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Mardi 19 mars
Il manquait plus que ça. La télé est en pane. En plin pandan les vacances des filles, en plus ! Peutêtre cest lié a la tanpête de l’autre nuit, pourtan je crois pas, parce que hier elle marchait et la tanpête c’était avantiair. La, on alume ya plus rien, pas une seule chaine. Même pas de lumière, ça reste tout noir. Jai débranché rebranché les fils, et les prises, que dale. On a pas de box, avec l’abonnement c trop cher.
Je mai di, bon la, Victoria, on a un problème, un problème grave. Keskon fait ? Acheter une, faut même pas y penser. Il faut que quelqu’un men prête une, mais j’aime pas demander. La faire réparer ? Je peu pas faire venir un réparateur, ça va couté des sous. Je voi qu’une solution : demander a Dany. Et si il arive pas, peutêtre ils pouront me prêter leur deuxième télé, celle qui est dans la chambre d’Adrien ?
– Allo Vivi ? Cest moi. Di donc…
Je lui ai espliqué le problème.
– Ok, on passera ce soir. Vers 7 heures.
Ils sont venus, 7 h et demie passés, ils sont toujours en retar cest come ça. J’alé pas me plindre, on mangera plus tar tanpis.
Dany avait pas aporté sa trouce a outis. Je lui ai demandé pourcoi. Il ma répondu :
– Tu rigoles ? Les télés maintenant, si t’es pas spécialiste tu peux pas les réparer seul ! Cest bourré d’électronique.
– Même une pourie come la mienne ?
– Ben t’a quand même un écran plat. D’accord cest un vieux LCD, t’as un boîtier pour la TNT, mais ça empêche pas, tu peux pas réparer ça tout seul.
– Kes tu peu faire, alor ?
– Je vais vérifier les connexions. Cest tout.
LCD, TNT, conexions, je conais rien a tout ça, mais bon. Il a pri la télécomande, il a essayé, il a vu que ça marchait pas. Il a di :
– Cest pas les piles, parce que le voyant de la télécommande lui il s’allume.
O mince, les piles ji avais pas pensé. Heuresment que c’était pas ça le problème, je me serai trouvé con autremen.
On était autour de Dany : Vivi, moi et les filles. Dany a touché les deux boutons sur la télé, mais ça a rien changé. Derrière il a ouvert un boitier, que j’avais pas vu.
– Cest quoi, ça ?
– Je sais pas.
Y’avait des petits boutons ladedan, mais il les a pas touché. Après, il a enlevé les fils, les sortes de cordon avec des bous rouge et jaune, il les a remi. Il a débranché la prise, tiré le cable de la télé, et puis remi tout ça. Il a essayé de ralumer ensuite, rien.
– Bon, eh ben, il a di, cest pas nous qui alons réparer ça.
– Qui cest, alor ?
– Ya un réparateur avenue de Bordeaux, faudrait lui demander.
– Tes fou, ça va couter tro cher.
– C’est surtout que ça vaut pas le coup. Pour le prix de la réparation tu peux avoir une télé neuve.
– Mais je peu pas ! Même une petite à 300 € je peu pas, je suis toujours découvert et le banquier comence en avoir mare.
– T’as pas un peu d’épargne ? a di Dany.
– Ben non, jai di.
– Coment tu fais quand t’as un problème, alors ?
– Euh, bon, Dany, a di Vivi, c’est peut-être pas la peine de stresser Victoria avec ça.
Jai canmême di :
– Il faut pas que jai de problème, c tout. Je peu pas avoir de problème. Enfin pas plus que ceux que jai dabitude.
Je sais pas si cest le fait davoir di ça, mais on était dans le salon, les filles s’été assis sur le canapé, Julie montrait quelque chose a Morgane sur son téléphone, et alor Dany a di :
– On va te prêter la télé d’Adrien.
– Ouh là ! Ça va gueuler, a di Vivi. Mais t’as raison, cest ça qu’on va faire. Si c’est pour vous, il voudra bien. Toute façon, il la regarde de moins en moins, c’est toujours le téléphone et puis l’ordinateur qu’il a racheté a un copain.
– Ça va le privé, jai di, on peu pas.
– Ça lui aprendra a partager, ça lui fera du bien. C’est un enfant unique, faut faire attention qui soye pas égoïste. On te l’apportera demin. Faut quand même qu’on le prévienne.
Je savais pas tro quoi dire mais cest sur que cest la seule solution que je voyais. Et cest vrai que ji avais pensé, si l’avé pas proposé je sais pas coment on auré fait.
– Bon, tu payes un coup à boire ? a demandé Dany.
– Euh… oui bien sur.
Mais tout de suite jai paniqué parce que je savais que y’avait pas d’apéritif. En plus Vivi m’avait déja souven fait remarquer qui falait que jai au moin une bouteille pour ofrir un verre a quelqu’un.
– Jai que du ju d’orange ou du coca.
– T’as pas un pastis qui traîne ? Dany sest étoné.
– Non, je suis désolée. Escuse.
– Victo, m’a di Vivi, tu vas te faire engueuler…
– Bon, allez, un coca ça ira, a di Dany. Si t’as trois cacahuètes avec, ça fera l’affaire.
– Yas pas de cacahuètes, a di Morgane, qui men demandé souven.
– Non mais ya des chips, jai di.
– Bon, ben allons-y pour des chips, a di Dany.
Je suis été a la cuisine, Morgane et Vivi mon suivi elle mon aidé.
– Vous avez pas mangé ?
– Non. Mais cest pas grave. Cest genti que vous venez me dépannez.
– Dis donc cest tar les vacances, cette année ? Keske ça veut dire, cette histoire ?
– Cest nimporte quoi. Biento yaura plus de vacances que de jours de travail.
– Si on compte les samedis et les dimanches, a mon avis cest déja le cas.
Je savais que si on avait été chez Vivi a cet heure, elle nous auré gardé a manger. Mais ici j’avais pas assez. Et puis je sai pas cuisiné. Jai jamai su faire, ma mère adoptive ma rien apri du tout. Et après, quand je suis été adulte, jai pas pu : on peu pas cuisiné quand on a pas de sous.
– Jai onte. Vous venez m’aider, vous alé nous prêté une télé, et moi jai même pas pour vous ofrir l’apéritif. Et ce seré bien que vous dinez ici mais…
– T’inquiète. Pour l’apértitif ta tort, je te l’ai dit souven. C’est pas pour nous, c’est en général. Mais pour le repas, non, je sais que c’est dur pour toi en ce moment. Moi j’ai mon travail au foyer-logements et Dany il a beaucoup de boulot alor ça va, mais on sait que pour toi c’est dur. Surtout que t’as les deux petites…
– Cest dur, je le cache pas.
– Je sais.
– Tes gentille, heuresment que je vous ai.
Je sais pas ce qui ma pris, je lui ai serré le bras et je lui ai fait un gros bisou sur la joue, pourtan cest pas mon genre.
– Oh, les amoureuse ! sé esclamé Morgane.
On a rigolé.
On a amené les verres et la bouteille de coca (du faux en fait, de Lidel) et les chips au séjour, on sest assi et on a bu et grignoté. Julie et Dany rigolé en regardant je sais pas quoi sur le téléphone de Julie.
– Eh, Julie, lache un peu ton portable sil te plait. Fais semblan de t’intéresser.
– Mais je m’intéresse. Même que ça intéresse Dany aussi, c’est lui qui me montre des conneries !
– Oh la menteuse ! il a di en lui metant un cou de coude. Comme elle est… Tu va me faire mal voir après, arrête…
– Bon, poussez vous entouca. Serrez vous un peu.
– Cest moi qui serre a boire, a di Morgane.
– Tu vas renver…
– Laisse-la faire, a di Vivi en me retenant. Faut qu’elle apprenne. On s’en fout si ça tombe un peu a côté.
J’étais pas pour, mais jai pas osé contredire. Jai canmême surveillé et aidé un peu la petite. Quand tout le monde a été servi, Dany a di :
– Victo, ça t’embête si on alume la télé ?
Tout le monde a éclaté de rire, même moi.
– Cest vrai que ça manque la télé, jai di.
– Ben ouais, a di Vivi. On est habitué maintenant, on peu plus s’en passer. Cest dans notre vie.
Les chips ont u été vite fini.
– Bon, on va prendre du souci.
Ça ma toujours fait rire, cette espression de Dany. Ça vient de la région quand il était petit il ma di, ça veut dire on va y alé. Et moi je lui ai répondu come dabitude :
– Pas de souci, Dany.
– C’est ta télé qua un souci. Bon je t’en amène une autre demin, mais je vais mettre une condition si tu veux bien, si tu veux pas aussi d’ailleurs.
– Dis toujours.
– Tu achètes une bouteille d’apéro.
– Oh…
– Ou une de vin si tu veux, c’est pas cher. Nimporte quoi, mais quelque chose avec un peu d’alcool. Moi a cette heure, si j’ai pas un verre je suis en ipoglicémie ! Tu voudrais pas que je fasse un malaise chez toi, quand même ?
– Mais ji conais rien, moi !
– Cest pas compliqué, tu vas à Leclerc…
– Non a Lidel…
– À Lidl si tu veux. Tu va au rayon des alcools, tu prens une bouteille, ou pastis, ou Martini, ou whisky, ou vin, blanc de préférence…
– Et une bière ?
– Bière, en été plutôt.
– Dacor.
Mercredi 20 mars
Je pouvais lui faire ça et cest come ça quon a fait. Il est revenu aujourdui, sans Vivi mais avec Adrien qui voulait voir ses cousines et aporter lui même sa télé. On la laissé instaler et montrer aux filles, pandan que Dany et moi on prené l’apéritif. C’était du Martini blanc que j’avais trouvé a Lidel. Jai pri Martini parce que je me souvené que Julie avait conseillé du Martini a Noel. Ça ma canmême couté 10 € ce truc, mais bon j’avais pas le choi.
– Cest une boisson de femme, mais cest canmême mieu que le ju d’orange.
Il a absolumen voulu que je bois un verre avec lui.
– Mais je bois jamai d’alcol !
– Ta tort. Et le tortue.
– Ah ah, très drole. Tu veu pas que je devienne alcolique ?
– Un peu, si. Juste de temps en temps. Ça fait du bien, tu sais, de boire un coup.
– Oui, ben tu sais, ça peut faire bocou de mal aussi… Cest pas boire un cou, cest boire et des cous. J’ai dégusté…
– Juste un verre le week-end, pas pour te mettre minable, juste pour être gaie.
Dany il parle jamai du passé, de son histoire je sais presque rien, même Vivi je suis pas sur quelle sait. Alor j’alé pas lui parler de suila qui me tapait, du tonton Charles et du père de Julie. Même mon père adoptif, ya bien des fois ou je crois bien que c’était l’alcol qui le rendé mauvais. Je les voyais les bouteilles, et celle que y’avait que lui qui avait le droi de la toucher, je savais ou elle était, on avait été voir une foi avec Florian, il avait ouvert le bouchon, il avait mis a sa bouche le goulo, il avait tout recraché telment c’était for. Moi rien que l’odeur jai cru que j’alais vomir. Il apelait ça « ma goute », le père, eh ben sa goute il en prenait pas qu’une goute, c’était toujours la même bouteille mais il la remplissait souven.
Bref jai bu un fon de Martini pour faire plaisir a Dany, lui il a voulu un glasson, pas moi. J’avais même acheté un petit paquet de cacaouètes, 80 centimes ça va. Les jeunes nous ont rejoin :
– Ça y est ? a di Dany.
Adrien a oché la tête.
– Vous savez alumer et changer les chaines, les filles ? Vous m’espliquerez ?
– Oui, viens voir maman, a di Morgane, cest facile.
– Aten, tout a l’heure.
Les jeunes sont partagés le reste du coca, et ils ont fini les cacaouètes en moin de deux.
Dany et Adrien sont partis. On a mangé vite fait avec les filles et après elles ont voulu regardé un film parce que Adrien avait aporté des dvd de chez lui. Et le lecteur dvd est direct dans la télé, ya pas besoin de quelque chose en plus. L’écran est pas très grand, mais bon on va pas se plindre, je me rapelle ma mère adoptive disait : « Cheval doné regarde pas les dents ». Il ma falu lontan pour comprendre keske ça voulait dire, en gros ça veut dire que quand on te done quelque chose tu critique pas, même si c pas terible.
Les filles ont mis un truc quelles voulait voir, cest génial elles disait, moi je disais coment vous savez que cest génial si vous l’avez pas vu. Mais si, elles mon répondu, on a vu des estraits et tout le monde en a parlé. Ah bon. Cest l’histoire de jeunes qui sont un peu voyous mais ils font de la danse et des concours, et cest l’histoire de ceux qui vont gagner un concours et pas être des voyous. C’était pas mal cest vrai, mais je regardé que d’un œil, ça se passait aux Étasunis, a Nouyork.
Jeudi 21 mars
Julie rebelote. Ça la réveillé, et donc elle ma réveillé, mais elle a été plus discrète. Elle mettait des serviettes depuis trois jours. Elle a toqué a ma chambre, on a été a la salle de bains, cette foi elle sest pas afolé. Bon je passe sur les détails.
Vendredi 22 mars
Je suis été chez le docteur. Je devré y alé plus souven, jai la CMU, jai pas besoin de me privé. Faut bien que sa serve a quelque chose d’être pauvre. Je dois me refaire aussi les dents de devan, chez le dentiste. Le docteur ma di que j’avais la tension tro basse et mauvaise mine. Cest vrai que je suis fatiguée tout le tan. Il ma demandé si je dormé assez et si je mangé come il faut.
– Défois jai sommeil mais jai pas faim.
– Vous mangez équilibré ?
– Euh… je sais pas.
– Ouais… il a fait.
Jai vite changé de sujet et jai di :
– Vous pourez me remettre le médicament pour le sommeil ? Le Lysanxia ? Il me fait du bien.
– Ne vous inquiétez pas, vous l’aurez votre anxiolytique.
Il avait pas l’air très content et jai pas compris anxiotique, mais bon. Si jai pas mon cachet avant de dormir, je dore pas. Je veu pas recomencé come l’anée dernière, afreu.
Il ma di qui falait que je fasse des examens pour savoir si j’avé assez de fer dans le san. Et du maniésum. Jai demandé c quoi les examens, il ma di juste des prise de san. Et aussi analyse d’urine, pour vérifier que jai pas une infection. Je vois pas pourquoi je seré infecté, mais bon. Ça fait pas mal. Et jai rien a payé.
Il ma pesé, il ma di que j’avais maigri, 50 kilos au lieu de 52, il ma di que c’était pas bien.
– Moi je trouve que cest pluto bien, jai di.
Il a souri et il a di :
– Il y a du bon gras et du mauvais gras. Il faut perdre le mauvais, pas le bon.
Jai pas osé demandé coment on faisait pour trier entre le bon et le mauvais gra.
– Et pour la cigarette ?
– Je fume, docteur.
– Je vois bien, oui. Vous comptez arrêter quand ?
– Euh… j’essaye de réduire. Pour économiser un peu de sous.
– Cest surtout vos poumons qu’il faut économiser. Vous prenez la pilule ?
– Non.
– C’est déjà ça.
– Cest mauvais la pilule ?
– Tabac plus pilule, ça crée un cocktail détonnant !
– Et cest come pour le gra, ya les bons coctèles et les mauvais coctèles ?
Je mai surpris en disant ça. Lui, ça la pas étoné.
– Je vois que vous commencez à comprendre.
Je sais pas si je comprené, je me disé juste qu’on est plus inteligent avec les persones inteligentes. Peutêtre que cest contagieu.
Il ma palpé le ventre et les seins, mais ça été, ya des docteurs on a l’impression qui font sa pour se faire plaisir. D’autres pour faire mal. Lui, bien. Cest pour les ganglions, pour le cancer. Il a pas senti de boule, ça va. Il manqueré plus que ça.
Je lui ai aussi parlé de mon dos.
– C’est votre métier qui veut ça. Votre chance, c’est votre petite taille. Quand on se penche souvent, il est préférable de ne pas avoir la colonne trop longue. Pensez à la redresser régulièrement, à la remettre dans son alignement. Pensez à vous allonger de temps en temps, sur un tapis, pas sur le lit, vous dépliez la colonne en vérifiant qu’elle touche bien le sol, en évitant la cambrure, vous vous tenez bien droite, les jambes et les bras symétriques, et vous vous détendez en respirant profondément et en relâchant les muscles. Si vous pouvez faire ça 5 minutes tous les jours, en rentrant du travail par exemple, ça vous fera du bien, vous verrez. En plus, ça fera remonter le sang de vos jambes, vous éviterez les varices plus tard.
– Ça va pas être facile avec les filles, mais je le feré, dacor.
Je mai rabillé pandan qui faisait mon ordonance.
– Je vous mets des vitamines, chaque matin. Une bonne cure pendant un mois. En fin d’hiver, l’organisme a souffert, il faut le soutenir.
– Dacor.
– Et mangez de la viande une ou deux fois par semaine, et au moins une fois par jour des œufs, ou du jambon, ou poisson. Je vais vous mettre ça sur l’ordonnance : deux steaks hachés par semaine !
On a rigolé. Jai repensé aux cordons bleus. Si savait, le pauvre docteur… Enfin la pauvre cest moi, faut pas que je fasse la maline.
– Vous pouvez me mettre du Doliprane, aussi, s’il vous plait ? Ça me fait du bien quand jai mal a la tête. Et puis ma fille, la grande, pour ses règles, je lui ai doné un demi l’autre jour.
– Attention, n’abusez pas. C’est fort, ça soigne les symptômes, mais ça ne traite pas le fond.
– Oui. Et excusé moi encore, vous pouvez me mettre aussi un pshit pour la gorge, suila qui est renboursé, jen ai presque plus et je men mais quand jai mal a la gorge, cest souven avec le froi, quand je marche to le matin, surtou le jeudi quand je vais au gymnase.
– Je vous mets votre pshit. Vous, mettez une écharpe.
– Dacor. Merci.
Quand jai u fini de m’habillé, je mai rassis devant lui, il écrivé je sais pas quoi sur son ordinateur. Et puis il sest levé, alor moi aussi.
– Allez, Madame Semos, tout va bien, mais entretenez davantage votre corps. Vous travaillez beaucoup, vous avez deux filles à élever, vous avez besoin d’être en forme. Ne le négligez pas. Et ménagez-le, il a ajouté en me faisant le signe de la cigarette.
Il ma di au revoir et je suis passée devant le contoir de la secrétaire. Elle ma demandé ma carte, ni bonjour ni merde, toujour aussi aimable cellela. Et ses cheveux, une horeur, je sais pas si elle conait le shampoin. Jamai de maquillage et des lunettes horibles. Elle fait pas du tout secrétaire de docteur je trouve, je me demande ou il a été la cherché.
Elle a poussé un soupir quand elle a passé ma carte dans son ordinateur.
– Ya un problème ?
– Non, c’est la machine qui fatigue.
Je préfère. Après, elle ma di :
– Il faudra la remettre à jour.
– Mais je suis a jour !
– Non, chaque année il faut la remettre à jour. Demandez à la pharmacie, cest rien du tout. Vous êtes toujours à la CMU ?
– Bien sur ! Je compren pas pourcoi vous me disez cest pas a jour.
– Vous inquiétez pas, c’est pour tout le monde pareil.
Elle ma contrarié, cet imbécile. Enfin bon, elle ma rendu la carte et a la pharmacie ya pas u de problème. Jai hésité et puis jai demandé :
– La secrétaire du docteur ma di qui falait remettre a jour la carte.
– Oui, jai vu, a di la pharmacienne. Je l’ai fait en la passant dans la machine. C’est bon. Votre situation n’a pas changé ?
– Non, non.
Jai u peur que le docteur avé pas marqué le Lysanxia et puis si.
– Excusé moi, les vitamines, cest bien remboursé ?
– Oui, oui. Là, tout est remboursé, vous n’aurez rien à payer.
– Tan mieu. Cest dur en ce momen…
Je sais pas pourcoi jai di sa, keske elle en a a faire de mes problèmes la pharmacienne ? Dailleur elle ma pas répondu. Mais elle est gentille canmême, je lui en veu pas.
Samedi 23 mars
A midi, on a encore u une discussion a propo du cordon bleu, mais pas la même que l’autre foi. Morgane ma di :
– Pourquoi tu manges pas de cordon bleu toi aussi ?
– Jai pas faim.
– C’est pas vrai, a dit Julie, tu te prives. Tiens, prends la moitié, j’en ai trop.
Elle voulé mettre son truc dans mon assiette mais je lai empêché avec ma main.
– Non, merci ma fille. Mange, toi tu grandi, tu a besoin.
– Toi aussi t’as besoin, tu grandis plus mais tu as besoin de viande, comme tout le monde. Avec tes trois boulots en plus…
Je mai di, ça alor, on diré que le docteur a téléphoné a Julie.
– Je digère pas bien la viande, il men faut pas.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Tu digères très bien. Tu te prives, c’est tout. C’est pour nous, c’est très gentil, mais il faut que tu manges plus. Tout le monde doit avoir des protéines, j’ai appris à l’école. Y’a pas que les vitamines qui comptent.
– Tes bien savante, ma fille.
– Je sais qu’il faut que tu manges des protéines.
– Tu dois travailler, si tu veux pas pousser le balai quand tu sera grande.
– Tu me l’as dit, Maman.
– Cest important.
– J’ai compris.
Pour lui faire plaisir, je lui ai mangé un petit bou de son cordon bleu, et Morgane ma doné un bou du sien pour faire come sa seur.
Lundi 25 mars
Ouf, l’école a repris. Je pouvais plus. J’étais drolment contente de retrouver les colègues. Elles aussi je crois. Les enfants était exités come des puces. On a remarqué que les deux qui s’été batu en février et qui avait falu apelé les pompiers, ils sont grands copins mintenan ! Come avant en fait. On sait pas ce qui leur a pri.
Chez Delaunay, jai oublié de dire que Janpierre le patron et Patrik le directeur comercial sont réconsilés eux aussi. Je sais pas si cest grave la bêtise que Patrik avait fait. Je me souviens quand ils s’engeulé, Janpierre avait di : « Il fait au moins 20 % de notre chiffre ». Je sais pas si ça fait bocou d’argent. Cest sur entouca il faut que le gens continu a acheter, sinon l’argent va pas rentrer tout seul, je peu le comprendre. Je sais pas si je lai di ce qu’on vend, enfin ce que Delaunay vend, moi ji suis pour rien : cest des peintures et des produits genre vernis ou pour traiter le bois, et puis du ciment aussi dans des gros sacs, mais pas pour les gens chez eux pluto pour les entreprises, les gros trucs. Faut voir les pos dailleur, yen a ils doive faire je sais pas combien de litres, je risque pas de les porter. Pour ça le Frank il est vaillant je dis pas, il en porte des centaines tous les jours. Il a sa machine dacor, son Fenouic come il di, mais canmême, ya bien un momen il faut défaire les palettes et porter dans la camionette.
Ce soir il était pas la, il devait être en livraison. Il me di que dabitude il livre le matin, mais quelquefois ya une urgence alor il livre le soir. Ça devait être une urgence. Je vais pas me plindre.
Les filles sa alé, elles aussi elles été contentes de reprendre. Morgane a retrouvé Marjorie, et Julie Frédérique. Tout a l’heure quand Julie avait plin de textos que jai di ça sufi peutêtre – elle laisse toujours sur vibreur mais canmême – je lai entendu qui parlait d’un Lorenzo. Cest pas la première fois que j’enten ce nom dans sa bouche, je me demande si elle seré pas amoureuse des fois, quand on a envie de dire le prénom de quelqu’un cest souven qu’on est amoureu. Faut que je surveille, mais peutêtre sa va lui faire du bien, parce quelle comence a être vraiment pénible, toujours a ralé, a contester. Ses trucs, sa la perturbe mais bon, cest pas une raison pour mettre une ambiance horible.
Mardi 26 mars
Chaque fois que j’ouvre la boite aux lettres, je peux pas m’empêché de penser que peutêtre je vais trouvé une lettre de la mairie. Ça fait quinze jours mintenan. Je sais qui faut pas y pensé, que ya très très peu de chances, mais bon cest humain, on espère.
Je mai di que si ça marche pas a la mairie je pouré alé voir M. Delaunay. Lui demander si peut pas me prendre une heure de plus par jour, ou si conaitré pas quelqu’un, un collègue patron qui auré besoin de ménage. Je peux travailler deux heures le matin – de 7 h 30 à 9 h 30 par exemple, sauf le jeudi – ou deux heures entre 2 heures et demie et 4 heures et demie. Faut que jose lui demander.
Jai pas de nouvelles de la vocate non plus. Elle avait di qu’on atendait un mois. Si Machin répon pas – et je le conais il répondra jamai – on passe par le tribunal. Enfin on verra jai pas encore di oui, ça m’énerve ce truc. En atendan, jai fait la fotocopie des lettres de la vocate pour la pension a M. Sauvade. On est le 25 du mois, il a pas apelé, alor que je suye surmen très découvert. Je conte même plus, cest compliqué en dessou de zéro et puis ça me déprime tro.
Mercredi 27 mars
Jai reçu un apel de la vocate. Elle a laissé un message parce que jai pas décroché, j’étais au boulo. Je lai rppelé, jaime pas tro parce que jai que deux heures de forfai par mois, mais bon. Il a falu que je patiente en plus, et hop au moins cinq minutes perdu pour rien.
– Mme Semos ? Merci d’avoir patienté. Oui, je voulais vous dire, que les lettres à M… M… Malenvas, le père de Julie…
– Morgane.
– Coment ?
– Morgane.
– Ah oui, pardon, M. Malenvas, c’est le père de Morgane, excusez-moi je n’ai pas la lettre sous les yeux, elle est pas loin pourtant. Bon, enfin, nos envois n’ont rien donné. Je vous propose donc qu’on essaye d’obtenir un paiement direct. Et pour cela, il faut donc que l’on fasse certifier devant un juge que M. Malenvas est le père de l’enfant et qu’il l’a reconnu. Vous avez un document à ce sujet ? Où est-ce qu’elle a eu lieu, cette reconnaissance ? À la mairie ?
– Non, on avé été a Toulouse. A l’hopital.
– Vous avez accouché à Toulouse ?
– Non non. Cest après plus tar, pour la reconaissance qu’on a été a Toulouse.
– Ah… M. Malenvas n’a pas reconnu sa fille à la naissance ?
– Non.
– Cest pas lui qui figure sur l’acte d’état-civil ?
– Je sais pas.
– Est-ce qu’il figure en tant que père sur le certificat ?
– Je sais pas.
– Bon. Écoutez, si vous pouvez regarder ce que vous avez, et m’apporter tout ça. Mardi 15 heures, ça vous va ?
– Oui.
Elle est con, cellela.
Jeudi 28 mars
La paye est pas tombée. Si elle tombe pas demin…
Vendredi 29 mars
La paye est tombée. Pas grosse a cause que je père 70 euros a cause des vacances, mais ouf canmême. 654,76 €. Jésus Marie merci bonsoir.
Samedi 30 mars
C’était tro beau. Jai ressus un courier EDF qui ma di que mon dernier prélèvment a été refusé. Cest écrit, je recopie : « motif : défaut d’approvisionnement du compte ». Et après cest marqué que je dois réguliser dans les 15 jours. Cest pas la première fois que je resois un courier come ça, peutêtre qua force ils vont s’agasser. Je suis mal si me coupe l’électricité. EDF ils prélève le 25, je voulais qui prélève au débu du mois, après que la paye est tombée, mais il mon di non ou alor falait que je paye 5 euros de plus par moi. Sa complique come ils font, cest chiant. Jai failli apelé M. Sauvade, il travaille le samedi matin, mais finalmen je les pas fait, je me suis di keske je vais lui dire, je préfère réfléchir jusqua lundi. Et peutêtre que mintenan que la paye est tombée, ils vont pouvoir prélever et pas nous embêter.
Dimanche 31 mars
Cest dur. Pourtan je pren ma vitamine tous les matins. Ça remplace le ju d’orange. Et ça coute moin cher.
Lundi 1er avril
Javais pri mon courage a deux mains pour parlé a M. Delaunay, Janpierre. Jy suis été tout de suite en arivan, sinon après je mai di j’auré pas le courage. Jaqueline était encore la, tanpi.
– Faut que je parle a M. Delaunay, jai di. Je resteré après 8 heures pour finir mon travail.
J’avais bien préparé keske je devais dire.
– Maintenant ? quelle a di come si sa la dérangé.
Elle a tout de suite vu que je m’étais maquillée et que j’avais mis mes botes a talon.
– Oui, mintenan.
Elle a regardé vers le bureau du patron, pas de chance pour elle il était pas en rendévous.
– T’as qu’à frapper, elle a di.
– Merci.
Je suis été jusqua la porte du patron, jai frapé. Il a pas répondu, mais jai entendu qui était au téléphone, alor jai atendu. Ces chiant ces vitres dans les couloirs, on voit tout. Jaqueline sest levé, elle ma di :
– Si tu veux je te préviendrai quand il sera disponible.
Elle voulait m’écarter, pas fole la gaipe. Jai répondu :
– Merci, mais je vais atendre 5 minutes. Je resteré après 8 heures pour finir mon travail.
– Comme tu veux.
J’aime pas quand elle me tutoi, on na pas gardé les cochons. Au bou d’un momen, jai entendu « Allez salut, salut ». Jai frapé.
– Entrez.
Jai poussé la porte, je tremblé un peu, je mai di alé Victoria faut être grande, ma fille.
– Bonjour Monsieur. Escusez moi de vous dérangé. Eske je peux vous parlé 5 minutes ? Je resteré après 8 heures pour finir mon travail.
J’étais près de la porte. Il était debou derrière son bureau, penché sur des papiers, il avait l’air den cherché un. Il a levé la tête, pas bocou, je suis pas bien grande.
– Oui, bien sûr. Entrez Victoria, asseyez-vous. Je donne ça à Jacqueline et je suis à vous.
Je mai avancé, mais je mai pas assise, lui il a été dans le bureau de Jaqueline. Je les ai entendu parlé, mais ils ont pas parlé de moi. Il est revenu.
– Asseyez-vous, Victoria, asseyez-vous. Je suis à vous.
Je mai assis, lui pas tout de suite, il a encore cherché je sais pas quoi. Quand il a u été assis, il m’a di « Je vous écoute ». Jai di :
– Voila. Je voulais vous demander, cest pas facile en ce moment, au niveau des sous, eske je pouré faire un peu plus d’heures… Ou si ya pas besoin ici, chez vos colègues, un autre patron come vous…
Il ma regardé, assez lontan. Et puis il ma souri, cest rare. Je mai di, tien au moin Victoria, tu la pas agassé, cest bien ma fille.
– Cest vrai, cest dur en ce moment ? Cest dur pour beaucoup de gens, vous savez. Mais je comprends que ce soit peut-être plus dur pour vous que pour d’autres. Vous avez deux filles, c’est ça ? Quel âge elles ont ?
– Julie a 12 ans, Morgane a 8 ans.
– Morgane et Julie, cest très joli. Et… ne me répondez pas si ça vous embête, vous les élevez seule ?
– Oui. Elles voit pas leur père.
– Je comprends. Et vous avez un autre travail, je crois…
– Oui, je fais 4 heures par jour dans une cantine, de 10 heures à 14 heures. Et puis 3 heures dans un gymnase le jeudi de 6 heures a 9 heures. Cest pour sa, jai un peu de tan, le matin, sauf le jeudi, ou le débu d’aprèmidi, tous les jours.
– Oui… Le problème, c’est que je peux pas vous donner plus d’heures de ménage ici. Vous voyez bien, ce ne serait pas utile. Et puis pour tout vous dire, nous venons de perdre un gros contrat, il faut donc que je fasse très attention à toutes les dépenses.
– Je compren. Et… vous conaissez pas des gens qui auré besoin de quelqu’un, dans vos relations ?
– J’en parlerai. Mais je doute qu’on obtienne grand-chose. Les temps sont durs…
– Oui.
Peutêtre que jauré du partir tout de suite, la, je sais pas, j’alé le faire surmen. Mais il ma regardé encore, il ma souri et il ma di :
– Vous savez que vous êtes jolie, Victoria ?
Ah ! Si je m’atendé a sa ! Je mai senti rougie come une tomate. Et alor la oui, je voulais me lever tout de suite. Mais je suis été pas capable de sortir un mot, alor lui il en a profité :
– Écoutez, Victoria. Vous cherchez du travail, moi je cherche de la détente. Alors on peut peut-être s’arranger, de manière agréable en plus. Est-ce que ça vous dirait de gagner, disons, 50 € de plus par semaine ?
Je savé pas ce qui falait dire, la, je comprené pas pourcoi il mavait di non dabor, qui pouvait pas me faire plus travailler, et mintenan il me disait oui avec 50 € par semaine. Et dans ma tête je calculé à toute vitesse : je me disais olala, cest sur que ça seré super 50 € toutes les semaines, come la vie seré plus facile.
– 50 € par semaine ? jai di en souriant come une bêtasse. Cest sur que ça feré du bien…
– Eh bien voilà, Victoria : je vous fais du bien et vous me faites du bien. C’est ce que je vous propose.
Mintenan que je me repasse le film, je vois clair, mais sur le momen j’arivé pas a mettre mes idées en ordre. Et puis j’avais très peur de perdre mon travail si je répondé mal.
– Mais, escusez moi, keske ce seré come travail exactmen ? Cest pas ici ?
Ça la fait rire.
– Ah non, ce serait pas ici ! Ce serait dans un bel endroit, dans la campagne, une belle petite maison avec une cheminée.
– Y faudré la nettoyer ?
La, il a carémen éclaté de rire.
– Mais non, Victoria ! Je vous emmènerai pas là-bas pour faire le ménage. Simplement pour qu’on passe un bon moment, vous et moi. Vous me plaisez, j’ai envie de vous connaître mieux. Quand vous êtes là, je ne vois qu’une toute petite partie de ce que vous êtes.
Il était pas fran, mais je comencé a comprendre.
– Et vous me doneré 50 € par semaine… si je vous acompagne dans cette maison ?
– Oui, si vous y venez bien maquillée, vos beaux cheveux bien propres, comme aujourd’hui c’est parfait, avec une tenue un peu plus sexy peut-être, mais soyez à l’aise. Et si vous acceptez de me donner un peu d’amour, de tendresse, de douceur. Cest ça dont jai besoin, et je souhaiterais que ce soit vous qui me l’apportiez.
Je comprené pas la moitié de ses phrases. J’avais envi de me lever, je tremblé.
– Reculez-vous un peu, vous allez tomber du fauteuil… Ma proposition vous surprend ? Je comprends. Moi aussi, pour tout vous dire. Mais vous avez eu le courage de venir me soumettre votre problème, alors j’ai le courage de vous dire de quelle manière je peux vous aider à le résoudre. Ne vous inquiétez pas, je suis quelqu’un de très doux. Je ne vous veux que du bien. On a de la chance : le hasard nous a mis en relation l’un avec l’autre. Il faut en profiter.
J’arivé plus a respiré, je senté qui falait que je dise quelque chose, mais j’arivé pas. Je savé plus ou j’habité.
– On peut faire un essai si vous voulez. On le fait une première fois, on voit ce que ça donne, si on se sent bien, l’un et l’autre. Je suis sûr que même à vous ça fera du bien, vous ne devez pas avoir une vie bien drôle. Je serai content de vous apporter un peu de bonheur.
La, il a fait un truc pas con du tout, c’était le seul moyen de me détendre. Il a pris le paquet de cigarettes sur son bureau. Il en a sorti une et il ma di :
– Vous avez le même vice que moi, je crois ?
– Euh, je fume, oui…
Il a fait le tour de son bureau, et il est venu m’alumé ma cigarette, en me regardant les yeux de près. Après il a reété s’assoir. Je savé plus ou me mettre, je voulais voir par les vitres si la Jaqueline nous regardait pas, mais elles sont tro hautes je voyais pas. On voit pas quand on est assi.
– Quelle heure vous irait, Victoria ? D’après ce que vous me dîtes, 15 heures, c’est bien. Ça vous laisse le temps de rentrer chez vous après la cantine, de vous doucher et de vous changer. Je viens vous chercher et je vous ramène à 17 heures. Dites-moi le jour que vous préférez.
Je sais pas si cest la cigarette qui ma doné le courage, mais jai réussi a parler.
– Monsieur… vous voulez que je fasse l’amour avec vous ?
Il a ri, encore.
– Oui, on peut dire ça comme ça, Victoria. On peut le dire. Je veux qu’on passe un bon moment tous les deux, une fois par semaine, pendant deux heures.
– Escusez moi, mais je peu pas faire ça.
– Et pourquoi donc ? Je suis sûr que vous vous en tirerez très bien. Essayons une ou deux fois, vous verrez. 50 € par semaine, cest pas mal canmême, non ?
– Ça se fait pas. Je pouré pas.
– Et pourquoi ça se fait pas ? Je crois que je comprends ce qui vous gêne, Victoria. Vous vous dites, excusez l’expression, « je suis pas une pute ». Et c’est tout à votre honneur. Mais une prostituée, Victoria, c’est une femme qui couche avec des tas d’hommes différents, qu’elle connaît même pas. Là, ce n’est qu’avec moi que vous aurez une relation, et je suis quelqu’un qui vous respecte, qui veut vous aider, parce que vous le méritez.
– Je peux pas. Et… vous êtes pas marié ?
J’auré pas du demandé ça, parce qui soit marié ou pas ça changé rien, je voulé pas le faire.
– Je suis marié, oui, mais ça n’empêche pas d’avoir un petit jardin secret. Vous savez, la vie de couple, c’est difficile au bout d’un moment. On ne s’en sort que si l’on se ménage des moments à soi, pour retrouver des sensations. C’est un besoin. J’ai besoin de vous, Victoria…
Jai besoin de vous, oui cest ce qui ma di ! Moi j’arivé plus a pensé, je comprenais pas ce qui m’arivé, même je me demandais keske je faisais la. J’avais tro peur que Jaqueline vienne, ou Patrik, ou Frank, ou Sandrine. Il sest passé plus d’une minute je pense, on disait rien, on tirait sur notre cigarette, chacun la sienne je veu dire. Au bou d’un moment, il a continué :
– Quel jour, Victoria ? Cette semaine, je peux mercredi. Ou jeudi, c’est peut-être mieux pour vous. Le mercredi, c’est le jour des enfants.
– Non… Non… Escusez moi… Cest pas possible. Vous êtes mon patron, vous êtes marié. Et puis je veu pas gagner de l’argent come ça…
– Oubliez l’argent, Victoria. Considérez les 50 € come un petit cadeau que je vous fait, pour vous remercier. Oui, c’est moi qui vous remercie.
Je mai décidé a partir d’un cou. Je mai levé, jai écrasé la cigarette dans le cendrier qui l’avé avancé vers moi et jai di :
– Il faut que jaille. Je vous remercie de m’avoir ressu.
Il est resté assis, peutêtre pour pas qu’on risque de le voir si quelqu’un passait dans le couloir :
– Alors, mercredi ou jeudi, Victoria ?
– Non, escusez moi, je peu pas. Merci.
Jai vite sorti et jai foncé tou droi a mon placar, jai même pas levé la tête pour voir si Jaqueline était encore la. Quand je suis arivé dans l’entrepo, Frank été encore la, il ma vue et il ma di :
– Pourcoi tu pleures ?
– Rien, je suis fatiguée cest tout.
– Je peux t’aider a quelque chose ?
Je lai regardé, javais plin de larmes, je lui ai di :
– Frank, écoute, je suis pas bien, escuse moi. Si tu veux m’aider, vraimen m’aider, je te demande juste une chose : tu me parle pas ce soir. Sil te plaît. Pense que je suis une vraie con si tu veu, mais je te demande : laisse moi tranquile.
Il avait l’air étoné. Mais il a été genti.
– D’accord, il a di. Si tu change d’avis je suis la encore un quart d’heure, faut que je finisse un chargement. Ça fait du bien de parler, tu sais…
Jai pas répondu mais il ma laissé tranquile.
Mardi 2 avril
Toute la journée jai repensé a ce que mavé di le patron, et même une moitié de la nuit. Même avec le Lysanxia, jai pas arivé a dormir. Je suis en colère. Je trouve sa déguelace. Il veut abuser de son pouvoir et cest pas honête. Il faut un sacré culo pour dire ça a une femme : il me coné même pas ! Non mais keski croit : que je vais me coucher avec lui parce que il a juste envie ? Il est fou ou quoi ? Un homme marié, en plus, il a deux enfants.
Les hommes sont vraiment tous les même. Si même un patron il pense a ça, eh ben ça va mal… Je lui demande si je peu travailler un peu plus, et il veut que je couche avec lui ! Si cest pas une pute, ça ! Cest pour sa qui me pren ? Mince alor, je fais atention pourtan, je provoque pas, cest pas mon genre. Je suis pas come ça, il doit bien le savoir.
Jai fait la gueule toute la journée : les filles ont vite compris qui falait pas m’énerver, et les colègues de la cantine ont pas insisté non plus. Jai anulé la vocate, je lui ai di que j’étais malade, qui falait que je m’alonge avant de reprendre le travail, on a reporté a jeudi.
Ce soir chez Delaunay, tout le monde était la. Jai di bonjour come si rien nété, mais je mai pas atardé. Frank ma di :
– Ça va mieu ?
– Un peu, jai di. Merci. Jai pas envie de parler.
Il ma charié un peu mais pas tro. Jai fait le bureau du patron en dernier, il était parti heuresment, sans ça je le faisé pas. Ça ma fait bizare d’entrer ladedan, je le vois plus pareil mintenan. Je mai imaginé passer sous le bureau… beark. Je voulé vomir.
J’étais telment énervé, jai pas apelé M. Sauvade, pour le truc EDF. J’apelré demin.
Mercredi 3 avril
Ce soir jai revu le patron. Cest lui qui est venu me voir, quand j’étais dans le dépo. Frank était parti.
– Alors Victoria, vous avez réfléchi à ma proposition ? Vous êtes d’accord pour 50 € par semaine ?
Sur le moment, jai cru que j’alé esplosé. Je mai di, incroyable come il est culoté seluila !
– Non, Monsieur, merci, jai di. Je peu pas accepter.
– Essayons au moins une fois. Je viens vous chercher demin à 15 heures, je vous ramène à 17 heures. Si vous ne vous sentez pas bien, on en reste là. Et pour cette première fois, je vous donne 100 € au lieu de 50.
Je sais pas pourcoi, mais avec mon habitude imbécile jai u envie de me mettre à pleuré.
– Partez, Monsieur sil vous plait. Je vous remercie. Laissez moi faire mon travail. Excusez moi de vous avoir embêté dans votre bureau l’autre jour.
Je baissé la tête, je continué a balayé, mais jai bien vu qui me regardé. Heuresment au bout d’un momen il a di :
– D’accord, Victoria. Si c’est trop difficile, je ne veux pas vous l’imposer. Je regrette, car vous m’attirez et vous me feriez beaucoup de bien. Peut-être que ce n’est pas le moment. Gardez ça en tête, et si un jour vous sentez que vous êtes prête, dîtes-le moi simplement. Ma proposition tient toujours. Allez, je vous laisse. Et je voulais vous dire : je suis très content de votre travail ici. Merci.
Jai rien di, c’était peutêtre pas poli, mais je senté que si je disé quelque chose sa risquait de continuer et il partira pas. Bien joué je mai di, ses dernières paroles mon plu, jai trouvé respectueu.
Ça me manque, pas avoir une amie. J’auré besoin de parler, j’avou. Jai Vivi, mais Vivi cest ma cousine, cest pas pareille. Et les filles de la cantine, cest des copines, on s’enten bien, mais on se di pas tout, et puis elles sont plus âgé que moi, ça conte l’âge pour une amie. Même des sms j’aimeré bien. En sms, jai que Vivi et Julie, cest tout. Les colègues quelquefois, mais cest rare.
Jai apelé M. Sauvade. Il ma di qui falait que j’apel EDF et que j’envoi un chèque, mintenan je pouvé, puisque la paye de la cantine était tombé et celle Delaunay alé tombé demin. Mais il a ajouté que ça réglait pas le problème et qui falait trouver une solution. Durable il a di, come le dévlopment. Jai pas compri dévlopment, mais jai compri durable. Jai di oui, je vais moin fumer et on va faire la procédure avec la vocate.
À suivre. 7e épisode le samedi 16 mars 2024.