Journal de femme de ménage – 13e épisode : Mon neveu a fait une connerie

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Jeudi 13 juin

Il est arivé une catastrophe : Adri, mon neveu, s’est fait arêté par la police. Parce qu’il a volé. Vivi ma apelé ce matin, pendan que j’été au gymnase. Je lai rapelé quand jai trouvé le message en sortan. Je suis tombé sur son répondeur, jai laissé un message aussi, et elle est passée a 15 heures, les filles était a l’école, c’était mieu. Elle ma raconté ce qu’elle savé. Elle avé pu parler avec Adri dans la nuit et puis encore ce matin, mais il était toujour au poste. Il est sorti que ce soir et il faut qui passe au tribunal. 

Donc, Adri et deux copains de son centre d’apprentissage ont été volé la sono et des sous dans un bar restaurant.

– Ces imbéciles, ils ont attendu que le bar soit fermé et que le patron et les serveurs soit partis. Ils avaient repéré – parce que c’est un bar ou ils vont souvent – qu’une fenêtre de la cuisine donnait sur la cour et qu’elle avait pas l’air très costaud. Ils sont entrés par là. Ils s’étaient dit en plus que l’alarme était devant, pas ici. Et ils ont emmené la sono, les lumières, et pris un petit coffre où ils avaient vu que le patron mettait des billets et de la monnaie. Tu sais combien il y avait ? Ça, c’est un flic qui me l’a dit ce matin, quand le propriétaire du restau est venu ouvrir la serrure de ce petit coffre…

– Je sais pas… 500 euros ?

– 46 euros ! 46 euros et 30 centimes ! Ces trois imbéciles vont risquer la prison pour 46 euros et 30 centimes ! T’y crois, toi ?

– Et la sono ? Ça doit valoir cher ?

– Oui, mais qu’est-ce qu’ils croyaient ? S’ils l’avaient utilisé, un jour quelqu’un l’aurait reconnue et aurait fait le lien avec celle du bar. 

– Peutêtre qui voulé la vendre ?

– Je crois pas. Adri m’a juste dit que le proprio du bar était un gros con. Je me demande en fait si il voulait pas se venger, peut-être qu’ils s’étaient engueulés avec lui.

– Mince alor… Et coment ils se sont fait prendre ?

– En sortant. Les flics les attendaient. 2 bagnoles, 6 mecs armés.

– Coment ils ont su ?

– Je sais pas. Peut-être une alarme. Ou quelqu’un qui les a vu. En tout cas, flagrant délit, ils risquaient pas de nier.

– Quand cest qui ta raconté ça ?

– Cette nuit au poste. Les flics nous ont appelé à 3 heures du matin. J’ai pu le voir seul pendant un quart d’heure. Il a craché le morceau. 

– Il était coment quand il ta raconté ça ?

– Il pleurait. Il arrêtait pas de répéter : « On a déconné, je sais pas ce qui nous a pris ». Ce matin – j’y suis retourné à 10 heures, j’ai dit au boulot que je pouvais pas venir, heureusement une collègue a pu me remplacer –, il était crevé. Et il avait honte. Il parlait pas beaucoup, j’ai pas insisté.

– Et les deux autres, tu les a vu ?

– Oui, ils étaient tous les trois dans la cellule… Ça fait drôle tu sais, de voir son fils derrière des barreaux, même si c’est qu’un commissariat…

– Tu métone !

– Les deux autres pareil, très jeunes. Tous mineurs ! Y’en a un qui est plus grand en taille, c’est lui qui a entrainé les deux autres je pense, il a un visage plus dur, il roule des mécaniques. 

– Tu les conaissais ?

– J’en avé déjà vu un, le plus petit. Son copain Enzo. 

On est resté un moment en silence en finissant notre café. On était sur le canapé pouri du salon, javé ouvert la fenêtre, il pleuvé un peu mais il faisait pas froi.

– Et mintenan, keski va se passer ? 

– Je sais pas. Normalement il sort ce soir. C’est ce que m’a dit l’avocat. Tu sais maintenant dès que quelqu’un est en garde-à-vue, on fait venir un avocat. Ça sert a rien à mon avis, mais bon. Donc l’avocat m’a dit qu’avant de les relâcher les flics vérifient qu’ils sont pas concernés par d’autres vols dans la région.

– Il ta di a quoi ils vont être condané ?

– Non. Il ma juste di qu’après ils seront convoqués, avec nous les parents, devant le juge des enfants. C’est lui qui décidera.

– Tu veu que j’apel Bruno, le flic que je conais ?

Vivi ma regardé avec des yeux tout ron.

– Tu connais un flic ? T’as son numéro ?

– Ben oui. Je l’apel tout de suite si tu veu. Je vais mettre le oparleur, tu entendra come ça.

– Dacor. Mais…  attend : qu’est-ce qu’on va dire ?

– T’inquiète, fais moi confiance. 

Jai atrapé mon portable et jai cherché le numéro de Bruno. Jai apuyé et jai mi le oparleur. 

– Allo !

– Bruno bonjour, cest Victoria. Victoria Semos, tu te souviens ?

– Oh, Victoria ! Le petit oiseau blessé que j’avais ramassé…

– Cest ça. Tu va bien ?

– Oui, ça va, on tourne, mais c’est calme à cette heure. Et toi : si tu m’appelles, c’est que t’as un problème ?

– Oui, cest mon neveu. Il est chez vous. Adrien. 

– Merde, cest ton neveu ?

– Oui, enfin mon petit cousin, je suis avec sa mère, ma cousine, elle t’enten.

– Eh bien bonjour cousine. 

– Elle te di bonjour. On voudrait savoir si tu sais quand on va le laisser repartir.

– Écoute, c’est pas moi qui suit le truc, mais on en e parlé avec les collègues à 1 heure. Ils veulent vérifier encore deux trois choses avec le proprio du bar. Et aussi prendre le temps d’interroger les gosses pour voir s’ils ont pas commis d’autres vols. Y’en a pas mal en ce moment, des vols.

Jai jeté un cou d’œil a Vivi, elle était toute pale et elle avait le menton qui tremblé.

– Tu crois que ils ont pu voler d’autres endrois ?

– Je pense pas. Ce sont des gamins qui se sont pas rendu compte de ce qu’ils faisaient. Mais bon, on doit vérifier, c’est le boulot. Et leur faire comprendre qu’ils risquent gros s’ils continuent dans cette voie.

– Je compren. Si ils ont fait que ça, keski risque ?

–  Pas grand-chose. Ils vont passer devant le juge des enfants. S’il estime que ce n’est pas grave, il peut simplement les rappeler à l’ordre. On dit « admonester ». S’il estime que c’est plus grave, il les reverra une seconde fois et il peut demander des mesures éducatives ou des peines d’intérêt général, quelquefois c’est des travaux à l’endroit où ils ont volé (si le proprio est d’accord).

– Il risque pas… d’aler en prison ?

– Non, on ne va pas en prison pour ça, surtou quand on a 17 ans. Si le juge se contente de la première audience, ce sera même pas marqué dans son casier judiciaire.

Je regardé Vivi, elle respiré un peu mieu et tremblé plus.

– Bon, merci Bruno, cest très genti. Si tu peux faire quelque chose pour qui sorte pas tro tar ce soir…

– T’inquiète, j’ai ma pause à 17 heures, je me renseignerai. Toute façon, une garde-à-vue, ça dure pas plus de 24 heures. Avec un peu de chance, il sera rentré pour le film. Et rassure ta cousine : c’est une grosse connerie, il a pas intérêt à recommencer, mais c’est pas grave. C’est même de la chance qu’on les ai chopé, come ça ils ont eu peur, ils ont vu que le vol c’était pas une bonne solution, ça les calmera. Je me permets de dire juste à ta cousine si elle m’entend : de bien surveiller ses fréquentations et surtout de pas le laisser inoccupé. Un jeune qui fait une activité – du sport, du bricolage, de la musique, n’importe quoi – y’a pas de problème il sera pas délinquant.

Vivi hoché la tête.

– Elle te di merci. Et moi aussi.

– Gros bisous Victoria, porte-toi bien. 

Jai racroché.   

– Bon, jai di a Vivi en serrant son genou, tu vois cest pas tro grave.

– Il est adorable, ton flic… 

Tout dun cou, elle sest serré contre moi et elle s’est mi à pleuré. 

– Ce qui me tue, c’est qu’il a pensé à faire ça, qu’il a osé ! Il aime bien faire le kéké come les jeunes de son âge, mais il est honnête, il triche pas, il ment pas ! Jamai il nous a emmerdé pour les sous. Je compren pas !

Elle pleuré avec de grosses larmes, elle faisait beuhhhh comme les enfants. J’ai essayé de la conforté comme je pouvé.

– Il s’est laissé entrainé, kes tu veu…

– Il s’est peut-être laissé entrainé, mais c’est bien lui qui y a été de son plein gré.

– Peutêtre il voulé se prouver quelque chose, qu’il était capable, qu’il avé pas peur. 

– Alors il est plus con que je pensé !

– Di pas ça, cest l’age qui est con, c’est pas lui. Rapel toi, nous.

– J’ai jamais volé ! Sauf du chocolat dans les magasins…

– Tu vois…

On a rigolé, ça lui a fait du bien. Et moi je mai dit que j’avais jamais volé non plus, mais que si quand j’étais au foyer quelqu’un m’avait entrainé, sur j’y alé tout droit ! 

On a parlé encore un peu et puis elle sest levé. 

– Je vais rentrer à la maison, Dany va arriver vers 6 heures, on retournera le voir si les flics nous ont pas appelé avant.

– Tiens moi au courant.

– Bien sûr. Dis Victo, je voudrais te demander…

– Je sais ce que tu va me demander. Je suis dacor : pas un mot aux filles.

– T’es adorable.

Elle ma embrassé très fort, on sest serré dans nos bras et elle est partie.

Elle ma rapelé il y a une demi-heure, a 21 h 30. Les filles était dans leur chambre, Morgane dormait, Julie peutêtre pas, mais entouca elle pouvé pas entendre ce que je disé a Vivi, surtou que jai été sur le balcon pour être plus sur. 

– Alors ?

– Il est rentré. Les flics nous ont appelé à 18 h 30, on a été le chercher. 

– Il est coment ?

– Mal. Il a honte, il est triste. Crevé aussi. Il a a peine mangé, il a été se laver et il est parti se coucher. J’ai été le voir dans sa chambre pour lui montrer que j’étais contente qu’il soit revenu et que j’étais avec lui. Je lui ai fait un gros mimi comme quand il était petit. Il m’a juste dit : merci Maman.

– Et Dany, coment il a réagi ?

– On avait beaucoup parlé cette nuit, et ce soir quand il est rentré, avant qu’Adri revienne. Il était très en colère, mais je lui ai dit de garder son calme, que c’était pas la peine de s’énerver, qu’il faudrait qu’on parle tranquille avec Adri demain et dans les jours qui viennent, et pas qu’on soit trop dur avant de bien comprendre tout ce qui s’est passé.

– Il a été dacor ?

– Oui. Pendant le dîner, il lui a juste di comme ça : « Je t’ai toujours considéré comme mon fils, Adri, et j’ai toujours fait le maximum. C’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai le droit de te dire que tu me déçois et qu’il va falloir que tu répares ce que tu as fait. On décidera ensemble comment, on va attendre que tu nous expliques tout bien comme il faut, et on décidera. Mais il faut tirer une leçon de cette affaire. Je suis clair ? » Adri a répondu : « Très clair ». 

– Tu va en parler a son vrai père ?

– Oh non, je vais pas déranger Monsieur. Ça lui fera ni chaud ni froid. Je sais même pas s’il se souvient qu’il a un fils.

– Bienvenue au club…

On a parlé encore 5 minutes et elle ma di qu’elle alé se couché, qu’elle en pouvé plus. Moi aussi, j’avais besoin de dormir, je m’avé levé à 5 heures. Plus que demin et après ouf le ouiken pour se reposer un peu.

Vendredi 14 juin

Je suis été a la CAF doné les 100 € pour la colo de Julie. J’avais espliqué a M. Sauvade que mon découvert sera encore gros a la fin du mois mais que c’était pour la colo de Julie en out, come elle sera pas la je dépenseré moin du 1er au 15 out et je pouré me ratraper.

– Ça me plaît qu’à moitié, votre calcul. La CAF ne peut pas prendre en charge la totalité de la dépense ?

– La dame ma di qui falait que je paye au moins ça.

– Et personne ne peut vous avancer cette somme ? 

– Ben non.

Il a regardé une feuille sur son bureau et il a tapé des chiffres sur sa machine, une calculatrice. 

– On joue avec le feu, là. 

– Écoutez, jai fait ce qu’on a di : j’essaye de moins fumer et je suis été déposé des cv pour faire des estras le week-end ou cet été.

– Et… il y a des résultats ?

– Pas encore. Mais je suis sure qu’au moin un m’apellera un jour.

– Hum… Et question dépenses : vos achats de cigarettes ont baissé ? 

– Ben oui, surment. Je suis pluto a 15 que a 20 mintenan. Souven je fini la journée, il men reste 5, enfin quand jai comencé le matin avec un paquet neuf.

– Et si vous comencez la journée avec un paquet neuf, cest que vous en avez fumé un entier la veille ?

– Oui, mais cest pas tous les jours. 

– Hum…

Bon, il est patien M. Sauvade, faut pas que je me plin. Et puis keske ça peut bien lui faire au Crédi Agricol que je soye en découvert de 300 ou de 200 euros ?

A la CAF, ça a pas été tro lon. Quand on aporte de sous ça va toujour plus vite, cest bizare, non ? Jai pas vu la même dame que l’autre fois, mais elle ma di : « Vous n’aurez plus que 100 € à payer, avant la fin du camp, cest-à-dire le 15 août. Pour les papiers, tout est en ordre. Vous allez recevoir un courrier avec les heures précises de départ et d’arrivée. Vous aurez aussi une liste avec les vêtements qu’elle doit emporter ».

Cest vrai que cest bien canmême, elle va pouvoir aller a la mer pandan 15 jours, avec plin de jeunes de son age et des moniteurs pour s’ocuper d’elle. Comme a dit Bruno mon ami le policier, fo pas laissé les jeune inoccupé. 

Samedi 15 juin

A 2 heures, jai apelé Vivi pour savoir coment alé Adri. Elle ma di qu’ils avé bocou parlé tous les trois, qu’il avait compri qu’il avait fait une grosse bêtise et même qui voulé s’escuser auprès du patron. Il devait y aler cette aprèmidi avec Dany, je sais pas coment ça sest passé. Et puis du cou il veut travailler mieu dans son aprentissage d’électricité – peutêtre il va changé de patron – pour avoir son CAP l’an prochain. 

– Cest des bones nouvelles.

– Peut-être que ça sera une bonne leçon. J’ai l’impression qu’il a très peur de passer devant le juge. Moi aussi, remarque.

– Cest normal. Mais ta entendu ce que Bruno a di, il risque pas granchose.

– Je voudrais surtout pas qu’il a un casier judiciaire. Tu te rends compte ? Tu fais une connerie à 17 ans, ça reste marqué toute ta vie, et chaque fois que tu dois faire des papiers pour un travail ou autre chose, on te ressort ça. Les patrons doivent pas aimer ça, sûrement pas.

– Tu crois qu’ils demande a chaque fois ce papier ?

– Je sais pas. J’espère que non.

Après que jai racroché, jai pensé cest vrai moi mon dossier come quoi jai été placé, on me le ressore souven : a la CAF, a la mairie. Peutêtre que ça va me géner pour être titilarisée. Enfin ya pas que ça qui gène.

A Lidel cette aprem, des jeunes se baté sur le parking, ça ma fait peur, a Morgane aussi. D’autres ont essayé de les séparé, résulta on savé plus qui se baté contre qui ou pas. Je mai di si yen a un qui sore un couteau, ou un pistolet, cest la mort. Il faut pas granchose pour mourir, juste un cou. Jai pensé a Adri bien sur, et je mai di, non il est pas come ces petits voyous, cest pas possible. Je savé que je pouvé aussi pensé a ma vie a moi, a certains bals avec des garçons quand on était au foyer. Yen avé des bagares, je me rendé pas conte a l’époque, mais on a pas du passé loin de la catastrophe plusieurs fois. 

Je suis été angoissée toute la soirée.

Dimanche 16 juin

Morgane veu un chien.

Julie veu pas aler en colo.

Moi je veu juste un peu plus de sous. Et être moin fatigué.

(à suivre)

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