Journal de femme de ménage – 14e épisode : Julie en manque de père

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Lundi 17 juin

Mon cher Frank (je plésante) a encore fait for aujourdui. Il ma coincé dans le dépo. Il était exité come un pou. J’été dans le dépo pour chercher un produi que le bidon était vide. J’aime pas y alé quand il est la, mais j’avé pas le choi. Il est arivé avec son Fenouic, il la garé en plein milieu de l’alée, je pouvé plus passé. Au fon, ya le mur imense en fer on peut pas sortir par la. Il était assi sur le siège, assez haut, je suis été obligé de lever la tête pour lui parlé. Cest lui qui a comencé :

– Alor, tu viens fouiller dans les rayons ?

– Comence pas a m’embêter, jai di. Jai du travail.

– Moi aussi, je travaille. Je viens charger des caisses.

– Juste dans cette alée mintenan ? Ben voyons ! 

– C’est vrai. Regarde, c’est inscrit sur le bordereau pour un client.

– Et tu pouvé pas atendre deux minutes que je soye passée ?

– Je t’avais pas vue. 

– Mintenan tu ma vu.

Au lieu de reculé sur son chario, il a coupé le moteur, il est décendu et il est venu se planté devant moi !

– Jai une proposition a te faire, il ma di.

– Te fatigue pas.

– Attend. Tu peu m’écouter, au moins…

– Pas mintenan.

– Y’en a pas pour lontemp. Et come tu veux pas qu’on se voit en dehors du travail, faut bien que je te parle pandan le travail.

– Ta pas besoin de me parler.

– Si, j’ai besoin. Je suis un homme, moi, pas un poisson rouge.

Il ma presque fait rire avec le poisson rouge, cest pas son genre de faire de l’umour. Je savé plus quoi dire, je suis pas méchante, je veu pas lui faire de mal, juste jai pas envie de parlé avec lui, pas du tout. Il m’intéresse pas, il m’atire pas, au contraire même. Bon, la, je mai di, alé je vais le laissé parlé 5 minutes, cest pas grave, come ça après il me laissera tranquile. On était tous les deux dans ce très grand angar, mal éclairé avec des étagères en fer jusqu’au plafon, on été tout petit dans l’alée, et son fenouic derrière, que je sais pas pourquoi j’avé un peu peur qui démare tout seul. On est bête des fois.

Jai posé mon bidon :

– Vasi, acouche.

– Ok. Tu m’écoutes ?

– Bon, Frank… Dépêche !

– Du calme.

– Alez !…

– Voila. Euh… C’est bientôt l’été, il fait beau.

– Non, cest pas vrai ? 

A peine j’avé di ça, jai regrété. Dabor parce que je lui coupé la parole et qu’on alé encore perdre du tan, et puis parce que c’était bête. Et méchant. Idiote.

– Si tu m’interon, faut pas te plindre que ça dure plus que 5 minutes…

– Excuse, vasi, je t’écoute jusquau bou. 

– Bon. Donc, comme c’est bientôt l’été et il fait beau, est-ce que ça te dirait que je vous emmène à la pêche un dimanche, toi et tes filles ? Je viendrai vous prendre le matin, on pique-nique au bord de l’eau, et on rentre vers 5 heures. D’accord ?

Euh, non, j’étais pas dacor, mais je sais pas pourquoi je lui ai pas répondu non tout de suite. Peutêtre que je voulé pas lui faire de la peine.

– Mais on sait pas pêcher ! On a jamai fait ça !

– Eh ben justement, ça sera une expérience, je vous montreré, c’est pas dur.

Je me rapel en fait avec Florian on pêché, dans un ruisseau avec une sorte de puisette. Il arivé même a atrapé des truites avec les mains.

– Jai pas de cane a pêche.

– On s’en fout, j’en ai, moi, des canes à pêche.

– Écoute, cest genti, mais je crois pas que ce sera possible. Les filles, ça va pas leur plaire. 

– Essayez. Juste une fois. Je suis sûr que ça vous plaira. Et ça me fera plaisir à moi aussi.

Je me disé mince alor, ce mec, je pense que cest un gros con, il m’emmerde tout le tan, et puis la il est genti, poli, je sais plus quoi faire.

– Écoute, jai di, on verra. Je te remercie de la proposition, cest vraimen genti. On en reparle cet été. Ma fille ainé, elle va faire une colo début out, peutêtre a ce moment la, ça sera plus simple avec que la petite.

– Come tu veu. On peut y aler deux fois aussi.

– Non, non. On verra pour une fois. Merci cest genti. Bon, tu me laisse passé mintenan ?

– Jai qu’une parole. Tu m’a écouté, je te laisse passé. 

Et il a remonté sur son Fenouic, il a ralumé et il a reculé, a toute vitesse, cet imbécile, il a même acroché un rebor, un tube en fer, ça a fait un bruit très for. 

Mardi 18 juin

Y’a un conar qui ma siflé dans la rue. Jai u envie de lui dire : « Tu ma bien vu ? ». Je suis pas belle, pauvre, et jai que des soucis. Ya vraimen des cons. 

Mercredi 19 juin

Chez Delaunay, ce soir, Janpierre le patron ma convoqué a son bureau. Cest cette garce de Jaqueline qui ma apelé quand je suis arivée :

– Victoria, il faut que tu ailles voir Monsieur Delaunay, il veut te parler.

– Mintenan ?

– Oui, tu peux frapper a sa porte, je crois qu’il est disponible. 

Mince alor, je m’étais pas préparé. Je savé pas ce que j’alé dire et j’étais pas bien maquillé. Et j’avais mon jean tout pouri, cest con que jai même pas pu mettre ma blouse, au moins ça cache une partie.

Keski me voulé ? J’espérais qui va pas me reparler de sa proposition malonête. Jai frapé et il ma di entré.

– Ah, Victoria. Vous allez bien ?

– Bonjour Monsieur. Ça va merci. Jaqueline ma di que vous voulez me voir. Escusez-moi, je savé pas, je suis pas bien habillée.

– Vous êtes habillée come il faut pour votre travail. Et vous avez toujours votre charme habituel.

Oula, je mai di, sa comence mal. Jai du rougir, parce que il sest mi a sourire, et il ma di :

– Rassurez-vous, je ne vais pas vous reparler de ma proposition. Mais sachez qu’elle tient toujours : je serai heureux de partager quelques moments avec vous, pour notre plaisir et notre intérêt à tous les deux.

Il est malin suila : il di qui men parle pas et il men parle. Je mai di, Victoria ma fille t’agace pas, ça va pas duré lontan, tu le laisse parler cest tout et tu répon polimen, ta que ça a faire. 

– Merci.

– Bon, en attendant, c’est des congés d’été que je voulais vous parler. On va fermer trois semaines, du 2 au 22 août. Pendant ce temps, on pourrait prévoir trois jours complets de grand nettoyage, ça vous ferait 21 heures de travail, donc sur le mois vous ne perdriez pas grand-chose. Vous comprenez ?

– Euh, vous pouvez me respliquer sil vous plait ?

– D’habitude, vous faites 2 heures par jour. 5 jours par semaine, ça fait 10 heures. D’accord ?

– Oui.

– Pour trois semaines, ça fait 15 X 2 heures de travail, égal 30 heures. Toujours d’accord ?

– Oui. 

– Donc du 2 au 22 août, vous ne travaillerez pas ces 15 X 2 heures, mais, si vous êtes d’accord, vous ferez 3 fois 7 heures, soit 21 heures. 

– Ça y est. Jai compri.

– Ça vous fera une paye un peu mois grosse que d’habitude à la fin du mois, mais ça sera mieux que rien.

Je calculé dans ma tête combien il alé me manqué, j’arivé pas mais je me disais que si j’avé encore moins que dabitude ça alé être terible, surtou que bien sur la cantine est en vacances et que je suis moins payée. Le gymnase je sais pas. Alor je sais pas ce qui ma pris jai di.

– Excusémoi Monsieur, je pouré pas fait 4 jours au lieu de 3 ?

Cet imbécile, il a éclaté de rire. 

– Ah, Victoria, vous êtes formidable ! Vous avez refusé la proposition en or que je vous ai faite, mais vous me demandez 7 heures de plus pendant les vacances !

Je vois pas ce qui y avé de drole, mais jai souri pour être polie.

– Allez, il a dit, je vous accorde ces 4 jours, ça vous fera 28 heures, donc vous ne perdrez presque rien. Vous ferez ça la première ou la dernière semaine, comme ça vous aurez 15 jours de suite de vacances, c’est obligatoire. Vous ferez cela avec Franck, tous les deux. 

– Avec Frank ?

– Oui, car une grosse partie du nettoyage concernera le dépôt. Et même ici dans les bureaux, il y aura des meubles à bouger, il faut que vous soyez deux.

– Vous serez pas la ?

– Non, pas à ce moment. Ça va pas avec Franck ? Il n’est pas gentil avec vous ?

– Si, au contraire. Mais…

Je m’ai arêté d’un cou, je savais pas quoi dire. Je voulais ni défendre Frank ni dire du mal. Juste ça m’embête d’être seule avec lui. Le patron a repris :

– Je cromprends : il vous cherche, c’est ça ? Il vous taquine ?

Jai pas répondu.

– Quand je vous dis que vous êtes attirante, Victoria, vous ne voulez pas me croire…

– Sandrine est bien plus attirante que moi.

Je sais pas ce qui ma pri de dire ça, jen ai rien a foutre de Sandrine.

– Sandrine ? Ça se discute. Elle est assez sexy parce que c’est une commerciale et qu’elle doit avoir une tenue féminine. Mais elle est trop maigre. 

– Et moi je suis tro grosse.

– Disons que si vous lui donniez quelques kilos, ça vous arrangerait toutes les deux ! Mais vous valez bien Sandrine, je vous assure.

Jai pas osé lui demander et Jaqueline ? Elle est plus agé, elle a au moins 45, mais elle est bien roulée la garce, pas un pète de graisse, et toujour super bien habillée. Peutêtre cest sa maîtresse, alor je vais pas me risquer.

– Bon, on est d’accord pour ces 3 jours, pardon ces 4 jours cet été ? À planifier avec Franck en fonction de ses congés entre le 2 et le 22 août. Et on fera le point en juillet avec tout le monde pour voir ce qu’il y a à faire dans les bureaux.

– Dacor, merci.

Je m’étais levée, mais avant que je sorte, il a pas pu s’empêcher de dire :

– Et n’oubliez pas ma proposition si vous avez besoin de sous ou envie de vous détendre un peu.

– Au revoir, Monsieur.

J’avais ouvert la porte, mais il ma encore apelé :

– Victoria ?

– Oui.

– Ce soir, partez à l’heure habituelle, ne faites pas un quart d’heure de plus, vos filles vous attendent. Cest moi qui vous ai retenue pour planifier cet été, ça fait partie du travail, vous n’avez pas à compenser. Partez à 20 heures.

– Dacor. Merci Monsieur. 

Vendredi 21 juin

Cest le jour de l’été. Les colègues ont pas arêté de le dire, a la cantoche, mais je le savé. Mes parents, a Blanzey, quand ça arivé, on auré di que ça leur faisé pas plaisir, presque ça leur faisé peur. Le père disait : « Si on pas 15 jours de soleil, on poura pas rentré le foin, il sera pouri ». D’autres fois c’était le contraire : « Si ya pas un peu de pluie, on aura du raisin sec, des grains trop petits ». « Bah, disait la mère, c’est jamais parfait de toute façon. C’est le bon Dieu qui veut ça ». Alor le père y s’agassait : « Ah, qu’est-ce que le bon Dieu vient faire là-dedans ? Tu vas nous attirer le mauvais sort avec tes bêtises ». La vieille lâchait pas : « Té, il est plus fort que nous autres, on y peut rien, faut le respecter ». Le vieux tapait sur la table, il faisait voler les assiettes. Nous avec Florian on disait rien, on était habitué. Ya que le Sylvain qui ricanait, lui on savé jamai ce qui pensé, il était fau, pas possible. Toujours a faire l’espion pour sa mère, mais ça l’empêchait pas de se mettre avec son père pour la critiquer. Un vrai ipocrite. 

Cest fou, l’été me ramène des souvenirs on dirait. Je me rapel aussi le feu, le feu sinjan quon disai. Ça c’était bien, parce que c’était tout le village, on se retrouvait avec d’autres jeunes, et les parents nous laissé un peu tranquile, parce que eu aussi ils s’amusait, y’avait même bocou d’hommes sous. Moi, y’avait des années ou j’avais pas de copine, mais c’était bien canmême. Le mieu, cest quand y’avait Marie et Graziela, et puis Jocelin. Keskon rigolait ! On courait autour du feu, et puis a la fin quand il était presque étin on sautait dessu. Quand j’étais toute petite, je me souviens, mon père et un autre homme, ils me prené chacun dans une main, et ils me décolé de terre, pour que je passe d’un côté du feu a l’autre. Cest peutêtre la seule fois ou j’avais l’impression d’avoir un papa. Une fois par an, et encore, pas toutes les anées.

Une anée, quand je sautais le feu toute seule, ya un garçon qui m’a embrassé. Le Pierot de la Fouillade. On s’était retrouvé tous les deux derrière la buvette, y’avait des sortes de baches, on jouait a cache cache un truc come ça. Il faisait noir, il ma atrapé par le bras, je mai retourné, il ma tiré contre lui et paf il ma embrassé sur la bouche. Avec sa langue qui me mouillait, il restait colé. J’étais telmen surprise, jai même pas compri, au débu je croyais qui s’amusé. Et puis quand jai compri je lai repoussé mais il me tenait fort. Il a fini par décoler sa bouche et il ma di :

– T sauvage Victoria, mais tu sen bon et ta une jolie peau.

– Laisse moi ! jai crié. Laisse moi ou je vais le dire !

– Fais attention. Si t méchante, je dirai que c toi qui ma embrassé.

Ça ma choqué, parce que c la première fois je crois que je comprené que quelqu’un pouvait dire ce qui voulé sur vous, et qu’on pouvait le croire même si c’était un gros mensonge. Ça ma calmé et je mai toujour souvenu de la leçon.

– Laisse moi tranquile, jai répété, mais plus dousmen.

Jai arivé a me dégagé, mais il a encore colé ses lèvres contre les miennes avant de lacher mon bras. Jai retourné vers le feu et je mai remi a joué. Pierot ma suivi mais il ma plus embêté. Après dailleur je mai di que c’était pas grave, je croi même j’étais contente. Cest loin tout ça… 

L’été aujourdui, cest la fête de la musique. On a été y faire un tour après le diner. J’avais di juste une heure. Quel bazar ! J’avais jamai vu autan de monde dans les rues. On a vu plusieurs musiciens, ils avé mis des estrades devant les bars, en pleine rue aussi. Et puis dans la cour de la mairie, qui était rempli de chaises avec une grande cène devant. La musique qui jouait bof bof, des violons des trompettes j’aime pas tro, mais bien éclairé c’était beau a voir faut avoué, les instrumens brillé sous les projecteurs, les pierres de la mairie, le bois, les costumes aussi noir et blan j’aime bien, c chic. On a regardé un momen, debou, toutes les chaises étaient prises, toute façon je m’auré pas assi, cest pas pour moi un spectacle si beau.

On a ressorti de la coure, Julie en avé mare. On a repri vers la rue du service digiène, je connais une fois j’avais fait le ménage ladedan pour remplacer une colègue quand je faisé le bouchetrou. On entendé un gros boum boum on a suivi le bruit. Ça nous a emené sur le boulvar, on a tourné et on est arivé devant le musé. C’était la le bruit. Ils avaient mi come des grands rideaux noir au fon et sur les cotés, et puis acroché des boules et des lasers qui tourné. Et la musique sortait de chez pas ou, jai pas vu d’orkestre, mais des grosses boites noir, peutêtre c’était des chaines géantes genre boites de nuit. On se seré cru en boite dailleur, c’était de la techno. Entre tous les rideaux noir, y’avé une espèce de piste, et des jeunes qui dansé dessu. Yen a, faut voir comen y se tortillé… Ça faisé drole devant un endroi vieu come le musé, de voir cette musique de jeunes, et tout ces jeunes justemen. On auré di qui se moqué. 

– Sa doit te plaire ? jai demandé à Julie en criant. 

Elle ma même pas répondu, pourtan je suis sur elle ma entendu. Julie était pas contente parce qu’on était jamai ou elle voulait et elle voyait pas ses amis. Elle a passé son tan a envoyer et recevoir des textos. On a vite quité le musé parce que y’avé tro de bruit, Morgane a voulu une glace, alor on a mangé une glace, enfin elles ont mangé une glace, 4 € j’avais prévu. On a marché encore un peu, on a vu un ga qui jouait plusieurs instrumens tout seul, très fort le ga, il faisé rire tout le monde, même ses chansons était comiques. Sa nous a fait du bien, je préféré ça. 

On est rentré assez to, finalmen. Quand on a pas d’amis avec qui aler, on se lasse vite. Et puis on été fatigué. La, les filles dorme et moi je vais pas tarder. Alé, bone nuit tout le monde, cest l’été, cest ni triste ni drole, cest come ça on y peu rien.

Dimanche 23 juin

Aujourdui cest au père de Julie que jai repensé, je sé pas pourcoi, on peu pas controler se qui passe par la tête. Peutêtre que jai besoin de me raconter ma vie, des morceaux, même dans le désordre, pour remettre de l’ordre justemen. Ça me fait du mal, mais peutêtre sa m’aide a voir la ou jen suis.

Après les nuits ou j’avé dormi a la gare et dans la cabane du potagé, jai passé mes solutions en revue. Je pouvé pas resté come sa lontan a dormir dehor et a pas mangé come il faut, j’alé tombé malade ou avoir des problèmes, je pouvé pas retourné chez mes parents adoptifs dabor cest pas du tout sur qui me dépanré et puis ils habité a la campagne jamai je pouré trouvé du boulo laba. J’avé pas d’ami ou je pouvé alé : Mélinda m’avé laissé tombé et son mec était grand copin de José. Je pouvé pas retourné chez sa copine non plus, a cause que son mec voulé pas de moi. Mon acienne autre copine du foyer Vanessa avé disparu et je savé même pas ou elle habitait. Le foyer ils m’avé di que après 18 ans ils avé plus le droit de logé quelqu’un, que ils avé droit juste pour les enfants. Je pensé que le directeur et Jaque mon éducateur m’auré pas laissé tombé, mais j’hésité canmême.

Heuresment, enfin je devré peutêtre pas dire ça, mais dison que ce jour la, jai rencontré Patrice, le père de Julie. Je l’avé déjà vu dans le bar tabac ou j’acheté mes cigarettes. Il était souven la pour boire un cou avec un ou deux copins. Ce matin la ji alé pas pour acheter des cigarettes parce que j’avé pas les sous, mais juste pour boire un café, pour me réchaufer un peu. Il ma vu entré avec mes deux sacs. Il ma proposé de prendre un café avec lui, et une cigarette ; il était pas vilin, il avait l’air genti, jai di oui. Il ma di tu va ou come ça avec tes sacs, ta une drole de tête ? Je lui ai di que j’été parti de chez une amie parce que son copin voulé pas de moi.

–  Je peus te dépanner quelques jours si tu veus ?

Il était militaire a la caserne, qui est plus dans la ville mintenan, mais il avait un apartement dans le centre, a deux avec un autre militaire. Mais suila, avec qui il habité, était parti faire des maneuvres, avec des tank, je sais pas ou, enfin il était pas la pandan presque un mois. 

– Il va pas geuler ?

– Il est pas la, je te dis. 

Bon, je mai di ça sera toujour quelques jours. Jai pas le choix. Jai accepté. Bien sur je savé que ça voudré dire que j’alé couché avec lui, j’étais pas un oisau de la dernière pluie. Cest ce qui s’est passé, mais sa alé, il été pas violent, il me respecté. Au débu.

Au bout de quatre ou cinq jours, il ma di :

– Jai parlé a Bastien, je lui ai di que t’étais là.

– Oula ! 

– Ya pas de problème. Il a même di que si il s’entendait bien avec toi et que t’étais pas chiante, tu poura rester quand il reviendra.

– Cest genti. On verra.

Et ben on a vu très vite. Il est rentré un soir de ses maneuvres, et ce soir la, c’était une bone soirée, on a diné tous les trois, on avé préparé un bon repas. Les deux garçons été gentis avec moi et on a bien parlé, même de notre histoire, chacun a notre tour. On s’écouté bien, on rié aussi, mais on se moqué pas.

Pas plus tar que quelques jours après, ça a comencé a déconé. Le copin a fait des remarques que je prené tro de place, il s’est mi a faire la geule. Un jour, Patrice ma di que je cherché son copin ! 

– Tes fou ou quoi ? 

– Fais pas l’inocente.

On sest engeulé. Plus tar, il sest engeulé avec son copin. Ça a duré quelques jours et un matin il ma di :

– Faut que tu parte.

Je pensé pas quil iré jusquela, et aussi vite. J’avé presque trouvé un travail, mais j’avé pas encore de sous. 

– Tu te ren conte ? jai di. Jai pas d’appart, tu ma di que je pouvé venir et que je pouvé resté, je suis venue et j’ai été gentille je croi, et mintenan tu me jette dehor ! Ou tu veux que je vais ? Jai pas de sous, tu le sé, et pas de famille.

Mon frère Florian était a Limoge, mais je savé pas ou, j’avé pas son téléphone. Vivi, on se parlé plus a l’époque, et elle habité a la campagne.

– C’est pas mon problème.

– Non, cest mon problème a moi et cest toi qui le cause, ce problème.

– Si tu ramenais pas tout le temps ta gueule et que tu tortillais pas tout le temps ton cul devant Bastien, ça serait pas arrivé.

C’était telment injuste que jai u plus de soufle. Je pouvé plus respiré. Mais après trois segondes jai hurlé :

– Quoi ? Je tor mon cu devant ton copin ? Moi ? 

– Me prends pas pour un con. Tu aimes bien l’allumer ! Même que ta chemise est toujours ouverte jusqu’aux nénés.

– Tu dis n’importe quoi pour m’acuser !

– Casse-toi ou je t’en mets une.  

– Tu me menace mintenan ? Cest facile de faire le dur quand on est un homme de 1 mètre 80.

– Et c’est facile de faire la pute quand on a un gros cul et des gros seins.

– Je fais la pute ?! Moi ? Tu as du culot ! Tu sais très bien que cest pas vrai.

– C’est pas ce que me dit mon copain.

– Et keske il te di ce salo exactement ? 

– Tu traites mon copain de salaud ? 

– Cest un salo si te di que je fais la pute. Moi je crois que cest toi qui invente tout ça, juste pour me faire du mal.

– Dégage, ou c’est moi qui te fous dehors.

J’en revené pas. Il alé vraiment me mettre dehor. J’avais les larmes aux yeux, j’étais en colère mais surtou triste, très triste. Peutêtre j’auré du essayé de lui faire un calin pour qui redevienne plus dou et qui comprenne qui se trompé. Si je me metté dans ses bras, il pouvé être tendre, je le savé. Mais a ce moment, jai pas pensé, parce que j’étais triste et en colère. C’était telment injuste ce qui me faisé. Il me metté a la rue, alor que j’avais rien fait de mal. Il voulé juste se débarassé de moi, parce que on avé bien fait l’amour et qui voulé se retrouvé seul avec son copin.  

Jai di :

– Cest sa que tu veu, que je pare ? Tu es sur ?

– Pas le choix.

– Ok.

Je suis été dans la chambre et dans la salle de bain, et jai comencé a rassemblé mes affaires. Mais j’avais plus mes vieux sacs plastic, on les avé jeté. Je suis retourné au salon et jai demandé :

– Tu peu me prêté ton sac de sport et ton sac de militaire ? Je te les rendré.

– Le sac militaire je peu pas. Le sac de sport d’accord, et t’a qu’à prendre un grand sac de supermarché.

Jai fait come ça. Cinq minutes après j’étais partie. Sans le regardé. 

A la rue, encore une fois.

Je suis été a Violences conjugales, encore une fois. Ils mon bien aceuilli. Ils conaissé un peu mon histoire, jai juste espliqué la suite. Jai pu resté un peu, et ils mon di on va contacter ta sistante sociale pour trouver une solution. Je sais pas ce qui zont fait, mais ya u une sorte de miracle : trois semaines après, je me retrouvé dans un apartement avenue de Paris, qui me couté presque rien, parce que la CAF payé presque tout. Et je touché je sais plus combien parce que c’était pas encore les euros, mais j’avé de quoi vivre si je faisé bien atention. Jai pas oublié ce que ces femmes, deux a Violences conjugales que jai retourné voir plusieurs fois ensuite, Denise et Marie-Hélène, et puis Françoise la sistante sociale, ont fé pour moi. Elles mon sauvé la vie. En plus elles mon aidé a trouvé du boulo. 

Ce que je savé pas, cest que j’étais encinte. De ce salo. Quand je lai apri jai pas cherché a lui dire tout de suite. Cest quelques mois après que je suis retourné voir a l’apartement, et au bar tabac ou on s’était rencontré et ou j’alé plus depuis qui m’avé mi a la rue. Il était plus la. Cest un couple qui habité l’apartement – jai vu marqué sur la boite aux lettres – et je lai jamai revu au bar. Et puis bien lontan après, quand Julie était né, jai apris quil était en prison. Je savé pas pourquoi, mais au moins je mai di ya une justice : il mérité la prison pour ce qui m’avé fait.

Lundi 24 juin 

Je suis été voir la prof de Julie a 5 heures, la prof principal come ils dise, cellela qui s’ocupe des relations avec les parents. Elle avait demandé a Julie de faire la comission. 

– Elle ta di pourquoi ?

– Non, elle veut te voir, c’est tout.

– Ta pas fait une bêtise au moins ?

– Pff… N’importe quoi.

– Julie, regarde moi : ta fait une bêtise ?

– Non, j’ai pas fait de bêtise ! Pourquoi tu m’accuses ?

– Je t’acuse pas, mais si la prof veu me voir, cest bien pour quelque chose, non ?

– C’est juste pour parler de mes résultats, je pense. Elle voit presque tous les parents.

– Tu passe en 4e toute façon, hein ? Cest toujour bon ?

– Mais oui. Une fois que le conseil a décidé, ils changent plus. J’ai ma moyenne partout en plus.

Je suis donc été au colège. Julie m’avé di le numéro de la salle ou la prof m’atendé, mais jai demandé a l’aceuil et ils mon indiqué. Y’avé bocou d’élèves, plusieurs qui mon bousculé, sans faire exprès, mais ils savent pas resté calme et marché tranquilmen quand ils sont dans les couloirs. Je mai di ils sont come les petits de l’école que jai a la cantine. 

Jai trouvé la salle 123. La porte était ouverte. Y’avé encore deux filles qui discuté avec la prof qui était assise a son bureau sur le coté. Les deux filles était debou devan. Jai atendu dans le couloir. J’avé envie de fumé mais c’était pas le momen. Jai repensé a quand moi j’étais au colège. En 6e et 5e, a Ténot, je me souvien pas bien, je sais juste que j’étais pas a l’aise, un peu sauvage, j’étais de la campagne. Tout le monde était de la campagne laba, mais je sais pas, moi j’étais timide. En 4e, c’était l’inverse : je devé être tro a l’aise parce que je faisé bocou de bêtises. Et la 3e, eh ben cest pas compliqué, je lai pas fait. En fait deux petits bous, un peu a Ténot, et puis a la ville. Et la boum badaboum.

Les deux filles sont sortie. Jai atendu 30 secondes et jai frapé a la porte qui était resté ouverte. La prof était toujours assi sur l’estrade, elle écrivé quelque chose dans un cahier. Elle a tourné la tête vers moi.

– Oui ?

– Bonjour Madame. Je suis Madame Semos, la maman de Julie…

– Ah, très bien. Entrez. Merci d’être venue.

Elle sest levé pour me serrer la main. 

– Regardez, on va se mettre là.

On s’est instalé autour d’une table d’élève, avec une chaise de chaque coté. On avé le visage un peu près je trouve, ça me gêné, alor jai essayé de pas tro m’aprocher et de me décalé un peu.

– Bon, je voulais vous voir pour faire le point avec vous sur le travail de Julie.

– Elle a pas fait de bêtise au moins ?

– Pas en classe, rassurez-vous. Elle est même calme, et plutôt respectueuse des professeurs, ce qui n’est pas le cas de tout le monde, croyez-moi.

– Ah, heuresment quelle est polie.

– Oui, ce n’est pas ça le problème. Ce qui m’inquiète, cest que je la sens de plus en plus… comment dire… absente. Elle est au collège, elle vient en cours, mais on a l’impression que plus rien ne l’intéresse. 

– Elle bavarde ?

– Même pas. Simplement, elle n’écoute pas, elle regarde par la fenêtre, elle est perdue dans ses pensées. On est plusieurs collègues à l’avoir remarqué. Et moi je l’ai depuis deux ans, j’ai vu l’évolution. L’an passé, elle était vive, enjouée, elle participait, levait le doigt. Cette année elle s’est éteinte chaque trimestre un peu plus. Je sais bien que l’adolescence est là, les filles ont tendance à se renfermer, à devenir rêveuses, susceptibles.

– Elle a ses règles depuis le début de l’année, ça la perturbe.

– Bien sûr, c’est tout à fait normal. Ce qui pose problème, c’est qu’elle ne travaille plus, ni en classe, ni, apparemment, à la maison. 

– Je peu pas toujour controlé si elle fait ses devoirs, parce que je travaille le soir, et puis parce que je conpren pas ce quelle doit faire, cest tro dur pour moi.

– Oui, bien sûr. C’est à elle de se prendre en charge, elle est pas bête, elle sait ce qu’elle a à faire. Le problème, c’est qu’elle ne le fait pas, ou plus. Comme si elle se fichait de tout.

– Elle va redoubler ?

– Non, on a décidé de la laisser passer en 4e, parce qu’elle a le potentiel, et qu’elle risque de s’ennuyer en 5e. Mais c’est limite. Et si elle ne se ressaisit pas l’an prochain, elle risque de ne pas pouvoir aller en 3e.

– Je conpren. Il faut quelle travaille mieu.

– Mieux et plus. Et je me permets de vous demander votre aide. Elle a besoin de voir que c’est important pour vous. Que vous vous intéressez à ce qu’elle apprend, que vous voulez qu’elle progresse et qu’elle fasse de bonnes études pour assurer son avenir. 

– Je lui ai di souven… Mais come je vous disé, je peu pas controler ses devoirs…

– Bien sûr. Mais ce que vous pouvez faire, si vous voulez bien, c’est une suggestion, c’est lui demander de vous montrer ses classeurs et ses cahiers, par exemple en fin de semaine, et qu’elle vous explique en quelques mots ce qu’elle a fait. Interrogez-la aussi sur ce qu’elle aime et ce qu’elle n’aime pas, sur ce qu’elle aimerait faire plus tard, si elle s’est renseigné sur ce métier. Même si elle ne dit pas grand-chose au début, revenez-y, montrez-lui que vous voulez dialoguer avec elle, l’accompagner dans son parcours scolaire. Et vous avez aussi le droit de regarder ses notes et de lui exprimer votre mécontentement quand elles ne sont pas à la hauteur de ce qu’elles devraient être.

Elle me doné des ordres, mais je voyé bien quelle voulé aidé Julie, et que c’était des bons conseils quelle me doné.

– Dacor, je vais essayer. 

– Comprenez bien : je suis sure que vous l’avez déjà fait. Mais quand les enfants deviennent plus difficiles, quand en plus on a des horaires de travail contraignantes, on a tendance à laisser courir. Or, il faut persévérer. Et c’est mon devoir en tant que professeure principale de vous alerter. Vous savez, je suis passée par là, je suis plus âgée que vous, ma fille est plus grande que la vôtre, et ça n’a pas été facile non plus à certains moments, loin de là. 

Elle a oché la tête come si elle se souvené. Après, elle ma regardé, elle ma souri et elle a di autre chose :

– Et puis je voulé vous parler d’un deuxième point. Vous m’arrêterez si je vous embête, ce qui n’est pas mon intention, bien au contraire.

La, jai pensé elle va me parler d’une bêtise de Julie. Dabor c’était pas ça :

– Julie ne voit pas souvent son père, n’est-ce pas ?

Je m’atendé pas, mais jai répondu, peutetre en rougissant un peu :

– Euh… On peu même dire qu’elle le voi jamai. 

– Elle le connaît ?

– Non. Il ma quité avant sa naissance, il savé pas que j’étais encinte. Quand jai voulu lui anoncer, il été plus dans l’apartement et il était plus dans l’armée ici. Alor je mai débrouillé toute seule.

– Et maintenant ? Il est au courant qu’il a une fille ?

– Je sais pas. La sistante sociale avé cherché a le contacter quand Julie était petite, mais elle a apri qu’il été en prison. Jai di qui falait laissé tombé. Il est violent, c une erreur de jeunesse.

– Je comprends. Et Julie, est-ce qu’elle vous pose des questions ?

– Cest très rare, ça fait lontan. Je lui ai di qu’on s’été rencontré quand il était militaire, qui m’avé fait partir de chez lui avant sa naissance et qui savé même pas que j’été encinte. Cest la vérité. Juste, jai pas parlé de la prison. 

– Cest déjà bien qu’elle sache comment vous avez rencontré son père et pourquoi elle ne le voit plus. Elle a un minimum d’explications. Parce que, et c’est la deuxième chose dont je voulais m’entretenir avec vous, Julie est visiblement en recherche d’une figure paternelle. Elle a tendance à se rapprocher des garçons plus âgés qu’elle. On a même l’impression que ce sont les seuls a pouvoir la faire sortir de cette sorte de mélancolie où elle se trouve.

J’été pas sur de bien conprendre :

– Vous voulez dire qu’elle traine avec des garçons pas de son âge ?

– Oui. On peut le dire ainsi.

– Des garçons de 3e ?

– Et même un peu plus. Vous savez que nous avons à la fois collège et lycée ici, les élèves peuvent donc se mélanger facilement.

– Eske… Excusémoi… eske vous pensez que… elle sore avec ? 

– Disons que nous l’avons vue embrasser des garçons, oui.

– Oh mon Dieu… Plusieurs ?!

– Au moins deux.

Le ciel me tombé sur la tête. Ma fille de 13 ans avec un garçon de 16 ou 17 ans. Et je m’étais apersu de rien. Et elle m’en avé pas parlé, quelque chose de si important…

– Vous ne l’avez jamai vue avec un petit copain ?

– Non. Elle vien juste d’avoir 13 ans…

– Oui, elle est très jeune. C’est pour cela que je vous alerte et que nous devons être attentifs. Surtout que ces garçons plus âgés qui l’attirent sont moins innocents que ceux de son âge.

Je savé pas quoi dire.

– Mme Semos, est-ce qu’elle a un oncle, un de vos amis, peut-être, qu’elle voit de temps en temps ? 

– Euh… non. Il faut pas qu’elle voye d’homme ?

– Au contraire. Comme beaucoup de filles de son âge qui ne sont élevées que par leur mère – elle n’est pas la seule, croyez-le-bien – elle recherche une figure paternelle. Elle a besoin de marques aussi bien d’autorité que d’affection de la part d’un homme qui pourrait être son père. Elle va vers les garçons plus âgés car, faute de mieux, ils se rapprochent un peu de l’image masculine qu’elle recherche.

– Je conpren. Mais mon frère je le voi presque jamai, et jai pas d’amis hommes que Julie voit. Le seul qu’on voit un peu souven cest le compagnon de ma cousine, Dany. 

– D’accord. Ce qu’on pourrait envisager, si vous êtes d’accord, cest un suivi par un psychologue, qui l’aiderait à exprimer ce qu’elle ressent et à distinguer entre l’amour de type familial et l’amour de type amoureux, qu’elle a tendance à confondre. Inconsciemment, elle se dit que pour être aimée par un homme, il faut qu’elle l’embrasse. Alor que bien sûr l’amour d’un père, ce n’est pas ça.

– Je conpren.

J’arété pas de dire je conpren, et cest vrai que je comprené, mais ça changé pas le problème. Le psicologue, ça me plaisé qu’a moitié.

– Ça se passe coment, un psicologue ?

– C’est quelqu’un qui va la faire parler, l’écouter, sans la juger, pour l’aider à verbaliser, à dire ce qu’elle ressent, et l’aider à faire face à la réalité telle qu’elle est. Cette tendance qu’elle a à se réfugier dans ses rêves, à ne plus suivre en cours, c’est lié. Parler avec un psychologue lui fera du bien autant pour ne pas faire de bêtises avec les garçons que pour se concentrer sur son travail scolaire.

– Ça dure lontan ?

– Pour les enfants, ce sont généralement des séances de ¾ d’heure. Une par semaine pandan quelques mois, après on peut espacer, arrêter, revenir, en fonction des besoins. 

– Et ou cest que je vais en trouver ?

– Oh, ne vous inquiétez pas, on va demander au médecin scolaire, il nous conseillera utilement. Il a l’habitude.

– Ça marche avec la CMU ? Parce que si cest pas remboursé, et même si faut avancé l’argent, je pouré pas. 

– Ne vous inquiétez pas, vous aurez une ordonnance.

Je suis sortie complètment assomé. Du cou, jai pas repassé a la maison avant d’aler chez Delaunay, j’avais le tan, mais jai préféré marché un peu et réfléchir. Y’avé bocou de choses qui me travaillé, dabor que Julie sorte avec des garçons et que jai rien vu. Mince alor ! Keske je suis con ! J’arivé pas a l’imaginé, je voulé pas voir sa dans ma tête, ça me causé un malèze. Cest une enfant. Avec des garçons tro agés pour elle en plus, qui vont pas la respecter, très dangereu. 

Ce qui me faisé très mal aussi, cest quelle a gardé ça pour elle, quelle en a pas parlé a sa maman. Ça me faisé très mal. Je sais bien que les filles veule avoir leur secret, cest plus des bébés, mais canmême, faire ça, et pas le dire… Horible.

Et puis elle suit pas en classe, elle rêve, et si jai bien compris elle ira pas en 3e si ça continue l’anée prochaine. Elle, si ça se trouve, elle sen fout, moi je veu quelle a un métier, surtou pas qu’elle pousse le balai. La prof ma di qui falait que je m’intéresse a ses devoirs. Je croyé que cest ce que je faisé, aparament je fais pas come il faut. Quelle galère…

Quand je suis rentré de chez Delaunay, Julie était dans sa chambre. Elle voulé pas venir dîner, disé qu’elle avé pas faim. Je m’ai di, tiens cest vrai, elle fait souven ça mintenan, elle veut plus diner le soir. Cest surment pas bon, ni pour son cor ni pour sa tête. Alor ce soir je l’ai obligé a venir et a diner, elle était pas contente. Je lai regardé pour voir si quelque chose avé changé sur elle. Jai pas trouvé, sauf que cest sur que elle a pri de la poitrine, il va faloir changer les soutien-gorge, ça va encore être toute une histoire. Son visage aussi est devenu plus fin, ses yeux on dirait plus alongé. Et ses cheveux sont jolis, jai bien vu quelle les peigné et les lavé, quelquefois même avec Frédérique, elles se les coupe un peu, elles se font la frange. Mais dans son atitude, je sais pas, come dab, ça veut dire souven de mauvaise humeur…

(à suivre)

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