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Jeudi 6 juin
Julie a encore été pertubée, ses règles son pas encore bien réglé cest normal, mais elle s’afole, et puis elle trouve que cest sale sa la dégoute. Je voulé l’emmener chez le docteur, pour qui lui rexplique bien come il faut, mais elle a pas voulu. Même a moi, je sens que sa la gêne d’en parler. Je voudré pas quelle se referme, déja elle a tendance a garder des choses pour elle, elle parle pas bocou.
Vendredi 7 juin
L’argent fait pas le boneur. Cest une parole de riche, désolé. Je di pas que l’argent fait tout, dacor : tout le monde a qun trou du cu et il marche pareil pour tout le monde. Mais canmême, keske ma vie serait meilleur si javais 500 € en plus par mois ! Même 300, même 200. 200 €, cest pas granchose canmême, eh ben ça me fait bocou de souci de pas les avoir. Je sais pas si je suis maleureuse, puisque le boneur cest pas pour moi. Mais entouca je suis fatigué a cause de cet argent qui me manque toujour et qui faut toujour que je cour après, parce que jai pas un vrai travail qui paye normalment. Et pourtan, je crois que je peu dire que je suis pas paresseuse. Jai pas peur de me lever pour poussé mon balai et de me baissé pour ramasser ma serpillère. Mais jai que des petits bous de boulo a la con, pas payé pandan les vacances, ce qui est pas normal dailleur, tout le monde a droit aux vacances payé, cest la loi. Je demandré juste un Smic tous les mois, pas plus. Avec un smic, l’alocation logement, la femme isolé et la prime rentrée scolaire, je men sortiré bien. Cest pas le bon dieu canmême, si ? Ou il est suila dailleur ? On ma assez obligé a prié pour lui quand j’étais petite, non ? Cest pas bien de critiquer, je sais.
Samedi 8 juin
Je suis été chez le dentiste, pour qui me pose le plombage pardessu ma carie. Jai pas u mal, ça va. Il était toujour de bone umeur, en train de plaisanté. J’aimeré être come lui. Je me demande juste si il seré come ça si mettait les mains tous les jours dans les toilettes des autres. Peutêtre pas. Pourtan son métier est pas drole non plus, moi je le feré pas entouca. Au moin une cuvette de WC, on risque pas de lui faire mal. Et peutêtre que cest moin sale que certaines bouches.
Cette apres-midi, jai déposé des cv pour faire des estras cet été. En faisant ça, je mai apri, coment je suis capable ou pas capable. Dur…
J’avais mi mon jean neuf, bleu foncé, et puis mes chaussures plates noires. Talons je pouvé pas, je seré pas été à l’aise avec, tout façon j’ai juste une paire pourie. Et baskets ça auré pas fait sérieu. Et puis un chemisier blanc et mon gilet noir, une tenue de service justement.
Jai comencé par suila dans la petite rue qui décen près de la bibiotèque. Je suis passé devant une première fois pour voir si y’avé pas tro de monde. Y’avé juste une mamie et un gro mec en tablié blan avec un chapo de boucher. Je mai di, alé Victoria pas d’escuse faut y alé.
Jai poussé la porte en verre. Cest beau ladedan, sa brille partou, des vitres, des glaces, du carelage, des lumières et plein de bones choses a mangé très bien présenté, une vrai caverne d’alibaba. Le monsieur ma di bonjour, jai répondu. Il continué a servir la vieille dame. Je me disé keske sa doit être agréable de travailler dans un endroi come sa, toute cette nouriture délicieuse, a sentir, a préparé pour les gens, tous ces plas et ces idées pour aprendre a cuisiner. Peutêtre même qu’on peut en gouter de tansantan. Et puis si yen a qui pare pas, peutêtre on a le droi d’en prendre pour ramener a sa maison. Ça doit faire de sacrés économies ! Et les filles, keske elles seré contentes, elle se régaleré. Ça seré pas tous les soirs cordon bleu, cest sur !
Bon, elle se pressé pas la petite dame, le monsieur non plus dailleur, j’avé peur que quelqu’un entre et que après jai pas le tan de parler. Jai regardé encore un peu les plas posés derrière des vitrines dans le magasin : de la viande, des sauces de toutes les couleurs, des légumes, des salades, des poissons, des patés, des desserts, incroyable ! Et chaque fois, des cuillères pour servir. Dans un meuble au fon, y’avait plin de boites de conserves, des fois gras je pense, des confis, du canar et de l’oi. Et puis des bouteilles de vin et de je sais pas quoi.
– Madame ! Qu’est-ce que je vous sers ?
Keski parlait fort ! Jai sursauté, parce que la petite dame était pas encore partie, je mi atendé pas. Il était gros, mais il avait un visage come un bébé, des joues rondes, tout rouge avec des yeux et une bouche qui rigolé, et une moustache.
– Excusémoi, je vien pas pour acheté…
– Oh ? Vous venez exprès pour me voir, alors ? J’ai de la chance !
Il sest mi a rire. Si jai bien compris, il plaisanté. Jai essayé de rire aussi. La petite dame a dit au revoir, il lui a dit au revoir aussi et elle est partie heuresment.
– Non, je viens pour déposer un cv.
– Vous voulez travailler ici ? Vous êtes du métier ? Une consœur ? Enfin con, me faites pas dire ce que j’ai pas dit, hein ?!
– Non, non… Je suis pas bouchère, ni traiteur. Cest pour faire des services, si vous avez besoin d’estras, pour des mariages. On ma di quelquefois il pouvé y avoir de la place.
– Les réceptions, on n’en fait pas beaucoup, on n’est pas équipés pour ça.
– Et quand vous en faisez, vous prenez des gens ? Des gens en plus du magasin, je veu dire ?
– C’est pas moi qui m’en occupe, mais oui. M. Charet fait quelquefois apel a du personnel extérieur. Vous avez un peu d’expérience ?
– Un peu, oui. M. Charet, cest le patron ?
– Oui. Cest pas moi, sans ça je vous embaucherai tout de suite.
Il se moqué de moi ou il me drague ? Je me demandé.
– Je peu laisser un cv pour le patron ? Vous pouvez lui doner ?
– Avec plaisir. Je vous garantis rien, mais je vais le faire passer à M. Charet.
– Merci.
Jai sorti le cv d’une pochette que j’avais mis dans mon sac, que m’avé doné Julie. Jai doné au monsieur, je mai di a ce moment que j’auré du mettre une envlope. Avec ses dois, il allé le taché. Dailleur, il les a essuyé sur son tablier.
– Voilà. Si faut venir pour un rendévous, pour le voir, je peu revenir.
– Ah ben dites donc, vous êtes directe vous ! Et moi, vous voulez pas me revoir ?
Il était pénible, avec ses plésentries qui me faisé pas rire. Mais il falait que je sois polie sinon j’étais morte.
– Ben si je travaille en estra, peutêtre on se reverra.
– J’espère bien.
Une dame et un monsieur sont entrés a ce moment, ça m’arangé. Jai u de la chance qui soye pas venu avant, j’auré pas pu parlé.
– Bon merci.
– Vous inquiétez pas, je transmettrai votre cv au patron ! Je le pose là près de la caisse pour l’instant, et j’irai le mettre sur son bureau tout à l’heure. Comptez sur moi.
– Merci, cest genti.
Il ma fait un petit signe en levant son menton et puis il a di aux gens :
– Alors, messieurs dames, à nous !
Je suis sortie. J’auré bien emporté un pla de quelque chose, n’importe quoi, tout été bon, j’avais faim. Jai alumé une cigarette, c’était pas mal mais pas pareil. Après, je suis remonté, repassé devant l’église, la rue de Eram, le boulvar, et puis la rue ou était Pole Emploi avant, on disé l’ANPE.
Cest dans cette rue que se trouvé un autre taiteur, charcutier. Jai passé devant une première fois, y’avé deux dames, jai continué un peu plus loin et jai marché. Quand jai redécendu, il en resté plus qu’une. Jai hésité a entré tout de suite, et puis jai marché encore un peu, je voulé pas resté devant, si je me faisé remarqué ça la fouté mal.
Je suis revenue au bout de 5 minutes, y’avé plus personne, je suis entré. C’était propre, mais moins grand et moins luxe que le premier. Il y avait canmême du choi la aussi, et une quiche énorme, come j’avé jamai vu. Elle était entamé, mais rien qu’avec ce qui resté on auré pu nourir trois tables d’enfants de la cantine ! Peutêtre ils ont fait ça pour batre un recor ?
Le monsieur qui était derrière le contoir était assez vieux, je pense que c’était le patron. Il ma pas di bonjour quand je suis entrée, ou alor jai pas entendu, alor jai di bonjour la première.
– Madame, il ma di en me regardant a peine.
Mais juste avant que je comence a parlé, une femme est arivée de derrière, une grosse blonde de 55 ans a peu près, je suis sur c’était sa femme. Elle ma regardé, même pas bonjour même pas un sourire, on auré di quelle se méfié.
– Je voulé savoir si je pouvé vous donné mon cv, si des fois vous avé besoin de quelqu’un pour des estras, le ouiken, pour des services…
Ils mon regardé come si j’étais estraterreste. Je mai pas afolé, jai sorti un cv de ma pochette et je lai tendu au monsieur. La femme ma di :
– On fait plus de réception. C’est trop d’embêtements.
Le monsieur a di :
– Ya pas granchose sur votre cv.
Cest vrai je mai di, mais avec mon neveu Adri on avait canmême mi tous mes travails.
– Jai fait plusieurs fois des services, quand je travaillé a la brasserie. Et puis a l’école une fois, pour une fête. Et je sais préparer une table, ranger, la vaisselle, tout ça.
– Le service en réception, c’est autre chose, a di la femme. Vous avez de l’expérience dans ce domaine ?
Elle s’approché de son mari pour lire mon CV. Cest sur que j’avé pas d’expérience, jai jamai été a un mariage de toute ma vie.
– Jai pas fait de mariage, mais jai souven fait le service.
Il a passé le cv a sa femme. Elle la regardé vite fait.
– Bon, je vais pas vous embêté, jai di. Je voulé juste vous laissé mon cv. Si un jour vous avé besoin de quelqu’un et que vous avez persone d’autre, vous pouvez conté sur moi.
Je suis été contente d’avoir di « vous pouvez conté sur moi », je sais pas coment s’est sorti. Come ils disé rien, jai di :
– Au revoir, merci.
Juste au moment ou j’alé partir, la femme ma interogé :
– Vous avez marqué que vous avez deux filles : vous avez quelqu’un pour les garder le week-end, si vous travaillez ?
– Oui, leur tante peu les prendre, cest prévu.
Très forte, Victoria. Elle a pas répondu. Mais je l’emmerde, de quoi je me mèle ? Elle ma pas posé d’autres questions après. Alor je suis sortie. Je me demande bien pourquoi elle ma posé la question de gardé les filles si ils veulent pas me faire travaillé. Peutêtre cest juste pour m’embêté. Les gens sont bizare.
Après, jai marché jusqua un troisième traiteur, un peu en dehor du centre-ville. Il faisé cho, jai oté mon gilet, j’avais cho canmême. Il a falu que je passe a des carfours, y’avé bocou de monde, des voitures, des piétons, c’était désagréable. Le bruit me gêné aussi, je sais pas pourquoi, peutêtre je vieilli, je suporte moins le bruit qu’avant, je me ren conte.
Quand je suis arivé au traiteur, fermé ! Mince… Jai hésité a glissé un cv sous la porte, et puis je mai di non ça se fait pas, ou alor si je le fais jai aucune chance.
Je suis revenue sans me presser. C’était que 5 heures, j’avé di aux filles que je revené a 6 heures. En retraversant le centre ville, a ce moment jai pensé, tien cest samedi, 5 heures, j’aimeré bien retrouvé des amis dans un bar, pour rigoler et se raconter notre semaine, et on boirait quelque chose de bon, dans un grand verre avec une paille et des belles couleurs. Et puis après, je rentreré vite chez moi pour me préparé pour aler a une soirée. Avec de la musique, des jolis vêtements, des bones choses a boire et a manger, dans des beaux endrois, avec des garçons qui font danser. On danse, on tourne, on se serre contre les autres…
Deux filles mon croisé, elles ont failli me bousculer, come si elles me voyé pas, grandes avec des talons de dix centimètres et des mini-jupes. Elles mon rappelé un film que j’avé vu il y a pas lontan a la télé, deux copines qui habité près de Paris, elles voulé sortir de leur cité pourie et habiter dans les beaux endroits de Paris. Elles se débrouillé pour entrer en boite, pour se faire inviter chez des bourjois. Bien sur elles rencontré des hommes, souven des cons mais elles se laissé pas faire. Elles s’engeulé souven, des fois elles se parlé plus mais elles étaient toujour ensemble, elles se disé tout, elles s’invité chez elles et conaissé toute leur famille. Rien que de pensé a ce film, j’avais les larmes aux yeux. Keske j’aimeré avoir une grande copine come ça. Mintenan bien sur cest tro tar, 33 ans, biento 34, je suis trop vieille.
Elle marchait à pas lents, comme si elle prenait le temps de réfléchir avant de se lancer. Elle ne baissait pas la tête. Il était difficile de savoir si elle était perdue dans ses pensées ou au contraire ouverte sur l’extérieur. Quelque chose de fragile, de maladroit, de grossier presque, incitait à penser qu’elle n’arrivait pas à s’extraire de ses problèmes, et qu’ils l’obnubilaient. Elle portait un jean serré et un chemisier blanc. Un gilet noir fin était plié entre les anses de son sac. Ce sac, plat et rectangle, tenait davantage du sac de courses que du sac à mains. Il semblait presque vide. Qu’avait-elle mis à l’intérieur ? Le savoir aurait permis de découvrir qui était cette jeune femme, quelles étaient sa nature et sa fonction. Elle donnait en tout cas une impression de solitude. Tel était sans doute le lot de toutes les personnes qui marchent seules dans la rue ; pourtant, l’isolement paraissait plus fort ici, elle semblait lestée de charges trop lourdes pour elle. Mais personne ne la regardait.
Elle est passée devant le Café de la Poste, puis devant le 1900. Elle a eu chaque fois un regard furtif sur les terrasses pleines, mais elle a continué, sans ralentir ni accélérer. Où allait-elle ? D’où venait-elle ? Tout le monde s’en fichait, tout le monde s’en fichait éperdument, et elle en était consciente.
Dimanche 9 juin
Cette aprem, on est retourné a la plaine des jeux, près de la rivière, mais on a pas vu le monsieur avec son chien savant, qu’on avé vu l’autre jour. Morgane a fait son caprice, elle veut toujour un chien. Je suis été étonée, Julie est venu avec nous.
– Tu va pas avec Frédérique ? jai demandé.
– Elle est chez son père.
Quelle me di ça ma rendu triste, parce que bien sur ça lui faisé pensé a son père que elle elle avait pas. Jai u envie de la serrer dans mes bras, mais jai pas osé, mintenan elle aime pas tro, enfin ya des momens, cest plus un bébé.
Les deux filles ont couru ensemble, ça faisait lontan que je les avais pas vu joué toutes les deux, on diré que Julie avé envie de revenir petite. Ça lui a fait du bien surment, elle est entre les deux, cest pas parce quelle a ses règles que cest déja une femme, il faudra du tan, cest encore une fille.
Elles ont grimpé a un arbre :
– Allé, Maman, viens !
– Non, cest interdi. Vous, vous êtes des enfants, cest pas pareil.
– On s’en fout, viens !
– Non. Je suis tro grande.
– N’importe quoi. Allez…
Je suis été jusqua la rivière pendan quelles était sur l’arbre. J’aime bien regarder l’eau, je crois que je préfère le feu, mais cest plus rare. On di l’eau et le feu, deux choses qui vont pas ensemble mais qui sont canmême ensemble quelquefois. Pourquoi pas ?
Si je mettais une barque sur la rivière, et que je me laissé porté par le cuorant, ou cest que j’aboutiré ? Je sais pas, a Bordeau peutêtre. Si je chavire pas avant. Jai jamai fait du bateau. Même quand on alé pêcher au lac, a Blanzey, on resté au bord, y’avé des barques, mais le père il en avé pas. Toute façon je le coné, il nous auré jamai laissé monté dessu. Déjà pour lancé la cane a pêche, c’était toute une afaire, il m’engeulé toujour, parce que je lancé pas come il faut, le fil s’acroché ou il parté pas loin du tout. « T’es bonne a rien », qui me disait, cet imbécile. Ou alor « non, rien a faire, cest pas un truc de femme ». Et ils rigolé, tous les trois, le père, le Sylvain, et Florian.
Tiens, ou il est suila ? Il a encore disparu. Peutêtre que jai rêvé, qu’il est jamai venu à la maison. Victoria, ta des visions ma fille. Keski fabrique a Limoge ? Il se met toujours dans des histoires pas possible. Si ya un mauvais cou, cest pour lui. Pourtan je sais bien qui fait sa pour sen sortir, pas pour être méchant, il veu juste vivre un peu heureu et tranquile. Mais ça lui retombe dessu, il si pren mal. Je sais bien que je mi pren pas bien non plus surment, je sais pas coment je vais mangé a la fin du mois et je peu pas très bien éducationé mes filles, mais bon. Jusqua mintenan je men sore a peu près et jai jamai rien fait de mal. Lui Florian, il hésite pas a faire des trucs pas clair. Surment qui sait quil a pas le droi, mais il doit se dire quil a pas le choi, et qui se fera pas prendre si se débrouille bien. Mais il se débrouille pas bien. Parce que il est pas très inteligent (moi non plus, je critique pas). Je vois pas bien coment on seré inteligent, avec les imbéciles qui nous ont élevé. Et l’école, bof, a Ténot pas terible, et après on y a plus été, cest plus simple.
Jai revenu vers les filles, elles était décendu de l’arbre et mintenan elle joué au balon avec un garçon qui avait 6 ou 7 ans.
– Regarde, Maman !
– Viens jouer avec nous.
Jai doné quelques cous de pied dans le balon, ça leur a fé plaisir. Je me demandé ou été la mère du petit, et je lai vu sur un ban, mais c’était une arabe, avec une robe longue come dabitude et un foulard sur les cheveux. Jai di bonjour mais je me suis pas aproché. Je sais jamai coment il faut leur parler. On sait pas si elles veulent dabor, elles sont toutes fermé dans leur tissu, ça done pas envie. Peutêtre elle parle pas le français, en plus. Je suis pas raciste, mais je suis pas a laise, cest vrai je le cache pas.
– Alé, les filles on y va.
On est rentré tranquile, sans se presser. A la maison, on a gouté et on a regardé la télé. Cest toujour la télé d’Adrien… Ils ont jamais parlé de la récupérer, ça m’arange bien.
Lundi 10 juin
Jai retiré de l’argent, 50 €. Je sais pas coment je vais faire. Le 15 juin je dois payé les 100 € pour la colo de Julie. Il faut aussi que j’achète des vêtements pour l’été, Julie ça va a peu près, mais Morgane et moi on a rien plus a se mettre. Je retourneré a Emaus, je peu pas atendre les soldes, et même les soldes ça sera tro cher. Cest la merde ce fric. Je me rapelle un acteur dans un film je sais plus le nom, il disait : « Les pauvres, si zont pas d’argent, ils ont qua en acheté ». Et il rigolé. Moi jai pas compri tout de suite, et puis quand jai compri, je mai mis a rigolé aussi. Mais dix minutes après, cest bizare, l’inverse j’avé envie de pleuré. Je sais pas pourquoi, peutêtre je me disé oui cest complètement con, l’argent on devré pouvoir en acheté, cest rien du tout, cest tout bête, des bous de papier, et pourtan quand on en a pas, on galère toute sa vie. Cest nul.
Mardi 11 juin
Je mai arêté chez la Pat en sortan de l’école, elle avé insisté. Cest pas mal chez elle, une petite maison blanche, elle habite avec son mari et son fils. La cuisine ma plu, toute moderne, super. Et le salon très chouette aussi, bien décoré. Elle ma di que cest eux qui ont tout refait, ils sont bricoleurs.
– Vous avez de l’or sur les dois, jai di. Keske j’aimeré savoir bricolé…
– On apren en faisant tu sais, ya pas d’âge.
Peutêtre jai pensé, mais il faut un peu d’argent pour acheté du matériel et avoir quelque chose a bricolé.
Cest elle qui m’avé demandé de venir prendre un café. Elle voulé me parlé de la cantine, des colègues, enfin surtou de Chantal, jai vite compri.
– T’en a pas mare quelle fasse tout come si c’est elle qui comandait tout le temps ?
– Tu trouve cest pas bien come elle fait ?
– C’est pas ça, mais c’est sa manière. T’a vu comme elle nous parle ? Elle a pri la grosse tête. Elle se croit notre chef. Avec les enfants aussi, elle leur parle trop dur. Elle va les traumatisé.
– Cest come ça, on la changera pas.
– Elle a son caractère, d’acord, nous aussi d’ailleurs, mais si toute on lui dit qu’elle exagère, peut-être elle s’arrêtera.
– Je sais pas.
– Je me demande si elle a pas des problèmes, et cest peut-être ça qui la rend si nerveuse.
– Quel problème elle a, tu crois ?
– Peut-être avec son mari. Ou avec ses fils.
– Tu disé pas que son mari était super ?
– Si, mais peut-être il a changé, ya lontemps que je l’ai pas vu.
– Ou des problèmes de santé quelle veut pas nous dire.
– Je crois pas, mais on sait jamai.
Après, on a parlé des autres colègues, et puis surtou elle ma raconté sa vie. En fait, je crois elle avé juste envie de parlé. A la fin, elle ma di :
– Et toi, sa va ? Tu parle jamai de toi…
– Oh, cest pas intéressant !
– Ben si, pourquoi ? C’est aussi intéressant que moi et les autres.
– Non. Et puis j’aime pas parler de moi. Jai rien a dire.
– Ça fait du bien, tu sais ?
– Je suis pas sur. Souven plus tu dis des choses, plus on en profite pour te critiqué. Jai souven vérifié.
– Parce que tu a parlé à de mauvaises personnes. Avec des gens que tu connais, c’est pas pareil. Je suis ton amie quand même !
– Bien sur, cest genti de me dire. Mais même si tu me critique pas, moi ça me fait du mal de repensé au passé. Ça me done les idées noir.
– J’insiste pas. Mais oublie pas que je suis là si ça va pas. Je pourai pas régler tes problèmes, mais on peut discuter quand tu veux. Dis moi au moins tes filles, elles vont bien ?
La, jai accepté de parlé un peu, parce que cest pas du passé, cest du présent et puis cest pas moi, cest pas tro indiscré. Mais très vite elle ma reparlé de son fils. Cest pas facile de s’intéresser aux enfants des autres.
Mercredi 12 juin
Cette aprem, je suis encore été pour des estras. Je voulé faire les deux dernier traiteur que m’avé di Pat, et puis suila qui été fermé samedi. Le premier, jai u du mal a le trouvé, il est un peu loin et sur une route que je conaissé pas. Morgane voulé venir avec moi, jai di non cest important, cest pour que Maman a un peu plus de travail et qu’on a plus de sous.
– Mais si je viens avec toi, on poura raporter plus de sous, elle ma di.
Cest mignon. Je lui ai espliqué et je lui ai mi les dessins animés.
Je suis arivé devant chez un boucher charcutier, ouf il était ouvert. Pat m’avé di cest pas marqué traiteur, mais tinquiète pas il fait des réceptions, ma cousine a travaillé pour lui une fois pour un aniversaire.
Je suis entré. Il y avait personne, et pas granchose jai trouvé, pas de plas tout prêt, pas de bons produits bien présenté. Jai atendu 2 minutes et un monsieur est venu, 40 ans a peu près, pas bien gros pour un boucher. Il ma di bonjour avec un grand sourire.
– Qu’est-ce qui me vaut le plaisir de cette visite ?
– Je voudré déposer un cv.
– Oh ? Vous êtes dans le métier ? Je vous embauche.
– Euh… Cest genti, mais je suis pas boucher.
– Ah, c’était trop beau aussi. J’arrive pas à trouver de boucher. Alors une bouchère…
– Avec tout le chomage qui ya…
– Eh oui, qu’est-ce que vous voulez, on sait plus travailler dans ce pays !
– Je sais pas coment y font, ceula qui travaillent pas.
– Les allocations, qu’est-ce que vous croyez ! On assiste tout en France, même la fainéantise !
Je crois pas que je suis fainéante, mais je crois que ça me gèneré pas d’être un peu plus assisté. Enfin bon. Je voulé pas me mettre a discuté avec lui, dabor ji conais rien et puis je voulé pas qu’on oublie mon cv, cest pour ça que j’étais venue. Come je disé rien, heuresment cest lui qui est revenu sur le sujé.
– Bon alor, cest quoi votre cv ?
– Pour faire des services, des estras.
– Des extras ? Ouh, vous m’intéressez, là ! On passe tout de suite derrière si vous voulez !
Je m’ai di ça y est sa recomence, encore un qui fait ses plésantries cochon. Mais ils se croye drole ses imbéciles ? Ils se rende pas conte que cest pénible ? Jai essayé de sourire pour être poli, mais jai pas bien arrivé. Jai tendu mon cv. Il la pri, mais il a di :
– Je sais à peine lire, vous savez.
Je savé pas si plaisanté ou pas. Il a canmême regardé.
– Vous travaillez dans quoi, maintenant ?
– Dans une école et puis le soir dans une entreprise.
– Quelle entreprise ?
– Excusémoi je préfère pas le dire. Ils pouré mal le pendre que je cherche quelque chose en plus.
– Vous avez raison. Tant que c’est pas signé, hein ?… Bon, mais jai pas de boulot pour vous, moi, si vous savez pas découper un veau et conduire un camion frigorifique.
– Vous faite pas les réceptions ?
– Quelquefois. Mais pas des grandes. Et pour ça je bosse en famille, ça me coûte rien. Mon problème c’est les marchés. J’ai développé, et ça marche pas mal, c’est pour ça qu’il me faut un boucher ici quand je suis pas là.
– Je compren.
– Je le garde au cas où ma belle-seur se pète un bras, ou si ma mère arrive plus à marcher.
– Dacor.
– Vous avez été voir mes confrères ?
– Les autres traiteurs ? Oui, jai laissé un cv.
– Et ils vous ont appelé ?
– Pas encore, c’était il y a trois jours.
– Ok. Ça vous dit de visiter mon atelier de travail ?
– Euh… Non, cest genti, jai mes filles, faut que ji aye.
– Ah, dans ce cas…
Jai bien vu qu’il était désu. Mais je voulé pas me retrouver seul avec lui dans son atelié. Parce que a mon avis il avé une idée derrière la tête, ou pluto entre les jambes, si vous voyez ce que je veu dire. Tanpi si je me grillé, de toute façon il aura pas de travail pour moi.
Jai di au revoir et je suis sortie. La, j’avais plus tro le moral, je sais pas pourquoi. Qui m’avé pas pris, ça je my atendé, mais cest sa manière, il s’en foutait. Remarque, si je suis honète, je dois dire cest normal il s’en foute. Eske je m’ocupe de ses problèmes, moi ? Non. Alor, Victoria sois honète, on est tous égoïste.
Alé, il falait que j’aye voir les deux derniers, après ça seré fait. Dabor suila qui était pas très loin de la maison, sur la rue qui pare après le pont, avant l’hopital. Je savé pas que c’était un traiteur, il fait surtout des boîtes de conserve et du foi gras, y’a un canar et une oi sur sa pancarte.
Jai rentré dans le magasin. Le monsieur derrière la vitrine avec toute la nouriture servait une dame, une femme était à la caisse, un autre homme et une autre femme rentré des bacs de vaiselle dans une pièce derrière. Jai pensé tien ils ont fait une réception, peutêtre cest bon signe.
Je m’ai aproché de la dame a la caisse, elle avait pas l’air très sympatique, mais cest la seule qui était libre.
– Bonjour Madame. Eske je peu vous laisser mon cv s’il vous plait ?
Elle était assise sur une chaise qui tourne, elle ma regardé des jambes a la tête, come si elle jugé mon physique avant de savoir keske elle alé me dire. Jai di encore :
– Cest pour faire des services. Quand vous avez des réceptions. Je vois que vous en avez u une aujourdui…
– On a ce qu’il faut en personnel pour l’instant.
– Je peu vous laisser canmême, au cas ou un jour vous avez besoin ?
– Si vous voulez, mais je préfère que vous me l’envoyez par mail.
– Cest que jai pas internet…
Elle ma regardé, encore des jambes a la tête, come un estra terrestre.
– Vous avez pas internet ? Vous avez l’électricité au moins ?
Tiens, pren ça dans la figure, Victoria. Ça t’aprendra a mettre tes pieds la ou on te demande pas.
– Je suis désolée. Excusémoi de vous avoir dérangé.
– Y’a pas de mal.
Et je suis sorti. Incroyable ! Quelle grosse cone, je m’ai di. Et les autres dans le magasin, pas un mot, je sais même pas si mon vu. Je suis transparente ou quoi ?
J’étais en colère, je m’été fait mal traité alor que j’avé été polie. Je suis tombé sur une vrai conasse. Mais il falait que je me concentre pour garder mon calme. T’énerve pas Victoria, tu le sais que ya des malpolis, cest pas une surprise. Continue sans te poser de questions. Alez plus qu’un, suila qui était fermé l’autre jour. Jai marché jusqu’au quartier que j’aime pas. Il faisait un peu moins chau heuresment.
Cette fois c’était ouvert, je suis entrée direct. Y’avé du monde pourtan, trois personnes, mais deux ensemble, un couple de jeunes de 20 ans et une vieille dame. C’était au tour des jeunes, ils avé pas l’air de savoir ce qui voulé. Y’avait bocou de choses pourtan, moins que dans les deux du centre ville, mais bien présenté et puis de tout : des salades, des plas, des desserts, de quoi faire un repa complet.
Le patron était moustachu, avec des lunettes, assez grand, les cheveux gris. Il avait l’air fatigué, il parlait pas bocou et souriait pas. Il avait l’air agacé par les jeunes qui se pressé pas. La petite vieille s’était assis sur une chaise contre le mur. Enfin les jeunes sont partis
– A nous Madame Blachon.
C’était une habituée, jai compri a la manière quelle comandé et come le traiteur lui parlé. Il lui parlé de sa fille, qu’il avait vu hier, il lui demandé si elle avait moins mal a sa anche, des rumatismes et tout ça. Enfin ça été a moi, maleuresement quelqu’un vené de rentrer dans le magasin, un monsieur, en costume cravate, 40 ans a peu près.
– Bonjour, excusémoi de vous dérangé, je voudrai vous laisser un cv si jamai vous avez besoin un jour de quelqu’un pour faire des services, en estra.
Il ma regardé un peu surpri, alor jai tout de suite ajouté :
– Pour des réceptions, peutêtre parfois vous en faites, et jai l’habitude, je suis disponible le ouiken.
– D’accord. Mais je suis désolé, je n’ai besoin de personne.
– Pas mintenan, mais peutêtre une prochaine fois. Eske je peu au moin vous laisser mon cv ? Come ça vous verré ce que je fais et vous auré mes cordonés.
– Si vous voulez.
Je lui ai tendu mon cv et il a pris. Il a a peine regardé. Et il la rangé dans un tiroir sous sa caisse.
– Merci, jai di. Pensez a moi si vous avez besoin. Et… elle est très jolie votre boutique. Au revoir Monsieur.
– Au revoir.
Ouf. C’était pas facile, mais je m’étais bien comporté je trouve, je montré que j’étais dinamic et que j’avais pas peur. Cest la première fois je faisé ça. On verra bien. Enfin c’était fait, j’avais posé mon cv chez tous les traiteurs de la ville. Mintenan ça dépendé plus de moi.
Le soir je pensais que voir ces magasins, mercredi et aujourdui, ça me montré d’autres vies pas pareil que la mienne, et quelquefois a cause de tous les problèmes qu’on a on oublie que d’autres gens on d’autres problèmes, cest pas facile pour eux non plus. Un peu plus tar, je m’ai di canmême : pas savoir si vont pouvoir doné a mangé a leur filles a la fin du mois, il doit pas y en avoir bocou en France.
(à suivre)