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Vendredi 1er mars
Cest pas possible dêtre si sale ! Ils y pense que moi il faut que je mette la main dedan ? Oh non, ça ils y pense surment pas. Come si on pensait a la femme de ménage ! On sen fiche de la femme de ménage !
Yen a, on se demande coment ils font pour faire leur besoins. Cest les pieds qui mette sur la lunette ou quoi ? Ou alor ils ont le trouducu qui pare en bié ? Il fait un coude ? Faut le voir pour le croire !
Et pour pisser, alor la on en parle même pas. Ça pare dans tous les sens. Yen a je pense qui vise le plafond. Ou droit devant eux ! Ou alor ils font un cercle, ils comence a gauche et ils tourne vers la droite, come une rafale de mitrayette.
Dans ces toilettes de l’école, la chose qui m’aide a tenir cest que cest des enfants, des petits. Je crois que si ce serait des adultes ce serait l’horeur. Chez Delaunay, cest des adultes, mais ils sont pas tro nombreux. Et come ya que deux toilettes, tout le monde fait un peu atention. Enfin ça empêche pas les hommes de louper le trou assez souven et de laisser des traces de pneus, même les femmes, je lai di. Mais bon.
Non, pour moi le pire serait les toilettes des stations service des autoroutes. Jai pas vu souven, mais je me souvien les foi où on était parti avec le père de Morgane, j’avé remarqué : l’odeur, la merde, les chouingum, les papiers, le monde tout le tan. Les femmes de ménage elles y sont toute la journée, en permanence telment les gens sont dégeulasses. Et ya pas que les routiers ! Non, le gros plin de fric avec sa BM ou sa Mercedes, quand il est dans un chiote, la il conait plus persone, il sen fou. Cest plus le même homme on dirait. Le pire je me dis ça doit être les touristes, les holandais ou les almans, eux keske ils sen foute ils reviendront jamai, ils sen foute ils nous chie dessu.
Dans les restaurants aussi jaimeré pas. Et les bars, encore pire ! Que des dégeulasses, bourés en plus ! Souven des toilettes minables, sans fenêtre, une horeur.
Alor dans ma petite école, et ma petite entreprise, et mon petit gymnase, même si cest pas drole tous les jours, surtou quand ya des enfants quon la gastro, je vais pas me plindre.
Dimanche 3 mars
Jai encore fait mon cochmar. Il est venu to cet nuit, pluto que dabitude. Je pleuré quand je mai réveillé. Jai vu toujour le même film, come si je pouvais pas le couper, come si se mettait dans mes yeux, même quand je les ferme. Je suis encore un bébé, ma mère me tien dans ces bras, mais elle me regarde pas, elle marche vite, elle a un foular. Je compren pas ou on va, elle marche vite jai peur. Derrière ya mon frère qui marche, il chouine, il s’acroche a son manteau, il arive pas a suivre, souven ma mère se retourne et le ouspille. On est en ville, ya des voitures, et ya dautre gens sur le trotoire, mais tout le monde sen fou, persone s’ocupe de nous. On traverse un carfour, ya du bruit, jai encore plus peur. Je peu juste bouger un peu mes mains, je vois mon petit gilet blan sur mon poignet minsucule, oui je vois sa, ma main a moi, je sais pas pourcoi jai cette image. Ma mère avance elle s’ocupe pas de moi non plus. Juste elle crie après Florian de tansantan. « Dépêche-toi, quelle di, sinon tu va te perdre et rester tou seul ». Même a un moment elle di : « Qu’est-ce que vous ête pénible ! ». La marche, je sais pas combien ça dure, sa dépen des rêves, des fois cest très lon, d’autre fois non, jai du mal a savoir. Se qui est sur cest quau bout dun momen on arive devant un gran batimen, avec un très gran escalier, pas une église, un truc avec des colones, peutêtre, je men ai rendu conte une fois quand je passé devan, un palé de justisse. Enfin je sais pas, moi je voyais juste ses imenses escaliers et puis des potaux énormes qui monté je voyais pas le haut. La ma mère sé arêté, elle ma posé sur les marches, come ça direct, pas de coufin. J’étais contente quon marche plus mais je savais pas ce qu’on alé faire, je pleuré pas mais j’avais mon keur qui cogné très fort, et chaque fois que je me réveille de ce rêve, mon keur cogne a la même force, telment que jai peur qui explose et que je meure. « Maman, keskon fait ? demandé mon frère. Maman keskon fait ? » « Tais-toi quelle lui di, tu magasse. Tu parlera quand on te le dira ».
Ils étaient debout, ma mère elle faisait deux pas a droite, deux pas a gauche, elle était nerveuse elle regardait un peu partou dans les rues ; y’avait plusieurs rues, une devant les escaliers, une en face, une un peu plus loin, je me demande même si on était pas sur un quai, au bor dun fleuve, c’était la ville mais je crois bien que y’avait de l’eau qui coulé. Mon frère il me regardé pas, il regardé ma mère, il regardé ou elle regardé, il comprenait pas. On est resté la un momen, je sais pas combien de tan, impossible de savoir. Ya une chose que je me souvien, en plus de ma mère mon frère du bruit des voitures, cest qua un momen un oiseau sest posé a coté de moi. Au débu jai u peur qui me saute dessu, qui me grife ou qui me pique les yeux, mais après jai plus u peur, peutêtre que je mabitué il sautait pas loin il était minion. Je me souvien que je voulé dire a mon frère et a ma mère regardé l’oiseau come il et minion, mais je savais pas parlé et puis y’avait telment de bruit ils m’auré pas entendu et toute façon ils s’ocupé pas de moi. On est bizare canmême quand on est bébé, on est en plin dans le maleur et on s’ocupe dun petit oiseau de rien du tout.
Et puis une voiture sest arêté, pluto une camionette, une afreuse camionette blanche, ces trucs qui font du bruit, qui roulent très vite et qui sont toujour a moitié cabossé. La tout dun cou jai entendu ma mère et mon frère qui se chamaillé, ils crié jai pas compri le débu, peutêtre parce que je regardais l’oiseau, jai vu mon frère qui tendé ses bras qui s’acroché au ventre de ma mère, mais il était tro petit il avait pas assé de force, il y arivait pas avec le mantau quelle avait surtou quelle le repoussait avec ses bras a elle. Il sétait mis a pleuré, il criait « Maman ! Maman ! », je l’enten encore. Et elle elle lui disait « Soi sage moblige pas à me fâcher, occupe-toi de ta seur ». Et lui il continuait « Maman, kestu fais ? Maman kestu fais ? Par pas ! Emmène ! ». Oui, « Emmène ! », cest ça que jai entendu, cest bizare mais peutêtre qui parlait pas encore très bien, il avait 5 ans cest pas très gran. Pour finir elle lui a mi une claque, il a crié très fort, elle est monté dans la camionette la porte était ouverte, et la camionette a démaré tout de suite la porte était pas encore fermée, les pneu ont dérapé come dans les films. Et la ya un truc bizare cest pas possible que ça soye passé come ça mais cest pourtan come ça que je le voye a chaque fois, ya un homme dans la camionette, il a fait un signe de la main, come si nous disé au revoir. Je vois cette main a travers la vitre sur le coté et puis une sorte de tête d’homme avec des lunettes, une grosse tête et des grosses lunettes, et cette main qui sest juste levé un peu pour nous dire au revoir. Cest pas possible parce que l’homme si cest le conducteur il était de lautre côté, cest ma mère qui est monté du coté du trotoire, cest pas possible parce que quand ils ont démaré, la porte était pas fermé je lai di, et puis je vois pas bien pourcoi et coment il auré pu nous faire ce signe. Pourtan je vois ça dans mon cauchemar. Mais cest pas encore a ce momen que je me réveil. Quand la camionette pare, mon frère urle et puis il se met a courir après en criant « Maman maman, emmène ! » et puis après je le vois plus. Je tourne la tête et je vois plus le petit oiseau. La il se passe deux ou trois secondes et je me mais a crier. Et cest la que je me réveil. Et mon keur va esploser et je suis trempée de partou.
Il me faut du tan pour me remettre. Je reste dabor dans mon lit, les yeux ouvert jusqua mon cœur se calme et que je revienne la réalité.
Quand je suis un peu revenu, je me lève, je mais mon peignoir, je vais me laver un peu et je vais me faire un café et fumé une cigarette. Cest la seul solution pour que je me calme. A ce moment la, jai toujour envie d’apeler Florian, mon frère. Je lai fait une fois mais jai pas recomencé, ya très lontan, quand on se voyait encore. Keski ma mi ! Il ma engeulé come du poisson pouri. « Tu fais pas de cauchemar toi ? Ta bien de la chance ! » jai di. Et lui il ma di « Quand je fais des cauchemars jemmerde pas les autres en pleine nuit ! ». Il est come ça.
Une fois, sans parlé du cauchemar, je lui avais demandé si se souvenait coment ça s’était passé. Il mavait di que oui il se souvenait la camionette blanche, mais qui voulé pas en parler. Et il se rapelait une maison ou on nous avait amené, une sorte de crèche, mais il savait pas si cest notre mère qui nous avait amené. Quand on était ensemble, dans la deuxième famille d’aceuil, la quelquefois sans faire esprès il disait des choses qui lui resté de notre mère. Par exemple, quelle peignait tout le tan ses cheveux lons. Quelle l’obligé a manger sa soupe. Quelle le tapait avec le manche du balai. Quelle lui disait que c’était un petit con et que lui y croyait que peticon cétait son prénom, un petit nom genti. Je lui demandai a quoi elle ressemblait il se rapelait pas bien, il me disait juste toujours en noir, pas très grande mais des grandes mains. Et ses cheveux. Cest tout. Et quand je lui demandais si se souvenait de moi, il me disait juste : « T’étais chiante, t’étais qu’un bébé qui chié qui mangé et qui pleuré ».
La première famille d’aceuil, on était pas ensemble. On a été ensemble dans la deuxième, moi javais 5 ans et lui 9. Et puis quand il a eu 15 ans, il est parti au foyer, ou que moi jai été quand jai u 15 ans moi aussi.
Le cauchemar, je lai raconté a deux psycologues, quand on m’avé envoyé en voir, ya lontan. Et puis à Vivi. La première psycologue elle ma di que c’était beau, la deuzième elle ma di que c’était bizare et Vivi elle a pleuré come une fontaine ! Moi je voudré juste arêté de le faire. Je compren pas pourcoi sa revient toujour. Normalemen, un cauchemar une fois quon la fait il est fini, on passe a un autre. Et ben moi non. Jen fais plin d’autres, des nouvau, mais suila je le refais aussi. Cest pénible. Surtou que quand je le fais, après jy pense la journée, ça me travail, ça me ren triste.
Après la cigarette et le café, je vé alumer la télé, je mais pas le son pour pas réveiller les filles, mais jai besoin de voir des images qui parle d’autre chose pour me sortir mes images horibles de la tête. Et puis quand sa va un peu mieu je vais me recoucher. Cette nuit c ce que jai fait mais jai u du mal a me rendormir. En plus y’avait le bruit des tuyaux qui vont aux radiateur, ils craque je lai di a la proprétaire bien sur elle sans fout, un jour on va tous esploser.
Mardi 5 mars
Quand je suis été cherché Morgane, la maîtresse ma reparlé de l’aide aux devoirs. Déja elle m’avé di plusieur foi, cest une heure après l’école, de 4 heures et demie a 5 heures et demie. La maitresse ma di ce seré bien pour Morgane, elle réviseré tranquilment tout ce quelle a fait dans la journée, elle simileré mieu. Oui, mais moi alé la prendre a 5 heures et demie, après, le tan de rentrer, ça me feré tro tar pour alé chez Delaunay.
Et puis Morgane, des devoirs elle en a presque pas, il paré que cest interdi d’en doner. Quelquefois elle en a canmême, je lui demande tous les soirs. Quand elle en a, on lit ensemble et on fait les opérations. J’aime bien dailleur, ça me fait révisé. Et je l’aide a s’apliqué quand elle fait son écriture.
Julie au collège, elle a des devoirs. Mais la je controle pas. Avant je lui demandé de me montrer son cahier ou cest marqué ce quelle doit faire. Mais je coompren rien, et puis elle me montre ce quelle veut, elle peut tricher. Je crois quelle est sérieuse, mais cest sur que ya des fois elle doit pas tout faire come il faut.
Mercredi 6 mars
Ces murs devant la maison, je peu plus les voir. Cest gris. Cest sal. Cest moche. Même le blanc est moche et sal. Cest fait exprès pour déprimé les gens ou quoi ?
Jeudi 7 mars
Ce con de Frank ma tapé les fesses et moi je lui ai tapé la geule. Il men a retourné une et moi je lui en ai remi une. 2-2. Il sest arêté heuresment, je sais pas coment ça auré fini. Il ma di :
– Jaime bien quand tu t’énerve un peu, ça te va bien.
– Ouais, toi ça va pas talé bien lontan. Si je te dénonce pour arcèlment tu sais ce qui va t’arivé ?
– Ah ça y est, le arcèlment ! On peut plus draguer maintenant, on se fé acusé de arcèlment. T’a pas autre chose ?
– Peutêtre quon a pas autre chose non, pour arêté de se faire emmerder par des cons de ton espèce.
– Mais je t’emmerde pas. Cest gentil une petite tape sur les fesses, je t’ai pas violé canmême !
– Ça comence par une tape sur les fesses et ça fini ou ? La preuve, l’autre fois tu ma coincée, tu ma empêché de passer ! Et puis même une tape sur les fesses, jaime pas ça je suis désolé.
– Tu devrait etre contente de plaire aux hommes.
– Keske tu racontes ? Je plais pas aux hommes, même a toi je plai pas, tu t’exite tou seul parce quon travail a coté mais cest tout. Ten a rien a foutre de moi.
– C’est pas vrai. Je peu pas être gentil avec toi puisque tu veu pas, mais si tu voulais je ferai plein de choses pour toi.
– Oui, ben si tu veu faire une chose pour moi, laisse moi tranquile. Et arête me taper sur les fesses.
– T’a tor.
– Merde.
Voila coment ça démaré tout a l’heure. Et a cause de ça pandan les deux heures que je nettoyais chez Delaunay, jai repensé a si je seré mieu avec un homme ou pas, cette question a la con, que chaque fois que jai répondu oui je me suis fait avoir. Come on di : « Cha et chaudé crin l’eau chaude ». Oui, maifiense.
Tien par exemple, Jéraume, le gars de la cuisine centrale, qui passe tous les jours vers 11 heures a l’école pour livrer les repas. Il est grand, il a des beau cheveux et des belles mains come jaime, et jai bien vu qui me regardé plus que les colègues. Eh ben je préfère pas qui se passe quelque chose, parce que ça se voi que cest un homme a femmes, après il va me faire du mal ou me tromper, il me rendra pas heureuse. Peutêtre que je me prive mais tanpi, je suis sure que cest mieu come ça.
Ma priorité pour l’instant, cest men sortir au nivau sous. Et pour sa jai une solution : titilarisé a la mairie. Ben oui, pourcoi pas ? Jai déja un pied dedan avec mes 20 heures a l’école et 3 heures au gymnase. Cest que des renplacemens mais sa fait un an mintenan.
Monique et Chantal, elle me l’avé di : « Fais ta lettre. Ça marchera pas du premier cou, mais au moins y seront que tu paustule. Et puis tu recomencera chaque année. Ya tellement de monde, si tu te met pas dans le circuit ta aucune chance. Neuf fois sur 10 ils font rentrer les amis du maire, ou ceux qui ont la bonne carte du partie, ou les amis de la Malone. Mais de tansantan ya quelqu’un d’autre qui rentre, il faut bien tu comprens, pour pas avoir l’air d’abuser trop. Et puis femme de ménage c’est moins demandé que secrétaire. Aux cantines, la ou on est, c’est demandé mais tu conais le métier maintenant, ça comte. Au moment d’un départ a la retraite ».
Brefe, elles mon doné de l’espoir. Sa serait le rêve cest sur. Femme de service, dans une école, a la mairie, ou come Vivi dans une maison de vieux, pourcoi pas ? 1400 € par mois même quand ya des vacances scolaires, des tikets restaurant, une prime en juin, une prime en décembre, la carte du Cos, les vacances… Je devré pas y pensé parce que je vais être déssu.
Vendredi 8 mars
Frank ma pas embêté cest déja bien. Demin je fais ma lettre.
Samedi 9 mars
Ma lettre (je mai apliqué, jai fait deux brouillons avant, mais ya surment des fautes, je demanderé a Monique elle me corrige, ou Chantal je croi quel est pas mauvaise en francais) :
« Monsieur le Maire,
Je m’apel Victoria Semos. Je suis femme de cantine a l’école Paul Simonin, depuis un an. Je remplace Mme Yolande Fougeras, qui est en longue maladie. Je lui souaite pas de mal et je veu quelle puisse retrouvé son poste. Mais si quand elle reviens vous avez un autre poste pour moi, je suis candidat. A tan plin sil vous plait.
Même si cest dur, je suis contente de travailler. Jen ai besoin, jai deux filles que jélève toute seule et sait difficile. Ce que j’aimeré, Monsieur le Maire, cest de pouvoir être titilarisée. Pour gagné un peu plus, toujours pareil tous les mois et plus avoir peur de perdre mon emploi. Pour men sortir, je fais trois heures dans un gymnase (le jeudi matin) et deux heures de ménage le soir chez l’entreprise Delaunay, je sais pas si vous connaissez, mais même avec sa je men sore pas.
Un tan plin a la mairie ce seré parfait. Nimporte ou, je suis vaillante ça me fait pas peur. Les horaires aussi come vous voulez. Avec mes filles on s’arange elles sont habitué de toute fasson pas le choi. Cest ce quon faisait quand je faisait le ménage au service des sports de 6 h 30 à 9 h 30, mon premier remplacment qui a duré quatre mois, je vous remerci encore. Et puis avant, mais ya lontan, javais travaillé au musé, pandan l’été, au ménage toujour.
Je sais bien que je suis pas la seule a vouloir titilarisée. Mais je crois que je le mérite. Et puis sinon le banquier va faire un malheur et moi aussi.
Merci Monsieur le Maire. Jai pas de cévé mais jen feré un si faux. Merci de pas me laisser tomber. Je vous prie mes respets, Monsieur le Maire ».
Je sais pas si c come sa qui faux faire. Jai pris un peu modèle sur internet que Julie ma montré. Enfin cest elle qui ma di ce quelle voyait sur son téléphone, moi jy voyais rien. Bien sur elle ma pas loupé :
– Tu vois, si on avait un ordinateur, ce serait plus pratique. Même qu’on pourrait la taper comme il faut et l’imprimer. Ta lettre serait toute prête, oui ! Et sans fautes !
– On peut pas acheté d’ordinateur, tu le sais bien. Et l’an prochain tu aura ton truc avec le collège.
– La tablette, cest pas pareil.
Passon. Je demandré lundi a Chantal de me corijé les fautes. Je pouré la montrer a Momo aussi, pas pour les fautes, mais pour quelle me dise se quelle en pense, si cest bien tourné ou pas. Elle si coné elle, sa fait 40 ans quelle est a la mairie.
Dimanche 10 mars
Julie ma pri la tête. Jai pas été méchante parcequelle a saigné un peu.
– Mais ça fait pas 28 jours ! Ça fait même pas 15 !
– Cest normal, jai di, au débu cest pas régulié. Tinquiète pas.
On a remi des serviettes, pas de tampons cest tro to. Elle ma demandé pourcoi ? Jai di cest tro to ça va te faire mal. Pourcoi ? Parce que, ton cor est pas prêt cest normal.
Oulala… Et puis Morgane dans les pates bien sur, elle sent tout de suite quand il se passe quelque chose, on l’enten pas venir et hop elle est la, elle regarde elle enten.
Bien sur l’aprèmidi Julie a pas voulu alé aux Ferrières. Sa été cho ! Ya que des trucs nul en plus a la télé le dimanche aprèmidi, on dirait qui font escprès. On a fait la cage des hamsters, je me suis faché parce quelles avé juré que cé elles qui la feré. Et qui sait qui la fait ? Cest moi ! Dun coté je préfère, au moin cest propre.
Lundi 11 mars
Incroyable ! J’avais oublié. Je mai levé a 6 heures et demie come dabitude, mon café, ma cigarette, ma douche, je m’habille et a 7 heures je vais révéillé les filles commme dabitude. Morgane ouvre les yeux mais Julie se met en boule.
– Te rendor pas, jai di, après sa va faire des histoires.
Elle a di quelque chose mais jai pas compris.
– Julie, attention…
Alor elle se tourne et très en colère elle me cri à la figure :
– C’est les vacances ! Les vacances, tu sais ce que c’est ?
Jai pas bougé, jai pas parlé non plus. Elle m’avé coupé le siflet. Les vacances… Coment sa se fait quon en avait pas parlé avant ? Et avec les colègues, forcémen on en a parlé ? Et quand on sest di au revoir vendredi ?… Jai pas du faire atention. Olala Victoria, tes a l’ouest ma pauvre fille ! Oh, faut redécendre sur la terre, tu crois pas ? La onte.
Je me suye trouvé con avec la lumière dans la chambre des filles. Bien sur Morgane sest levé elle a pas voulu se recoucher. Jai di « Met ta robe de chambre tes chaussettes et vien », on a laissé Julie dormir. Ça ma cassé, je savais pas quoi faire. On a regardé les dessins animés, enfin on sait mi devant, Morgane regardait, pas moi. Je pensé a ma lettre, a la mairie, a la banque. Je croie que javais telment envie d’entrée a la mairie pour résoudre mes problèmes que jai plus pensé aux vacances. Vacances de février. On est en mars, mais bon cest pas grave.
Quand ya des vacances a l’école je suis canmême payé, mais un peu moin parce que je suis pas titilaire, jai jamai compris. Cest une prime de présence je crois, qui tombe pas pandan les vacances, come je suis pas titilaire. Et le gymnase pas payé du tout pandan les grandes vacances. Si jai que 600 ou 650 € qui tombe de l’école a la fin du mois au lieu de 743, je sais pas coment je vais faire le mois prochain. Ya pas de vacances chez Delaunay heuresment, parce que lui il me paye pas quand je suis en vacances. Jésus Marie, jai la haine contre Fabrice et la Malone, y’avait un poste a la conciergerie au mois de décembre, j’auré pu la voir !
J’étais très énervé. Ya rien de plus énervant de vouloir travaillé parce qu’on a besoin et de pas pouvoir parce qu’on veut pas vous doner de boulo. Ça me doné envie de crié. Je sais pas si Morgane sest rendu compte jespère que non.
Il falait que je fasse quelque chose. A 9 heures jai di à Morgane :
– Tu va t’habiller.
– Pourcoi ? Je veu resté en pyjama.
– Habille toi je te di, on sore.
– Mais cest les vacances !
– M’embête pas avec les vacances.
Je suis été dans la chambre prendre des habits. Julie dormait toujour. Jai pas alumé, je voyais avec la lumière du couloir. Jai pri ce qui falait et je suis revenu au salon. Jai habillé la petite, qui était toute mole il a falu que je me fache.
– Va te laver la figure.
Pandan ce tan jai relu ma lettre. Sa ira bien come sa. Cest écrit sur un papier avec des caros, un papier d’école, mais tan pis. Je lai replié et remi dans mon sac en faisant atention. Jai pas d’envelope, mais on va en acheter une, au tabac peutêtre ils en ont.
Il faisait un froi de canar. La petite ralait mais je men fichait. Il falait que je porte ma lettre. On sest arêté au tabac, jai acheté mon paquet de cigarettes et jai demandé si vendait des envelopes. Le ga ma di :
– J’ai que des timbres.
– Jai pas besoin de timbres, jai di, cest une lettre que je vais poser moi même.
– Ah ah, une lettre remise en mains propres ?
– Euh… propre, oui bien sur.
Je croyais qui se moquait de moi mais après il a été genti il ma di :
– Si vous avez besoin d’une enveloppe, je vous en donne une. Vous êtes une bonne cliente, je peux faire ça pour vous.
– Cest très genti, merci bocou.
Jai payé mes cigarettes et il ma doné une envelope.
– Je peu me mettre sur le côté 2 minutes pour mettre ma lettre dans l’envelope et écrire un nom ?
– Ah, c’est une lettre importante ? Une lettre d’amour peut-être ?
– Plus importante que ça !
Je mai écarté, y’avait du monde derrière je voulé pas raconté ma vie, c’était pas le moment. Jai atrapé une revue denfant à Morgane pour quelle arête de gigoter.
– Maman cest que des photos de cheval !
– Regarde les chevals, cest très beaux. Et dabor on di des chevaux.
C’était une envelope en longueur, et j’avais plié ma feuille en caré. Il a falu que je repli un peu pour que sa rentre. Mince alor sa va pas faire joli. Tanpi, ce qui conte cest se qui est marqué. Javais pas besoin d’écrire l’adresse puisque j’alé porté l’envelope moi même, mais jai écri bien come il faut, j’avais pri un stilo : Monsieur le Maire. Je sais que sais come sa qui faut faire, avec une majuscule.
On est sorti du tabac, et on a remonté l’avenue de Bordeau, et puis la rue Carnot jusqua la mairie. La, je suis passé par l’aceuil je mai di cest mieu, je vien pas pour travaillé, mais pour déposé ma demande. Cétait Corine, cest pas celle que je préfère, mais bon. Je lui ai di :
– Je monte au 3e étage, je vais aux sources umaines.
– Tu fais ce que tu veux ! elle a rigolé.
Quelle cone. Heuresment après elle a di :
– Cest ta fille j’imagine, elle est adorable.
– Cest genti, jai di, même si Morgane était pas vraimen adorable.
Mais je la conpren, elle était perturbé come moi avec le fau départ ce matin et ces vacances imbéciles.
On a pri le gros escalier gris en pierre, on se croiré dans un chateau. Ya un acenseur mais je suis pas encore handicapé. En montan, je mai posé une question : et si je m’areté au premier ? Au premier étage cest le cabinet du maire. Je pouré doné la lettre ici, come ça je seré sure qui l’auré, sinon aux sources umaines si ça se trouve ils vont mettre sa dans mon dossier et puis voila. Aux cabinets du maire, jy suis été qu’une seule foi dans ma vie un jour que j’acompagné Nadine, une colègue quand je faisais le ménage aux sports, Fabrice avait di que je devais l’aider a tirer les tapis. Cest beau ladedan, faut voir un peu les meubles qui ya ! Et les moquettes, les bibiotèques, les rideaux, pffou…
Je mai arété sur le palier, je mai di keskon fait. J’avais peur surtou de croiser la Malone. Et Morgane qui me demandé :
– Cest la, Maman ? Keskon va faire ?
– On va juste poser une lettre, jai di.
– Une lettre pour le père Noel ?
– Non une lettre pour le maire Noel.
Je mai fait rire toute seule, c’était nerveu. Ya un monsieur qui venait du deuxième, il décendait l’escalier il a juste di bonjour, il a continué heuresment.
– Qui cest Maman, le maire Noel ?
– Chut. Si Maman doit parlé tu laisse maman parlé et tu reste bien sage. Dacor ? Après t’aura un bonbon si tes sage.
Bonbon la calmée, peutêtre quelle réfléchissait si cétait vrai ou pas. On était encore areté sur le palier, un peu sur le coté pour pas quon nous voit du couloir parce que cest une porte en verre. Tout dun cou ya une femme qui est sortie, très bien habillée. Elle nous a fait un grand sourire et elle a di :
– Vous cherchez quelque chose ? Est-ce que je peux vous renseigner ?
J’alé dire non on monte au troisième, mais Morgane a été plus vite et a di bien fort :
– On vient doné une lettre au maire Noel.
La dame a carquillé les yeux, et puis elle a éclaté de rire.
– Une lettre au maire Noël ? Alors là cest la meilleure ! Et c’est toi qui l’as écrite, la lettre au maire Noël ?
– Non cest ma maman.
– Excusé nous, jai di. Je travaille a l’école Paul Simonin, je viens porter une lettre a Monsieur le Maire.
– Ah d’accord. Notre maire Noël… Le mieux, c’est que vous alliez au secrétariat particulier. C’est l’avant-dernière porte à droite, c’est marqué, vous verrez.
– Dacor, merci bocou.
– Bonne journée Mesdames.
– Morgane, di au revoir.
La dame avait déjà comencé a décendre, nous on a avansé. Les deux parties de la porte se sont ouvert et tout de suite la moquette, les beaux tableaux sur les murs, les jolis bois vernis. Ya un jeune en costume qua traversé d’un coté a l’autre, ça duré même pas une seconde, come un lapin sur la route. A droite c’était les portes du bureau du maire je le savais, jespère qui était pas la sinon la onte, tes folle Victoria je me disais, cest un cou a te faire virer. En plus avec Morgane, non mais ça va pas ma petite, je mai di.
Sur la gauche y’avait des portes ouvertes et des gens dedan mais jai pas regardé je suis été au fon du couloir et puis, avant la dernière, cest les toilettes, jai vu marqué Secrétariat particulier. Mon cœur batait fort, mais je pouvé plus reculé, jai di alé Victoria courage au point ou ten est.
Jai frapé. Une voi ma di entré. Jai poussé la porte. Y’avait deux femmes, une a coté de lautre mais derrière le même bureau et avec le même ordinateur. Yen a une je la conaissais cest la secrétaire du maire, un peu vieille mais très belle. L’autre je conaissais pas, une grande, jeune.
– Excusé moi, jai écrit une lettre pour le maire.
– Une lettre pourcoi ?
– Une lettre, euh… pour un poste. A la mairie.
– Une demande d’emploi ?
– Non, enfin oui, mais je travaille a l’école Paul Simonin.
– Ah, vous êtes déjà employée municipale.
– Je fais un remplacment.
– Et ça vous plait pas ?
C’était la belle vieille qui parlé, lautre elle continuait a l’ordinateur, de tansentan elle me jeté un coup d’œil, une vrai garce je les vu tout de suite.
– Si sa me plait, au contraire. Je voudré bien avoir plus d’heures.
– Mais cest avec le service des ressources humaines qu’il faut voir ça. Ils sont au troisième étage.
– Je sais, je conais. Mais on ma di que pour une demande, pour titilaire, il faut une lettre au maire.
Je sais pas pourcoi a se moment elle a regardé Morgane, qui comencer à mettre ses dois sur le bureau et a toucher.
– D’accord, on va la lui transmettre.
– Cest très gentil, merci. Au revoir…
– Vous me la donnez pas ?… La lettre ?…
– Oh ! Excusé moi… je suis bête… j’alé oublié.
Olala Victoria la onte… Jai vite ouvert mon sac, jai sorti l’envelope. La feuille gonflé au milieu et les bors tous fins ça faisait bizare. Je lai tendu a la belle femme qui la prise.
– Euh… voilà !
– Ne vous inquiétez pas, on la lui donnera avec son courrier du jour.
– Merci, merci bocou. Bon cette foi on y va. Tu di au revoir Morgane ?
– Au revoir, Morgane. Tu es très sage et très jolie.
– Maman a di come je suis sage je vais avoir un bonbon.
– Oui, euh… bon Morgane, ça intéresse pas les dames, tu sais. Alé.
– Je crois que tu mérites un bonbon ; au revoir Morgane, a di la gentille femme.
La jeune, la salope, elle a pas di un mot.
Voilà coment sa c passé a la mairie. Je pense que le maire va avoir la lettre. Après… Je sais pas. Eske jai une chance ? Eski va me convoquer ? Jai apelé Monique en sortan, je lui ai espliqué, elle ma di ta bien fait qui ne risque rien na rien. Elle ma di quelle pouré en parler a Mme Bard si je voulais, peutêtre elle pouré apuiller ma demande, jai di on verra di lui rien pour l’instan sil te plait.
Mercredi 13 mars
Cest lon, lon… Hier ça été a peu près, surtou que Julie a été chez Frédérique, mais aujourdui, c’était très pénible… Ce ouiken il faut qu’on fasse quelque chose sans ça on va péter un cable.
Jeudi 14 mars
Vivi nous a invité samedi a déjeuner. Ouf. Merci ma cousine.
Vendredi 15 mars
Ce soir je mai caressé le minou. En fait dabor les tétous, et le minou après, cest come ça que je préfère, dans cet ordre. Et pui mon cou aussi. Tétou, minou, cou… Mon Dieu Victoria, que tes bête… Ça a marché, ça ma fait du bien. Ces idiot, mais après je mai di je suis belle, enfin je peu être belle. Je voudré être belle juste pour un homme, un seul, suila qui m’aime et que j’aime. Si je recomencé a en chercher un, je mai di ? Pourcoi pas ? Ça me sortiré un peu de mes soucis.
Samedi 16 mars
On a tro mangé chez Vivi. Nous on a pas labitude. Ce qui ya de bien, cest que Julie est resté laba. Dany doit les emmener au boulingue demin aprem, elle et Adrien. Il la ramènera lundi.
Ce qui ya a de pas bien cest que le voisin du premier fait un boucan denfer. Il a ouvert la fenêtre en plus, je les enten qui discute et qui boive il a invité des amis. Cest tar il a pas le droi mais cest samedi soir keske je peu dire ? Je compren pas pourcoi le couple du dessou di rien, ils doive l’entendre encore plus fort. Mais je crois qui sont pas la. Je me demande si ils ont pas une maison de campagne. Ils ont pas l’air riche pourtan. Peutêtre que ces leurs parents. Et même les voisins un peu plus loin, et ceux plus bas de l’autre coté de la rue, je suis sur qu’ils entende aussi. Sinon ya pas granmonde, a coté cest la voirie, les camions et tout le bazar, en face ces garages afreux et puis le lycé énorme, vieu, on diré une prison. Rue Denis Bertillat, cest ma rue. Come jai pas de chance, j’habite au numéro 13, je savais que ça portait maleur mais jai pas eu le choi, je suis été déja bien contente de trouver ça, que la proprétaire acsepte de me prendre alor que javais qu’un tout petit salaire même pas sur. La sistante sociale ma bien aidé, je dois dire. Je me plin pas.
Lundi 18 mars
La nuit dernière la tanpête a souflé. Très fort. Come jamai j’avais vu. Le vent araché les ardoises des tois, je les entendé tombé par terre et se casser. Des volets ont claqué, des pots de fleurs et des vitres sont cassés aussi.
Ça ma rapelé Sylvain mon frère adoptif quand il me faisait peur, avec la lune et la nuit. Lui, on auré di que le ciel, le noir, même quand il faisait mauvais, sa le gênait pas il aimait ça. C’était come un animal sauvage, ou un sorcier, come si c’était lui qui faisait pleuvoir.
La tanpête ma aussi souvenu mon autre frère, le vrai, Florian. J’auré aimé qui soye là, qui me protège. Parce que je me souviens d’une fois a Blanzey, pareil le vent, avec l’orage en plus, cassait tout et j’avais peur que le toi s’envole. Et je me souviens je me disais : keski serait pire, que je m’envole avec le toi ou que je reste en haut de la maison sous le vent, la foudre les éclairs et la plui ? J’étais terorisé. Je serrais mon ours et je lui disais je me souviens :
– T’inquiète pas, si on meure on meure tous les deux.
Mais ce soir la, l’orage était si fort et le vent était si violent, et ils se calmé pas, je pleurais et j’avais envie de crier, jai di a l’ours :
– Vien, on va chez Florian.
Jai mis mes chaussons, mon espèce de peau qui me servait de robe de chambre et jai ouvert la porte. Je tremblé de partou, je me souviens. Même mon ours il tremblait dans ma main. Falait pas que je me fasse prendre, si Sylvain ou la mère ou le père ils m’entendé c’était la rouste assurée et la punition le lendemin. Mais come la tanpête faisait telment de bruit je me disais ils peuve pas entendre.
Et cest vrai ya pas u de problème, jai ouvert la porte de Florian sans fraper, j’avais je sais pas 8 ans peutêtre, et donc lui 13, et je mai aproché. Il dormait, sur le dos. Jai pas alumé mais yavait telment d’éclairs que ça éclairé la chambre.
– Florian, jai di en reniflant et en pleurant.
Il ma pas entendu. Florian, jai répété en pleurant plus fort mais il m’entendait toujour pas. Tout dun cou il ya u un tonerre horible, jai cru qui était tombé sur la maison, jai crié. Florian sest réveillé, il a di :
– Ah ! Qui c’est ?
– Cest moi Florian, jai di, cest ta seur !
Jai même pas pensé a dire mon prénom, je mai jeté sur son lit et je mai colé a lui il a rien pu faire, si il avait pas été plus grand que moi peutêtre je l’auré étoufé.
– Mais tes folle ! il a di. Kes tu fais ?
– Tais toi, jai di. Parle moi, serre moi…
– Pousse toi, tu m’écrase !
– Non, serre moi, jai peur, on va mourir…
– Dis pas n’importe quoi. Tes folle !
Il a fini par acsepter que je reste. Il a même laissé sa main retomber dans mon dos. Oh, il serrait pas bien fort, pas du tout peutêtre, mais moi je serrai telment que ça faisait pareil. A un moment je lui ai di :
– T’enten l’orage ? Et le vent ?
– Bien sur que j’enten. Ya pas besoin d’avoir peur pour ça.
– Et si la maison s’écroule ?
– Pfff… Une maison ça s’écroule pas.
– Et pourcoi ? Si le vent est plus fort, ou que la foudre tombe dessu ?
– Même. Une maison ça s’écroule pas.
Je mai aperçu que j’essayais de me boucher les oreilles, contre les dras, le pijama de Florian. Si j’entendais rien ça alait. Je me souviens aussi de l’odeur, et de la chaleur, qui faisait du bien. Je me di cest bizare quaujourdui un homme me manque pas plus que ça, parce que ce jour la je m’étais rendu conte, et c’était peutêtre la première fois, que c’était agréable de pouvoir dormir a coté d’un homme. Enfin cest agréable le soir. Le matin, ils sont désagréables, ils pense qua eux, ils font plus atention.
Donc voilà, la tanpête d’hier soir ma rapelé la tanpête a Blanzey ou j’avais fini la nuit dans le lit de Florian. Et ce matin, en alant dans le centre, je voyais les ardoises plin les rues, et toutes les poubelles renversés – parce que le mardi matin cest le jour des poubelles donc bocou de gens les sortent le lundi soir, les gas du Sirtom et ceux de la voirie vont avoir un boulo pas possible pour nettoyer ça – et donc en voyant tout ce bazar par terre, je repensé a mon frère. Je me disais, ou il est aujourdui ? Keski fou ? Pourcoi on se voi plus jamai ? Ya quelque chose qui va pas dans nos vies. Je sais bien que cest la merde depuis le débu et qu’il a u des ennuis avec la police, mais cest pas notre faute. On pouré s’aider canmême, se voir. Pourcoi on saide pas ? On pouré faire des choses ensemble, ou au moins une petite visite de tansantan, se téléphoner, un sms ? L’autre soir je disais que j’alé peutêtre rechercher un homme, je crois que je devré comencer par le chercher lui.
À suivre. 6e épisode samedi 24 février 2024.
Malgré notre modernité, la vie reste la vie avec ses turpitudes.
Je me retrouve dans celle de Victoria à quelques détails près.
La question du rapport aux hommes, devient un vrai problème societal, particulièrement accru pour des femmes isolé qui sont sur tous les fronts et qui ne supportent plus l’immaturite, le machisme et l’égocentrisme de certains, et préfèrent rester seules!! Ou font d’autres choix…
J’adore cette histoire
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Merci pour ce commentaire et le message qu’il contient. La littérature nous aide à voir et à comprendre la réalité des un.e.s et des autres.
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Quel courage… Tout le monde n’a pas les mêmes chances, pas les mêmes moyens… On n’est pas à armes égales et on l’oublie trop souvent. Très beau portrait d’une pauvre femme dans la galère quotidienne.
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Merci Sonia. Vous faites bien de rappeler l’inégalité des chances et des moyens. C’est à la société de compenser ces inégalités afin que chacun.e puisse s’en sortir malgré ses manques.
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