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Chapitre IX – La femme au pull-over rose
À 17 h 30 ce lundi 19 octobre, Émilie Blacques gara sa voiture sur le parking de la « Gare d’Aubazine », quatre kilomètres avant le bourg du même nom. Elle saisit le petit sac à dos sur le siège passager et sortit de son véhicule. Elle regarda autour d’elle. La route de Tulle, la voie ferrée, la Corrèze. Et les flancs de collines autour, premiers, ou derniers, contreforts du Massif Central, côté ouest. Elle respira un grand coup, mit une parka légère sur son pull et s’encapuchonna. Ce soir, elle n’avait pas le droit à l’erreur. Elle devait achever ce qu’elle avait entrepris.
Elle aurait dû être libérée de sa mission dès samedi, après la neutralisation de Virejouls, mais le jeudi d’avant, elle avait loupé l’élimination du porc qu’elle allait saigner aujourd’hui. Cette fois, elle ne devait pas le manquer, sans quoi il allait partir sur un autre chantier, sans quoi elle risquait de ne plus avoir le courage de ses actes. Allez, Milie, vas-y, pense à ce que ce goret t’a infligé il y a exactement 12 ans, 10 mois et 1 jour. Un samedi soir à Sarlat.
Elle franchit à pied le passage à niveau, jeta un œil aux anciens bâtiments des papeteries d’Aubazine et des chocolats Bovetti. Elle laissa la fourche Lanteuil Dampniat et prit à gauche la petite route qui montait vers l’abbaye. L’abbaye… Il faisait moins le fier, maintenant, le professeur, hein ? Il ne pouvait plus tromper son monde ! Il ressemblait enfin à la pourriture qu’il avait toujours été.
Elle l’avait eu, ce salaud. Et une fois qu’il était dans l’armoire, elle lui avait expliqué :
– Ça doit vous faire un drôle d’effet, docteur, d’être coincé dans un espace restreint, sans lumière, de manquer d’air et de vouloir sortir ? Mauvais moment, n’est-ce pas ? Surtout quand il n’y a pas de délivrance au bout. Hein ?
Il avait commencé par hurler, de terreur, de douleur aussi peut-être, à cause des doigts restés coincés ; ça, ce n’était pas prévu. Mais c’était un plus intéressant, qu’elle avait pu exploiter :
– Désolé pour les doigts. C’est sans doute ton Seigneur, qui a estimé que tu méritais ce petit supplément de châtiment.
– Ouvrez, je vous en prie ! Il doit y avoir un malentendu. Je n’ai fait de mal à personne !
– À personne ?!
Si elle ne s’était pas si bien préparée, il aurait pu la mettre en colère avec un mensonge pareil :
– Mon bébé aussi voulait voir le jour et emplir ses poumons d’oxygène. Il attendait la vie, et c’est la mort qu’il a trouvée. Une mort affreuse, révoltante. Révoltante parce qu’évitable…
Il gémissait maintenant, déjà il devait manquer de force et d’air pour crier :
– Il peut y avoir des accidents… Ce sont des accidents… Nous faisons tout pour les éviter…
– Mais, tu mens encore ! Tu n’as rien fait pour éviter l’accident. Tu l’as même provoqué.
– Non…
– Si. Si, prof, si seulement t’avais pas déconné… Si seulement t’avais été à la hauteur… Ou juste un peu plus attentif, juste un peu plus respectueux des vies qui passaient entre tes mains…
– Que s’est-il passé ?… Racontez-moi.… Ouvrez-moi, j’étouffe…
Elle ne devait pas s’attarder, et elle était partie. Et elle avait appris le lendemain que tout s’était bien passé. Il était mort après une agonie pénible. Et oui, prof, continuait-elle à penser. Se la jouer grand catho du jour au lendemain, tu croyais que ça suffirait ? Non, non, non. As-tu regretté quand tu étais enfermé dans ton armoire et que tu aurais donné n’importe quoi pour un peu d’air ? Ton Seigneur t’a-t-il aidé à ce moment-là ? Ah ah ! De toute façon, c’était trop tard. Beaucoup trop tard. C’est avant qu’il fallait agir. Tu croyais qu’avec le temps j’allais t’oublier ? Qu’il y aurait prescription ? Ben voyons. Il n’y a pas de prescription en matière criminelle, tu devrais le savoir. Et tu as commis un crime. Un crime que tu as réussi à camoufler en aléa médical.
Elle avait abattu le premier, le plus dur était fait. Maintenant, elle devait se concentrer sur le troisième.
Elle quitta la route et entra dans le bois. Il n’y avait pas de chemin, mais elle commençait à connaître le terrain. La densité des arbustes et des ronces n’était pas trop forte. Avec son sac, son jean, son pull, ses baskets et son blouson contre la pluie, elle aurait pu être une randonneuse. Mais le porc était là, pas loin, et c’est là qu’elle allait le coincer. Il refaisait une portion de la chaussée, qui s’était affaissée. Ils étaient quatre à manier le marteau-piqueur, le bulldozer et la pelleteuse. Elle les avait observés la semaine précédente, depuis le bois qui surplombait la route. Elle les avait même entendus. Deux ne parlaient pas le français, les autres s’exprimaient par grognements et onomatopées.
Elle l’avait tout de suite reconnu. Aucun doute. La peau, les yeux, les cheveux. C’était lui. Il semblait commander l’équipe, ce qui correspondait aux renseignements qu’elle avait obtenus. Elle avait repéré qu’il venait et partait en voiture individuelle, une Alfa Roméo rouge, tandis que les autres s’entassaient dans la camionnette de l’entreprise. Le jeudi 15 octobre, la voiture était partie avant la camionnette et elle n’avait pas pu agir. Le vendredi 16, elle ne l’avait pas vue, peut-être ne travaillait-il pas, ou pas sur ce chantier. Ce lundi, elle s’était assurée dès le matin de sa présence. Il était bien là. Si ce soir il faisait mine de vouloir partir avant la camionnette, elle agirait quand même. Car elle allait intervenir avant qu’il se mette au volant. Quand il irait pisser. D’après ce qu’elle avait constaté, il allait se soulager avant de reprendre sa voiture. Il ne s’éloignait pas beaucoup du replat sur lequel étaient garés les véhicules, mais les ouvriers seraient alors occupés à charger la camionnette, ils ne se soucieraient pas de lui. Et avec ce qu’elle allait lui planter dans le corps, il ne ferait pas de bruit. Elle le savait. Elle avait préparé son geste depuis longtemps. Très longtemps.
Une odeur d’humus et de champignons émanait du sol couvert de feuilles et de mousse. L’humidité imprégnait l’air, plutôt frais. Elle avait parcouru six ou sept cents mètres quand elle aperçut le chantier en contrebas. Les hommes et les engins. Elle s’arrêta. Posa son sac, l’ouvrit. Elle attrapa une paire de gants, qu’elle enfila, et une bouteille d’un demi-litre d’eau. Elle but par petites gorgées, en gardant les yeux sur la route. Elle entendait les voix, car les machines étaient éteintes. Elle regarda sa montre. 17 h 47. Dans 13 minutes, ils auraient terminé leur journée. L’un d’eux aurait même terminé sa vie.
Le Virejouls aussi, elle l’avait pisté un moment, loupé une première fois, chopé la deuxième. Quatre coups. Deux auraient peut-être suffi. Mais on ne sait jamais, avec les ordures. Sans volant dans les mains, sans pédale sous les pieds, sans la protection d’une carrosserie, il faisait moins le fier ! Saloperie d’avocat. Golfeur ! Elle avait aimé le moment où, alors qu’il était à terre à la suite du premier coup, elle lui avait dit qui elle était et qu’elle allait le tuer.
– Je suis sa sœur. Mon frère marchait tranquillement au bord d’une route. C’était encore un enfant. Et t’es arrivé avec ta voiture de fils à papa… 112 à l’heure… Sur une petite route limitée à 70…
Il ne pouvait déjà plus parler, plus se redresser, mais elle l’avait vu implorer, rouler des yeux effarés. Elle avait tourné la tête de gauche et de droite avec un air désolé. Elle était contente d’avoir eu ce courage, elle aurait été déçue de le tuer sans explication. Il devait comprendre qu’il était lui-même responsable de sa mort. Si elle le tuait, c’était de sa faute à lui. Il avait compris. Et elle avait de nouveau frappé. Son copain sur le green l’appelait, ce con.
Elle se tenait à l’orée du bois au-dessus des travaux sur la route. Elle avança un peu pour voir. Le porc était bien là. Il semblait plaisanter avec un des gars. Elle perçut quelques bribes :
– parles… cul… va… mère…
Elle imaginait le niveau de la conversation. Une bouffée de haine l’envahit, qui lui donna du courage. Elle but une autre gorgée, reposa la bouteille dans le sac à dos, dont elle sortit un sac en plastique, durci sur toute sa longueur par l’objet qu’il entourait. Avec le bout pointu de l’objet, elle fit un petit trou au fond du sac plastique. Elle referma son sac à dos, rajusta ses vêtements et avança avec prudence. Toujours cachée dans les bois, elle dépassa le chantier pour trouver le virage où étaient garés la camionnette et l’Alfa Roméo.
Elle descendit vers les véhicules. La camionnette était devant, tournée vers le bas, direction Brive. La voiture rouge était à quelques mètres derrière, tournée vers le bas de la pente elle aussi. Émilie Blacques s’arrêta à une quinzaine de mètres. Il viendrait pisser par là, derrière sa bagnole. Alors elle lui tomberait dessus. Alors les autres ne verraient rien. Le seul risque était qu’une voiture descendant d’Aubazine passe à ce moment-là. Pendant quelques secondes, elle pourrait être empêchée d’agir ; elle attendrait. La miction du salopard était longue. Et puis on était entre chiens et loups : la lumière du jour n’était plus très forte et les phares n’étaient pas encore allumés.
17 h 54. Elle s’était assise sur le sac, jambes presque tendues. Elle avait prévu le coup. Surtout, ne pas rester accroupie, ne pas s’ankyloser. Il n’allait plus tarder. Dans dix minutes maxi, elle aurait fini son travail et elle partirait. Elle serait débarrassée et elle pourrait recommencer à vivre. À 34 ans, il était encore temps.
––––––––––
Le capitaine Rivalet avait déplié une carte au milieu de la place de l’Église. Paul Massy, le maire de la commune, lui donnait les indications qui ne figuraient pas sur le plan.
– Le canal des moines peut constituer une ligne de fuite pour un fugitif.
– Plutôt les gorges du Coiroux, bien plus discrètes.
– Il est vrai que les caches pour quelqu’un qui prépare un crime ou qui se replie ensuite ne manquent pas.
Ils essayaient de trouver la meilleure façon de contrôler les accès au village, de tous les côtés. Autour d’eux, se tenaient dix-huit gendarmes issus des brigades de Beynat et de Meyssac. Des renforts pourraient être envoyés de Brive si cela s’avérait nécessaire.
Dès leur arrivée cinq minutes plus tôt, les gendarmes avaient été entourés de deux photographes qui planquaient là avec leurs appareils : un reporter pour Paris-Match et un autre de la revue Détective. Sans un mot, ils s’étaient mis à mitrailler les hommes en bleu. Le capitaine avait aussitôt appelé Chautard pour lui demander ce qu’il devait faire. Le commissaire, qui était en route pour Aubazine, avait exceptionnellement répondu, car il était arrêté à un feu rouge et précisément en train de se demander s’il avait pris son portable. Rivalet avait reçu cette réponse :
– Vous les menacez de poursuites pour entrave à la justice et vous ne répondez à aucune de leur question. Aucune. S’ils vous gênent, vous sortez vos flingues.
– On sort nos…
– Rrrghhh… J’arrive. Je suis au niveau des Boriottes. Je serai là dans un quart d’heure.
Les uniformes et les appareils photos ameutèrent la population villageoise. Le vieux Ric sortit de chez Paul, son demi à la main :
– Mildiou, on dirait qu’il y a encore eu du grabuge…
Paul lui-même franchit le seuil pour regarder sur la place :
– C’est con que les gendarmes picolent pas autant que les journalistes.
De son tabouret devant le comptoir, Josy Delon lâcha entre deux gorgées de Martini blanc :
– Plus il y a de flics, plus les gens ont la trouille. C’est pas moi qui le dis, c’était Coluche. Paix à son âme…
Lucien Laval, le boucher, s’agaçait des véhicules avec gyrophare stationnés devant sa vitrine :
– C’est pas bon pour le commerce, ces conneries. Font chier…
Mais il se souvint qu’il était pour que l’on sévisse contre toutes les formes de délinquance et il larda un cuissot un peu plus fort qu’à l’accoutumée.
Franck et Lydie, les épiciers, s’étaient eux aussi arrêtés pour observer le remue-ménage sur la place.
– Dire qu’on a quitté Paris pour être plus tranquilles !
– Ah, répondit une cliente, vous avez choisi votre moment !
Appuyé sur son transpalette, Franck empêchait un client de rentrer, mais il avait oublié son métier :
– Moi, ça m’aurait plu, la police. La vraie, je veux dire. La poursuite, la recherche des criminels et des voleurs. Surtout les voleurs, les fumiers, deux fois qu’on s’est fait braquer au Perreux ! Pour 400 € ! Ici dis donc, on sait pas pourquoi ils tuent, mais ça rigole pas !
– C’est vrai, répondit le client. Est-ce que je peux entrer acheter une boîte de sardines ?
Franck regardait le doigt pointé du capitaine Rivalet qui donnait ses ordres. Ça faisait quelque chose, quand même. Le client insista :
– Excusez-moi. Pourriez-vous…
– Des sardines ?
Henriette et Georges Michaux se tenaient sur le pas de leur boulangerie :
– Tu vois, le deuxième en partant de la droite, là. C’est le Francis, le fils de la Jeanine.
– La Jeanine des Escures ?
– Mais non. La Jeanine des Clèdes.
– Tiens donc ! Il est gendarme, lui ?
– Et çui-là, qu’est un peu derrière l’arbre, tu vois ?
– Qu’a enlevé son képi ?
– Oui, qu’est un peu chauve.
– Eh ben ?
– Eh ben c’est le fils Brézut.
– Le Michel ?
– Le Michel. Que t’avais coursé jusqu’au canal un jour qu’il avait pris des bonbons…
– Ben mince alors ! Si les voleurs deviennent gendarmes… Et je vois pas le Pierrot. Il est bien gendarme, lui aussi ?
– Oui, mais je crois qu’il est à Tulle.
– C’est bête. Les deux qui sont venus nous interroger l’autre jour, ils avaient pas inventé l’eau chaude.
– Méfie-toi. Ils ont l’air, quelquefois, mais pas tant que ça.
– Faut pas être trop intelligent pour faire un bon gendarme.
– C’est pour ça que je suis boulanger.
Depuis le premier étage de la mairie, caché derrière une fenêtre, Maurice Valin, premier adjoint au maire, parlait avec la directrice des services, qu’il avait incitée à sortir de son bureau.
– Voyez. Ils vont quadriller le secteur.
– Ça veut dire qu’ils recherchent quelqu’un, alors ; il y a un suspect ?
– On peut le penser. Le maire nous en dira peut-être plus.
– Pourvu qu’ils le trouvent vite fait ! Je dors très mal depuis une semaine. Et les enfants sont excités comme des puces ! C’est très malsain…
– Je pense qu’il tue pour une raison bien précise.
– Ça veut dire qu’il n’a pas fini ?!
– Ça veut dire aussi, Mme Boichon, qu’il ne vous fera aucun mal. À moins que vous lui ayez fait du mal…
– Oh, M. Valin, ne plaisantez pas avec ça, s’il vous plait ! Ça me stresse…
Le frère Vincent avait entendu les sirènes deux-tons de la gendarmerie, alors qu’il classait des papiers dans le bureau d’accueil de l’abbaye. Il avait guidé une longue visite au cours de l’après-midi, pour les membres d’une association de Touraine qui s’intéressaient à l’art religieux.
– Oh oh ! s’exclama-t-il. Y aurait-il eu de nouveau péché mortel ?
Il entrouvrit la porte qui donnait sur la place. Il fut aussitôt flashé par un appareil photo dont il aperçut le zoom après quelques secondes.
– Seigneur, on s’agite, on s’agite…
Il ouvrit davantage et sortit, pieds nus. Mitraillé de nouveau, il s’approcha des gendarmes et serra leurs mains, les unes après les autres. Les hommes en uniforme, démunis devant cette créature en robe de bure qui s’avançait vers eux tout sourire, n’osèrent pas refuser les doigts osseux qu’on leur tendait.
Au Saint-Étienne, le maître d’hôtel interrompit la mise du couvert et regarda par la fenêtre de la salle à manger du rez-de-chaussée. Il appela sa fiancée.
– Y’a des keufs plein la place. Allume la télé.
Le directeur pénétra dans la salle à ce moment et avisa le téléphone d’un regard sombre.
– Patron, vous avez vu ?
Le patron rétorqua :
– Ils peuvent bien mettre autant de gendarmes qu’ils veulent, c’est pas ça qui empêchera un gars de s’enfuir ou de passer.
– On sait qui c’est, alors ?
– Mais qu’est-ce que tu racontes ! Range-moi ce téléphone, lave-toi les mains et finis ta préparation de salle !
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– Merde, ch’ai oublié mes godaches ! Elles chont rechtées par terre. Attends.
José ouvrit la porte de la camionnette déjà en marche et descendit. Il contourna le véhicule et se pencha. Ses chaussures de protection étaient là, lourdes de boue. Il les ramassa, ouvrit un des deux battants à l’arrière et les jeta à l’intérieur. Il referma. C’est en se retournant qu’il aperçut l’Alfa Roméo derrière lui. « Pas encore parti, Bachtien ? », pensa-t-il. Il constata que la voiture était vide et qu’il ne voyait pas le chef de travaux à côté. Il s’avança. Le klaxon de la camionnette retentit et une voix sortit de la fenêtre du conducteur :
– Qu’est-ce que tu fous ? Tu les retrouveras demain, tes godasses ! Vu l’odeur, personne te les piquera !
Ce con de Rital était bien capable de partir sans lui, mais José contourna l’Alfa. Il y avait quelque chose de bizarre. Il commençait à faire sombre et il voyait mal.
– Eh ? Bachtien ?
Madre de Dios, où est paché cet imbéchile ? Il regarda le bois qui recouvrait la pente au-dessus. Rien. Ses yeux s’abaissèrent plus loin sur le replat où il se tenait, goudronné mais recouvert de feuilles. Sans doute son regard accrocha-t-il quelque chose, du moins est-ce comme cela qu’il l’expliqua à la police par la suite, car il remonta un peu les yeux. Juste un peu. Entre le bois et le bord de la route, il y avait un fossé. Et c’est dans ce fossé qu’il aperçut, dans l’ordre et dans une succession terrifiante, un blouson de couleur claire recouvrant une épaule, des cheveux, un pantalon, donc… un corps. Un corps qu’il fixa, détailla, reconnut, pendant une durée qu’il serait incapable de déterminer par la suite, une seconde, une minute, trois minutes, il n’en avait aucune idée.
Alors il constata quelque chose qu’il n’aurait jamais imaginé : il avait pissé dans son pantalon. Car, pas possible mais pourtant indéniable, c’était Bachtien qui était étendu là, face contre terre, placé dans le fossé comme une buse attendant d’être recouverte. Et ça, ce n’était pas normal, pas normal du tout. C’était même très mauvais signe.
Malgré ses tremblements et son pantalon mouillé, José se dirigea vers la camionnette. Mais le Rital était descendu et arrivait vers lui.
– Qu’est-ce tu fous, bordel ?!
José avait les larmes aux yeux, ce qui décontenança quelque peu celui qu’on appelait Domi.
– Quoi ? Qu’est-ce y’a ?
José se tourna d’un quart, leva plus ou moins un bras en direction de l’Alfa Roméo sans oser la regarder :
– Bachtien… Il est mort.
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Elle marchait vite. Elle redescendait vers le bas de la route d’Aubazine. Toujours par le bois. Ça y était. Il avait payé. Elle ne lui avait pas laissé le temps de pisser. Il était mort avec son envie. Sa saleté de couille. Quand, descendant sa braguette, il s’était avancé vers le fossé, elle avait lancé un petit cri : « Hep ! ». Il avait sursauté, remonté d’un coup sa fermeture éclair. Il avait regardé la femme venir vers lui, son pull rose et sa parka bleu ouverte par-dessus. Elle avait un sac à dos et un sac plastique dans une main. Il avait dû la prendre pour une promeneuse égarée. C’est ce qu’elle souhaitait. « Excusez-moi… », avait-elle dit en continuant à approcher.
Quand elle avait été à un mètre de lui, elle avait soudain accéléré, mis à l’horizontal son sac en plastique, et lancé par en dessous son bras de tout son poids. Quand il toucha Bastien Bolac, l’objet à l’intérieur du sac, qui dépassait par le petit trou créé dans ce but, s’enfonça de quelques centimètres dans le tee-shirt entre les deux pans du blouson, et dans le ventre derrière. Elle appuya encore.
Bastien Bolac leva des yeux horrifiés, mais tomba à genoux sans pouvoir parler. Elle le regarda comme ça, elle debout, lui à genoux, pendant quelques secondes. Puis il tomba sur le côté, recroquevillé. Elle s’agenouilla, baissa son visage pour qu’il la voie :
– Regarde-moi. Sarlat. Au mois d’août. Août 2006. Un samedi soir. Tu te souviens ?
Il bougea un peu, mais il ne pouvait plus grand-chose. Une voiture passa dans le sens de la montée, mais elle ne pouvait rien voir. Quand à la camionnette au-dessus, trois gars y chargeaient du matériel et ne s’occupaient pas de ce qui se passait derrière l’Alfa.
– Je regrette…
Elle avait entendu.
– C’est bien que tu regrettes. Comme ça, tu sais pourquoi tu meurs. Tout le monde n’a pas cette chance, tu sais ?
Du sac plastique, elle extirpa un magnifique coupe-papier de cuivre, pointu comme un poignard, d’une seule pièce de trente centimètres. « Mamie, ton objet va enfin servir. Et pour une bonne cause, juste ». Elle regarda les fleurs et les feuilles en relief sur la partie manche. Elle prit une respiration, ferma les yeux, les rouvrit, et enfonça fort le coupe-papier au niveau des mains ensanglantées au niveau du nombril. Bastien Bolac fut pris d’une secousse, il sembla hésiter entre se replier ou se déplier. Du sang sortit de sa bouche. Il avait son compte, elle le savait. La mort était imminente. Émilie ressortit le poignard et, avant de la remettre dans le sac plastique, abîmé et tâché à cause du premier coup, elle le planta dans le sol. Elle l’essuya ensuite sur les feuilles et la mousse.
Elle rangea son arme, se releva. Du pied, elle fit basculer la crevure dans le fossé. Elle dut appuyer ici et là sur le corps pour qu’il s’insère dans la longueur. Il n’était peut-être pas tout à fait mort ; c’est bien, il souffrirait un peu, il aurait une vague idée de ce qu’elle avait enduré.
Elle enleva ses gants souillés, les mit dans le sac plastique, et celui-là dans le sac à dos, qu’elle ferma puis rajusta sur ses épaules. Après avoir parcouru une centaine de mètres perpendiculaire à la route, elle bifurqua sur la droite et commença la descente vers la gare d’Aubazine. Elle avait fini son travail. Elle devait maintenant quitter les lieux. Elle allait rentrer à son hôtel et repartir à Paris le soir-même. Là, elle serait soulagée. Peut-être même déjà sur l’autoroute. Elle s’était délestée de ces poids trop lourds qui lui avaient gâché la vie et qui, si elle n’avait rien fait, la lui auraient gâchée jusqu’au bout.
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Le commissaire roulait entre les bâtiments des enseignes commerciales implantées de part et d’autre de la route 89. Ces bâtiments de tôle étaient moches, mais pouvait-on reprocher à une ville d’attirer à elle l’activité économique ? Les emplois et les revenus fiscaux qui en découlaient valaient bien qu’on abîme un peu de paysage, qui avait suffisamment de place pour s’épanouir un peu plus loin. Quelques maisons particulières demeuraient là entre les sociétés commerciales, fiers cubes de pierre stoïques au milieu des rectangles de ferraille. Les lampadaires étaient beaux : on aurait dit des saules anthracite penchés pour boire sur la chaussée, équilibrés par un surgeon au niveau du cou, sur lequel poussaient un drapeau en juillet et une étoile en décembre. Les noms étaient déprimants – Techni-Pneus, Point-P, Temaco, Maboul, Babou, Gemo, Gifi… –, mais la liberté d’entreprendre était une belle chose et il fallait bien des réparateurs de bagnoles, du matériel de bricolage, des fringues, de quoi décorer sa maison…
Il faisait presque nuit et Chautard alluma ses phares en ralentissant au dernier rond-point avant que la vallée se resserre autour de la rivière. En ce lundi, la circulation n’était pas trop dense. Même si la plupart des grandes enseignes avaient ouvert leurs portes, la fréquentation était plutôt faible le premier jour de la semaine. Il faudrait attendre mardi afin que tout reprenne, et le trafic irait croissant jusqu’au paroxysme du samedi.
Le commissaire se disait que sa journée à lui avait été riche en informations. Il espérait que ça allait continuer. Il ne voulait pas attendre la fin de semaine. Il retournait à Aubazine, parce qu’il sentait qu’il devait y retourner. Dès à présent. La réflexion n’empêchait pas l’intuition, elle la nourrissait.
Il entrait dans le cercle du rond-point quand son attention fut attirée par quelque chose dans une voiture qui venait en face et qui s’engageait elle aussi pour faire le tour du rond-point par la droite. Une jeune femme conduisait. Elle avait les cheveux châtain et mi-longs. Mais ce n’était pas ça le problème. Quel était le problème ? s’interrogea le cerveau du commissaire. Le problème était… rrrgghhh… le problème était que… elle portait un pull-over rose.
– Nom de D…
Les synapses policières ne mirent pas longtemps à établir le lien entre pull-over rose, femme, meurtres et Aubazine, d’où pouvait venir la voiture, une voiture bleu foncé, il devait s’en souvenir, mais elles ne furent pas assez rapides pour transmettre aux bras qui tenaient le volant l’ordre de continuer le tour du rond-point pour l’accomplir en entier.
– Meeeeerde…
La Laguna se retrouva sur la route de Tulle. Des zébrures au milieu de la route empêchaient tout dépassement à cet endroit. Chautard ne voulait pas dépasser, mais se retourner. Alors, il braqua à gauche toute, entraînant force coups de klaxon, appels de phares, doigts tendu et autres gracieusetés qu’il valait mieux ne pas entendre.
– Scusez… Suis flic…
Il se retrouva dans la bonne direction, celle de Brive, mais loin derrière la voiture qu’il poursuivait. Et qu’il avait mal vue. Où était-elle ? Avait-elle pris le contournement nord au premier rond-point à droite ou avait-elle pris tout droit en direction du centre-ville ? Il réfléchit à toute vitesse mais n’arriva pas à trancher. Il prit tout droit. Une chance sur deux. Il devait y avoir dans sa bagnole à lui un gyrophare qu’on pouvait plaquer sur le toit, mais il ne savait ni où ni comment actionner la sirène.
Il prit tout droit aux ronds-points. Il se tapait à nouveau les enseignes commerciales. Impossible de dépasser. Il apercevait plusieurs voitures devant lui, dont une semblait bleu foncé. Mais la nuit qui tombait rendait difficile la distinction des couleurs. Qu’est-ce que c’était comme voiture, d’abord ?
– Meeeeerde…
Son cerveau n’avait pas été bon. Plante. Il fallait appeler Plante. Son portable. Où était son portable ? Il tâta ses poches. Il le sentit dans la poche intérieure droite de sa veste. Mais à l’horizontale, au fond. Coincé dans la largeur du tissu. Sa main gauche s’énervait. Il fit une embardée. Il y avait cinq voitures, six, devant lui et avant le prochain rond-point, et il lui semblait que la deuxième pouvait être celle de la jeune femme. Mais il n’en était pas sûr, pas sûr du tout.
Enfin il eut son téléphone en main. Éteint. Il l’avait éteint après le coup de fil du capitaine ? Il l’alluma, sur le côté, il se souvenait. L’écran s’illumina. Le code. Ok. 0000. Voilà. Bon, Plante, où était son numéro ? Il savait qu’il devait aller dans Répertoire. Mais ses doigts étaient trop gros, il se trompait. Il fit une nouvelle embardée, faillit percuter un des plots qui séparaient les deux sens de circulation.
– Tardchau, t’es un danger public. Si je te choppais, je t’arrêterais et t’enverrais au trou sur-le-champ.
Il réussit à écraser un pouce au bon endroit.
– Plante ? C’est moi. Euh, Chautard.
– Qu’est-ce qu’il y a, Patron ? Vous avez l’air en difficultés…
– J’ai la suspect numéro un en ligne de mire.
– Non ?! La femme ?!
– Au pull-over rose. C’est comme ça que je l’ai identifiée.
– Vous êtes où ?
– À Malemort. Sur la Nationale. Je reviens vers Brive. Elle doit être cinq ou six voitures devant moi.
– Quelle marque ?
– Je sais pas.
– C’est pas une marque connue ?
– Sûrement, si. Rrrggghh…
– Quelle couleur ?
– Bleu. Bleu foncé. C’est une voiture, vous savez, qui descend un peu à l’arrière. Avec une vitre sur le coffre.
– Un 4X4 ?
– Non, plus petit.
– Un SUV ? Enfin, une voiture surélevée ?
– Plus petit. Un truc de femme.
– Une Mini ?
– Plus gros.
– Ouais… Peut-être une Clio, une Fiesta, une Polo…
– Si vous le dites… Écoutez, je vais essayer de ne pas la perdre, et vous allez me rejoindre. Vous êtes encore au poulailler ?
– Ouais. J’attends Mathieu, qui passe de coups de fil pour savoir où se trouvent les membres de la famille du jeune tué par l’avocat golfeur.
– Laissez Mathieu s’occuper de ça avec Florent. Et montez une équipe avec deux voitures, trois si vous pouvez.
– Ok. Et on vous trouvera où ?
– Rrgghh… Rappelez-moi quand vous serez dans les véhicules, moteurs allumés.
– Ok boss. À tout de suite.
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À 18 h 36, le téléphone portable du capitaine Rivalet sonna.
– Lieutenant Rochand, SDIS Tulle. Nouvelle homicide, Capitaine.
Le chef gendarme en laissa tomber la carte qu’il ne tenait plus que d’une main au centre de la place d’Aubazine.
– C’est pas possible ! Où ça ?
Pour la troisième fois en une semaine, le capitaine Rivalet apprenait au téléphone qu’un crime venait d’être commis sur son territoire. Et pour la troisième fois en une semaine, il appela le commissaire Chautard pour lui transmettre l’information. Il avait presque des sanglots dans la voix quand il annonça :
– Commissaire, c’est affreux… On a retrouvé le corps d’un conducteur de travaux sur le chantier de la route qui monte au village !
Quand il entendit ces mots, Chautard se trouvait entre le rond-point de la mairie de Malemort et celui du Centre commercial Hyper 19. Car 150 mètres avant, au lieu de prendre à gauche, de traverser la Corrèze et de passer par la Plaine des jeux des Boriottes pour éviter le trafic de l’ex-nationale, la voiture bleu foncé que Chautard identifiait comme celle d’Émilie Blacques sans en être tout à fait sûr, avait continué tout droit. Cel signifiait-elle qu’elle n’était pas Briviste ? Non, bien sûr. Elle pouvait avoir mille raisons de prendre un itinéraire plutôt qu’un autre.
– C’est noté, Capitaine. Je vous rejoins dès que possible. Mais je suis quelqu’un qui peut nous intéresser. Faites les premières constatations et appelez Ramond à Limoges pour qu’il envoie tout de suite une équipe. Vous avez toute ma confiance.
Le commissaire coupa. Des frissons parcouraient son échine. Bon sang… Qu’avait-elle fait, encore ? Émilie, enfin ? Car c’était elle, forcément. Elle venait d’Aubazine et les horaires concordaient. Elle avait encore frappé ! Il avait bien senti qu’il y avait un danger, une urgence… Mais elle avait été plus rapide. Trois crimes en une semaine ! Et encore à Aubazine ? Pourquoi là ? Était-ce le lieu qui comptait plus que les personnes ? Quelle force, elle a, en tout cas !… Elle est forte. La première fois, elle agit au cœur du village, dans le saint des saints. La deuxième, dans le beau complexe sportif et de plein air au-dessus. Et la troisième sur la route qui mène au village quand on vient de Brive. Qui aurait pu penser qu’elle allait frapper là ? Un conducteur de travaux ?!
Le téléphone sonna sur le siège passager. Le commissaire appuya sur le bouton vert.
– Plante. On est prêts, Patron.
– Bon. Envoyez une voiture au rond-point du cinéma, fontaine de la liberté. Et une autre au feu après, avant la passerelle avenue Maillard, en face du Cardinal.
– D’accord.
Le commissaire entendit Plante donner les ordres.
– Vous n’avez pas de radio, Patron ?
– Je ne crois pas.
– Vous pouvez rester en ligne ?
– Je vais essayer. La voiture est quatre véhicules devant moi, mais je n’ai pas revu le moindre bout de rose à l’intérieur. J’ai un doute.
– Vous n’avez toujours pas de marque ?
– Bleu. Foncé.
– D’accord, bleu foncé. Et un coffre avec un haillon. Et un pull rose à l’intérieur. Dans 1 minute, on devrait être aux cinémas. La Teigne à la passerelle en face du Cardi.
– Je suis au feu avant Leclerc. Arrêté. Elle aussi.
– Pourvu que le feu soit long.
– Pas de sirènes et gyrophares.
– Ok.
––––––––––
Émilie Blacques passait devant Jardiland à droite, l’Espace des Trois Provinces à gauche. Elle avait un peu chaud. Pourtant, elle avait ôté son blouson et n’avait que son pull sur la peau. Elle avait ouvert la fenêtre côté passager, pour avoir un peu d’air sans être trop gênée par le bruit des voitures qu’elle croisait. Elle avait hâte d’être à l’hôtel, de se laver et de partir pour Paris. Alors tout serait fini, une nouvelle vie commencerait.
Elle aperçut une voiture de police qui venait de la gauche. Elle la laissa passer. Elle ne pensait pas être concernée par le Scénic. Quand elle le vit exécuter un tour complet du rond-point pour passer derrière sa voiture, elle se dit que si, c’était peut-être pour elle. Elle continua sur l’avenue Maillard. Elle ralentit car elle allait arriver au feu, qui était rouge. Plusieurs véhicules se trouvaient entre elle et le feu. Alors elle aperçut, à gauche encore, à cheval sur le trottoir, à la sortie de la passerelle qui débouchait là, un autre Scénic. Le deuxième.
Elle dut s’arrêter au feu rouge. Deux hommes en uniforme descendirent du Scénic derrière elle. Le flic qui était venu de son côté, une baraque, lui fit signe de baisser sa vitre. Elle fut tentée de fuir car le feu était passé au vert et les voitures commençaient à avancer, mais le flic qui était côté passager avait ouvert la porte, attrapé le sac à dos, sorti son revolver, tandis que le second Scénic venait comme par enchantement se mettre en travers de sa route. Elle était soufflée de la rapidité avec laquelle toutes ces actions s’étaient déroulées. La circulation continuait, même si les conducteurs et passagers des autres véhicules ralentissaient, pour la dévisager.
Elle coupa le contact, à moins que les flics l’aient fait à sa place. Elle n’arrivait plus à penser. Elle n’avait pas prévu ça. Comment était-ce possible ? Alors qu’elle avait tenu son programme à la lettre et conduit ses opérations sans commettre la moindre faute. Quelque chose ne collait pas. En fait, cette arrestation n’avait peut-être rien à voir avec les trois ordures qu’elle avait éliminées. Ou c’était un erreur. Ce n’est pas elle qu’on recherchait.
– Émile Blacques ?
Qui était celui-là ? Un barbu grisonnant à l’air fatigué. Il avait prononcé son nom. C’était donc elle qu’ils recherchaient. Meeerde… Devant elle, les policiers réglaient la circulation. Un troisième Scénic était arrivé. On n’arrêtait pas de la regarder.
– Mademoiselle Blacques, je suis le commissaire Chautard. Je vais vous demander de venir avec moi. Nous allons parler dans un endroit plus calme. J’ai beaucoup de questions à vous poser.
Le commissaire Chautard ! Mais oui ! Elle connaissait son nom et l’avait vu à la télé, bien sûr. Sous le coup de l’émotion, elle ne l’avait pas reconnu. En tout cas, il n’était pas agressif, cet homme. C’est la remarque qu’elle se fit en s’extrayant de la carlingue. Où allait-elle ? Pourquoi ? Le baraqué la prit par un bras et la fit monter à l’arrière du Scénic qui l’avait suivie. Alors que les portes se refermaient, elle entendit la baraqué dire au commissaire :
– Patron, sa voiture, c’est une Polo.
– Ah … C’est Espagnol ?
– Allemand. Volkswagen. Ça, vous connaissez, quand même ?
– Rrrgghhh…
Dernier chapitre la semaine prochaine.