mois, selon le rétablissement des capacités financières du Trésor Public ». Des gens qui n’avaient aucune idée de ce que c’était que « se serrer la ceinture » durent rogner sur leur budget sorties, shopping, et, crime de lèse-majesté en France, vacances. Ceux qui ne touchaient que le salaire minimum durent eux rogner sur leur nourriture. Le chiffre d’affaires de la loterie nationale et la consommation de tabac diminuèrent du même pourcentage entre 2029 et 2032 : 65 %. Ces drogués privés de leur dose étaient donc à point pour ajouter la violence à l’incivisme. 

(sections B et C vendredi prochain : Le déchaînement de la violence sociale, L’explosion de l’hôpital et la fin de l’université)

5 commentaires

  1. Quand le lecteur de 2025 se dit que ce qu’écrit M. Roubert pourrait advenir, un doute et une inquiétude s’installent en lui.

    Prospective, anticipation, « économie-fiction » : il y a un peu de tout ça dans ce texte.

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