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Dimanche 19 mai
Il a plu toute la journée. On di qui fait beau au printan, c pas vrai. Il fait pouri au printan. Ce matin, je fumé ma clop sur le balcon, après le petidej ; Morgane regardé les dessins animés, Julie dormé encore. Je voyé les goutes qui dégouliné sur le mur du lycé, on auré di elles le salissé, tien sa rime, tes poète Victoria. Cest pas les goutes qui nettoyé le mur, cest le mur qui salissé les goutes. Le ciel était gris foncé lui aussi, c’était le matin mais on auré di le soir. Sur la rue, c’était joli parce que c’était noir. Et l’eau qui tombait dessu faisait briller. Il faisé pas froi.
Cette aprèmidi, avec Morgane, après deux films policiers, on est sorti avec un parapluie, Morgane avé son ciré et son chapeau en ciré. Elle est jolie avec, ses boucles qui dépasse et sa frimousse. Julie alé chez Frédérique bien sur. On a été jusqua la rivière, le coin des grands peupliés, on a essayé de suivre l’eau le plus possible, mais a plusieurs endrois on pouvait pas, on a pris des rues que j’avais jamai vu, je mai di tien cest plus grand que je croyé. On habite dans une petite ville, il se passe pas granchose. Des fois, je me dis ce seré plus facile dans une grande ville, pour le travail, pour ocuper les filles, pour rencontrer des gens peutêtre aussi. Enfin je sais pas, jai toujour vécu dans des trous. Paris, surmen que je serai perdu la dedans. Et puis le metro, l’angoisse.
On est arivé a la plaine des jeux, mais pas celle ou on va quelquefois, non l’autre, qui est plus grande dailleur. Ya plin de terrins de foot, et des tennis. Y’avait un homme avec son chien, il le faisé sauter, falé voir tout ce qui lui faisait faire, il était dressé incroyable : il sautait, s’arêtait, se couchait, il s’acrochait aux arbres, même il marchait en arrière ! Jamai vu ça. Le monsieur a vu qu’on le regardé, il nous a souri. Un moment il a di :
– Pad, va dire bonjour aux dames. Va !
Et vous alez pas me croire, le chien il est venu vers nous et il sest assi devant nous ! Sur la tête de ma mère, cette salope, cest vrai. Morgane a voulu le caressé, mais jai retenu son bras et jai demandé au monsieur si elle pouvé. Alor il a répondu quelque chose de drole :
– Oui, il a déjà mangé un petit garçon ce matin, il a plus faim.
Je sé pas si Morgane a compri que cétait de l’umour, mais je lai laissé caressé le chien.
– N’ayez pas peur, a di l’homme en s’aprochant de nous.
– Cest fou tout ce qui fait ! jai di. Cest vous qui l’avé dressé ?
– Il est pas mal, hein ?
– Pas mal, oui, come vous disez.
Je le caressé aussi, même si je suis pas très courageuse avec les chiens, ça je sais dou sa vient, cest a Blanzey, yen a un qui m’avé mordu, jai encore la cicatrice a ma jambe. Et puis y’avait aussi suila du monsieur qui vené livrer de la nouriture pour les vaches, il courait partou il me sautait dessu, ça faisé rire tout le monde mais moi padutou, il était plus grand que moi ce chien, il me faisé pleurer, je me tourné pour pas qui me grife ou me morde ou me lèche la figure.
Sui daujourdui il était propre, et beau, et puis come il obéissait a son maitre, il était pas fou ni agrecif, que genti.
– Il faut lontan pour aprendre ce que vous lui faisez faire ?
– Ah, on travaille oui, nous sommes patients…
– Tous les chiens peuve faire ça ?
– Non.
– Cest un berger alman ?
– Belge. Un malinois pour être précis. C’est un chien souple, musclé, et surtout capable d’apprendre, intelligent et discipliné.
Je me disé que sa doi couter cher un chien come sa, a acheter bien sur mais aussi a nourir et entretenir. Morgane est pas peureuse mais canmême, elle faisé atention, faut dire quelle est pas bien grande et que le chien lui il était pas petit. Le monsieu a di :
– Jeune fille, est-ce que tu me prêterais ton chapeau, si ta maman est d’accord ? Il ne pleut plus, on va faire un petit jeu.
Morgane ma regardé, jai di oui. Même cest moi qui lui a enlevé son chapeau que jai doné au monsieur.
– Merci. Vous allez voir. Au fait, tu t’appelles comment ?
– Morgane.
Il a mis le chapeau sous le nez du chien et il lui a di :
– Pad, ça cest le chapeau de Morgane. Sens. Sens le chapeau de Morgane. Sens.
Pandan trente segondes a peu près il lui a fait sentir le chapeau en répétant chapeau de Morgane. Après il lui a rendu et il lui a di :
– Tu vas aller le cacher derrière un arbre, n’importe lequel. Pendant ce temps, moi je vais marcher un peu avec Pad par là-bas pour pas qu’il te voie, et on revient dans une minute, d’accord ?
Morgane a carquillé les yeux. Le monsieur et le chien sont parti.
– Viens vite jai di, viens.
On a été vers la rivière, on a pri un gros platane, on a posé le chapeau derrière et on est revenu ou on était. Le monsieu et le chien sont revenus aussi. Le monsieu sest acroupi, il a atrapé son chien par le cou et lui a di :
– Pad, tu vas retrouver le chapeau de Morgane. Chapeau de Morgane. Tu cherches et tu nous le ramènes. Chapeau de Morgane. Allez, cherche !
Le chien a mi son nez vers l’herbe et il a été vers Morgane.
– Normal, a di le monsieur, tu as la même odeur que ton chapeau. Pad, le chapeau, je t’ai dit, le chapeau. Cherche.
Il la poussé, le chien a continué, il sest mi a avancer assez vite, un peu en zigzag. Mais il a été tout de suite dans la bonne direxion, et très vite il a trouvé le chapeau derrière l’arbre, il a pri dans ses dents et il a ramené a son maître.
– Bien Pad, bien, tu es un bon chien. Jeune fille ?
Il a tendu le chapeau et Morgane la atrapé. Elle pouvé plus prononcé un mot. Moi je rié.
Le monsieur nous a di au revoir, jai remarqué il était bel homme, il avait une sorte de grand imperméable maron en cuir et puis des bottes, mais pas des bottes en plastiques, des bottes chic, en cuir aussi surmen. Bon, avec la gadoue elles été un peu sales, mais ça gênait pas, il était canmême bien habillé. Je mé di peutêtre on auré pu discuté plu lontan jai regretté un peu. Mais je sais pas discuté.
On a continué notre tour de la plaine des jeux.
– Ta vu, Maman ?! Ta vu le chien ?! Ta vu ?!
Morgane était exitée come une puce, elle sautait et se tournait devant moi, plusieur fois jai failli lui rentré dedan.
– Il faudré que tu obéisse come le chien, jai di.
– Non, je veu un chien ! Un chien come le meussieu !
Un chien come le monsieur ma fait rire. Il a falu que je lui esplique qu’on pouvé pas avoir un chien, que ca couté cher et que dans un apartement come le notre il seré maleureu.
– Tu voudré pas qui soye maleureu canmême ?
– Mais si je m’en ocupe tous les jours, tous les matins et tous les soirs il sera pas maleureu !
– Il sera content que tu t’ocupe de lui, mais il poura pas vivre dans un petit apartement. Il deviendré malade ou fou.
– Je le soigneré.
Elle ma parlé que de ça pandan toute la fin de la promenade. Jai di qu’on ira plus souven voir des chiens quand on se promèneré, et peutêtre on reverra celuila, Pad.
Lundi 20 mai
Keske sa parle, une femme ! Olala !… Cest vrai. A midi les colègues elles mon soulé ! Elles sont mise a parler du maire, sur ce qui faisé de bien et de pas bien pour la ville. Les ronpoins, les concères, les rues, les marchés, pour le personel aussi, pour nous en fait. Il parait quon a pas a se plindre. Bon. Après elles ont continué avec le président. Keskil a pris, le pauvre ! Je sais pas si elles si conaissent, mais ça les a pas empéché de le critiqué. Et puis le ministre aussi, je sais pas ce qui fait celuila, entouca il pas lair d’être bocou aimé.
Après elles ont parlé de l’été, de la mode, des vacances. La Pat a fait son intéressante, come si elle connaissé tout et quelle avait tout vu. Florence hésité pas a lui fermé sa bouche, heuresment. On parlait toute ensemble, mais ça empêchait pas de parler une a une, enfin a deux je veu dire. Je suis come les autres, je parle aussi, même si je sais pas bien les mots et que jai pas granchose a dire. Mais bon, on a pas besoin d’avoir quelque chose a dire pour parler, les hommes ils sont pareil. Ce qui peuve dire come coneries ceula !…
Parler come ça, même si ca été cho, ça nous a mi en forme. Cest pas la première fois, remarque. Souven on est come des gamines. Par exemple quand on surveille les enfants on a envie de se comporté come eux, d’être come eux même. On se méfie de la directrice, alor on la surveille, on essaye de pas se faire voir. Ça nous amuse, come des gosses ! Je sais pas si cest parce qu’on travail dans une école ou parce qu’on est copines et qu’on a envie de faire les foles. Aujourdui on sest di qu’on aimeré bien que ce soye les enfants qui nous garde, l’inverse d’habitude. Alor la, on se priveré pas ! Pour eux par contre, ce seré pas drole. Sur qu’on les feré tourné en bourique ! Ils verré ce que sait que de mettre le bazar, de chat uté come di Monique.
Ce qui y a u de bien aujourdui aussi, cest que jai vu Jéraume, de la cuisine centrale. Cest moi qui suis été l’aidé pour sortir ses plataux. Il ma di :
– Tiens, monte dans le camion. Tu me les fera passer, moi je les porterai en cuisine.
C’était genti je trouve, me faire monter dans le camion, cest mieu d’être en haut qu’en bas, et puis j’avais moins a marcher. Ça ma bien plu, cest grand la dedan, on croit pas quand on voit pas. J’étais plus grande que lui, parce qu’il était par terre, cest pas souven que je suis plus grande que quelqu’un. Je rié toute seule. Gourdasse.
– Mais mets en plus ! il me disait. Kes tu veux que je fasse avec 3 plateaux ? Mais en le double !
Il falait que je lui mette les plataux l’un sur l’autre et il les trimbalé a toute vitesse.
– Ta un train a prendre ?
– Pire, jai plein d’écoles a livrer. Si je traine, les enfants auront rien a boufer.
– Tes consencieu…
– Attention à ce que tu dis.
On a rigolé. Mais on a pas trainé. Je sais pas coment il a fait pour rien faire tombé, et pas tombé lui. Il voyait rien avec ses piles de plataux qui lui monté jusquaux yeux. Il avancé avec ses grandes jambes en canar pour garder son équilibre. Je l’aime bien. Il est genti, il est drole, et je trouve il a un beau visage et une jolie peau. Je mai di : si il était monté dans le camion et qui m’auré embrasser j’auré rien di, au contraire. Mais il est pas monté et justement aujourdui il ma pas dragué. Cest con, hein ? Je crois il était pressé. Ou peutêtre il me trouve plus a son gou. Cest vrai qu’avec une blouse et des sabots on est encore plus moche.
En partan, il ma canmême di :
– Victoria, t’aura une bise pour Noël.
Et moi, culoté, je lui ai répondu :
– Pourquoi a Noel ?
Il a di :
– Me cherche pas, ou tu passe à la casserole !
Je sais pas ce qui ma pris :
– Ta que la geule !
Il ma pas regardé, il est monté dans la cabine.
– Victoria méfie-toi, tu pouré le regretté.
Il a souri sans me regardé, il a levé le bras et il est parti. Je mai di : il sait pas ce qui veut. Peutêtre qu’en fait il est timide. Ou cest moi qui suis con, cest possible aussi. Très possible. Peutêtre qui veut rien du tout avec moi. Enfin on verra la prochaine fois.
Mardi 21 mai
Je pense que Jéraume, les gas de la voirie, Frank et le patron chez Delaunay, cest des exeptions. Je suis une fille qu’on regarde pas, je vois bien, dabitude les hommes me remarque pas. Je les compren dailleur. Je suis un petit boudin parmi d’autres. Cest pas que cest désagréable, cest juste un peu triste, on peu se demander a quoi sa serre de vivre, si sa intéresse persone… C pareil pour tout le monde ? Peutêtre que oui, mais disons que yen a qui samuse plus que d’autres. Quand ont voit tout ceux qui présentent les émisions a la télé, les hommes come les femmes, toujours sapé en tenue de soirée, coifé a quatre épingles, maquillé parfait, toujours sourire et rigoler, faire des choses intéressantes, voir plein de monde, aler partou. Et cest pas des films, cest la vraie vie ! Ils vivent come sa tout le tan, et puis y zont des histoires d’amour avec des chanteurs, des actrices, des hommes politique, ils vivent tous ensemble et ils font la fête tous les jours. Vivi ma di : « Ils ont leur soucis comme tout le monde ». Je veu bien dacor, mais quand on voit leur cor et leur visage, toujour en bonne santé, toujours content, je crois pas qu’ils ont bocou de soucis.
Je me souvien au foyer, la supérieure, elle disait qui falait trouvé un sens a la vie. A l’époque, je comprené pas ce quelle voulé dire, et je men fouté. Mintenan je compren un peu, je crois. Enfin je compren que si faut trouver un sens, cest que cest pas évident que yen a un. Entouca, cest pas le même pour tout le monde. Non ? Cest pas logique ? Oula, Victoria sa fume, tu va te mettre a faire des mats si sa continue ! Donc trouver un sens je sais pas, sa veut dire pourquoi on se lève le matin, pourquoi faut essayer de faire bien pluto que faire mal. Moi je dirai dabor que cest un réflexe, on a envie d’être bien, de pas être maleureu. Come quand on mange, on doit manger donc travailler parce que sinon on meure. Pareil. On a pas besoin de se dire qui faut qu’on mange, on y pense tout seul parce qu’on a faim. Alor sens de la vie, faut en trouvé un parce que sans sa on se laisse mourir et ça va pas.
Jeudi 23 mai
Le voisin a refait un bruit pas possible hier soir, ou pluto cette nuit. Je crois que pour une fois ceux du dessou sont été lui dire quelque chose, je les ai entendu sortir et décendre l’escalier jusquau premier étage. Ça a rien changé remarque, sa a duré au moins jusqua 2 heures du matin. Je pense il se drogue, il doit a peine se rendre conte ce qui fait. Je sais pas ce qui est le plus grave : pas se rendre conte qu’on embête tout le monde, ou se rendre conte mais le faire canmême.
Jai pas apelé les flics, jai pas u le courage, mais je passré demin au comissariat pour voir Bruno, suila que je conais. Lui, il fera peutêtre quelque chose. Il faudré que je discute avec les gens du dessou, mais on se voit presque jamai, et quand on se voit bonjour bonsoir, sauf quand ya le garçon qui aime bien Morgane. Cest bizare canmême qu’on se conait pas plus entre voisins. Come la vieille au-dessu, keske elle fabrique toute sa journée ? Je l’enten souven, ja la vois quelquefois, on parle un peu du beau tan ou de ses courses quand elle revient avec, mais pas plus. Elle s’intéresse pas a moi on diré, elle demande jamai rien. Je dis pas que je suis intéressante, bien sur, mais peutêtre elle pouré être un peu curieuse. Moi aussi remarque. Cette vieille dame, elle a l’air triste, elle est tout le tan toute seule, elle voit jamais persone. Je pouré faire un efort. Peut-être ça lui ferait plaisir que je m’intéresse un peu a elle ? Et peutêtre elle a besoin d’aide parfois ? Faudra que ji pense. Cest vrai que moi je pose pas bocou de questions, parce que jai apri a me taire, la vie ma rendu prudente, cest pas que je le fais exprès.
Samedi 25 mai
Jai acheté des chaussures a Julie, elle avé tro besoin. Sauvade va hurler, mais tanpi. Elle a juste deux paires, une est trop petite une est pourie. Je pensé atendre les soldes mais elle tiendra pas jusquala. Discrètment j’avais été a Emaus pour jeté un œil, mais y’avait rien de bien. Les fringues ca va, elles sont corect, mais les chaussures, d’ocasion cest pas possible.
Bien sur Julie voulé quelque chose diférent ce que je voulé moi. Je lui ai di :
– Julie tu a 13 ans, je sais, tu a le droit de choisir un peu, je suis dacor. Mais come cest moi qui paye, je peux faire pas plus que mon argent. Je te dis donc deux choses : pas plus de 40 €, et tu pren des chaussures qui font aussi pour la pluie.
Ça voulé dire pas des converse ou des bensimon, qui sont en toile et que la semelle est trop fine. Déja ça comencé mal parce quelle voulé ça. On a fait deux magasins en centre-ville, mais come ça lui plaisait pas (moi yen a plein qui me plaisait bien), on a été jusqu’à La Halle sur l’avenue de Bordeau. A pied cest loin. Je lui avais prévenu :
– Julie, si on va jusqualaba, on achète ! Nous fait pas aller a ce 3e magasin très loin pour rien du tout.
– Pourquoi on prend pas le bus ? elle a di.
– Des bus y’en a quand ils y pense.
Et puis j’aime pas. Cest idiot peutêtre, mais cest come ça. Si j’habitais dans une grande ville, surment je le prendré, pas le choi, ou le métro. Mais ici, ça vo pas le cou. Et c vrai que yen a pas bocou. Plus jeune, je le prené un peu, pour aler de Blanzey au foyer, et puis plus petite en colo, après a Grédon, quand il falait venir en ville. Le train par contre je lai jamai pris. Yen a qui le prène tous les jours pour aler travailler. Quelle galère : le monde, les grèves, les atantas… Et puis l’avion, alor la cest pas demin la veille que je vais monté dedan, cest pas pour moi.
Bon enfin on est arivé a La Halle après sêtre bien embeté a remonter la moitié de l’avenue de Bordeau. Heuresment, Morgane était pas avec nous, elle était invité chez sa copine Marjorie. Avec elle on auré pas pu. Julie faisait la geule quand on est arivé, jai fait come si je remarqué rien. On a comencé a regarder dans les rayons des filles. Je lui montré ce que je trouvé bien mais come elle faisé la grimace, jai di :
– Bon, je vais regarder pour moi. Tu vois la pendule ? Cest 5 heures moins le quart. A 5 heures, il faut que tu a trouvé des chaussures pas plus de 40 €. Puisque tout ce que je dis tagace, tu te débrouille toute seule. Ça te va ? Je peu pas faire mieu. Alé a plus.
Et je suis été de l’autre coté de la grande alée au rayon des femmes. Au bout de 2 minutes je lai observé du coin de l’œil, elle faisait une drole de tête mais je voyé quelle ouvré des boites. Je rigolé toute seule. Après tout, faut quelle se débrouille, ça lui fait une bone lesson. Pour moi jai vu plin de chaussures qui me plaisé bocou. Maleuresement je pouvé pas men acheter une seule. Quel domage ! Pour m’amuser jai canmême essayé certaines. Ma taille cest 38. Au pied. Pour les vêtements maleuresement cest pluto 40.
A un moment j’étais en train d’essayer des chaussures avec un talon assez haut, tout d’un cou j’enten une remarque :
– Ça te va trop bien ! Si tu mettais une jupe avec ces souliers, tu aurais beaucoup de succès.
C’était Julie bien sur. Bizare : cest de voir des souliers pour moi qui lui a rendu sa bone umeur.
– Ça fait pas pute ?
– Non, ça fait femme.
– Ouais, bon.
Jai enlevé les talons, jai redécendu sur terre.
– Ta trouvé ? jai demandé.
– Bof.
Elle a ouvert sa boite quelle tenait, c’était des chaussures bleu et noir qui monté un peu sur la cheville, elles faisait un peu basket, mais pas tro, le tour de la semelle était noir, pas blanc, donc ça faisé un peu plus habillé. Jai pas chipoté, c’était pas le moment. Jai juste regardé le prix : 42 €.
– Je paye 2 €, elle a di.
– Merci.
– Dommage que tu puisses pas prendre ces talons, ça t’irait très bien.
– Merci ma fille, tu es gentille.
A coté de La Halle au chaussures, ya La Halle au vêtements. En sortant, elle voulait qu’on aye y faire un tour.
– C’est moi qui paye, elle a di, avec l’argent que m’a donné Tatie pour mon anniversaire.
– On peut pas, jai di. Cest déja 5 heures et quart et la maman de Marjorie doi ramené Morgane a 6 heures. Et on a au moins une demi heure de route a marché.
Elle alait chouiner, mais elle sest retenu, peutêtre en se disant que je vené de lui payer des chaussures. Alor je lui ai proposé :
– Si tu veu, je te paye une chocolatine, je sais pas toi, mais moi je crève de faim.
– Et soif…
– On prendra une canette en même tan.
On a trouvé une boulangerie sur l’avenue, un peu après le pont. Finalement on a pris des sablés au chocolat, ils avaient l’air bon, et ils étaient bon. Et pas tro cher, 1 €. Au poin ou jen suis toute façon… Cest Julie qui a payé la canette. On a pris Orangina.
– Un Orangina pour les nanas, a di le boulanger.
Ça nous a surpri, cette parole. Je mai di, il est culoté suila, cest pas souven que les boulangers font des plaisantries. On la regardé, il souriait, il avait l’air genti et conten, et je mai di encore une fois que cest un métier que j’aimeré bien faire. On sest mis des miettes partou en marchan, et on a fait tombé la moitié.
– Ah ! criait Julie, il tient pas ce gâteau !
– Normal, cest du sable.
– Oui, ben le sable ça se colle.
– Cest keski zon fait, mais quand on croque, sa se décole…
– C’est nul !
– Oui mais cest bon.
– C’est vrai.
On a rigolé. On a a bu l’Orangina pour les nanas, on en auré bien bu deux, enfin un chacun, mais bon ça auré fait un peu cher. Ya pas granchose qui est gratui aujourdui. Apar marcher. Quand on est arivé on était vané. Heuresment, c’était 6 heures moins 10, Marjorie et sa maman était pas encore la. On a bu un grand verre d’eau et on sest assi dans le salon devant la télé. Jai fumé ma clope dans le canapé, dabitude je fais pas, je vais dans la cuisine et j’ouvre la fenêtre ou près du balcon ou sur le balcon, mais la j’étais telment crevé jai fumé assise, la fenêtre ouverte canmême.
Marjorie et sa maman sont venues a 6 heures et quart, Morgane arêtait pas de parler et de faire l’andouille avec sa copine, elles était excité come des puces il a presque falu quon se fache, mais bon elles était contente. Jai di tu di merci tu fais un gros bisou et la prochaine fois cest nous qu’on invitera Marjorie. Tout le monde était content, et je lai trouvé bien la femme, au débu je savais pas tro, elle avait l’air un peu fausse, et puis non mintenan que je la conais, je vois cest quelqu’un corect, peutêtre même on pouré devenir amie, on sait jamai. Quoique elle a un mari, ça complique.
Lundi 27 mai
Aujourdui cest la Pantecote. Ce nom bizare il me rappelle mon enfance, jai jamai su ce que c’était. Bon une fête de la religion dacor, mais a par sa, entouca c’était ce jour la qu’on faisé sa comunion. Enfin on la faisé pas toutes les anées bien sur, juste une fois, mais chaque anée y’avait une ou deux filles ou garçons qui se metté en robe blanche, enfin robe pour les filles, longue, pas pratique du tout, et les garçons en pantalon noir et chemise blanche et gilet. Ma mère m’avait embêté pour mettre des souliers vernis noir, qui vené de la fille de je sais plus qui. Ils me faisé un mal afreu, et je comprené pas pourcoi on s’embêté avec les chaussures puisque on les voyé pas sous la robe qui touché par terre. Je me souvien j’avais du faire une remarque, sa lui a pas plu jai pri une calote. Sa me calmé toujour.
Pandan la messe, on tené une boujie, un sierge, alumé dans la main, et puis nous les filles on avait une courone de fleurs blanche sur la tête. Et puis on montait dans l’alée du milieu en venant du fon, la onte tout le monde nous regardé, jai une photo je suis toute petite dans ma robe avec le sierge devant moi mais je regarde par terre. Il falé pas marché tro vite pour pas que la flame s’étin, c’était pas facile, on avé répété. Moi l’anée ou je lai fait, je suis été la préparer au vilage da coté parce qu’on était pas assez nombreu alor ils regroupé les vilages, déja que ya pas bocou de prètres.
Ce qui m’intéressé – cest mal Victoria mais faut avoué – cétait les cadeaux quon recevait. Sylvain, mon fau frère, en avé plus que nous ca sest sur. Florian, quelqu’un lui avé doné un couteau, un opinel je crois, il avait adoré ça et il se promené toujour avec, toujour a taillé un morceau de bois ou le lancer par terre, joué a la pichnette il disait. Il falait écarter les pieds jusqua la lame du couteau, c’était idiot, et dangereu. Mais il laché jamai son couteau, il a passé son enfence avec, je crois. Cest peutêtre pour sa qu’il est devenu voyou. Enfin bon, on va pas y penser mintenan, cest tro triste.
Moi cellela qui m’avé fait le plus beau cadeau, cest ma tatie des Estables. C’était pas ma vraie tatie, une sœur de ma mère adoptive, mais la seule gentille dans la famille, je regrette de pas avoir continué a la voir, peutêtre elle vi encore. Elle m’avé doné une boite, une boite a bijoux. Un boite en bois, cest son mari qui l’avé fait elle ma di (il était mort son mari), une belle boite en bois verni avec une fermeture en cuivre très jolie. Quand je lai ouvert, jai trouvé dedan un bijou, un bijou quelle avait mi elle. C’était une chaîne, un braslé pour le poigné, en plus avec mon prénom dessu. Je lai encore, dailleur je peu plus le mettre parce que mon poigné a grossi, quelle misère, peutêtre je pouré faire alongé la chaine, mais même ça iré pas, cest une chaine d’enfant. Enfin entouca quand jai découvert cette boite et ce qui y’avait dedan c’était come la caverne d’alibaba, même si yavait que une seule chose dedan, cest après que je lai rempli. Petit a petit, je metté des bijoux, des fau dabor, enfin pas en or, sauf le colier que m’avé doné le père de Morgane. Mais jai cassé la boite juste avant de partir de Grédon, je lai fait tombé, jai été obligé de la jeté, je regrette, cest une période j’étais pas bien.
Mardi 28 mai
Je sais pas si cest parce que on a pas été au travail pandan trois jours a cause du pon, mais aujourdui c’était dur. J’avé pris qu’une moitié de Xanax pourtan. A la cantine on avancé pas, on été en retar, on a cassé des choses (enfin moi et la Patoche), jai u mal au bras je sais même pas pourcoi.
Et ce soir chez Delaunay, je senté mes jambes qui gonflé, horible. Et ma tête aussi, enfin cest une expression, cest pas vrai bien sur, mais je veu dire ma tête était come une caftière, chaude qui bouillé, quand Jaqueline me parlé, et même Sandrine qui était la, je compené pas bien, je plané un peu. Je sais pas si elles ont remarqué. Et Frank je m’en ai pas ocupé, il était la pourtan, mais cest come si je ressenté plus rien. Je savé même pas ce que je faisé, heuresment que je conais l’endroit par cœur.
En rentran, je mai alongé, come m’avé di le docteur, pour remettre ma colone droit. Cest vrai que je le fais pas souven. Cest ma faute. Entouca, ce soir en me couchan, a moi la peur, j’avais mal partou ! Une vrai petite vieille.
Jeudi 30 mai
Dur ce matin au gymnase. J’avais très mal dormi en plus, et come je mai levé a 5 heures et que j’étais fatiguée, ce soir jai mal a la tête et en plus jai des courbatures. Ça ma tire dans les jambes, le dos, les épaules. Xanax, obligé.
Vendredi 31 mai
J’auré du prendre un autre Xanax avant le dentiste. Dabitude, il me fé pas mal, mais la jai soufert. Pourtan, je vené pas pour sa.
– Je viens pour les dents de devant. Vous m’avé di que cest possible de les refaire.
– Vous vous êtes décidée ?
– Oui. Mais vous pouvé me réspliquer ?
Il a regardé son ordinateur, il ma di qu’on pouvé rectifier mes dents de devant, celles du bas, et une canine a coté, qui sont toutes tordues et qui me gene un peu quand je mange, et qui sont abimées en plus. On les taille, on garde juste la racine et on met une courone pardessu, mais qui sera mieu alignée que les dents. Il ma di qui falait 4 séances pour chaque dent, sa veut dire 12 séances, peutêtre une ou deux de plus. Et une séance tous les quinze jours. On avé déjà fait les radios la dernière fois que j’étais venue.
– Et sa va rien me coûter ?
– Vous êtes toujours à la Complémentaire Santé Solidaire ?
– La CSS ? Ça qui a replacé la CMU ? Oui je lai.
– Alors ça ne vous coûtera rien.
– Alor on le fait, je suis prête.
– Bon. Installez-vous. On va remettre à jour l’état des lieux.
L’espression ma fait rire, état des lieux dabitude on di ça pour les apartements, pour voir si cest en bon état ou pas.
Je mai assi dans le fauteuil. Chaque fois que je me mes ladedan, jai l’impression que je vais décoler, come dans une fusée. Je suis jamai été dans une fusée, mais bon. Il sest lavé les mains, je préfère, il s’est assi sur sa chaise a lui, il a tiré le platau avec tous ses instrumens, et les petites lumières qui clignote, que déja ça fait peur, on se demande ce qui va arivé.
Jai ouvert la bouche. J’avais pensé me lavé les dents, heuresment. Il a touché un peu partou avec ses espèces de baguettes en fer ; au bout d’une minute, il a pri un petit tuyau, il a mis dans ma bouche et il a apuyé. Ça a fait pshit, je mi atendé pas, jai sursauté. Il ma di :
– Cest juste de l’air. Est-ce que c’est sensible ? Je le refais.
Il a refait.
– Oula, oui, sensible… Dessou la dent.
– Cest bien ce qui me semblait. Vous avez une carie. Il faut qu’on la soigne.
– Sa va être lon ?
– Si vous êtes d’accord, on va la traiter aujourd’hui. Elle n’a pas l’air trop profonde. Une séance devrait suffire.
– Vous m’endormez, hein ? La piqure cest pas agréable, mais cest bien plus agréable que la roulette quand elle touche le nère.
– Oh, je sais bien. Même quand ils savent que c’est pour leur bien, les gens ont une résistance à la douleur très limitée.
– On est tous douillé…
– Oui, même moi. Mais pas aux dents. Mon point faible, c’est les pieds.
– Les pieds ?
– Oui, si vous me marchez dessu, je hurle. Une fois, un ami a laissé tomber un carton sur mes orteils, je suis tombé dans les pommes. Et quand ma femme veut obtenir quelque chose, elle m’attrape par les plantes de pieds, j’avoue n’importe quoi !
Il ma fait rire. Et il a ri aussi.
– Et vous vous soigné les dents tout seul ?
De quoi tu te mèle, Victoria ? Tes fole ou quoi ? Cest un dentiste canmême. Il est très instrui et il a bocou d’argent. Mais toujour genti, il ma répondu gentiment :
– Oui, je me mets devant la glace et je m’opère.
– Sérieu ?
Mon Dieu, je mai di, mais coment je lui parle ? Il a souri.
– Pas sérieux. Non, on ne peut pas se soigner seul, je vais chez un ami. J’ai de très mauvaises dents, figurez-vous.
– Pas de chance… Come on di, les cordoniers sont plus mal chaussés.
– C’est souvent vrai. Bon, allez, on bosse ?
Et on a bossé. Enfin surtout lui. Moi jai u un peu mal, même avec la nestésie. A un moment, il ma di :
– Accrochez-vous à mon bras. Enfoncez vos ongles dans ma peau, ça vous soulagera.
Un vrai cloune. A la fin, il ma di.
– Je vous ai mis un pansement. On l’enlèvera la prochaine fois, je finirai de nettoyer et on plombera. Elle était assez profonde, la garce !
Jai ri encore.
– Et les dents de devant, on les comence la prochaine fois canmême ?
– Peutêtre pas. Je comprends votre impatience. Ce qu’il y a devant se voit plus que ce qu’il y a derrière, mais c’est come dans les rues, on ne peut pas se contenter de refaire les trottoirs, il faut parfois tout reprendre pour renouveler l’assainissement et les tuyauteries.
Je sais pas si jai bien tout compri, mais jai di oui. Toute façon, on y coné rien, avec les docteurs on est obligé de leur faire confiance. On a pris rendévous pour samedi la semaine prochaine, vendredi j’auré préféré mais c’était tout plin.
En sortan, j’alé chercher Morgane, je me disé que j’aimeré bien être come le dentiste, il s’afole pas, ya du monde dans sa sale d’atente, il va faire mal aux gens, il regarde dans nos bouches ça doit pas être très beau, il faut qui fasse très atention a pas blessé quelqu’un avec ses aiguilles qui tourne, cest au minimètre, et pourtan il est heureux, il reste calme, il plaisante. Quelle chance ! Si il a une recette je suis preneure.
(à suivre)