Journal de femme de ménage – 15e épisode : C le début de l’été, c triste

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Mardi 25 juin

Jai presque pas dormi de la nuit, même avec mon cachet. Je vais retourner voir le médecin toute façon, obligé. Bien sur, ça tourné dans ma tête. Après Julie, jai repensé a Adri, mon neveu arêté par la police. Mince alor, keske ils ont ces jeunes a faire n’importe quoi ? 

La journée a été dur. Les collègues mon di que j’avais l’air fatigué, jai pas di le contraire. 

– T’as des soucis ? mon demandé Florence et Pat.

– Pff… Jen ai toujour.

– Mais là, t’en as un plus gros ?

– Peutêtre.

– Tu veux pas nous en parler ?

– Vous me connaissé.

– Qu’est-ce que t’es bourrique, purée !

Cette remarque de Pat nous a fait rire, et on est passé a autre chose, je préfère.

A 2 heures en rentrant, keske je trouve dans la boite aux lettres ? Une lettre de la banque. Pas signé Sauvade, un nom que je connais pas. Jai pas compri un mot sauf une chose : pour mon découvert il faudra que je paye 17 % au lieu de 12 %. Donc jai pas assez de sous, et pour m’aider ils vont men prendre un peu plus. Très genti, très inteligent, merci. Heuresment, ils écrive pas combien je dois pas dépasser. Je sais cest 200, mais come souven je suis plus découvert que 200, je préfère que ça soye pas marqué.

Je mai écroulé sur mon lit, jai dormi et a 3 heures et demie, qui cest qui me réveil au téléphone ? La proprétaire.

– Mme Semos ? Je voulais vous dire : le prélèvement du mois de juin a été refusé. 

– …

– Il faut voir avec votre banque, Mme Semos. Et vite. On est à la fin du mois et votre loyer n’est pas payé, ce n’est pas acceptable. Mme Semos ?

– Oui…

– Vous avez bien compris , Il faut régulariser très vite. Sinon je ne pourrai pas vous garder. Vous connaissez la règle : pas de loyer, pas de logement… On est d’accord ?

– Oui…

– Très bien. Je compte sur vous. Au revoir Mme Semos.

Heuresment que j’étais complètment endormie, sinon j’auré di des bêtises. Des horeurs. Même mintenan, j’arive pas a m’afoler pour ça. Bien sur cest très grave si elle nous met dehor. Mais je peu pas faire plus que ce que je fais, je peu pas gagner plus, je peu pas travailler plus, je peu pas dépenser moins (si j’arête les cigarettes je déprime a cou sur). Alor ce loyer je sais pas pourcoi il a pas été prélevé. Jai bien vu la dernière fois que Sauvade était pas très content et qui me disé qui alé avoir du mal a me défendre. Peutêtre qui savé que le prélèvment seré refusé, et que les frais pour le découvert alé augmenter ? Il a pas osé me dire. Peutêtre pour pas m’angoisser. Il est pas méchant, je vois bien, il fait son travail en essayant de comprendre les gens, tout le monde est pas come ça.

Alor je vais pas bouger pour le loyer. Je vais atendre que Sauvade m’apel et si mapel pas, on verra bien si le prochain loyer est prélevé. Elle va pas nous faire un scandale l’autre salope, surtout que la CAF verse directemen a elle et que cette partie elle la touché forcémen.

Jai pensé une chose toutaleur, en passant la serpillère chez Delaunay. Je me disé que peutêtre avoir des problèmes ça m’aidait a pas m’ennuyer et a pas déprimé. Je sais pas si je m’esprime bien. Cest vrai jai pas une vie drole, cest la galère et je sor jamai et je par pas en vacance, alor je pouré avoir envie de me tiré une bale. Et ben non, parce que jai toujour quelque chose a faire, plus urgent, come si je pensé bon dacor tu va te tirer une bale, mais dabor faut que tu réflechisse a quoi acheter et doné a manger aux filles, a porter ce papier pour la CAF ou pour la vocate, a laver ta blouse pour ton travail, a surveiller Morgane et Julie, a aler voir M. Sauvade pour s’excuser pour le découvert qui est dépassé désolé. Ecétéra ecétéra…  

Jeudi 27 juin

Au gymnase ce matin, le concierge était avec moi, je sais pas pourcoi, il avé pas l’air d’avoir granchose a faire. Come il me laché pas, jai u peur qui m’embête, mais non. Je sais pas ce que pensé sa femme, juste a coté dans la petite maison. Il est toujour a se plindre contre la mairie, le maire, le service des sports, les services techniques. Persone fait jamai rien come il faut, d’après lui ! Je comprené pas bien ce qui disait, je conais pas les noms et puis je men fous un peu.  

Jai lavé ce que je devé lavé. Il ma pas fait de remarque, mais peutêtre qui surveillé mon travail. Bon enfin, je vais pas m’afoler pour ça.

Vendredi 28 juin

La paye est tombée. Je vais pouvoir comencer un nouveau découvert…   

Aujourdui, c’était presque le dernier jour de l’école. On travaille encore lundi et mardi, mais ya bocou d’élèves qui vont pas venir et puis ils vont pas travailler bocou. Déja, depuis quelques semaines, faut voir les récréations come elles dure lontan : souven quand je pare a 2 heures, ils sont même pas encore rentrés dans les classes…

Mais le plus important, c’était a l’école de Morgane : la fête de l’école (dans celle ou je travail y’en avé une vendredi dernier, mais nous les femmes de la cantine on était pas invité. On est pas inteligente come des maîtresses, mais cest pas très corect je trouve). Morgane était exité come une puce bien sur, et Julie faisé la tête parce qu’elle voulé pas aler « chez les bébés ». Bon enfin, je lui ai pas laissé le choi.

Come c’était a 19 heures, j’avé demandé a M. Delaunay si eceptionelment je pouvé faire 16 h 30 – 18 h 30 au lieu de 18 h – 20 h. Il m’avé di pas de problème. Donc je suis vite rentré a six heures et demie pour récupérer les filles. Morgane devé être a 7 heures moins le quart parce que le spectacle comencé a 7 heures, et avant elle devé mettre son costume quelle avé fabriqué, elle a pas voulu me dire ce que c’était, c’était une surprise, mais plusieurs fois ces derniers jours elle avé pas pu s’empêché de parlé, et jai compri quelle seré déguisé en souri.

On a aussi emporté un gâteau qu’on avé préparé toutes les deux hier. Bon cest un gateau avec une pate déja presque faite, on a juste ajouté du beure et de l’eau, on a mélangé et on a mi au four. Il été beau quand on la sorti, et Morgane a voulu le décorer avec des M&M’s qu’on avé acheté esprès (ça coute 1,20 € ces cochoneries). Ce soir, ça va, il été encore beau. Parce que y’avé un picnic après le spectacle de l’école et chaque parent devé aporter quelque chose.

Le spectacle était pas mal, même si c’était un peu long, surtou entre les classes. Elles passé l’une après l’autre, en comensant par les plus petits. C’était surtou des danses ou des chansons. La sale était trop petite, on avé trouvé une place au dernier ran avec Julie, mais on été serré et y’avé du monde debou derrière nous. Morgane était drole avec son tutu gris, ses oreilles de souri en carton et ses moustaches en maquillage. Elle était sérieuse, on voyé quelle s’apliqué. Julie a pri des photos avec son téléphone. 

Après, la directrice est remonté sur la cène – elle avait déja fait un discour au débu. La, elle a di qu’on alé diner tous ensemble sur les tables disposé sous le préo. Tout ce qu’on avé amené était posé, et des mamans avé préparé et mi des assiettes en carton, des verres et des couvers en plastic. On nous a servi un apéritif, du vin qui pétille pour les parents et du ju de fruit pour les enfants. Jai préféré ju de fruit.

– Maman, je veux rentrer, a di Julie. Y’a que moi de mon âge, je connais personne.

– Moi aussi je conais personne, mais je fais un éfort. Cest importan pour ta seur qu’on soye la. 

– Pff… elle s’en fiche elle nous voit même pas, elle joue avec ses copines. 

– Comence pas, Julie. 

– Mais quoi ?! Je m’ennuie ici, avec qui tu veux que je parle ?

– Avec ta mère et ta seur par exemple. Même si cest moins intéressant que d’embrasser les garsons du lycé…

Boum ! Trop tar, c’était sorti, je pouvé plus ratrapé. Je sé pas ce qui ma pri, cinq segondes avant je pensé pas du tout a ça. Julie sest arété net. Elle ma regardé dans les yeux, moi aussi je lai regardé, on se fixé. Sans un mot. Peutêtre ça a duré que deux segondes je sé pas, jai canmême vu que des larmes vené dans ses yeux. Et puis elle sest tournée et elle est partie vers la sortie en marchant très vite :

– Julie !

Elle ma pas écouté, et je voulé pas crier pour pas faire un scandale. Et jai pas u la force de lui courir après et de la ratrapé. Je me trouvé toute seule come une con au milieu de la cour avec plin de gens autour qui parlé fort et des enfants qui couré partou en poussant des cris. Jai apelé sur son téléphone, bien sur elle ma pas répondu.

Jai alumé une cigarette, je mai retourné et je mai avancé vers la table ou y’avé lapéritif, jai repri des chips et jai demandé un verre de vin pétillant. Je lai bu dun cou, je mai étranglé et je suis été en prendre un autre un peu plus loin qui été posé sur la table. Il falé que je reste calme, c’était la seule solution. Julie avait ses clés, elle alé rentré a la maison, on s’espliqueré plus tar. Pour linstan, il falé que je reste la pour Morgane et que ça se passe bien. Elle vené tourné autour de moi avec ses copines, et elles repartait faire les foles au bou de la cour.

Heuresment, un monsieur a coté de moi ma parlé et je mai senti moin mal a l’aise.

– Excusez-moi, vous êtes la maman de Morgane, qui est en CE2 ?

– Oui. Bonjour.

– Bonjour. Moi je suis le papa de Paul, en CE2 aussi. Et Paul nous parle souvent de Morgane, à la maison.

– Ah bon ? 

– Oui, je crois qu’il l’admire beaucoup. S’il était plus grand, je dirais qu’il est amoureux…

– Oh… Ils ont le tan pour ça. Toute la vie ça va les ocuper, faut pas comencer tro to.

– Vous avez raison. Mais enfin, Paul nous parle souvent de Morgane – les sauts qu’elle fait dans la cour, ses dessins, ses remarques –, alors qu’il ne parle presque jamais d’autres filles. À cet âge, ils ne se mélangent pas. 

J’étais embétée. Ce Paul, Morgane men avait jamai parlé. Jai demandé au Monsieur de me le montrer, jai di qu’il était minion pour être poli, mais je l’avais jamai vu. Sa mère était la aussi, elle discutait ailleur, et son mari me la présenté. Jai bu encore un verre de vin qui pétille, je comencé a crever de cho mais je pensé moins a Julie qui était partie.

Jai demandé a Morgane de me faire visiter la cour et sa classe. Elles était 5 pour me guider, et elles parlé toutes en même tan, c’était drole, même si j’étais triste. Pour le repas, heuresment c’était un bufet, chacun prené ce qui voulé dans les assiettes et les saladiers et vené s’assoir sur un banc devant les planches sur les trétos. Y’avé plin de charcuterie, même de la viande froide, et des tones de salades, de ri, de tomates, de pomes de terre, de maïs…  Jai pri du roti de veau, enfin je crois que cest ça, du jambon et du saucisson (ça fait grossir mais j’adore), et puis un peu de salade et aussi des cœurs d’artichaus, j’en mange jamai mais j’aime bien. 

Je mai assi a coté de la maman de Marjorie, la seule que je conaissé un peu. Elle a été gentille, elle ma di qui faudré que Morgane vient passer une journée chez sa copine au mois de juillet. Jai di dacor. 

Un monsieur en face de moi a proposé du vin rouge et jai tendu mon verre. Je sé pas si cest a cause de ça, mais a coté y’avé un autre homme qui a comencé a raconté des blagues, je mai mi a rire come une malade. Il faut dire qui raconté bien, il était vraimen très drole. Ça m’empêché pas d’être triste. J’avé cho, mais cho, il faisait lour, il alé faire orage.  

Au bou d’un momen, j’entendé plus les blagues, j’entendé plus rien, j’arivé plus a capter, je mai remi a pensé a Julie. Jai encore essayé de l’apeler, pas de réponse. Et si elle était alé se consoler avec un garçon et faire une bêtise ? Ce seré le pire pour moi. Jai u envie de pleurer. Ça du se voir, parce ce que une maman ma di, pas celle de Marjorie une autre :

– Ça va pas ? Vous avez l’air toute triste ?

Ça ma un peu réveillé, je mai secoué :

– Excusémoi, je suis fatiguée cest tout.

– Oui, c’est la fin de la semaine.

Oui, cest la fin de la semaine, et après le ouiken, et encore une autre semaine, et un autre ouiken, et une autre semaine, et insi de suite, jusqua qu’on meure, a quoi sa rime tout ça, quelqu’un peut m’espliquer, cest pas un peu débile ? 

Tout le monde avé l’air heureu, mais moi j’avé un blouz terible, et je pouvé rien y faire. Le momen des desserts est venu, ouf, tous les gataux été mélangés, jai pas mangé suila qu’on avait fait, je me suis retrouvé avec un gatau citron, pourcoi pas, pas mauvais, mais j’avé pas faim.  

Je mai retrouvé avec encore du vin dans mon verre, mais je l’ai pas bu. Jai vu un monsieur qui se levé pour fumer une cigarette, alor jen ai profité jai fait pareil, mais je mai éloigné un peu. Des enfants faisé une farandole et ils passé partou, ils se bousculé, certains tombé. La nuit aussi tombé, même si c’était un des jours les plus lons de l’année. Je mai encore rapelé le feu de sinjan a Blanzey : les flammes dans la nuit, quand mon père me fesé sauter odessu, quand on joué a cache cache avec les copins les copines, quand Pierot m’avé embrassé… 

Jai aidé a débarassé les assiettes et les couvers, mais pas tro parce que j’avais la tête qui tourné. Keski m’avait pri de boire du vin ? Keske je croyé : que ça va changé ma vie ? Ma pauvre Victoria… 

Après jai apelé Morgane pour quon rentre. Bien sur il a falu que je mi reprenne a dix fois. 

– 5 minutes !

– Non Morgane, tu ma déja di 5 minutes.

– On fini la course !

Ça duré un quart d’heure. La seule bone chose, enfin je sais pas si cest une bone chose, cest que jai vu sa maîtresse, qui ma di quelque chose pluto bien :

– Elle est volontaire, votre fille. Même quand elle a du mal a comprendre, elle s’accroche. Elle veut y arriver.

– Elle s’agace pas, quelquefois, quand elle y arive pas ?

– Si, cest vrai, mais si on est là pour lui réexpliquer, alors elle reprend, jusqu’à ce qu’elle y arrive. Cest une bonne attitude.

– Merci.

Eski falait dire merci ? Jai rien trouvé d’autre. 

L’angoisse ma repri quand on est rentré. Alor jai tro fumé, obligé. La nuit était tombé, mais il faisé encore cho, l’orage va surmen éclater cette nuit. Je me demandé coment j’alé trouvé Julie. Même j’avé peur quelle soye pas a la maison, la ce seré la catastrophe. Morgane parlait toute seule, elle portait dans un sac son déguisment de souri, et deux parts de gatau qu’on m’avait doné.  

On était au début de la rue que déjà j’entendé la musique du voisin du premier étage. On va encore bien dormir… En entrant dans l’imeuble, la musique était encore plus forte ; je sais pas coment les voisins du 2e peuvent suporter ça. Cest qui doive pas être la. Même la vieille au 4e, et ceux d’en face. Ils ont qua gueulé aussi !… Bon, la, cest a peine 10 heures, cest vendredi soir, cest l’été. On peut pas tro dire quelque chose, mais canmême il pouré pensé un peu aux autres, ce salo. 

Jai tourné la clé, jai fait entrer Morgane, et jai refermé la porte a double tour. Jai posé mon sac et jai apelé :

– Julie ?

Pas de réponse. Je suis été voir au salon, persone. Persone a la cuisine non plus.

– Maman, elle dort !  

Morgane avait ouvert la porte de leur chambre. Je suis été voir, Julie était dans son lit, en chemise de nuit, sous son dra, tournée contre le mur. 

– Fais pas de bruit, jai di a Morgane, et étin ta lampe.

– Mais coment je vais mettre mon pijama ?

– On laissera alumé juste celle du couloir. Toute façon, tu va dabor te doucher. 

Jai étin la lampe de Morgane et je lai poussé dehor. Et puis je sais pas ce qui ma pri, je me di mintenan cest parce que j’avé bu, je suis été vers Julie et je l’ai embrassé sur les cheveux, et jai même di dousmen : « Dor bien, ma fille ».

Samedi 29 juin

L’esplication a u lieu a la fin du petit déjeuné. Le samedi et le dimanche, souven je leur fais un chocolat cho, jai plus de tan. Julie s’est levé vers 9 heures et demie, Morgane a 8 heures et demie je pense, moi a 9 heures. J’avé di hier a Morgane, tu me réveille pas sil te plait, tu met tes chaussons et ta robe de chambre et tu va regardé les dessins animés. Elle a obéi.

Quand Julie est venu prendre son petidej, Morgane été retourné au salon, pour dessiné. Peutêtre pour son copin Paul ? Entouca, elle a ressorti la boite que je lui avais ofert a Noel, sa faisé lontan. Donc j’étais tranquile avec Julie, je m’été refait un café (et je fumé une cigarette bon dacor). J’avé mal au ventre et a la tête a cause du vin et de la charcuterie de hier soir. Avant de m’endormir hier – j’étais crevée mais jai mi lontan – j’avé préparé dans ma tête qui tourné ce que j’alé dire a Julie.

– Je m’escuse pour ce que je tai di hier sur les garçons du lycé, cest sorti tout seul, j’avais pas prévu.

– Pas grave.

– Un peu canmême.

– Cest Mme Gélinas qui t’a di ça ? Qu’est-ce qu’elle t’a dit, d’abord, cette andouille ?

J’étais content que ce soye elle qui parle de la prof, come ça on pouvé parler tout de suite du problème. 

– Elle ma di que tu suivais moins, que tu rêvais pandan les cours. Et que… les professeurs t’avé vu embrasser des garçons du lycé…

Cette fois elle a pas u les larmes dans les yeux.

– C’est arivé que deux fois. Et pourquoi ils se mêlent de ça ?

– Ils sen mêle pas. Eske ils ton empéché ? Non, alor. Mais ils l’ont vu. Et ils trouve que cest dangereu, alor ils men parle, parce que je suis ta mère. Moi je trouve que cest pluto bien de leur pare.

– Dangereux… C’est n’importe quoi !

– Oui, cest dangereu. Tu a juste 13 ans Julie, cest tro jeune pour te servir de ton cor.   

Elle baissait un peu la tête, et moi aussi j’avé du mal a la regardé dans les yeux, cest pas facile come discussion.

– Jai rien fait avec mon corps, non mais ça va pas ?

– Ta bouche, elle fait partie de ton cor. Et les garçons, ils ont des mains. Et même autre chose que des mains. Et ils sont plus forts que toi, surtou si ils ont 17 ans.

– Mais c’était juste des bisous, et c’était deux garçons que je connais et que… j’aime bien… Je fais pas ça avec n’importe qui, pour qui elle me fait passer l’autre folle ?

– Parle pas come ça de ta maîtresse.

– Ma prof !

– Parle pas come ça de ta prof. Et ces garçons… Tu es sortie avec eux ? 

– Pas longtemps, cest fini.

– Mais… tu a été chez eux ?

– Chez le premier, oui. Mais t’inquiète pas, il s’est rien passé. 

– Cest tro dangereu. Je veu pas que tu fasse ça, Julie.

– Mais si je te demande l’autorisation, tu me diras non !

– Je diré non pour aler seule chez un garçon, mais tu sais bien que je di souven oui pour que tu va voir tes copines. Et au mois d’out, cest même moi qui te paye des vacances a la mer avec plin de garçons et de filles !

Ça j’avais pas pensé a le dire, cest venu a ce moment la, et cest bien tombé, j’étais contente de moi. Ça lui montré que je l’empêché pas de sortir, au contraire, et ça lui rapelé que je voulé quelle fasse sa colonie.

On est resté en silence pendan trente segondes, et puis jai demandé :

– Ces garçons, tu étais amoureuse d’eu ?

– À ton avis ?

– Je sais pas, je te demande.

– Ben oui ! Quand on sore avec quelqu’un cest qu’on est amoureux !

Je préféré quelle me dise cette réponse.

– Et eu, ils t’aimé ?

– Maman !…

– Tu veu pas me répondre ?

– Non, ça me gêne.

– Et vous êtes plus ensemble ?

– Cest fini, je te dis.

– Alor cest que ils t’aimé pas bocou, et toi non plus tu les aimé pas bocou.

– Qu’est-ce que t’en sais ?

– Je sais que tu a 13 ans et a 13 ans on conaît pas encore bien l’amour. Et même a 17 ans. On sé pas si on est amoureu ou pas, cest dificile de savoir. 

– Tout le monde a besoin d’amour, y’a pas d’âge.

– Oui mais l’amour et faire l’amour cest pas la même chose.

– Je fais pas l’amour.

– Il manqueré plus que ça.

On s’est arêté la, ouf c’était pas tro mal. Je l’ai laissé tranquile après, parce que j’avais rendévous chez le docteur et il falait que je me prépare. Morgane voulé venir avec moi, mais moi je voulé pas. Jai demandé a Julie de garder sa seur, elle ma di dacor mais cette aprèmidi je sore. 

– Pour faire quoi ? 

– Je passe chez Frédérique et après on ira en ville.

– Pas de bêtises, hein Julie ?

– Je dis pas que y’aura pas des garçons. Mais je sore pas avec. Et cest pas des grands du lycé.

– Tu me mens pas, ma fille ?

– Non. Je pourrais si je voulais, mais je le fais pas.

Jai pas aimé cette dernière remarque, mais jai rien di. Bien sur quelle peu me mentir. Tout le monde peu mentir a tout le monde, et cest se qui se passe souven. 

Je suis arivée chez le docteur a 11 h 20, j’avais rendévous a 11 heures et demi. Il y avé deux persones dans la sale d’atente. La secrétaire était pas la, elle travaille pas le samedi. Lui, heuresment que il est ouvert le samedi matin, cest pratique, y’en a pas bocou des médecins qui le font. 

Dans la salle d’atente, jai failli m’endormir. Pourtant y’avé Nostalgie qui passé, mais ça ma pas empêché. Je m’ai réveillé quand ma tête a tombé sur le coté. Il resté un monsieur en face de moi, il a rigolé. 

– Excusémoi.

– Oh, mais vous n’avez pas à vous excuser, au contraire. Le week-end, il faut récupérer. Et puis dans une salle d’attente, dormir c’est pas bête du tout. Le temps passe beaucoup plus vite. 

– Vous avez raison.

Après ça été son tour, et puis une dame et un garçon sont arrivés. Je suis passé a midi 5. Bon, ça fait plus qu’une demieure de retar, mais le samedi on peu rien dire, il est tout seul et je suis sur que des gens vienne sans rendévous. 

A peine j’étais entrée, il ma di :

– Vous avez fait la fête hier soir, Mme Semos ?

– Euh… pourquoi vous me dites ça ?

– Vous avez une haleine et une mine de lendemain de cuite !

– De quoi ?

– De quelqu’un qui a trop bu hier soir.

– Ah, oui, cest vrai. C’était la fête de l’école de ma fille. On ma servi du vin. Et j’en bois jamai, alor je suis pas très bien ce matin. Ça se voye tant que ça ?

– Ça se voit. Et coment ça se passe le Xanax et l’Isoxan ? Vous les supportez bien ?

– Oui, je crois. L’Isoxan, il me fait come mon ju d’orange le matin et le Xanax, il m’aide bocou. Pour dormir et pour pas m’afoler avec tout mes soucis. 

Cest vrai, je réalisé que si je m’étais pas tro agacé pour le papier de la banque, le téléphone de la propriétaire, les bisous de Julie aux garçons, surmen que c’était a cause du Xanax. Avant, ça seré pas passé come ça.

– Attention, le fortifiant, l’Isoxan, il ne doit pas remplacer votre petit-déjeuner, c’est en plus.

– Oui, oui. 

– Vous avez besoin d’un fruit, d’un laitage, de cérales. Et d’une boisson. Vous prenez cela ?

Jai mis du tan a répondre, parce que j’alé mentir, et come on avé parlé du mensonge avec Julie juste avant, jai pas u envie.

– Non, je pren pas tout ça. Jai pas faim le matin, j’arive pas a digérer.

– Un peu plus tar dans la matinée, alor. Mais vous ne pouvez pas travailler le ventre vide, c’est dangereux.

– A midi, je mange bien. Et puis on mange to, je travaille dans une cantine, cest pratique pour les repas…

– Vous ne pouvez pas attendre midi pour manger, avec le travail que vous faites. Si vous n’avez pas faim à 6 ou 7 heures, mangez au moins à 9 heures. Sinon vous puisez dans vos réserves, et vous vous affaiblissez.

– Je vais essayer. 

– Il ne faut pas essayer, Madame Semos, il faut le faire. 

– Oui, je conpren.

Il ma examiné. Il ma di que ma tension était faible et que je respiré mal. Il ma di aussi qui falait que je muscle mes abdos. Mince alor, il ma vexé. Je lui ai di que ce qui me géné, c’était surtou les angoisses a cause des soucis.

– Le problème, il ma répondu, c’est que les médicaments ne suppriment pas les soucis.  

– Ça seré tro beau…

– On va continuer le Xanax, si vous le supportez bien, c’est ce qui peut le mieux vous stabiliser.

– Il faut pas changer ?

– Non. Ça ne servirait à rien, ça risquerait au contraire de vous déséquilibrer. C’est en vous que vous devez trouver la force, ainsi qu’en parlant avec les autres. 

– En parlant ?

– Oui, en parlant. Vous avez quelqu’un à qui vous pouvez parler de vos soucis ?

– Jai des colègues amies, une cousine, mais j’aime pas parler de moi.

– Eh bien c’est une erreur. Ça vous ferait du bien.

– Je croi que ça me rendré triste. 

– Vous devriez essayer : vous pourriez être surprise.

Mais cest pas un docteur, cest un psicologue ! 

Je suis rentré a une heure et on a déjeuné avec les filles. Cordon bleu… 

L’aprem ? Rien de spécial, Julie avec ses copines. Et copins ? J’aime mieu pas y pensé. La maman de Paul a téléphoné, Paul suila qui est dans la classe de Marjorie, que jai discuté avec le papa hier. Elle ma di quelle avait u mon numéro par la maman de Marjorie. Elle invite Morgane demin a déjeuné et joué. Jai demandé a Morgane si elle était dacor, elle ma di oui tout de suite. Jai di dacor. En plus ils vienne la chercher a 11 heures et demi et ils la ramène a 6 heures et demie. Cest une bone nouvelle. Et puis jai apelé Vivi pour savoir coment ca alé avec Adri, on a parlé lontan. 

Dimanche 30 juin

Juillet sera peutêtre pire, mais je suis contente que le mois de juin se termine. Je suis telmen fatiguée… Come les filles été pas la cette aprem, jai fait une sieste jusqua 5 heures !

Morgane est rentrée très heureuse, la maman et Paul la racompagné, mais ils sont pas restés parce que le papa atendé dans la voiture, il pouvé pas se garer y’avé pas de place devan. Ils ont l’air genti ces gens. Morgane ma soulé toute la soirée. Paul, Paul, Paul… et son chien, Luco il s’apel. Luco, Luco, Luco…

Lundi 1er juillet

Morgane et moi, on a encore école aujourdui et demin. Au colège cest déja fini. Julie sera peutetre moins tenté de revoir ses tro grands petits amis garçons. 

Mardi 2 juillet

Bon ben ça y est, cest les vacances a l’école, ça m’arange pas. J’aime mon travail, en plus ça m’ocupe, en plus ça me raporte de l’argent. Alor pas le faire pandan deux mois, ça va me manquer bocou. Heuresment Delaunay ferme pas lontan, et quand ils seront fermés je pouré fait le grand nettoyage que ma di le patron l’autre jour. Avec Frank, mais bon. Patrik, le chef comercial ma di l’autre jour :

– Je suis sûr que t’aurais pu t’occuper du dépôt, Victoria. Si Frank te montrait avant de partir, tu serais capable.

– Jai des gros bras, mais y sont pas bien costo…

– Ils sont très bien, faut juste les muscler un peu. Tu fais du sport ?

– Non, je suis trop crevé, avec les deux boulos et mes deux filles.

– Je comprends. Mais le week-end, ou le matin, quand t’es pas encore trop crevée, fais quelques exercices, bras et surtout abdo-fessiers, c’est le plus important, pour les filles comme pour les mecs. Ça fait une jolie silhouette et ça évite aux muscles de se relâcher. Après, tu pourras conduire le Fenwick toute seule et porter les caisses. Le Franck, il pourra aller se rhabiller !

Je rigolé, mais jai canmême di, on sait jamai :

– Je veu pas lui prendre sa place. 

– Je plaisante.

Ce soir jai repensé a ce que mavé di Patrik et je m’ai regardé dans la glace sur l’armoire de ma chambre. Mes bras et mes cuisses sont trop gros, c sur, mes fesses aussi. C trop gros parce que je suis petite aussi, ca conte. Mes seins par contre, si pouvé être un peu plus gros, ce seré pas de refus. Quoique, c pas tro mal, je vais pas me plindre de ce coté la. Et puis si sont trop gros, c pas pratique. Jai tiré sur la peau de mon ventre, oui c mou la, il a raison Patrik, faut que je fasse des abdos sinon gare dans quelques années. Le docteur me la di aussi. Jai jamai u des abdos de toute façon. Après les acouchments, je me rapelle, enfin pas tout de suite après, mais peutêtre deux mois après, je faisé un peu d’exercice. Je me metté sur le dos et je me décolé les pieds de par terre. En pliant les genoux ça alé, mais jambes tendus tro dur. Le pire c’était les chifres ; j’arivé jamai aler jusqua 10. Une horeur. C’était Vivi qui m’avait montré les mouvments. Au bou de quelque mois, ma peau a fini par se retendre, je sais pas si c a cause de ça, mais mon ventre a jamai été dur. 

Mintenan je fais plus, je trouve je fais assez d’exercice dans mes travails et le nettoyage de l’apartement. La preuve c que je grossi pas, mon poi il a pas changé, 52 kilos. Le maximum que jai monté c’était 55 – sauf quand jétais encinte bien sur –, le minimum 49. Pour Julie j’avais pris 14 kilos, un ipopotame, pour Morgane que 9. Mais jai u plus de mal a perdre les 9 de Morgane que les 14 de Julie. Julie, en un mois, pof j’avais retrouvé ma ligne. C beau la jeunesse !

Mercredi 3 juillet

Samedi, cest l’aniversaire de Morgane, elle a 9 ans. Alor on sest ocupé de savoir qui c qu’on invité. On sen était même ocupé hier, j’avé demandé le numéro de deux mamans que j’avé pas, les autres je les avé déjà. Alor on va inviter : Marjorie bien sur, Paul – elle arête pas de me parlé de dimanche quelle a passé chez eu, la picine, le chien –, Jimy un copin de Paul – « Maman, Paul peu pas être le seul garçon, il va s’ennuyer » – Lucie et Sofia. On a envoyé les textos aujourdui : « Bonjour, Morgane vous invite a son anniversaire, samedi a 14 h 30 jusqua 18 h 30, 13 rue Denis Bertillat. Merci. A samedi ». J’espère on a pas fait de faute, anniversaire, on a regardé dans le dixionaire de Julie, il faut deux n j’auré pas pensé. On a prévu que on comensré par aler au parc près de la rivière, on emmèneré un ballon, un frisbi, et deux raquettes avec un volant que on a ici. Et puis on reviendra gouter vers 4 heures ou 4 heures et demi et on ouvrira les cadaux que a ce momen la, ça sera mieu. Bien sur, on a invité Vivi, Dany et Adri au gouter, et Julie et son amie Frédérique. On ira acheter du coca, du ju de fruit et des boujies vendredi et on fera deux gataux samedi matin. J’espère que ça sufira. 

Jeudi 4 juillet

Voir Julie qui traine et qui s’ennuie, ça me fait du mal. Dans ce momen, jen veu bocou a son père. Un père, au moins pandan les vacances, il doit prendre un peu son enfant. C pas trop demandé canmême, a quoi il serre sinon ? Hier a la télé ils ont dit qu’un jour les femmes pouront avoir des bébés sans faire l’amour, toute seule come di Golman, même pas une pénétration, pas de spermatoïdes. Plus besoin de s’embêter avec ces salos, on fera ce qu’on voudra quand on voudra. Le problème, a mon avis, c que cette fois on a plus aucune chance qui s’ocupe des enfants. Ça changera pas granchose mais canmême.

Jai posé une question que j’auré pas du a Julie :

– Keske tu va faire aujourdui ?  

C’était une bêtise, je sais, c’était doné le baton pour faire batre, come on di.

– Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? elle a répondu. On fait jamais rien toute façon ! C’est nul !

– Parle pas come ça ! C pas de ma faute.

– C’est jamais de ta faute, toute façon, on peut pas discuter avec toi ! C’est l’enfer ici !

A un autre moment, elle auré pris une calote. La, je sais pas ce qui sest passé, sa ma fait telmen mal quand elle a di c l’enfer ici, que c moi qui suis été dans ma chambre. Morgane a réagi tout de suite :

– Ou tu va, Maman ?

– Laisse moi, 5 minutes.

Je mai enfermé dans ma chambre, je mai assi sur mon lit, du coté de l’armoire, et je mai mi a pleurer. Come une cone, je me regardé pleurer dans la glace. J’étais afreuse, on auré di une vieille gitane, une horeur. Je me répété : c pas l’enfer ici, elle a une maison, a manger, une mère et une seur qui sont gentille avec elle, c pas l’enfer du tout. Pourtan je comprené ce quelle voulé dire, c horible quand on s’ennuie l’été, surtou quand on voit tous ses copins de l’école qui partent à la mer ou dans la famille, avec leurs parents ou leurs granparents. Le seul tonton quelles ont, mes filles, cest Florian, cet imbécile il sort de prison, on la vu une fois en 7 ans, et il arive même pas a s’ocuper de lui… Ou il est lui, dailleur, mintenan ? Il a pas répondu a mon dernier texto, bien sur. 

Ya Vivi heuresment, et Dany et Adri, mais on peu pas être tout le tan avec eux, Vivi c pas ma seur, c même pas ma cousine. Et puis ils ont pas bocou d’argent non plus. Quelle misère, jai pensé, et je pleuré devant ma glace come une vieille femme. 

Tout a coup, jai entendu frapé. Jai reniflé et toussé :

– Aten, Morgane, 5 minutes.

– Cest Julie.

Sa ma bloqué net.

– Kes tu veu ?

– Je viens te demander pardon. Je m’excuse pour ce que jai di.

Je mai levé, mais je savé pas quoi faire. Jai vite essuyé mes yeux et mon nez avec un klinex. Heuresment j’étais pas maquillé, le rimel a pas coulé.

– Ouvre, s’il te plaît.

Mince alor, je m’atendé pas a sa de Julie, c pas son genre. J’avais pas le choi, je suis été ouvrir. J’avais a peine ouvert elle s’est colée contre moi et ma entouré avec ses bras. Elle est aussi grande que moi mintenan, c dingue.

– Pardon Maman, je t’ai fait pleurer. C’était bête, et méchant. 

Jai arivé a sortir une main et a la mettre sur sa nuque, et je lui ai fait un bisou.

– Tu es gentille. Je sais que c pas facile de pas partir en vacances.

– C’est pas facile pour toi non plus. Je vois bien que tu travailles beaucoup. Et que tu as essayé de travailler encore plus, avec les figurines, les extras…

Je lai serré un peu contre moi et jai di, deux fois :

– On va sen sortir. On va sen sortir.

Vendredi 5 juillet

Les gens se plègne qui fait cho parce que c lété. Et quand c l’hiver ils se plègne qui fait froi. Faudré savoir.

Samedi 6 juillet

L’anniversaire de Morgane sest bien passé. Ils se sont bien amusés et il a fait beau. Elle a été très gatée : un bracelet, une jupe, un tishirt, un livre avec trois histoires, un disque de chansons de jeunes qui chante des chansons connues. Vivi lui a doné 20 € pour s’acheter des chaussures aux soldes et Adri lui a doné un sac rigolo plein des bous de tissus de toutes les couleurs.

Jai discuté avec toutes les mamans, yen a qui parté plus, falé voir le bazar dans l’apartement ! Bon, mais on sen fiche. J’ai rangé le plus gros ce soir, demin je feré un gros nettoyage. 

Dimanche 7 juillet

Miracle : un message de Florian. « Seur. Jai trouvé du travail au bore de la mer, dans un bar. Jen ai mare des bagnoles, je suis content. C beau la mer. Je viendré te voir après la saison. J’espère tu va bien et tes filles aussi. Gbisous ». Jai répondu en lui demandant ou c’était, mais il ma pas répondu. Faut pas rêvé. Ce travail ça veut dire que je vais pas le voir cet été, c triste. Lui, ça a pas l’air de le géné bocou. Au moin, il a du travail, ça lui évitera de faire des coneries, cest déja ça.

Lundi 8 juillet

Je mé fait une crise d’angoisse en pensant que c l’été qui comence. Cest pas le premier qu’on passe toute seule a rien faire, surtou ya deux et trois ans quand on était faché avec Vivi, terible. Mais la ça m’angoisse plus parce que elles grandisse, surtou Julie, et quelle a envie de bouger mintenan et quelle conpren que cest pas normal que nous on fait jamai rien. La pauvre, cest pas drole. Moi je men fiche que ce soye l’été ou l’hiver, mais come tout le monde en parle, au travail, a la télé, dans les magasins, les filles a leur école et en rentrant de l’école, ça leur done des envies bien sur. Moi, keske je peu faire ? Je peu pas emener les filles en vacances, je peu pas cest tout. Ya juste la Patoche a la cantine, elle ma di quelle nous proposeré de passer un weekend dans la maison de ses parents a la campagne. 

Après ya la CAF, le centre aéré pour Morgane, demin elle y va, et la colo pour Julie, 15 jours du 1er au 15 out. Elles veulent pas tro y alé, mais bon, je suis arivé a les convincre. Et puis je pense que quand elles se seront embétés quelques jours ici elle changeront d’avis. Le problème cest qui faut que je done encore 100 € avant le 15 out. Coment je vais faire pour doné 100 € ? Pandan les vacances, je père 70 euros. Je gagne que 654,76 €. Et le gymnase je sais pas, ils mon rien di. Jeudi ji vais come dabitude, on verra bien.

Les copines de la cantine, elles gagne pas bocou mais jai compri la diférence, elles ont un mari ou elles ont des parents, ou les deux, et eu ils ont des sous et ils leur done, ou alor ils ont une maison. Même que Monique et Chantal, Florence aussi je crois, elles sont propriétaires. Propriétaires, sa veut dire une maison a elles, pas de loyer et si elles la vende au moins 100 000 euros ! Cest sur que on peu pas comparer. Je me souvien un jour Momo elle s’étoné que jai pas d’épargne. Dabor jai pas compri le mot, que ça voulait dire. Dany m’avait posé la même question une fois, mais je me souvené plus bien.

– De l’argent de côté, t’en a pas ? Même un peu ? 

Jai u l’air étoné je pense, et jai répondu non. Elle ma di : 

–  Pour les coups durs, c’est important de mettre un peu de sous chaque mois de côté. Même un tout petit peu.

La jai rien di, avec mon découvert je vois pas coment je pouré faire de l’épargne. Jai l’impression que si les gens avait pas leur famille, y’auré pas bocou qui sen sortiré. Pour les sous et pour s’ocuper des enfants. 

Mardi 9 juillet

Morgane a été a sa première journée de centre aéré. Avec Marjorie heuresment, je m’étais arangé avec la maman. Elle a bien aimé, sauf le déjeuner qui était mauvais et tout le monde crié. Elles ont fait plin de jeux, elle ma raconté, jen avé plin la tête. Elle veut pas y retourner demin cette bourique, parce que Marjorie i retourne pas demin.

– Mais tu va te faire d’autres copines. Déja aujourdui tu ma parlé de nouvelles.

– Si ya pas Marjorie elles seront pas mes copines.

– Pourcoi ? Di pas de bêtises, cest n’importe quoi.

– Je veu pas y aler ! Ya des méchants.

– Des méchants ? Mais tu ma di que tout le monde était genti !

– Non, ya des méchants. Et les garçons ils sont tous bêtes.

– Pas tous. Et si font les imbéciles, les monitrices les puniront. 

– Non, elles punisse pas. Jai bien vu aujourdui.

– Tu va t’ennuyer, ici. Cest lon tu sais toute une journée sans rien faire.

– Mais je feré des choses.  

Ya pa u moyen. On a di vendredi.

Chez Delaunay, je me demande si sont pas tous un peu malades, ou quoi ! Dabor, Frank ma reparlé de la journée qui veut m’emmener a la pêche. Je lui ai di au mois d’out quand Julie sera pas la. Il ma di pourcoi pas une fois en juillet une fois en out ? Jai répondu Frank on a pas gardé les cochons ensemble. Il ma di keske ça peut faire ? Il conpren pas que jai pas envie d’être avec lui, cest fou ça. 

Après, j’alé faire les toilettes et Jaqueline est venue.

– Excuse-moi Victoria, mais il faut que je passe là avant de partir. Mais tu peux rester, ça me gêne pas que tu me regardes faire pipi.

Non mais elle est fole cèlela ou quoi ? Faut être dérangé pour dire des choses pareil ! J’ai fermé la porte d’un cou, peutêtre je lai un peu claqué mais je men fou. J’avé le cœur qui baté, ils sont tous dingues dans cette société.

Et cest pas fini. La meilleure aujourdui, cest Patrik le directeur comersial. A 7 heures, il était encore la, tous les autres été partis. J’étais entrin de faire le couloir, il est venu vers moi, il s’est mi juste derrière et il sest mi a me regardé avec un sourire.

– Keski ya ? jai demandé.

– Il y a que jai envie de vous, Victoria.

Je suis été telmen surpise, que jai carquillé les yeux, je pouvé plus parlé. Même je me demandé si j’avais compri. Peutêtre parce que je disé rien, il sest aproché et il ma pri une main. Alor la, j’ai reculé et il ma laché. J’ai di : 

 – Oh non, pas vous aussi, Patrik ! Cest pas vrai ?…

Ça la pas démonté, il a continué a sourire et ma demandé :

– Ça veut dire quoi, ça ? Que les autres hommes de la boîte vous ont fait des propositions ?

Jai pas répondu. Mais j’étais en colère. Sur que ça alait me retombé dessu. Cest toujour pareil, on fait rien de mal, cest nous qui se font embêter et après cest nous qui se font acusé. Il a continué :

– Remarquez, je les comprend. On a parlé de votre corps l’autre jour, vous vous rappelez ? Si vous vouliez, vous pouriez être belle.

– Laissé moi faire mon travail s’il vous plait.

– Je ne vous plais pas ? 

Quel culo il avé ! Mince alor. 

– Vous êtes Patrik, le directeur comersial. Je vous respecte, alor respecté moi s’il vous plait.

– Mais je vous respecte, Victoria, je vous respecte. Et même je vous admire. C’est pour ça que j’ai envie de vous prendre dans mes bras et de vous embrasser.

Menteur, jai pensé. Tu veu juste vidé ta quéquette, je sais coment sa fonctione, les hommes, tous pareil. Jai juste répété :

– Laissé moi faire mon travail.

Il est encore resté planté la une minute, et puis il a fini par arêté :

– Bon, je n’insiste pas. Mais quand vous changerez d’avis, venez me voir, vous ne serez pas déçue.

J’essayé de resté calme et il est retourné dans son bureau. Je suis été au secrétariat après, et cinq minutes après je l’ai entendu partir, j’étais contente me retrouvé seule.

Même si elle l’oubliait parfois, elle savait, d’instinct autant que d’expérience, qu’elle était une proie aux yeux des hommes, une proie non consentante, c’est-à-dire une victime en puissance. Elle était devenue méfiante, elle avait perdu sa spontanéité au profit d’une maîtrise qui l’enfermait dans son isolement.

(dernier épisode la semaine prochaine)

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