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La neige commençait à recouvrir la pelouse, les thuyas, le figuier. Comme elle était rare, je ne me lassais pas de la contempler depuis la fenêtre de mon bureau, de plain-pied sur le jardin. Ce moment de la chute arrêtait le temps. Sous la pureté des flocons, les mouvements des hommes devenaient incongrus. La neige en plus étouffait les sons, adoucissait les bruits. Quand elle se mettait à tomber, le monde disparaissait, un autre apparaissait.
À cet instant, la femme que je n’attendais plus a surgi. Et je ne peux m’empêcher de rapprocher les deux phénomènes. En conscience ou pas, elle a profité de la transformation de la nature pour modifier l’état de deux individus. Parce qu’elle venait du portillon qui donne sur la rue, elle est arrivée dans l’encadrement de la fenêtre par la droite. Comme je ne regardais pas l’écran de mon iMac mais la neige, je l’ai vue tout de suite. Du moins j’ai vu d’abord une forme, ensuite une fée, blanches, avant que mon cerveau tire une conclusion sensée de ces éléments.
Elle s’est tournée vers moi. Au milieu du blanc de la neige, du blanc de son bonnet, du blanc des barreaux de la fenêtre, son visage rose et ses yeux bleus se détachaient. Des mèches blondes coulaient devant ses oreilles. Un ange s’était posé devant moi.
C’était une fille que j’avais courtisée sans succès. Cela n’avait pas été facile pour moi, ce n’était jamais venu tout seul, mais jusqu’à peu j’avais réussi à vivre au moins une belle histoire chaque année. Désormais, je traversais un désert sans fin, j’étais devenu invisible. Pourtant, je n’avais jamais cessé de lancer des bouteilles à la mer, c’est-à-dire des mots, des messages, des sourires, des invitations… Parce que j’y croyais. Parce que je me disais qu’un jour ça marcherait. À force. C’était mathématique. Une belle aurait besoin de moi, envie peut-être, et me remarquerait, ou se souviendrait.
Il a fallu 6 ans. 2190 jours, et puis ce jour est arrivé : une femme qui me plaisait a débarqué chez moi.
Elle est restée. Pendant deux ans. Qui sont passés à toute vitesse. Je donnerais ma vie pour ces deux années. Voici ce qu’elle m’a dit lorsque, me levant à son apparition, je suis sorti et que nous nous sommes retrouvés devant la porte d’entrée :
– Il ne me reste plus beaucoup de temps. Si tu es d’accord, je veux terminer ma vie avec un homme bien. Pour une fois. J’ai toujours été attirée par des connards et des mauvais garçons. Je ne sais pas si je le regrette, c’est ainsi. Maintenant, c’est avec toi que je veux être. Tu sauras m’aimer et je crois que je saurai aussi.
Elle m’a rendu heureux, je l’ai rendue heureuse. Elle m’a même répété :
– J’aurais dû être malade plus tôt.
Ce ne sont ni la santé ni la durée qui garantissent le bonheur.
(et 195 histoires à lire et à relire sur http://www.desvies.art)
Indéniablement.
Mais c’était un ange…
Séverine
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C’est une très belle histoire en ce début d’année !!!! MERCI. Chadia
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Merci Chadia. Heureux de vous voir ici, je vous souhaite de belles histoires pour cette année, fictives et réelles. Py.
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Un peu de blanc, un peu de noir…la neige a cela de magique et de triste à la fois.
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c’est ce que j’allais dire : magnifique! Ça fout les larmes aux yeux mais c’est bon.
bonne année à tous.
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un texttte magnifique
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